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PREMIÈRE PARTIE

grecque, et devient un entrepôt, souvent même un marché. Et pourtant cette église est la plus belle et la plus ancienne de la Terre-Sainte. Construite sous Constantin, elle présente encore cinq nefs soutenues par quatre rangées, chacune de douze colonnes monolithes. Le toit et ses assises sont en bois de cèdre ; entre les colonnes et les fenêtres supérieures on retrouve de nombreux restes des mosaïques sur fond d’or dont les rois de Jérusalem avaient décoré les murs de la basilique.

A peine peut-on aujourd’hui apprécier la beauté véritable de l’église de la Nativité; le mur empêche d’embrasser l’ensemble de l’édifice et d’en juger les proportions. Les marchands d’objets fabriqués à Bethléem s’établissent sous les portiques et persécutent le voyageur de leurs offres ou de leurs réclamations intéressées.

Près de Bethléem, on montre une grotte dite du Lait, où la Vierge se serait retirée avant la fuite en Egypte ; c’est un lieu de pèlerinage assez fréquenté. Les moines desservent ces chapelles, et tiennent en outre une petite école; aussi beaucoup d’enfants Sethléemites vous adressent la parole en italien ou en grec. Le triple couvent, dont la vaste enceinte a un faux air de forteresse, est surmonté d’une croix, privilège que l’église du Saint- Sépulcre n’a pas encore obtenu.

A peu de distance de la ville, on passe près d’un petit monument en pierre surmonté d’un dôme et qui rappelle un tombeau de santon arabe. Dans l’intérieur on voit encore une des plus anciennes sépultures à laquelle on puisse rattacher un nom positif : c’est la tombe qu’éleva Jacob à sa bien-aimée Rachel, et qui, jusqu’à présent, est toujours restée un objet de vénération.

A moitié chemin entre Bethléem et Jérusalem s’élève le couvent grec de Saint-Elie. Le supérieur nous atten-

dait à la porte pour nous inviter à nous reposer quelques instants chez lui. L’église offre peu d’intérêt, mais de la terrasse supérieure on embrasse le panorama des deux villes saintes. Sur cette terrasse, un petit pavillon séparé renferme le salon où nous fûmes invités à nous asseoir et à prendre du café, des liqueurs et une exquise confiture de coings à la rose. Notre hôte est un Cypriote encore jeune et remarquablement beau; nous le quittons charmés de son accueil. Les Grecs, il faut en convenir, sont plus tolérants ou plus adroits que les Latins : ces derniers voient du plus mauvais œil les voyageurs d’une croyance étrangère à la leur ; les Grecs au contraire ne manquent jamais, lorsque l’occasion s’en présente, de leur faire quelque politesse dont le résultat, à Mar-Élias comme partout ailleurs, est le baghchich obligé.

Du couvent de Saint-Élie jusqu’à la porte de Jaffa, il ne faut pas un heure un quart de marche ; la route est excellente ; on voit qu’elle n’a jamais cessé d’être fréquentée. Nous arrivons sans encombre à Jérusalem, malgré les prédictions sinistres qui avaient accompagné notre départ.

XVÏII

Je quittais Jérusalem, non sans avoir jeté un dernier coup d’œil sur l’église du Saint-Sépulcre et le mont des Oliviers, et je commençais l’escalade de la mauvaise rue, quand soudain je m’entends arrêter, et une main amie vient, à mon grand étonnement, serrer la mienne. Qui pouvait donc, sur cette terre lointaine, prendre congé du voyageur? C’était la famille de pèlerins valaques embarqués à Galatz. Nous ne nous étions jamais parlé pendant la traversée, mais nos regards se rencontraient souvent, et me retrouvant à mon départ de Jérusalem, avec la certitude que nos destinées ne nous rapprocheraient plus sur le même chemin, le digne homme a voulu me serrer la main et me faire envoyer un'baiser par son fils; ce témoignage de bienveillance m’a vivement touché, et je lui consacre un souvenir.

J’ajoute à mes précédents détails que Jérusalem compte trente mille habitants, dont dix mille juifs: il y a deux pachas, celui de la ville ou préfet de police, et celui des troupes ; on leur adjoint un conseil composé mi-partie de Turcs et de représentants des diverses communions. La moralité est on ne peut plus sévèrement maintenue : tout le monde s’accorde à respecter la cité que tous saluent du nom de sainte.

Me voilà ensuite engagé dans cette horrible route pierreuse, et tandis que mon cheval trébuche sur ces rochers que personne ne prend la peine d’aplanir, il me

vient à l’esprit une idée que plus d’un pèlerin aura eue comme moi. Pourquoi les gouvernements, si prodigues quand il s’agit d’acquérir quelques parcelles de terrain dans la cité sainte, ne consacrent-ils point une portion de ces deniers à l’établissement d’un chemin praticable ? Les Turcs n’y mettraient pas grand obstacle, et les pèlerins y gagneraient plus encore qu’à l’érection d’un nouveau couvent. J’entends, il est vrai, déjà gronder la question : Qui ferait la route ?

La vaste plaine de Sharon, autrefois si fertile, est aujourd’hui mal cultivée. L’œil s’afflige à l’aspect de cet immense terrain presque entièrement perdu; ce n’est plus le pays où coulait le lait et le miel, mais avec l’aide des ressources modernes, ne pourrait -on pas rendre la vie à ces déserts ? C’est de l’Orient qu’est venue la lumière, c’est à l’Occident à la lui rapporter, comme le soleil qui renvoie, le soir, ses derniers rayons vers le point d’où ils s’étaient levés le matin.

Au milieu de ces rêveries, nous chevauchions péniblement et sans le moindre révolver entre Jérusalem et Ramleh, quand apparut au loin une troupe de dix-huit ou vingt cavaliers armés jusqu’aux dents, fort pittoresques dans leur attitude, mais peu rassurants au milieu du désert. Que feront-ils? Arrêtés sur la route, ils semblent vouloir intercepter le passage ; s’ils nous demandent un tribut, aucune résistance n’est possible, nous sommes complètement à leur merci. Nos pensées commençaient à prendre une tournure assez sombre, lorsque la troupe s’ébranle et, défilant lentement devant * nous, disparaît enfin dans la plaine. C’étaient pourtant des pillards, et notre réunion ne comptait en tout que deux hommes du pays et quatre Européens. Mais il faisait grand jour, et les voleurs arabes n’attaquent guère que la nuit. D’ailleurs, ils supposent aussi les Euro-

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