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DEUXIÈME PARTIE

cheur, au troisième bond ils ont gagné l’eau ; plus loin le butin convoité est repris par le flot lui-même, tandis que quelques enfants, plus adroits et plus infatigables que les autres, s’arrêtent après dix minutes de course et rapportent tout ce que peuvent contenir leurs petites mains.

A la nuit tombante nous arrivons à la jonction du canal et du Nil. Une grande usine, construite en briques et en pierres, alimente le réservoir de Mahmoudié dans les temps de sécheresse. Après une heure et demie de retard nous entrons dans le fleuve, éclairés, en guise de phare, par les falots qu’on tient des deux côtés de la berge ; chacun songe alors à l’installation pour la nuit , mais la majeure partie des voyageurs est contrainte de rester sur le pont. Nous nous ensablons deux fois et le brouillard nous arrête une troisième ; comment s’en plaindre, il y a deux Semaines le bateau mit trois jours et trois nuits pour accomplir le même trajet.

Enfin, quand le brouillard se dissipe, le lendemain vers dix heures, nous pouvons apprécier la beauté du fleuve. Comme le Nil croît régulièrement de la fin de juin au commencement d’octobre et décroît d’octobre en janvier, le moment où nous sommes est le plus favorable pour juger de toute l’étendue qu’il recouvre. Il remplit maintenant l’espace entre les deux digues; ces digues sont en terre et très-solides lorsqu’on s’occupe de les réparer; mais depuis trois ans, ces soins importants ont été négligés : cette année même, sous prétexte d’économie, le vice-roi avait congédié beaucoup des surveillants. Le résultat de ces mauvaises mesures ne s’est pas fait attendre : la crue est venue avec un redoublement d’intensité ; l’eau, s’infiltrant dans les digues mal entretenues, les a fait céder par endroits, et l’irruption du fleuve a causé des désastres nombreux. C’est ainsi

que le bienfait est devenu , par suite de l’incurie humaine, un véritable fléau qui détruisit cent cinquante villages et causa deux cents millions de dégâts. C’est à Kafrezayat que les premières digues ont crevé ; mais, grâce à la progression mesurée de l’inondation, les hommes ont eu le temps de se réfugier avec leurs troupeaux sur les éminences, oùl’on venait les reprendre en barque. Rien n’est en effet plus commode que les crues ordinaires du Nil : le fleuve monte par degrés presque mathématiques et laisse aux habitants le délai nécessaire pour se retirer sur les hauteurs ; il décroît de même, et quatre ou cinq jours après qu’il a abandonné un terrain, le laboureur peut déjà y jeter la semence en toute sécurité. Cette année même, si les digues eussent été en bon état, cette crue surabondante fût devenue un bienfait de plus, puisque les récoltes suivantes ne manqueront pas de donner des produits magnifiques. L’invasion de l’eau a causé deux dommages, dont la destruction des villages est la moindre, grâce à la facilité qu’on trouve à rebâtir ces huttes de limon : dans les endroits ordinairement garantis les semailles étaient faites, et le Nil, qu’on n’attendait pas, a détruit la récolte. Or, on fait trois récoltes pareilles dans l’année : la perte est totale pour ceux qui espéraient de cette moisson le moyen de se procurer les semences indispensables à la seconde récolte; ceux qui ont le bonheur d’en posséder gagneront à cause du fort rendement occasionné par la couche de limon qui recouvre le terrain; mais beaucoup n’ont pas ce nécessaire-là. On a perdu ainsi le quart de la récolte du coton; le reste réussira, et cette branche de la culture égyptienne promet d’atteindre un grand développement. Le coton d’Egypte est d’une qualité excellente ; il s’en exporte annuellement de quatre à cinq cent mille balles ; il revient à Marseille à 500 francs

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