PREMIÈRE PARTIE
péens quelque peu magiciens, et la vue d’un giaour sans armes les fortifie dans cette pensée. Comment aurait-il osé s’aventurer dans un pays connu pour dangereux, s’il ne possédait quelque moyen cabalistique de faire face à tous les périls?
Il est néanmoins une opinion qui s’est accréditée depuis la guerre de Crimée, c’est que les chrétiens ne sont pas aussi formidables qu’on se l’était imaginé. Le Grand Seigneur, assurent-ils, a désiré le secours des chrétiens contre la Russie, et leur a ordonné de le lui prêter; Anglais et Français ont obéi sans délai. C’est ce que j’entends dire avec sang - froid par les Turcs, et ce qui réduit les Européens au beau rôle de vassaux de la Porte.
Comme unique moyen de répression, on vient d’établir que, pour un meurtre sur la route, on fera payer une amende au village le plus voisin du lieu où le crime aura été commis. C’est, sur une plus petite échelle, la question de responsabilité des tribus en Algérie (1). Cette loi, tout injuste qu’elle paraisse, est cependant, dit-on, suivie d’heureux résultats ; le village impliqué préfère livrer les meurtriers que de sacrifier un talari.
J’ai revu Ramleh, ses couvents et ses palmiers; j’ai revu Jaffa, où le bateau à vapeur français nous attendait en rade. Il me fallut quitter mon bon Micaïl, qui retourna à Beyrout. J’ai éprouvé un vrai serrement de cœur à la pensée de me séparer de lui : prendre congé de cet excellent et courageux Maronite, c’était commencer mes adieux à l’Orient, le pays des rêves et des vieux souvenirs.
(1) Les Égyptiens, dit Hérodute, faisaient payer au village le plus voisin les frais d’un enterrement de première classe.
Après un jour et demi de navigation loin des côtes, nous abordons à Alexandrie: nous y trouvons l’Egypte* qui se modernise et cherche à devenir européenne quand même. Une semaine encore et nous sommes en France.
Décembre 1858#