DEUXIÈME PARTIE
payer l’impôt et les troupes sont allées le prélever de vive force. Ceux de la vallée de Jéricho ont laissé piller les voyageurs confiés à leur garde : il en résulte qu’on ne s’adresse plus à eux, et que nous avons pris une escorte de bachi-bouzouks. Ils ne nous ont pas été tout à fait inutiles. Dans la gorge d’Adommim, nous vîmes tout à coup les hauteurs se garnir de Bédouins enveloppés dansleurs manteaux, la tête entourée d’unkoufieh noir et portant un long fusil sur le dos. Ils gardaient leurs troupeaux et chantaient à notre approche : « Voici une bonne journée qui se prépare pour nous. » Il nous fallut patienter tant que notre chemin resta dans la vallée, mais dès que nous atteignîmes leur position, les bachibouzouks s’élancèrent sur eux, le sabre dégainé, en leur demandant raison de ces paroles. Les Bédouins voulurent d’abord résister, niais l’énergie de notre escorte ; et peut-être aussi la vue de nos revolvers, les eurent bientôt mis en fuite sans la moindre effusion de sang.
On peut constater les progrès de la tolérance musulmane en ce que, sur la demande d’un consul, on accorde aux étrangers la permission de visiter la mosquée d’Omar. Aucun chrétien n’avait pu pénétrer dans le sanctuaire jusqu’en 1842, lorsque le prince de Joinville obtint de la traverser rapidement et comme par hasard, après une revue de troupes qui avait eu lieu sur les terrains adjacents. L’archiduc Maximilien la visita quelques années plus tard; pendant la guerre de Grimée, le consul de France se réclama de l’alliance francoturque pour faire entrer quelques compatriotes. Le duc de Brabant arriva muni d’un firman et l’on décida alors que les consuls représentant le souverain, on accorderait l’autorisation sur leur defnande spéciale. C’était sous Kiamil-Pacha , mais les Turcs du vieux parti
portèrent plainte, et ce fonctionnaire fut changé. Son successeur, Soraya-Pacha, en référa à Constantinople. On lui répondit d’agir comme il jugerait le mieux : aussi la mosquée resta close pour les chrétiens pendant trois ans. Le prince Alfred d’Angleterre, obtenant alors un nouveau firman, rompit le charme, et l’on en revint depuis aux admissions sur demande des consuls.
C’est par la description de la mosquée d’Omar que je termine cet aperçu. L’aspect sous lequel on songe le moins à considérer Jérusalem, est celui d’une ville regardée comme sainte par les musulmans autant que par les chrétiens. C’est sous ce point de vue que ma visite me permet d’y jeter un coup d’œil rapide.
En effet, lorsque Mahomet se proposa de réunir sous une même loi et par le lien d’une croyance commune, les nombreuses tribus de l’Arabie, c’est d’abord vers Jérusalem qu’il leur prescrivit de se tourner dans leurs adorations. Il ne plaça la kiblah à la Mecque que la seconde année de l’Hégire. Le nouveau prophète, qui prétendait rétablir dans sa pureté primitive l’ancien culte d’Abraham, devait éprouver une vénération toute particulière pour cette montagne de Morija où le patriarche voulut offrir son fils à Dieu ; où plus tard, selon la tradition musulmane, Jacob vit les anges descendre sur l’échelle céleste ; pour cette ville sainte enfin où prêchèrent les prophètes qui le précédaient, où mourut ce Jésus le plus grand d’entre eux jusqu’à lui-même. Dans leKoran, Dieu jure par le figuier (Damas), l’olivier (Jérusalem), le Sinaï et le territoire sacré (la Mecque), et lorsque le fondateur de la foi nouvelle voulut lui donner la sanction toute-puissante d’une révélation suprême, c’est de Jérusalem qu’il raconte son départ pour le voyage merveilleux où lui sont dévoilés tous les