DEUXIÈME PARTIE
L’iman montre une dalle qui recouvre, selon lui, le tombeau de la famille d’Aaron. On a construit au fond de l’édifice un gracieux mimber en bois sculpté et doré. Une antique chapelle consacre le lieu où se tenait Zacharie. La seule splendeur d’El-Aksa consiste dans les vitraux, dont quelques-uns possèdent un éclat surprenant. La. coupole, au-dessus du milieu du transept, repose sur quatre piliers carrés ; quelques belles colonnes de marbre ornent les deux bras de ce transept. Deux de ces colonnes sont placées de manière à ne laisser entre elles qu’un passage très-étroit et qui, par un effet d’optique, paraît encore plus resserré qu’il ne l’est réellement. D’après la tradition arabe, les gens vertueux peuvent seuls franchir cet intervalle, aussi l’iman nous tire-t-il l’un après l’autre très-vite et trèsénergiquement, et son front grave se déride à la vue de notre légère répugnance à tenter une épreuve aussi décisive. Près de ce bras du transept, un petit couloir voûté, d’une simplicité extrême, adossé au mur d’enceinte et donnant sur la campagne, forme le véritable oratoire du calife Omar.
On descend ensuite sous la mosquée dans un vaste souterrain, voûté en plein cintre, double au commencement et séparé d’abord par un mur, ensuite par des arcades que soutiennent des piliers. Ces galeries, dont la profondeur augmente à mesure qu’on avance, aboutissent à une salle formée par la réunion des deux couloirs et dont la quadruple voûte est supportée par une énorme colonne monolithe, et par deux demi-colonnes engagées dans le mur ; les chapiteaux rappellent le style palmé égyptien. Deux portes correspondent aux deux galeries; l’une d’elles est surmontée d’un linteau colossal, et sur les murs extérieurs de la ville on retrouve les traces d’une de ces entrées. Il paraît évident que ces
remarquables cryptes formaient un des accès du temple, et l’architecture massive et solide permet d’en attribuer la construction à Salomon ou à l’un de ses successeurs immédiats. Dans les carrières, près de la porte de Damas, on a retrouvé en creux les dimensions exactes des blocs gigantesques qui soutiennent encore aujourd’hui les voûtes; je rappelle ici qu’il doit exister une communication directe entre ces carrières et les souterrains qui s’étendent sous une partie du Haram-ech-Chérif.
Au sortir de la mosquée, nous traversons le terrain planté afin de nous rendre à l’angle sud-est du mur d’enceinte, dans un petit bâtiment dont la chambre souterraine renferme une niche en pierre sculptée en forme de coquille. C’est le berceau d’Ysa ( Jésus ) nous répètent les jeunes prêtres turcs. On peut remarquer dans cette chambre la pierre angulaire qui supporte le point de rencontre des deux grands murs de l’édifice : c’est par allusion à une construction semblable que le Christ s’est comparé à la maîtresse pierre de l’angle.
Le voyageur monte alors sur le rebord intérieur du mur d’enceinte, chemin de ronde qui règne, plus ou moins détérioré, autour de toutes les murailles de la ville et nous arrivons à une brèche que traverse une colonne couchée horizontalement et qui s’avance hors du mur au-dessus du vidé. Et quelle pensée se rattache à cette colonne ! C’est sur elle que s’assiéra Mahomet le jour du jugement dernier ; suspendu sur l’espace, il jugera les âmes accourues de tous les points de la terre dans cette vallée de Josaphat qui se déroulera sous ses pieds. Le lieu est vraiment imposant : on domine à une extrême hauteur le ravin profond et rocailleux, les tombes éparses sur les flancs de la montagne. Quelle impression l’aspect de cette place ne peut manquer de produire sur le musulman, lorsqu’il songe aux scènes qui