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DEUXIÈME PARTIE

trop minime pour que les malheureux puissent subvenir aux nécessités les plus pressantes de la vie. Les garanties promises sont refusées, les garnisons turques interceptent encore les communications; Daoud-Pacha, arménien peu sympathique à la nature du Liban , se montre le moins possible et reste sourd aux réclamations.

C’est dans cette horrible situation que les chrétiens voient s’éloigner ces vaisseaux qui leur promettaient assistance. L’Europe a prouvé qu’elle s’intéresse à eux ; mais de nouveaux massacres recommenceraient, et l’hypothèse n’est que trop probable, on arriverait encore trop tard pour les empêcher.

« Il ne fallait pas nous encourager, disent les Maronites, il fallait au contraire calmer nos exigences, puisqu’on ne nous donne pas les moyens de les soutenir, de nous garantir, non contre les Druses qui ne seraient rien et ne pourraient rien faire par eux-mêmes, mais contre le gouvernement turc qui veut nous exterminer complètement. » Alors quelques regards se tournent de nouveau vers Joseph Karam, sa popularité augmente ; elle donne de l’ombrage à la Porte, Joseph Karam est arrêté et emmené à Constantinople.

Un pareil état de choses peut-il durer? Depuis le supplice d’un petit nombre de coupables, la position est encore plus tendue qu’avant les massacres. Plaise au ciel qu’un nouvel orage, rallumant ces cendres%à peine assoupies, ne provoque pas un incendie plus terrible encore, plus étendu dans ses ramifications ! Les chrétiens de Syrie ne sont pas les seuls dans le vaste empire turc, et nous savons ce que souffrent les raïas bulgares et les réponses faites à leurs réclamations les plus légitimes. En Mésopotamie, on compte dix mille chrétiens, les uns chaldéens, les autres jacobites et nestoriens,

toujours exposés à une explosion du fanatisme musulman (1). Puisque le gouvernement turc a permis les massacres de Syrie, où s’arrêteront les excès s’il n’y est pas apporté un terme, si la responsabilité la plus inexorable ne pèse désormais sur le gouvernement d’Àb- ~ dul-Aziz ?

Je me permettrai d’ajouter à ces considérations générales quelques détails particuliers qui se rapportent à mon précédent voyage. Parmi les chrétiens que j’avais connus en Syrie il y a trois ans, les jeunes mariés, Mouça et Malaké, étaient ceux dont le sort m’intéressait le plus vivement. On m’appprit qu’ils avaient pu se réfugier à Beyrout.

J’ai voyagé de Marseille à Alexandrie avec le patriarche qui bénit leur union. Monseigneur Ata est un exemple frappant des vicissitudes humaines. Archevêque grec uni d’Homs et de Baalbeck, il était à Damas, au moment des massacres, enfermé dans la maison d’un Turc. Au dehors, la populace ameutée demandait en vociférant qu’on lui livrât cette nouvelle victime; les maisons voisines brûlaient : c’était la mort s’il sortait, la mort s’il restait près de l’incendie. Quelques heures d’angoisse s’écoulèrent. Enfin, son hôte, qui lui avait de grandes obligations le déguisa de son mieux, et, à la tombée de la nuit, le fit sortir entouré de la famille turque: quand il l’eut conduit hors de la ville, il lui fournit même le moyen de gagner la montagne. De là il atteignit la flotte. Le vieillard frissonnait eàicore en me

(1) A Bagdad, la conversion d’un mahométan excita la population au point d’inspirer pendant trois semaines aux chrétiens les plus vives inquiétudes. Dans un autre cas de conversion d’une jeune fille qui put s’enfuir, les musulmans tuèrent son père, en lui disant : « Si lu l’avais mieux élevée, elle ne serait pas devenue chrétienne. »

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