‹ En OrientChapitre 89 sur 161 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

tins conserveraient leur droit au passage, mais les Arméniens pourraient soulever le coin de leur natte. Les deux partis sont mécontents de cet arrêt, dont la sagesse me paraît cependant incontestable ; les moines latins, qui n’étaient que quinze, accusent les Grecs de s’être joints aux Arméniens pour les accabler. Tel est l'incident que des lecteurs européens trouveront peutêtre bien frivole, mais dont les rancunes et les suites sont loin d’être apaisées à Bethléem.

Les différents cultes s’efforcent aussi de l’emporter par le nombre des conversions. J’ai le regret de le dire, s’il s’en rencontre de sincères, il n’en est que trop encore à Jérusalem dont le but presque avoué est de pourvoir, d’une manière plus facile, aux nécessités de la vie. Sans nous arrêter sur cette profanation d’un acte profondément religieux quand il est accompli avec sincérité, comment ne pas rappeler que pour quelquesuns la conversion devient un métier et qu’ils promènent leur adhésion d’une église à une autre? qu’on a entendu des Juifs discuter les conditions du secours qu’on leur offrait et dire tranquillement: «Il faut que vous me donniez les moyens de satisfaire pendant ma vie beaucoup de jouissances matérielles, puisque je consens à perdre mon âme après ma mort?» N’était-ce pas ainsi que l’on croyait au moyen âge vendre son âme à Satan?

En résumé, la position des chrétiens à Jérusalem s’est fortifiée depuis trois ans : les Grecs surtout se sont développés, les Latins ont progressé, mais dans une proportion infiniment moindre, les Arméniens sont restés stationnaires, les œuvres protestantes se sont agrandies.

Un secours puissant a été prêté cette année aux établissements latins. Au moment de notre séjour à Jérusalem, monseigneur le comte de Chambord arrivait dans la ville sainte. Nous l’avions vu débarquer à Caïfa pour

entreprendre une tournée approfondie de la Palestine. Après avoir visité tous les lieux consacrés par les souvenirs , après avoir laissé dans tous les sanctuaires l’empreinte de son passage, accompagné presque jusqu’aux portes de la ville sainte par l’escorte d’honneur à la tête de laquelle Aghil-Aga s’était placé en personne, le prince est arrivé à Jérusalem où l’attendaient Tardent désir de plusieurs, la respectueuse sympathie de tous. Pour l’église latine de Jérusalem, ce fut un jour solennel que le 22 octobre 1861 : la procession quotidienne des saints lieux se fit avec un éclat inaccoutumé, et dans les rangs des pèlerins, le descendant de saint Louis vint s’agenouiller devan le tombeau du Christ. L’importance morale de l’Église latine s’est ressentie de ce voyage du prince : l’émotion qui s’est emparée des catholiques au moment de sa venue ne se calmera pas de longtemps, et les témoignages éclatants de sa pieuse munificence la conserveront au fond de bien des cœurs.

Il me reste à parler des Turcs. La tendance du gouvernement était il y a trois ans très-hostile aux chrétiens, mais depuis que les événements de Syrie ont excité l’attention de l’Europe, la Sublime-Porte s’est adoucie afin d’éviter de nouvelles causes de désunion. Souvent même la position de l’autorité est très-délicate au milieu des conflits des diverses communions. L’an dernier, plusieurs personnes furent étouffées et une quinzaine de soldats turcs blessés dans le tumulte du samedi saint. « Heureusement j'avais fait retirer les baïonnettes, disait leur capitaine, sans cette précaution on aurait crié au massacre. »

La sûreté générale est plus grande dans l’intérieur de la ville, quoique dans les'environs les Bédouins soient toujours redoutables. Ceux d’Hébron ont refusé de

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