DEUXIÈME PARTIE
mystères célestes (1). Aussi plus tard, lors d’un schisme dans le califat, le chef des rebelles s’étant établi à la Mecque, Abd-el-Melek, cinquième calife légitime de la dynastie omniade, n’hésita pas à rendre à Jérusalem le titre et les droits de ville sainte et à y diriger les pèlerinages des fidèles.
Dans la conquête de la Syrie par les musulmans, après la prise de Damas, leurs efforts se tournèrent contre Jérusalem et, s’appliquant les paroles du Koran où Moïse dit aux Israélites d’entrer dans la terre sainte que Dieu leur a préparée, ils attaquèrent la ville avec une extrême ardeur. Au quatrième mois du siège, les chrétiens consentirent à capituler, à la condition que le calife viendrait lui-même recevoir leur acte de soumission. Omar, accédant à la requête, arriva de la Mecque pour s’emparer solennellement de cetle ville « mine et tombeau desprophètes. » Ne voulant point, parune rare délicatesse, faire sa prière dans l’église du Saint-Sépulcre, de peur que les musulmans ne la convertissent ensuite en mosquée, il demanda au patriarche de choisir le lieu où il pourrait élever un sanctuaire. La tradition rapporte que Sophronius indiqua l’emplacement du temple de Salomon : l’aversion des chrétiens pour les juifs leur avait fait oublier les souvenirs de l’ancienne alliance et ils l’avaient couvert d’immondices. Omar, pour le purifier, n’hésita pas à en remplir sa robe; l’armée suivit son exemple, le soir même le terrain fut déblayé et l’on put tracer le plan de la splendide mosquée commencée par le conquérant, mais achevée sous ses successeurs.
Les cawas consulaires étaient venus nous prendre à six heures du matin, pour que notre visite pût se terminer avant l’heure de la prière. Nous traversons la ville avec
(1) Voir le Koran, chap. h, v. 129-130; — chap. xcv, v. 1-3; — chap. xvii, v. 1.
solennité, nos gardes frappent à chaque pas leur bâton contre le sol et les soldats nous présentent les armes. C’est ainsi que nous arrivons à une porte dérobée où nous attend un iman accompagné de quelques jeunes prêtres et de plusieurs officiers turcs.
L’emplacement de la mosquée et de ses dépendances occupe le sommet du mont Morija, aplani et remblayé par Salomon et par les rois qui lui succédèrent : c’est un vaste plateau qui tient à la ville à l’Ouest et au Nord, et forme à l’Est et au Sud le couronnement de la vallée de Josaphat. D’après d’intéressants calculs que les rabbins ont fourni, il paraîtrait certain que la disposition du temple de Salomon et de ses parvis correspondait à celle du campement des Israélites dans le désert autour de leur tabernacle ( Nombres , ch. n, y. 3). Les mêmes proportions étaient observées dans des dimensions un peu plus considérables. Ces proportions avaient pour base un système de carrés dont l’autel des holocaustes formait le point central entouré par la cour des Lévites; celle-ci, se prolongeant par derrière, renfermait le Saint des saints, était bordée sur le devant par la cour des femmes et sur les côtés par la cour des Israélites ; le tout enfin était environné du parvis des gentils. La cour des lévites avait soixante coudées de large, celle des Israélites, y compris le prolongement de la précédente, trois fois soixante ou cent quatre-vingt coudées, celle des gentils trois fois cent-quatre-vingt ou cinq cent quarante coudées.
L’espace occupé par les édifices musulmans est un peu plus étendu que ne l’était celui des constructions hébraïques. On traverse d’abord un vaste terrain planté irrégulièrement de cyprès, d’oliviers et de sycomores; il se termine au fond par le mur d’enceinte , la gauche est bordée par les constructions occupant le site du palais