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DEUXIÈME PARTIE

Cette extension de la prépondérance grecque inquiète d’une manière sérieuse les autres branches chrétiennes. L’église arménienne continue à s’enrichir, mais aussi à renfermer dans son sein des éléments de discorde. La mort subite, dans l’espace de trois jours, du patriarche et des deux évêques semblerait presque confirmer les accusations portées contre le troupeau lors du décès de l’avant-dernier pasteur. Le siège est vacant depuis plusieurs mois, car les fidèles n’ont pu s’entendre sur le choix d’un successeur : ils se partagent en deux camps : les uns sont sous l’influence directe de la Russie agissant par le métropolitain d’Etchmiadzin, les autres s’efforcent au contraire de maintenir leur indépendance de principes.

Les pèlerins grecs et arméniens restent maintenant moins longtemps à Jérusalem, à cause du fréquent passage à Jaffa des bateaux à vapeur russes. Pour favoriser cette compagnie dont les recettes sont assez médiocres jusqu’ici, le grand-duc Constantin avait, lors de sa visite en 1859, conçu un plan fort étendu. U s’agissait de transporter à peu de frais les pèlerins, de faire une route carrossable de Jaffa à Jérusalem, de les loger ensuite dans le nouveau couvent, de les conduire au pèlerinage du Jourdain et de les renvoyer chez eux bénis et munis d’indulgences. Pour ce dernier article, on traitait en gros avec le clergé grec pour les revendre en détail aux pèlerins. La spéculation aurait profité de tout l’argent que ceux-ci versent ordinairement entre les mains du clergé. Ce dernier s’est formellement opposé à l’entreprise, qui a échoué. La part de progrès des Latins pendant cet intervalle consiste dans la restauration de l’église Sainte-Anne, dans l’établissement d’un hôpital autrichien pour les pèlerins distingués, et la construction, «par les soins de l’abbé Ratisbonne ,

d’une maison parfaitement entendue où les sœurs de Notre-Dame de Sion élèvent de petites filles; une succursale sanitaire y est attachée à Saint-Jean du Désert. Je dois rendre aux Latins le témoignage qu’ils n’ont pas l’esprit d’obscurantisme des Grecs et des Arméniens : cesderniersne se sont résolus qu’ après de violentes luttes avec les fidèles à fonder les écoles nécessaires au développement intellectuel de leurs troupeaux.

L’église protestante a prospéré, le nombre des sectes diminue : les sabbatariens se sont ralliés au culte angloprussien. Outre le service allemand et le service anglais, une quarantaine de fidèles assistent régulièrement au culte en langue hébraïque. J^es maisons de travail forment de bons ouvriers qui répandent dans Jérusalem la pratique de l’ébénisterie en bois d’olivier; l’hôpital anglais est fréquenté par beaucoup de juifs, la maison des diaconesses s’est considérablement augmentée grâce à l’intérêt que lui témoigne S. M. la reine de Prusse. Elle compte maintenant six dames qui instruisent de petites filles et soignent les malades d’un hôpital dont les vingtcinq lits sont presque toujours occupés. L’état sanitaire de Jérusalem est déplorable : chaque année le chiffre de la mortalité augmente, et des lièvres malignes y régnent pendant l’été à l’état permanent lorsque les citernes manquent d’eau.

Les œuvres juives se sont accrues. Sir Moses Montefiore a fait construire à l’entrée de la route de Bethléem une ligne de petites maisons basses qui servent d’asile à ses coreligionnaires malheureux, institution excellente sous tous les points de vue. Le chemin de Jérusalem à Bethléem est presque rendu carrossable par les travaux des moines grecs; ils viennent d’acheter les terrains qui la bordent en partie et les ont plantés d’oliviers qui prospèrent et leur donneront bientôt un excellent revenu.

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