GOUVERNEMENT DU HAVRE ^2" PARTIE; DERNIÈRES ANNÉES SA SUCCESSION
Le grand grief fait à Corbeyran de Cardaillac est son hostilité absolument intransigeante vis-à-vis des Huguenots. Sa finesse de Gascon et sa clairvo^^ance indiscutable lui auraient rendu aisée, plus qu'à tout autre, une attitude opportune vis-àvis des deux partis. Son caractère était d'une trempe trop tière pour se plier à ce jeu. Tel qu'il était d'instinct, tel il nous paraît dans toutes les phases de sa vie, dont chaque acte
(i) Borély, Histoire de la Ville du Havre et de son ancien gouvernement, t. II, p. 152.
I j6 F.N PAYS D1-: GASCOGNE
public fut inspiré par le sentiment du devoir. Il exécrait, sans dissimulation, les hérétiques avec toute la vivacité de sa foi religieuse et de son dévouement sans limite au Roi. Dans chaque protestant, il voyait non seulement un révolté, mais un traître. L'origine des sentiments haineux qu'il inspirait aux Réformés vient de ce que leurs efforts réitérés pour reprendre le Havre, — qu'il avait si bien contribué à leur enlever, — s'émoussèrent contre sa vigilance et son énergie.
Le choix L]ue (>harles IX lit de Sarlabous, comme gouverneur de cette place si importante et si difficile à maîtriser, prouve la clairvoyance de ce Prince, et le maintien de Sarlabous en ces fonctions par 1 lenri III fut un acte de sagesse de la part du nouveau Roi et un acte de justice vis-à-vis de Corbeyran.
Au début de Tannée 1^7^. le bruit courut en Angleterre que Chaiies IX préparait une expédition en Ecosse et que Corbeyi^an. qui devait en faire partie, avait reçu des ordres à cet eft^et. Nous ignorons si ce projet, qui n'a rien d'invraisemblable, fut réellement conçu : mais nous retrouvons l'écho de ce bruit à la fois dans une lettre de II. Killigrew à Burghle}', 29 janvier (i). et dans la correspondance de notre ambassadeur à Londres, Bertrand de La Mothe T'énelon. Celui-ci écrivait, en effet, le 3 mars, à son souverain que la reine Elisabeth se plaignait ciu'on répandit la nouvelle que le Roi de P'rance « avait commencé de donner secrettement ordre, en Xormandye et Bretaigne, à un embarc]uement pour passer des gens de guerre en Ecosse; et que Monsieur, frère de \'otre Majesté, en seroit le conducteur, et que M. le chevallier et M. de Guyse, et aultres grandz du royaulme, debvoient estre de la partye : et que mesme le cappitayne Sarlabos assembloit desjà pour cest effet, au Havre de Grâce, le plus de soldatz qu'il pouvoit : ce que la dicte Dame ne vouloit encores résolument croire, ains attandoit qu'elle en vît quelque chose plus avant )) (2).
Le 23 novembre 1^73, le duc d'Anjou, au moment de son départ pour la Pologne, où il venait d'être appelé comme sou-
(i) Stalc papcrs. Ssollaud. t. W. 1^71-1^74. — Edini'->iiroh. 1005. in 8". pp. 477-378.
(2) Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothc Fénclon... Paris et Londres, 1840. in-8".
KN PAYS 1)K GASCOGNE 1^7
vcrain. honore Sarlaboiis d'une lettre pleine de sentiments affectueux. La lettre du Prince, écrite, de Nancy, exprime les vifs regrets qu'il éprouve de quitter la l''rance. où il laisse de « bons (( et affectionnés serviteurs », que le peu de temps qu'il a a séjourner en France 1" (( empesche de voir avant de partir )>: (( je (( ne saurais mieux me satisfaire (écrit-il) en cest endroit que par (( lettre pour vcuis dire que je veux vous continuer l'amitié que (( je vous ay ci-devant portée comme à personnage de valeur et (( de niérite que vous êtes, vous priant, que comme vous m'avez (( ci-devant fait démonstration de bonne et vraye affection vous (( me la réserviez encore quand je seray hors du ro3'aume...)) ( i ).
Vn an après, Ilenr}- était revenu en France pour succéder à son frère Charles. II trouvait devant lui, en plus des Calvinistes, un nouveau parti, celui des Politiques dont les quatre Montmorency avaient la direction, sous l'inspiration du nouveau duc d'Anjou. Raymond de (>ardaillac servit effectivement le Roi dans cette nouvelle révolte, tandis que Corbeyran demeurait entièrement absorbé par son gouvernement du Havre.
Le 14 mars 1S7S, C>)rbeyran avait protité du passage de l'amiral de la Meilleraye pour réunir un grand nombre de notables, à l'effet d'obtenir des ressources suffisantes pour réaliser un projet, désiré par tous, l'édification de l'église de Notre-Dame du Havre, sur les plans de Nicolas Duchemin.
Le 2X avril la première pierre fut posée en grande pompe par le gouverneur, devant une assistance considérable. Duchemin et son hls se mirent aussitôt à l'œuvre dans les conditions déterminées. La construction dura de 1^74 à IVS7. c'est-à-dire au delà du gouvernement de Corbeyran, qui lit plusieurs dons en argent ou en nature.
La veille de la fête de saint Jean-Baptiste (2), le 23 juin 1S76,
(i) Bibliothèque Nationale. Carrés d'IIozier. Vol. 151. fol. 340. (Voir Pièces justificatives, n" 7.)
(2) D'après Guillaume de Alarceilles. Mémoires de la fondation d'orinnie de la ville Françoise de Grâce. Havre, 1847. In-4°. p. 38. — Cependant l'entrée du Prince dut être un peu postérieure puisque les acquisitions, faites par la ville des divers présents, sont du 7 juillet. Il est à croire que cette dernière date concerne la liquidation des dépenses laites et que les princes étaient même repartis. La collation offerte aux princes et à leur suite, en Thôtel de ville, eut lieu le 2 juillet. Cela confirmerait Thypothèse qui précède.
I j8 EN PAYS DE GASCOGNE
arriva au Havre le roi Henri III, avec les deux reines, Catherine de Médicis, sa mère, et Louise de \'audeniont, sa femme. Comme il voyageait (( en petit équipage », il interdit les salves d'artillerie et toute autre démonstration bruyante, qui accueillaient toujours la venue des souverains. Le corps de ville alla cependant complimenter le Roi, qui. comme don de joyeux avènement, remit a la cité l'imposition de cent livres qu'elle payait au domaine pour des droits ro3'aux.
Il parcourut la ville d'un air assez ennuyé et comme en courant, dit Forestié, jusqu'au moment où, étant venu à la maison du gouverneur, il reçut des mains de Sarlabous, au nom de la ville, un don qui le combla de joie : c'était une guenon, qui avait coûté so livres, 6 sols tournois (i).
Le corps de ville offrit également aux deux reines deux perroquets ; un troisième fut donné à M. de Lansac et le quatrième à M. de Villeroy, Ces oiseaux avaient coûté la somme considérable de I vS livres, n sols.
Une collation abondante, offerte à la suite de leurs Majestés, termina la réception.
Le Roi fut tellement charmé du présent qu'il voulut mettre la guenon et les perroquets dans son carrosse pour se divertir, pendant le voyage de retour. Aussi lit-il une entrée ridicule à Paris, dans une voiture pleine de petits chiens, de singes et de perroquets (2).
Tout en s'occupant de l'administration et de l'embellissement du Havre, Sarlabous ne perdait pas de vue le principal objet de
(i) « Guillaume Beurios, recepveur des deniers communs de la ville françoise de Grâce, payez comptant des deniers de vostre dicte recepte provenant des deniers des vins et vinage d'icelle à M. Jehan d'Auge la somme de cinquante livres six sols tournois à luy ordonnez pour son payement d'une guenon e]u'il nous a vendue et livrée et laquelle nous aurions présentée au roy au nom de ceste ville, étant venue en icelle le deuixicme jour de ce présent moys et an, et en rapportant la présente avec quictanee du dit d'zAuge la somme de cinquante livres six sols tournois, vous sera passée, allouée, déduicte et rabattue en l'audition de vos comptes des dicts et vinages sans difliculté. Faict en l'hostel commun de la ville de Grâce le septième jour de juillet mil cinq cent soixante et seize. Sarlabos, Legoubey. J. Gardon, M. Levassor. Gamiel. 1^76. »
(2) Bordier et (^harton : Histoire de France, t. II, p. 83.
i-:n pays 1)K gascognf.
MANDEMENT DE SAKLABOUS
K l'achat I)\jNK GUF.NON OKIKKTK Al' ROr, 50 LIVRES, 6 SOLS TOURNOIS
'y kl i>
1, f.^ Hmi
K%mm
5 ft
ii^ ^
Phototypic Forosfu'.
sa mission : la sûreté de la place. L'ennemi était le religionnaire local, toujours aux aguets pour profiter d'une circonstance, toujours soutenu et excité par le voisinage des Anglais.
Tous les contemporains de Corbeyran, — dont plusieurs lui étaient fort hostiles. — se sont accordés pour lui reconnaître une grande dignité personnelle et un véritable sentiment du devoir. Juge de ce qui pouvait résulter, dans la ville, de la publication de l'Edit de Pacification, que le Roi venait d'accorder aux protestants pour leur conlirmer certains avantages et supprimer la Ligue, Sarlabous se refusa net à l'appliquer et même à le publier au Havre.
Avec son tempérament d'énergie et de prompte décision, Corbe3a^an estima qu'il fallait par une mesure unique mettre les protestants dans l'impossibilité de recommencer leurs velléités de révolte. 11 ht un règlement, terrible dans sa concision, qui punissait d'abord de fortes amendes, puis du fouet et enfin de la potence tous ceux qui tiendraient des assemblées illicites. Par suite d'une autorisation qu'il avait sollicitée du Roi, le gouverneur interdit aux réformés de s'absenter, d'équiper un navire et d'entreprendre un voyage au long cours (i). C'était pour les protestants un coup mortel.
Le 20 juillet nyy. la Reine-iVlère écrit au maréchal de (>astelnau qu'elle vient de prescrire au gouverneur du Havre de ne plus permettre jusqu'à nouvel ordre à aucun protestant de se fixer dans la ville ni à aucun navire anglais d'entrer dans le port sous le prétexte de commerce (2).
Le i'^'" mars 1^78 fut passé le contrat de mariage de Jean de Cardaillac avec demoiselle Jeanne de Caliège, fille de noble Pierre de Caliège, écuyer, et de dame Marguerite Le Valois. Les tabellions qui rédigèrent cet acte étaient M^^ Geoffroy du Bois et Mathieu Estart, notaires de la vicomte, siège et seigneurie de Saint-Julien-de-Kaulcon en Normandie.
Ce fut en mai 1^78 que se présenta pour Sarlabous l'occasion, nouvelle, de ne s'arrêter devant aucune considération étran-
(i) Borély, Histoire de la ville du Havre, t. 11, p. 153.
(2) Mémoires de M. Michel de Castelnau. Bruxelles, 1731. In-fol., t. III, p. 521.
(3) Archives du Grand Séminaire d'Auch, N" 5572.
EN PAYS dp: GASCOGN'R I \\
gère à ce qu'il croyait être son devoir. Un soldat de sa compagnie, Ai^nan i.e (>onte. se voyant menacé d'une punition exemplaire pour diverses fautes, s'enferma dans la (i rosse Tour, ou il se trouvait de garde, après avoir éloigné ses camarades. (( Le gouverneur aussitôt assembla sa compagnie et les (( bourgeois y accoururent au nombre de plus de mille. On (( essaya vainement d'enfoncer la porte à coups de levier; le (( soldat désespéré les acablait de pierres qu'il avait amassées et ({ courait furieux, de haut en bas, armé de sa hallebarde. On fut (( donc obligé de planter des échelles, d'où l'un des soldats qui (( y montèrent le tua d'un coup de pistolet» (i). Le gouverneur lit ensuite pendre aux créneaux le cadavre, la tête en bas. On eut à se féliciter que le mutin n'ait point pensé, dans son désespoir, à se faire sauter avec la poudre que contenait la tour en même temps qu'une grande quantité d'armes et de munitions de guerre. Sarlabous avait jugé le péril imminent et, devant la nécessité de ne pas faire céder la discipline et en face d'une effroyable catastrophe possible, il avait donné sans hésiter, le seul ordre pouvant le conjurer. Le roi voulut avoir une plein j connaissance de cette affaire.
En 1579, ((Monseigneur de Sarlabos, gouverneur, donna à (( l'Église (Notre-Dame) un magnifique aigle d'airain armo- (( rié », dit l'abbé Lecomte (>).
Corbeyran de Cardaillac de Sarlabous, — qui avait été chambellan du duc d'Alençon, — reçut du Roi une nouvelle preuve d'attachement pour sa personne et d'estime pour sa valeur politique, en étant appelé, par lettres patentes du 30 septembre 1581, à faire partie du Conseil d'h^tat et du Cons:il privé (3).
En l'année ivS2, Sarlabous remit, au nom de la ville, des présents à divers personnages de la Cour, qui avaient favorisé de leur crédit des affaires intéressant le Havre (4).
La conspiration de Salcède (^), ourdie à l'instigation de Phi-
(1) Fore.stié. p. 184 (d'après G. de Alarccilles).
(2) Abbé Lecomte : « Messire de ("lieu. Les Eolises et le Clergé de la ville du Havre. » 18^1. p. gi.
(3) Bibl. Nat. Carrés de d'Hozier, vol. 151.
(4) P^orestié, p. 18^.
(5) Forestic, p. i 86.
t42 F.N ^.AYs DE Gascogne
lippe II et du duc de Guise, fut étouffée grâce à l'énergie du duc d'Anjou, qui lit arrêter en Flandre cet aventurier gascon. Celui-ci lit des aveux, des rétractations, se démentit, perdit la tête et ne vit d'autre moyen de salut que dans l'augmentation du nombre des agents responsables. S'il n'espérait point se tirer d'affaire complètement en dénonçant ses inspirateurs et ses complices, il pensait que l'énc^rmité de son crime serait atténuée s'il parvenait à y mêler le plus grand nombre possible de personnages. D'après ses premiers aveux, une guerre civile dans tout le royaume aurait, en éclatant soudain, empêché le Roi de secourir le duc d'Anjou, dont les Espagnols auraient eu facilement raison en Flandre. Les Guise auraient eu, dès lors, la facilité de remplacer les Valois sur le trône. Les ministres, les plus grands seigneurs de la Cour, les gouverneurs de places auraient été tellement acquis au complot qui visait, tout d'abord, la mort du Roi, que les moins ardents devaient, par une abstention complète, aider au succès de la conjuration. Entré dans cette voie, Salcède ne voyait que son salut à obtenir. Mensonges et calomnies l'arrêtaient peu. Son voisin de Gascogne (i) fut spécialement visé et Salcède assura que le dévouement aveugle de Sarlabous aux Guise avait eu raison de ses scrupules de loyauté et de sa fidélité au Roi. L'accusateur s'était déjà montré indigne de toute créance ; la longue carrière de Corbeyran devait suffire pour dissiper de suite ces calomnies. S'il avait un culte pour la maison de Guise, sa nature loyale ne pouvait condescendre à s'associer à une trahison contre le Roi, et un roi, surtout, auquel l'unissaient des liens d'étroite affection.
Le 21 mars HH3, Henri III, ayant donné à son beau-frère, le duc de Joyeuse, amiral de France, le gouvernement général de la Normandie, écrivit une lettre particulière au gouverneur du Havre pour l'en informer (2). Il lui prescrit en conséquence de recevoir le nouveau gouverneur général, quand il viendra au Havre, avec tous les honneurs dus au Roi. dont il tient vraiment la place dans la région.
Cette lettre privée, précédant les lettres patentes destinées à tous les gouverneurs des places de Normandie, était un témoignage d'égards particuliers pcjur le gouverneur du Havre. On
(i) Salcède était lils du gouverneur de V'ie-en-Bigorre. (2) Bibl. Nat., Ms. f. français 330O, foi. 81 v^
I;N pays bK GASCOGNE I4J
kii faisait savoir, en mCMiic temps, qiril traiterait de sa charge, s'il voLilait. avec le Li'oLiverneui' i^énéral et recevrait une certaine somme d'argent a titre dindemnité (i).
Le 2N mars i^n^. le Koi signa, à Paris, les lettres patentes, par lesquelles olliciellement. le duc de Joyeuse était nommé gouverneur général de la Normandie {2). Les lettres subordonnaient au Duc les gouverneurs de Kouen, du Havre, de Caen, de Ilonlleur et autres places de la provmce. Quelques jours auparavant, une lettre du prince {^) invitait spécialement Sarlabous à t\nre bon accueil à la compagnie du capitame Armisac, dirigée sur le Havre pour être à la disposition de M. de la Alailleraye et s'embarquer pour les côtes du Portugal. Le gouverneur devait veiller à la solde régulière de cette compagnie, afin qu'elle ne fut point a la charge de la population et ne causât point de désordre.
Le 14 avril ]^Xj., le duc de Joyeuse arriva au Ikivre avec une nombreuse suite de gentilshommes, et il fut cordialement reçu par Sarlabous qui se conforma, pour les honneurs, à la volonté du Roi et lui offrit les présents de la ville (4).
Le 14 mai 1S83, Corbeyran de Cardaillac, (( gouverneur pour (( sa majesté en la ville de Grâce et Commissaire depputé par « Monseigneur le duc d'Anjou pair et admirai de France, gou- (( verneur et lieutenant général pour S. M. en ce païs et dusché (( de Normandie, » ordonna la démoHtion d'une partie de la jetée et la réparation du port (s).
Le pilote royal. Jacques de \'aulx, dressa, cette année là, le plan du Havre, conservé à la Bibliothèque Nationale, (fonds français n^ iso).
Sarlabous donna, le 23 juillet 1^84, quittance à Jacques Lero)^, trésorier de l'épargne, pour 2166 écus de 3 années et un quartier d'échéance de la rente de 666 écus â lui assignés sur la recette générale des finances de Caen.
(i) Borcly, op. cit.. t. II, p. 165.
(2) Bibl. Nat. f. français. 330O. fol. 86. — Dans la situation où se trouvait l'amiral d'Anncbault. entendant que tous les points importants du royaume fussent dans la dépendance absolue et immédiate des amiraux.
(3) Bibl. Nat., f. français, 3306. fol. 73 v''.
(4) Borély. Histoire de la ville du Havre, t. II. pp. 164-165.
(5) Bibl. Nat. f. français 27080, dossier 13906.
Les deux derniers actes, conservés aux archives du Havre. sont une sorte de mise en ordre des affaires de (>orbeyran de Cardaillac-Sarl?ibous soit pour son gouvernement, soit pour lui-même, avant de quitter le Havre. — ce qui eut lieu au mois d'août 1^84 (i). Il traita avec TAmiral Anne de Joyeuse, qui reçut de lui le domaine de Percanville (2).
\'oici comment Borély. dans son « Ilis/oire Je la lùlk' du (( Harrc cl de sou aiicieji Li'ouverneineiil )). apprécie cette administration remarquable, qui contribua si puissamment à la grande prospérité de cette ville maritime : (( Aussi ardent catholique (( que vaillant capitaine, Corbej'ran de Cardaillac. seigneur (( de Sarlabos, avait été placé au Havre dans des circonstances (( exceptionnellement dilliciles. Pendant les vingt et une années (( que dura son gouvernement, il eut besoin de beaucoup de (( vigilance et de fermeté pour maintenir Tordre et la paix au (( sein d'une population où fermentaient encore tant d'éléments (( de discorde et que divisaient des haines implacables: pour (( tenir la ville à l'abri des surprises du dehors et des conspira- (( tions de l'intérieur, il se montra dur quelquefois et toujours (( sévère à l'égard des huguenots : mais il ne faut pas mécon- (( naître qu'une grande responsabilité lui incombait, et que le (( souvenir de Jean de Gros et les événements qui avaient été la (( conséquence de la faiblesse de cet infortuné lieutenant de « Coligny n'engageaient guère à user de ménagements intem- (( pestifs, qui eussent pu devenir si facilement compromettants. (( Quoi qu'il en soit, par son activité, par son entente des affai- (( res administratives, par son zèle à servir et à défendre tous « les intérêts de la cité, Sarlabos a mérité d'être regardé, ainsi (( que nous l'avons déjà dit. comme un des meilleurs gouver- (( neurs dont le vieux Havre ait conservé le souvenir. »
AL Forestié (3) se demande ce qu'il devint ensuite et présume qu'il rentra dans l'armée. Il ne trouve point controuvée l'opinion d'historiens qui le font mourir comme mestre de camp en 1586 à Oléron: mais les narrateurs de cet épisode des guerres de religion ne parlent que de la mort d'un mestre de camp de
(i) De Alarcellles. p. ^5
(2) Ibidem, p. ^ 5 .
(3) Op. cit.. p. 192.
EN PAYS \)i: r.ASCOGNM-: 145
Saint-I^uc, qu'ils ne clcsi<^-ncnt ])as par son nom. Nous ne pouvons que constater le vague de cette opinion et le défaut de base qui appuierait le dire de l'abbé de \'ergès, prétendant que Corbeyran mourut à P>ordeau.\. Reprendix^ du service actif, avec le grade qu'il avait avant son gouvei^nement au Havre, eut été une acceptation de défaveur que n'auraient pu mériter ses longs et loyaux services. Notre opinion est qu'en quittant le gouvernement du Havre et le commandement de sa garnison, après un accord avec Joyeuse et l'autorisation du Roi, (Corbeyran de Cardaillac-Sarlabous dut se fixer le 17 février 158s, avec sa femme, dans. les environs de Lisieux, au manoir de la lloublonnière, en la .vicomte d'Auge, terre qu'il avait acquise du sieur de Saint-Simon ( i ) .
^^a^Py^^^
ij.
WÊk
■kp- .f»
fi.
^|jëL3^^^^gM**Ocf
Soiiii !*■■"• lit ïl- Il l'an!
wSSKB^>^'a
^Êk
^^^^^^^^Hj^^^i
HhB
IIHHH^^^^^^^Ii^^'
^mm
HHHI^HH^H^Hi
LA HOUBLONNIERE
Église (lu xii« siècle. — Château des xv*^ et xvf.
Il avait certes droit au repos et avait besoin de donner ordre à ses affaires, ayant de grands intérêts en Normandie, soit du fait de sa femme, soit par lui-même. Il était ainsi créancier du trésor royal d'une forte somme et inscrit, pour les intérêts jusqu'à paiement complet, parmi les rentiers de la généralité de Caen.
(i) Arch. du marquis de F'ranclien. château de Lascazèrcs (Hautes-Pyrénées).
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il était, à Rouen, qualifié conseiller des Conseils du Roi, chevalier de son ordre, quand il fit, le 31 juillet i>8^, le prêt de 50 écus d'or à un certain Nestier (i).
Dans les archives de l'église Saint-Jacques de Lisieux, en Normandie, fondée par la famille Le Valois, on lit, à l'occasion du décès de Marguerite Le Valois, dame de Sarlabos, Trousseauville (2) et le Tremblay, l'énumération des titres de son mari : (( ... veiifvc de Messire Corberan de Cardaillac ^ seigneur (( de Sarlaboux, chevalier des ^ ordres , du Roi ^ capitaine des (( Gardes, MARESCHAL DES CAMPS ET ARMÉES DE SA (( .\L\JESTE et gouverneur de la ville française du Havre de (( Grâce )) (3).
C'est au commencement de Tannée 1586 que mourut Corbeyran (4). Raymond, son 'frère et son lièritier universel sous bénéfice d'invenlaire, réclama l'entrée en jouissance immédiate de la Houblonnière, en attendant que, l'inventaire achevé, il put être substitué à Corbeyran pour ses autres biens de Normandie.
Sa belle-sœur n'admit pas ces prétentions. Elle réclamait l'intégralité de son douaire, la mise immédiate en fermage des terres acquises en Normandie depuis son mariage, et un inven-
( 1 ) Arch. départementales des Hautes-Pyrénées, E, 131.
(2) Le manoir de Ti^ousseauville, qui appartenait à Marguerite Le Valois, prit depuis elle le nom de Sarlabot, qu'il porte indistinctement avec celui de Trousseauville. La carte du diocèse de Lisieux, par d'Anville, en 1783. l'indique sous le nom de Alathan. — la lamille de ce nom Tayaut possédé jusqu'à la moitié du xviii^ siècle au moins. La carte de Cassini inscrit : « Manoir de Trousseauville ». Celle du dépôt de la Guerre : « Sarlabos ». Celle du ministère de Tlntérieur : « Sarlabot ». (Extrait de fort précieuses communications obligeamment laites par M. le Commandeur Henry Le Court, président de la Société historique de Lisieux.)
(3) M. le Commandeur Henry Le Court, président de la Société historique de Lisieux.
(4) D'après la requête au Parlement, de son neveu, Pierre de Caussade. pour être admis comme partie aux procès survenus entre Jean de Cardaillac et Marguei'ite Le X'alois (Arch. du marquis de Franclieu, au château de Lascazères. Hautes-Pyrénées). .Mais aucun indice ne se trouve pour mieux préciser la date du décès et Tendroit où il eut lieu. La mort doit être placée dans les premiers mois de Tannée, puisque le premiei" arrêt entre Raymond et sa belle-sœur fut rendu le 24 avril i 586.
EN PAYS DE GASCOGNE l |
taire absolument ré^^ulier des papiers et des titres de la succession. Les premières phases de ce procès furent marquées par des arrêts du parlement de Rouen des 24 avril, 29 mai et 16 jum 1586. La (>()ur accordait tout d'abord le manoir de la Iloublonnière pour servir de lo^is à Raymond, a titre pers(jnnel et provisoire, tandis que la veuve pourrait résider en sa maison de Pont-rr^vêque. (>ette solution permettait aux parties d'attendre la lin de l'inventaire, auquel ni l'une ni l'autre ne devait s'opposer sans s'exposer aux plus graves sanctions. Marguerite Le Valois, à laquelle revenait de droit le tiers des acquêts, aurait satisfaction provisoire sur ce point, dès que la Iloublonnière trouverait un fermier, réserve faite du manoir. La durée de ce fermage était fixée sur le temps largement sullisant pour l'inventaire. Mais, s'il trouva preneur, après que Raymond eut, par ses récriminations et ses menaces, empêché longtemps qu'il s'en présentât, il y eut plaintes de sa part au sujet de prétendues soustractions de titres à la succession. L'année i^s- passa de la sorte, de procédures en procédures, sans rien avancer.
En 1588, en partant pour la Gascogne, Raymond tit, en faveur de son neveu Jean, la donation des fruits et revenus de la Houblonnière jusqu'à son propre décès et sans que l'usufruitier pût en rien déprécier ce domaine.
Il testa le 28 octobre 1591 (i) et mourut peu après.
Dans la seconde phase du procès, engagé contre sa belle-sœur, furent produites des lettres écrites par Raymond à Corbeyran, et dont quelques extraits paraissent intéressants. Il s'agit des affaires que Raymond traitait pour son frère en Gascogne. II prétendait n'avoir reçu de ce dernier que 600 écus, somme bien inférieure à ses propres dépenses pour ces affaires. II se réservait du reste d'établir son dire plus au long devant la Cour (2).
Le 24 décembre 158.4, il mande de Toulouse à- son frère, qu'il vient d'acheter pour lui à mademoiselle d'Osson le domaine d'Eiches, valant bien 2000 livres de rente, de faire le dépôt de 5333 écus un tiers pour la terre de Miramont, ajoutant que la vicomtesse de Labatut. qui la possédait, était en différend avec la dame d'Osson pour 5800 écus. La terre de Pontéjac était
(i) Arch. du Grand Séminaire d'Auch. n° 17^41, (2) Arch. du marquis de Franclieu.
acquise en (uitre pour C.orbeyran, que Ton attendait en Gascogne. Ces acquisitions d'Eiches et d'Ornezan assurent 4000 livres de rentes. Mais tout cela ne s'est pas fait, sans nécessiter un emprunt de mille écus à Toulouse. Il termine en disant qu'il a retenu des deniers de Corbeyran pour faire une avance de 1600 livres à mademoiselle de Villandraut et puis, dit-il, a pour « emplo3"er au commensement de ce que j'ay fait faire à Sarla- (( bos pour votre arrivée ».
Dans une autre lettre : (( Je vous advertis, que Cardalac (i) (( s'en va perdre par décret, de quoy je serois bien mary, (( mesmes s'il tomboit en autres mains que les nostres, pour (( estre un lieu dont nous portons le nom. Je vous prye donc (( adviser en recouvrement de cette pièce, laquelle m'a esté pro- (( mise par celku' qui lavoit fait décréter, ou bien il feroyt en (( sorte de l'avoir pour moy, s'il ne vous plaist y prétendre. (( Quant à Ornezan, il me semble qu'il sera fort bon qu'outre (( l'advance que je faictz à M""' de Villandraut, 2000 livres outre (( les 1600, ce sera de l'argent compté et que vous mo3'ennera (( plus facilement le recouvrement du reste d'Ornezan... »
Enfin, il écrit, de Luc, le 11 juin n8^, à son frère que, depuis l'arrivée de Clarac. il l'attend sans cesse, mais il craint que (( les (( bruictz que l'on faitz courir » aient interrompu son voyage. Depuis 8 mois, il n"a pas de nouvelles de la Cour, sauf une lettre, du premier avril, de M. d"Épernon, ((par laquelle il me donne (( advis de quelques préparatifs de guerre et que je me tiene (( prest pour faire service au Roi, sy les dites choses passent plus (( outre; que je retienne au reste le plus de mes amis que je
(1) Château de Cardaillae. à Cardeilhae. canton de Boulogne-sur-Gesse, Haute-Garonne. '< Les noms de lieux ». dit .M. lafuste. instituteur à Cardeilhae. — dans une très remarquable monoi^'raphie de cette commune (Champion, 1Q04, F*aris), — « les noms de lieu ont passé, on le sait, par des « variations iniinies. Notre village n'a pas échappé à cette règle. Les docu- '( ments authentiques nous offrent les formes suivantes dans les chartes de « iigo à 1370 : Kardcla:, Cardalac. Caj-dclhacus, Cardalhaco. Les « géographes Saugrin et d'Expilly (xviri^ s.), ainsi que le premier diction- « naire des postes, paru en 1754. donnent : (Jardail/ac. La pi ononciation « locale seule a lait prédominei- la graphie actuelle : (2ardcilliac ». — La lamllle a conservé la seule lorme normale et reconnue telle par tous les archivistes du sud-ouest : Cardaillae,
i-:n l'AYS 1)1-; GASCOCiNic 14g
« pourroy à ce qirils prennent pai^ty aillem's, a qiioy je lis res-
« ponse
(( Tous vos meubles sont à ceste heure à Sarlaboz, où je les (( ay faict partir en attendant vostre venue. Laquelle ou de vo/, •(( nouvelles je souhaiterais autant que choze du monde.... »
Jean de C^ardaillac-Sarlabous, qui, durant la vie de son oncle, n'avait pas donné signe de vie, se héïta, en 1595- de conclure, pour sa succession, un accord avec sa veuve.
Le K) février de cette même année (i), il obtint des lettres patentes de Henri IV lui accordant la jouissance, comme héritier de feus Corbeiran et llaymond de Cardaillac, ses père et oncle, de deux mille livres de rente par an sur la recette générale de Caen, en attendant le reimboursement de 24.634 livres dues par les rois, ses prédécesseurs, à Corbcyran de Cardaillac, gouverneur du Havre, son père.
Il vint, aussitôt après, se lixer à la Houblonnière avec sa femme et sa llUe. Le procès fut immédiatement repris par Marguerite Le \'alois. Nous ne suivrons pas les phases de ce conflit, d<Mit nous ignorons l'issue (2).
11 suflit de savoir que Jean retourna en Gascogne peu d'années après.
Le 3 janvier 1613 (3), Marque, notaire royal, relève l'acte par lequel Jean de Cardaillac, seigneur baron de Sarlabous, de Vise, etc., héritier de feus messire Corbeiran et Raymond de Cardaillac, réclame pour lui, sa femme, ses enfants et successeurs, place dans le chœur de l'église des Minimes de Tournay et le droit de sépulture, en vertu de la fondation de cette église, en 1=592, par messire Raymond de Cardaillac.
On creusa, dans le chœur, une crypte, où furent déposés les corps du fondateur messire Raymond de Cardaillac, — de Jean
(1) Arch. de la Seine-Inléricurc. série B, chambre des Comptes. Registre 1 4, fol. 244 v".
(2) Les détails de ces procès trouveront leur place dans V Histoire gcnéalooique de la famille de Cardaillac-Lomné, en préparation.
[^) Abbé Abadic, Les Miiiiuies de Tournay. chap. VII. Le champ du repos.
de Cardaillac, son neveu et héritier, lils de Corbeiran (i). — de Jeanne de Caliège, sa femme (2), — de Jacqueline, leur tille aînée, — et d'Alexandre de Mun. époux de celle-ci.
Sous ce même numéro des Archives du Grand Séminaire d'Auch, on relève ce qui suit : (( Dans le caveau de nostre (( église avec le corps de la dite dame de Caliège, il y en a (( cinq en tout. Dans la première caisse, de plomb, qui est (( ouverte, est le corps de Raymond de Cardaillac, nostre fonda- (( teur. Dans la seconde, de plomb, est celuy de Jehan, dont le (( cœur est sur la colonne avec le cœur de Corbeyran, son (< père. Dans la troisième caisse, de bois, est le corps de (( ladite Jeanne de Caliège, femme dudit Jean. Dans la qua- (( trième caisse est leur h lie Jacqueline de Cardaillac, mariée (( avec ledit sieur de Mun, qui repose dans la cinquième caisse (( de bois (3).
Nous avons considéré comme un devoir de retracer, ici, la bravoure à toute épreuve, le caractère chevaleresque, le haut esprit d'administration déployé en Ecosse et en Normandie, l'unité de vie et la grande droiture de ce capitaine gascon, né dans nos montagnes de Bigorre, qui, à une époque troublée, quitta, tout jeune, son pays natal pour se consacrer au service de la France et de ses rois, et parvint aux plus hauts sommets de la hiérarchie militaire.
Cette grande tigure, dit avec raison Edouard Forestié, émerge (( avec une vigueur peu commune au dessus du niveau géné- (( rai ».
( 1 ) Jean fit son testament le 24 décembre 1619. au château de Vize, en la vallée de la Neste, par devant Jean Bonnet, notaire de Saint-Blancard de Nébouzan. (Arch. du Grand Séminaire dWuch. n" 184^7).
(2) Elle mourut presque centenaire, le i 6 octobre iO$o. (Arch. du Grand Séminaire d'Auch. n" 5267!.
(^) Arch. du Grand Séminaire d'Auch. n° 17352.
RAYMOND DE CARDAILLAC-SARLABOUS
EN PAYS Dr: flASCOONF,
RAY.MO.XD DE CARDAII.LAC-SARLABOUS'
Sur kl date de naissance, pas plus que sur les premières années du fils cadet d'Odet de Cardaillac et de Jeanne de Binos, nous ne savons rien ou à peu près rien. Raymond de Cardaillac, comme son frère aîné Corbeyran, — avec qui on l'a souvent confondu et de qui, il faut bien le dire, il est souvent difficile de le distinguer (2), — n'apparaît qu'assez tard dans l'histoire. Nous ignorons la différence d'âge qui le séparait de son frère : et. s'il est permis de conjecturer que Corbeyran naquit aux alentours de 15 15, Raymond vit sans doute le jour, en Bigorre, entre cette date et 1525. Comme son aîné, comme tant de gentilshommes gascons de son temps, il dut suivre
(i) Nous remercions encore ici AU Anchier et M. Henri Courteault. lérudit archiviste des Archives Nationales, dont les recherches et la participation nous ont permis d'établir cette biographie avec toutes les précisions et la documentation désirables.
(2) Nous-même avons plus d'une fois hésité et une étude plus attentive nous a permis, on va le voir, de restituer à Raymond deux glorieux faits d armes que. sur la loi de l'abbé de Vergés et de M. Forestié, nous avions cru devoir attribuer à Corbeyran. — Les deux frères ont porté le nom de Sarlabous. et les contemporains bien inlormés, seuls, — tel Monluc — onfsu les distinguer, en appelant F^aymond « Sarlabous le jeune », « le jeune Sarlabous », et encore pas toujours.
154 f-^' PAYS DE GASCOGNE
jeune la carrière des armes : c'était le chemin le plus sûr de la fortune.
Nous n'avons point, comme pour son frère, la preuve documentaire qu'il prit part aux campagnes d'Italie de la tin du règne de François i"''(i). Le Piémont est la terre classique où se sont formés à l'art de la guerre tous les capitaines du XYV siècle. Ra3'mond. lorsqu'il fut en âge. dut y accompagner son frère Corbeyran. Simple homme d'armes, perdu dans la foule des^combattants anonymes qui. S(ilis Lautrec, sous Brissac, sous Boutières, sous de Termes, sous Strozzi. y conquirent les premiers grades, on ne l'aperçoit point dans les récits des conteurs militaires et des historiens du temps, et s'il lit merveille sur les champs de bataille, nul sans dctute ne le saura jamais. En cela, il partage le sort de la plupart de ses contemporains. De ceux-là seuls qui, comme Monluc — aussi petit gentilhomme que Sarlabous, plus modeste même — ont été. par des circonstances spéciales, amenés a écrire plus tard le récit de leurs exploits, de ceux-là seuls nous pouvons suivre d'un bout à l'autre la carrière souvent étonnante : et que des historiens, comme ce même Monluc, n'aient point nommé parmi leurs compagnons d'armes d'Italie les Cardaillac, qu'il dut cependant rencontrer au-delà des Alpes, cela ne doit point surprendre et n'autorise pas à conclure que nos deux frères gascons n'aient point pris part à des combats-célèbres ou à des sièges connus. Monluc. qui ne commandait pas en chef en ce temps-là. sauf à Sienne, nomme ses compagnons d'armes immédiats, ceux qu'il a vus au feu. ceux qui ont partagé sa tente, ceux avec qui il a eu des démêlés : il ne nommera Sarlabous le jeune que lorsqu'il le verra s'illustrer sous ses yeux à Thionville.
La biographie de personnages tels que Raymond de Cardaillac devient dès lors sinon difficile à écrire — les faits, on le verra. s'y pressent nombreux. — du moins malaisée à animer et à vivifier. Il a peu écrit : nos archives particulières sont, sur son compte, plus qu'indigentes, et les correspondances privées, si riches, si vivantes, si personnelles pour quelques-uns de ses
(i) On a vu que dans les lettres patentes qui nomment, en i =563, Corbeyran, gouverneui- du Havre, (Charles IX rappelle ses services au delà des Alpes.
\l -fjît Çy^iMM,
LL ' À -Le
}fHiA^^
contemporains, comme Saint-Sulpice (i). nous manquent jusqu'ici totalement pour lui. Impossible de connaître par un document précis les passions, les haines qui. comme tous les hommes de son temps, durent le pousser et le faire agir; impossible, par suite, de restituer en pied son portrait véridique.
Mis à part les quelques faits d'armes où les historiens nous le feront voir jouant un rôle, nous ne pourrons que fixer les étapes de sa carrière d"homme de guerre, longue du reste, remplie et. somme toute, glorieuse ! Raymond de Cardaillac apparaît Comme un des types de ces vaillants soldats, qui, partis simples hommes d'armes surent a la pointe de leur épée s'élever jusqu'aux hauts grades de la hiérarchie militaire ; le jugement, déjà cité (2). de Brantôme, sur notre héros se trouvera largement mis en relief et justitié.
Le très médiocre éditeur de Y Jlisioirc du Laiii^iiedoc de Dom Vaissète, le chevalier du Mège. nous donne (3) l'épitaphe en vers du tombeau de Raymond de Cardaillac, qu'il prétend avoir relevée au Musée de Toulouse; trois de ces vers sont intéressants pour nous :
Celuy-ci. dans les champs de nostrc l^icardye. En Corsegiie et Piedmont. prodigue de sa vye, Fit souvent redoubter la lorce de son bras.
S'il fallait ajouter foi à ce texte purement littéraire. Raymond aurait donc combattu, non seulement dans le Nord de la France et en Piémont, mais aussi en Corse : ce ne pourrait être, dès lors, que sous les ordres du célèbre condottiere Sampiero de Bastelica. dit Sampiero Corso, qui. colonel d'un régiment corse au service du roi de France, résolut de délivrer sa patrie de la domination génoise et de venger la mort du dernier défenseur
([) \'oir les belles publications de A\. Edmond C>abié et le parti qu'en a su tirer M, P. de \'aissiere dans son étude U)ie famille française au XVl^ siècle, les Saint-Sul pice. ( Rc'ne des hJtudes historiL]U::s de septemhre-décembrc 1Q07).
(2) \'oir p. 73-
(3) Toulouse. 1845. in-8'. t. IX, p. ^8. (Additions et notes).
EN l'AYS l)i; GASCOGNi: ] ^y
de rinclcpcndancc clans l'île, Riniiccio clella Rocca, tombé en i^ii dans une embuscade. On sait comment il \' i-éns^it, en i^V^-iSMi ^ivec Tappm de iieni'i II. et comment il donna a la France la (^orse, que le traité de (>ateau-Cambrésis lui enleva cinq ans plus tard. Si l^^aymond de Cardaillac prit part à cette conquête, — et cela n'aurait rien d'invraisemblable, car six compagnies gasconnes y tigurèrent sous les ordres du capitaine Valleron, — nous n'en savons pas davantage, et le dernier historien de Sampiero (i) est muet sur le rcMe que notre personnage put jouer dans cette glorieuse et sanglante campagne. Nous ignorons aussi si le mot (( Picardie », inscrit dans la soi-disant épitaphe de Raymond, indique qu'il prit part auparavant à la campagne du Boul.)nnais et de la terre d'Ôye, sous le maréchal du Biez (iS4=i) ; il était sans doute bien jeune a cette époque. Peutêtre est-il plus prudent de ne voir là qu'une allusion à la campagne de Calais de i^sS, ou à celle de nsy en Picardie.
Car si nous sommes sûrs, par le témoignage de Rabutin, que Sarlabous prit part au siège de Calais, il nous est impossible de préciser s'il vint avec les troupes ramenées d'Italie par le duc de Guise, ou si, déjà, il se trouvait en Picardie, s'il avait assisté au désastre de Saint-Quentin et s"il était de l'armée intelligemment reconstituée par le duc de Nevers aussitôt après la défaite et avant l'arrivée du duc de Guise. Quoi qu'il en soit, Raymond servait déjà à cette époque comme capitaine. Il nous paraît plus vraisemblable qu'il avait déjà attaché sa fortune à celle de la maison de Lorraine, incarnée alors dans la personne du glorieux vainqueur de Metz, et aussi, et peut-être surtout, à celle du maréchal Pietro Strozzi, sous les ordres duquel nous le verrons combattre à Calais.
La situation était alors vraiment critique pour la France : sous les ordres du duc de Savoie Emmanuel-Philibert, les troupes espagnoles avaient, le 1 1 août, jour de la Saint-Laurent, mis en complète déroute, dans la plaine d'Essigny-le-Grand, l'armée française commandée par le connétable de Montmo-
( I ) D"" Costa de Bastelica. Saynpiero (^orso, (Ajaccio. 190 t. in-8°); voir notamment, p. 10^. — Si Raymond alla en Corse, il put connaître son futur chef Pietro Strozzi, à Ajaccio, en décembre 1553. 11 retrouva plus tard Sampiero Corso, à (.Valais. {Ibid. p. 17^).
15'*^ EN' l'AYS DE GASCOGNE
rcnc}". Plus de trois cents g-entilshomnies, avec ce dernier, étaient restés pris(Hiniers, et, suivant l'expression de l'historien Prescott, (( le meilleur sang- de I^'rance avait coulé comme de Teau ». Mali^ré l'héroïque défense de Coligny, Saint-Quentin avait succombé quinze jours plus tard, le 27 août, puis çà avait été le tour du Catelet et de Ilam, de Chauny et de Noyon. Paris s'était trouvé un moment menacé. C'est alors que Henri II, dominant la conslernation générale, confia au duc de Nevers le soin de réorganiser l'armée et rappela d'Italie, pour lui en donner le commandement suprême, le seul général capable par son glorieux passé de faire renaître la conhance, le grand duc François de Guise. Ce dernier débarqua à Marseille le 20 septembre, avec 40U gentilshommes et s enseignes d'arquebusiers d'élite; Raymond de Cardaillac en devait être; ces vieilles bandes d'Italie allaient rendre à l'armée française, déjà reconstituée par Nevers. la solidité et la cohésion.
Le 16 octobre, le duc de Guise arrivait à Compiègne, transformé en camp retranché, et l'armée d'Italie, un moment arrêtée à Lyon pour barrer la route à des renforts venus d'Alsace aux Espagnols, ralliait, a la lin de novembre, le gros des troupes. Les Espagnols reculaient dans leurs États des Paj's-Bas ; et, le duc de Guise, libre de soucis de ce côté, et décidé à frapper un grand coup, s'avançait par Amiens. Ardres et Boulogne : Calais allait être la riposte à Saint-Quentin, et la reprise de cette ville, restée pendant plus de deux siècles anglaise, allait mortellement atteindre au cœur Marie Tudor (i).
Le r'" janvier iss8, l'armée française apparaissait sous les murs de Calais; Ra3^mond de Cardaillac s'y trouvait, à son rang de capitaine, aux côtés de son chef le maréchal Strozzi. Lord Wentworth, qui commandait dans cette ville, signalait, le même jour, à la reine Marie, l'arrivée du duc de Guise (2). Calais était défendu par deux forts : celui de Nieullay défendant le pont du même nom (Newham bridge) du côté de la terre, cekr. de Risbank du côté de la mer. Le petit fort avancé de Sainte-Agathe fut enlevé, tout d'abord, puis NieuIIay, et la ville ainsi isolée de la terre et privée de secours de ce côté. Cela fait, (( l'armée
([) Voir La ouctî'c de 1^=;/ en Picjrdic. par la Société académique de Saint-Quentin (Saint-Quentin. 1896. in-4"). pas.'iini.
{2) Slalc papcrs Marv, I''ort'i<^>ii séries (Londres, 1801, in-8"), p. 354.
(( marche droit aux dunes le long de la mer. où elle se logea, (( le lendemain force le Kisban. qui est la forteresse du havi'e de (( (>alais )) (i). Le mardi, 4 janvier, api^ès avoir fait donnei' une partie de son artillerie contre les remparts, le duc de (iuise envoya, avant la nuit, à marée basse. d'Andelot, avec douze ou quinze cents arquebusiers et corselets et une infinité de gentilshommes, prendre position dans fespace compris entre le rivage et la ville, le long du quai, avec mission d"y creuser une tranchée. Cette dernière, reliant le port aux fossés des fortifications, devait permettre à la fois à leau de ces fossés de s'écouler dans la mer, et à nos soldats de gagner les remparts, à couvert du feu des assiégés. On plaça sur le terrain ainsi occupé de nouveaux canons, qui furent dirigés contre la citadelle. Les récits de 'lYivannes (2), de la Chastre et de François de Rabutin concordent sur ce point; mais ce dernier, gentilhomme du duc de Nevers, mentionne seul l'épisode décisif ')ù apparaît notre Sarlabous :
(( Oyant M. de Guise que la brèche s'ouvroit fort et pouvoit (( estre raisonnable dans deux ou trois voilées de canon, se déli- (( béra au plus tôt d'y faire donner l'assaut. Cependant pour (( tenir toujours les chemins en allarmes et les cmpescher de (( s'y remparer, tit passer sur les huict heures du soir, après la « retraite de la nier, le sieur de Grandmont avec deux ou trois (( cents harquebusiers, des plus asseurez, pour aller recognois- (( tre la contenance des assiégez, et pour avec force harquebu- (( sades desloger ceux qui s'y presenteroient et monstreroient le (( nez. Et de mesme suite, le maréchal Strozzi, avec autres deux (( ou trois cens harquebusiers conduits par le capitaine Sarla- (( boz, et cent ou deux cents pionniers, alla gaigner l'autre bout (( du port, pour s'y loger en des petites maisonnettes qui (( y estoient : et là, se fortifiant avec une tranchée, y demeurer (( tout supérieur et commander à tout le port. Toutefois les (( boulets y pleuvoient si espessement qu'après y avoir esté tuez (( vingt ou vingt-cinq, que soldats que pionniers, furent con- (( traints s'en retirer et se rendre vers Monsieur de Guise, lequel
(i) (Mémoire de la C/zas/rt% collection Michaud et Poujoulat. t. \'III.
(2) [Mémoires de Gaspard de Saulx Javannes, ibid., p. j i 4.
l60 EN PAYS DE GASCOGNE
(( en estoit loing, s'cstant desjà avancé et passé près du (( port )) (i).
C'est alors que le duc de Guise, qui s'était lui-même rendu dans le port avec ses principaux officiers, lit faire une dernière reconnaissance de la brèche par M. de Brancas (2) et deux autres capitaines; sur l'avis qu'elle était enfin praticable, il commanda l'assaut de la citadelle; d'après le P. Daniel (3), Sarlabous fut, avec Strozzi, MM. de Montmorency, de Bouillon, d'Andelot et de Grammont parmi les premiers qui montèrent sur le rempart. La prise de la citadelle décida du sort de la ville; après une vaine tentative opérée pendant la nuit pour chasser les Français, lord Wentworth dut se rendre le lendemain, et le 8 janvier il signait la capitulation. La prise de Guines (21 janvier), celle de Mam, complétèrent la conquête de la terre d'O}^ et rendirent définitive l'expulsion des Anglais de France.
Peu après, le siège de Thionville était décidé, et le duc de Guise, désormais tout puissant, fut chargé de le diriger. Tandis
(i) Fr. de Rabutin. Commentaires des dernières ouerres en la Gaule Beh^iquc entre Henry, second du nom. très chrétien roy de France, et Charles, cinquième empereur, et Philippe son fils, roy d'Espai>iie. (Coll. .\\ichaud et Poujoulat. t. V'II. p. ^80). Dans une plaquette anonyme, parue l'année même du siège de Ca'ais et intitulée : Discours de la prinse de Calais, faicte par M or. le duc de (j?/?,se (Rouen. B. Belis, 1558, in- 8"). cet épisode est raconté à peu prés dans les mêmes termes, sauf qu'il n'est attribué que cent arquebusiers à Sarlabous. Varillas, dans son Histoire de Herni second (Paris. C. Barbin, i(h)2. m- 12). p. 353. s'est inspiré du récit de Rabutin et nomme Sarlabous, en ajoutant, de son cru. que pour sa belle conduite ce dernier obtint, ciuclques années plus tard, la première compagnie du régiment des gardes, il y a ici une confusion qui ne doit pas surprendre de la part d'un historien aussi fantaisiste et aussi dépourvu d'autorité que Varillas : Corbe\ lan de Cardaillac fut bien capitaine des gardes, comme en témoigne son épitaphe. et Varillas a cru que c'était lui qui prit part au siège de Calais. Vergés, qui écrit, sans indication de sources : < Corbeyran se distingua au siège de Calais •>, a fait la même conlusion et a été suivi par Forestié. Les dépêches anglaises sont extrêmement pauvi'cs en détails sur les opérations du siège.
(2) Rabutin, pp. 580-581.
(3) Histoire de France, nouvelle édition (Paris, 1755, in-4"). t. IX, p. 853-
EN PAYS DH GASCOGNE l6l
que le due de Nevers eoneentrait une forte armée à (>hàl()ns, les mêmes troupes qui avaient pris part au siège de Calais étaient dirigées vers la Lorraine. (( Estant le eamp arrivé à (( Tentoiu^ de Metz en Lorraine, au eommeneement du mois (( de juin de eette présente année, ineontinent ledit seignem^ « (due de Guise) le fait eheminer devant ladite ville de Thion- ({ ville, déelarant a t()ut le eamp que e'estoit là où il prétendoit (( de les emploier pour le service du roy et l'utilité de la l-^rance, (( priant un ehaseun de s'y emploier aussi vertueusement qu'ils (( avoient fait à la prinse de Calais, leur promettant pareille (( récompense qu'ils avoient eu audit Calais, qui seroit le pillage (( de la ville » (i). Raymond de (.ardaillac, toujours avec Strozzi, était parmi les capitaines qui vinrent ainsi de Calais à Thionville; là il retrouva Biaise de Monluc qui, de retour d'Italie, venait d'être investi de la charge de colonel des gens de pied, enlevée à d'Andelot, et sous les ordres de qui il allait combattre à ce siège mémorable. Grâce aux Coinincnlaircs de Monluc, le rôle brillant qu'y joua Sarlabous nous est pleinement connu. Thionville, alors bâti entièrement sur la rive gauche de la Moselle, était défendu par douze enseignes de gens de pied, quatre cents Espagnols et cent hommes à cheval (2). Au coin Est de l'enceinte fortifiée, au bord de la rivière, s'élevait une tour énorme, la Tour-aux-Puces ou tour de Thion, séparée de la ville par une distance de quatre pas, entourée d'un fossé circulaire et llanquée d'un (( ravelin ». C'est sur cette tour qu'allait porter le principal effort des assiégeants, c'est là que Sarlabous se distingua tout d'abord. Deux textes vont nous renseigner sur sa conduite, les Commentaires et les Mémoires de lestât de France, œuvre anonyme contemporaine encore inédite. L'armée française était arrivée, le 4 juin, devant la ville; dès le ^, l'artillerie, en position, commença à tirer, mais fut mise en échec, le 7, par les batteries ennemies de la Touraux-Puces. Dans la nuit du 9 au 10 juin. Monluc et ses capitaines entrèrent en branle. \'oici d'abord le récit des Commentaires :
(i) Mémoires de Claude Haton. édités par Bourquelot dans la Collection des documents inédits sur V Histoire de France (F^aris. 1857. •n-4''). t. l, p. 67.
(2) Ce sont les chiffres donnés par Monluc.
(( M. de Guise me dit qu"il fallait que j'envoyasse recongnois- (( tre ce qu"avoit fait notre artillerie à la tour et que ce feust (( par des gens bien asseurés. Je prins les cappitaines Sarlabous « le jeune et Millat. Saint-Estephe (i). Cipierre et mon tils le (( capitaine Monluc, et y allasmes. Et comme nous étions près (( de la tour, trouvasmes une palleficade (2) de boys, comme la « cuysse, qui alloit despuis la tour jusques à sept ou huict pas (( dans la rivière, et falloit aller au long de la palleficade jusques (( au boult par Teau. et puis par dellà la palleficade revenir à la « tour. Et av3-ons porté deux picques. et deux soldats qui les (( pourtoyent. Je ne me3's point dans feau. mais tous, réservé (( mo}^, passarent d'esté manière la palleticade. Et fung après (( l'autre recongnoissoient la bapterie qu'avoit esté faicte à la (( tour, et y feirent descendre ung soldat avecques une picque, (( et trouvarent que dans la tour y avoit eau jusques au des- (( soubz les esselles. Et pour ce que la rivière faisoit bruit en (( cet endroit là, à cause de la pallelicade. leurs centinelles n'en- (( tendoient rien, encore que la tour feust à quatre pas de la (( muraille de la ville. Ce que faict. nous en retournasmes » (3).
La nuit suivante, sur l'ordre du duc de Guise, qui contestait l'existence de la (( palleficade ». eut lieu, sous les ordres de Monluc — et Sarlabous en était. — un faux assaut de la tour : a Et (( comme il feust nuict, continuent les Commentaires^^ je pris
(1) 1 rompe par une inauvai>j lecture des édilions anciennes des Co;;?niciilaircs. Forcslié. dans sr)n étudt sur Curbeyran de CardailLic. a cru. — et nous avons cru après lui. -- qu'il s\iij,'issait ici non de l-^ay uond. mais de son frère aîné; il a lu : « Sarlabous. \: jeune .Waillac. Sainl-Estephi, . etc. ». C'est là une grosse erreur. De Ruble. dans son édition, par ailleurs SI tautive. des (Commentaires, a restitué exactement le texte : et. la bonne leçon, qui doit laire foi. est donnée par le premier manuscrit de foeuvre de iVlonluc (P/ibl. Xat.. ms. Ir. :; o i 1 . loi. 180 v") qui représente la première rédaction de fauteur et où on lit : « Sarlabous le jeune et Millat ». .Monluc distinguait parlaitcment les deux Ireres Sarlabous et c est de Raymond e]u'il a voulu parler ici. — « Le jeune .Millat » n'aurait aucun sens. Ce capitaine, qui n'était peut-être pas jeune, lut tué au cours du siège.
(2) (^'était une digue de bois par laquelle la Moselle déversait ses eaux dans le fossé entourant la Tour-aux-Puces.
(5) Commentaires de Biaise de Monluc. edit. de Ruble, t. 11, pp. 203-
i;n pays I)i; Gascogne iô-I
(( quatre cens piquicrs, tous corscllctz, et quatre eens harque- (( bouziés, et allay mettre les quatre cens corselletz, le ventre à « terre, à cent pas de la porte de la ville, et je m'en allay avec (( les quatre cens harqucbouziés droit à la pallelicade. [>es (( cappitaines mesmes, qu'avoient reco^meu, estoient autant (( faschés de la réponse queni'avoit faict M. de Guyse que (( moy-mesme. Ils passarent les premiers la pallelicade. |e (( cuydois que les ennemis le matin s'estoient aperceuz qu'il (( estoit passé des ^-ens par le bout de la pallelicade, car nous y (( trouvasmes un corps de vingt ou vingt cinq hommes, des- (( quelz la plus part furent tuhés, et le reste se sauva dans le (( ravellin, ou nos genz les poursuivirent et entrarent dedans « après eux. Mais la porte du ravellin qu'entroit dans la ville (( estoit fort petite, et n'y pouvoit passer qu'ung homme : qui « feust cause que noz gens s'arrestarent, car les ennemis (( defFendirent la porte. Si est-ce qu'ilz jectarent une moyenne (( hors du ravellin en terre de notre cousté. Et pour ce qu"au- (( près de la tour nostre artillerie, qui avoit baptu delà la (( rivière, avoit abbaissé la muraille, de sorte quavecques quelce ques picquiers qu'estoient venus avec nous, nous vinsmes (( aux mains et dura plus d'une heure le combat... d'avoir faict (( pourter cinq ou six coignées aux soldatz ; et, pendant que le (( combat duroit, je feust couper toute la palleficade ou arra- (( cher et nous faillit plus entrer en Teau pour nous en retource ner. car l'eau s'écoula. Le capitaine Sainct-Estéphe feust tué « et l'enseigne de Cipierre, et une autre enseigne, non pas (( qu'ils eussent les drappeaulx, car je n'en avois point appourté, (( et dix ou douze soldatz qui feurent morts ou blecés. Le (( cappitaine Sarlabous est encore en vie, et plusieurs autres, (( qui attesteront que, si nous eussions pourté avec nous cinq (( ou six eschelles de la haulteur de sept ou huict eschalons (( seullement, nous estions dedans, car ilz faisoient si mauvaise (( garde de ce cousté, et en cest endroict là, se fiant au corps (( de garde qu'ilz avoient mis dehors, qu'ilz demeurarent ung (( long temps avant venir deffendre cest endroict. Et montant (( cinq ou six soldatz sur la muraille, s'aydant les uns aux (( autres. Et il ne falloit que mettre les eschelles sur la muraille (( qu'estoit demeurée de la bapterie et monter sur le terre (( plein, je croy que la fcn^tune nous eust ri, car on dict qu'elle (( aime les audacieux.
(( Après, nous nous en retournasmcs, et le matin j'envoyai (( dire à M. de Guyse par le cappitaine Sarlabous ce que nous « avions veu, car je n'y voulois pas aller, étant certain qu'il (( estoit mal content. M. le maréchal (Strozzi) estoit toujours là (( auprès de lu}' et disoit : (( Voulez-vous mieulx recongnoistre (( une bresche qu'en donnant un assault ? C'est un trait de (( Gascogne que vous ne sçavés pas ! » (i).
Les Mémoires de l' Estât de France précisent le rôle joué en cette affaire par le capitaine Sarlabous : (( La batterie faicte, (( quand il fut question de mettre le pont (2), on 3' trouva plus (( de ditïiculté qu'on n'avoit pensé, parce qu'il n'avoit jamais (( esté possible de desloger quelques pièces qui pouvoient aiséce ment tirer au milieu de la rivière, quoy voyant Monsieur de (( Guyze, il commanda au sieur de Monluc qui commandoit aux « bandes françoises en ce voyage, de passer delà l'eau avec (( quelques enseignes, et parce qu'en recongnoissant la ville il (( avoit aperçeu qu'on pouvoit faire couler des soldatz entre la (( tour et la rivière et faire un faux assault avec quelque nombre (( de soldatz, tant pour veoir l'ordre et la contenance que tience droient les ennemis que pour leur faire descouvrir leurs (( ilancz dont ilz avoient délibéré de se servir quand on les iroit (( assaillir, comme aussy pour veoir quel mo3'en ily auroit de se (( loger au pied du rempart. Ledict sieur de Monluc, pour exé- (( cuter ce qui lui avoit esté commandé, donna charge au capi- (( taine Sarlaboz d'aller le premier au ravelin. Les capitaines (( Meillas, Saint-Estève, Sipierre furent commandés pour aller (( à la grosse tour, et les capitaines Gorde et la Bourdaisière. (( Cerve, Vallinville et la V'elurnie furent ordonnez chascun avec (( cinquante corseletz pour les soutenir, tous lesquelz donnèrent (( jusque sur la rive de la bresche sans toutefoys qu'il fust par (( eux essayé de la forcer, les ayant esté deffendu de ce faire (( pour ce qu'elle n'estoit en (sorte du monde raisonnable; et, (( après que ledict Sarlabous eust mis en désordre une partie de (( ceux qui estoient à la garde dudit ravelin et qu'ils eurent esté « une bonne heure aux arquebuzades avec les ennemys, qui (( estoient accouruz tous effrayez à cette alarme, ils se retirè-
(i) Monluc, t. Il, pp. 2 05-8.
(2) Pont destiné à faciliter l'assaut.
(( rcnt, ayant Icdict lien esté bien et à la vérité reco<4-nen par les (( snsclitz capitaines, desquels le capitaine Saint-l^stève eust une (( arquebuzade à la cu}sse. de quoy il mourut peu de temps (( après, qui fust donima^'c, pour ce que c'estoit un brave et (( vaillant homme; son frère eust im (jcil crevé dlme liarquebu- (( zade. et l'enseigne de Sipierre, nommé Saleves, fut tué. comme « furent quelques autres soldatz, et quelques autres blessez » ( i ).
Sarlabous, on le voit, avait été à un poste d'honneur. Monluc, qui se connaissait en hommes, le lui avait conhé à bon escient. Il n'oublia point notre capitaine, le jour où fut donné l'assaut décisif à la Tour aux Puces ; et, la mission la plus périlleuse fut pour Raymond de Cardaillac.
C'était le 20 juin ; dans la matinée, son chef Strozzi avait reçu un coup de mousquet mortel. A midi, l'affaire commença : (( M. de Monluc ayant appelé les capitaines et soldatz et tous (( exhortez d'avoir leur honneur en recommandation et de (( faire le devoir qu'il s'estoit promis et que M. de Guise atten- (( doit de leur vaillance, il ordonna les capitaines de Sipierre et « Sarlaboz pour aller recognoistre le ravelin; et pour les soute- (( nir le capitaine La Bourdaisière. Ceux qui furent ordonnez (( pour le costé du ravelin trouvèrent le chemin si malaisé, (( parce qu'ilz ne pouvoient aller sans passer une eau fort (( tourbeuse, qu'ils furent contrainctz, après l'avoir bien reco- (( gneu, de se retirer devers laditte plateforme... » (2). La situation était fort critique, La Bourdaisière et son enseigne furent tués, et les arquebusiers de Sarlabous se trouvaient dans une position presque intenable quand, sur l'ordre de Monluc, on marcha aux casemates pour les enlever ; c'est là que périt le
(i) Bibl. Nat., Cinq Cents Colbert, vol. 26. fol. 180 v° - 181 v". - Ce passage des Mémoires sur les affaires de France sovI~ la fin du règne de Henri II, encore inédits, et dont l'auteur est inconnu, a été pour la première 'ois utilisé par M. Paul Courteault dans son livre récent sur Biaise de Monluc historien (Paris, Picard, 1907, in-8°), pp. 338-9. Le chapitre sur Thionville est la meilleure contribution à l'histoire du siège, avec l'article de M. Ch. Abel, La Tour aux Puces, étude sur le siège de Thionville en i ^ ^8 J^Revue d Austrasie. août et octobre 1853, mars 1854). — Le récit que donne Rabutin est beaucoup plus vague (Coll. Alichaud et Poujoulat. t. VU, p. 594).
(2) Bibl. Nat., Cinq Cents Colbert, vol. 26, fol. 190 v" v".
l66 EN PAYS DE GASCOGNE
capitaine Millas. A cinq heures du soir, les casemates étaient prises, et alors, écrit Monluc, (( je retiray le cappitaine Sarla- (( bous et tous ses compagnons qu'estoient au long de la cortine ({ et contre le revelin, se remirent dans les tranchées» (i). L'affaire avait été très chaude, et Monluc pouvait dire, le soir, au duc de Guise : (( Ha ! Monsieur, c'est asiin-e que je croye que (( vous prendre:. Thionville. mas bous hazets trop bon marcat de (( nostre pel et de! bosle. M<tnseio)ic: — mais vous faites trop bon (( marché de notre poil et du vôtre. Monseigneur » (2).
Le 22 juin, Thionville capitulait. Le 23, Monluc et ses troupes occupaient la ville qui, quoi qu'en dise Claude Haton. ne fut point livrée au pillage. Le maréchal de Termes, pendant ce temps, s'emparait de Dunkerque. Bergues et Nieuport. L'armée de Thionville marcha, le 30, vers le Luxembourg; Arlon capitula le 3 juillet. Monluc et Sarlabous eurent part à l'entreprise, qui se termina cette fois par un pillage en règle.
La défaite du maréchal de Termes à Gravelines (11 juillet) empêcha le duc de Guise de pousser son succès ; il se replia sur la Picardie, passa par Sedan et Mézières et arriva, le 28 juillet, à Pierrepont. C'est là que, le lundi s août, Henri II, qui était arrivé de Paris par Laon et Marchais, passa en revue les vaillantes troupes, reitres allemands et gendarmerie française, qui. à Calais et à Thionville. venaient de rendre à nos armes tout leur prestige. Sarlabous y était sans doute, et l'on connaît le pittoresque récit qu'a laissé Monluc de cette belle fête militaire, que la chaleur eut rendue fort dure pour nos soldats, si les gascons de Monluc n'avaient eu la précaution de (( faire une cave dans (( terre, dans laquelle le vin et l'eau y demeuroient aussi frais (( que glace ». Le 16 octobre, une suspension d'armes était signée à Cercamps ; et, six mois après, intervenait le traité de Cateau-Cambrésis, qui nous laissait Calais et les Trois Evéchés.
Pendant les trois ou quatre années qui suivirent la prise de Thionville, nous ne trouvons pas trace de Raymond de Cardaillac-Sarlabous ; et il ne semble pas que sa brillante conduite
([) Coininoitaires, édit. de Ruble, t. II, p. 287. (2) Ihid., p. 286.
F,N PAYS DIC CiASCOGNIÎ 167
au sièg-c de cette ville ait eu immédiatement sa récompense. Il était, on la vu, fermement attaché à la maison de Lorraine : or. malgré les éclatants succès remportés par le duc {"'rançois de Guise et la gl<jire dont il venait de couvru' les armées françaises, son crédit à la cour avait diminué.
l.e connétable de Montmorency, revenu en faveur après la paix signée, contrebalançait à nouveau rintluence des princes lorrams, dont les créatures tombèrent en disgrâce. Il en Cfjûta à Monluc sa charge de colonel de l'infanterie, rendue à d'Andelot ; Sarlabous, simple capitaine, avait moins à perdre ; mais, vraisemblablement, il fut condamné à marquer le pas quelque temps. Revint-il comme Monluc dans ses terres et ébaucha-t-il, dès cette époque, son projet d'union avec Marguerite de Jussan .- Prit-il part, avec son compagnon d'armes de Thionville, a la piteuse (( guerre mouillée » entreprise en Navarre par Antoine de Bourbon .- Nous n'en savons rien. Il fallut le retour d'Ecosse de son frère Corbeyran en septembre ou octobre is^>ii pour donner à Raymond l'occasion de reparaître en scène. Encore nous trouvons-nous ici en présence d'une difliculté presque insurmontable : les deux frères sont tous deux, désormais, en France, et il va être plus qu'auparavant malaisé de les distinguer l'un de l'autre. Les rares mentions que nous avons d'eux n j permettent pas toujours de dire si (( Sarlabous », c'est Corbeyran, ou bien si c'est Raymond. Tous deux, à peu d'intervalle, vont être nommés colonels et mestres de camp ; on ne saura guère auquel des deux attribuer de préférence tel ou tel fait d'armes, telle ou telle mission ; il semble bien que les deux frères ont dû en certaines occasions combattre côte à côte et ce ne sera qu'à partir d'août 1563, où Corbeyran deviendra gouverneur du Havre et se fixera dans cette ville, qu'on pourra nettement distinguer Raymond de son aîné.
C'est bien, croyons-nous, Corbeyran qui prit part, en août i ^62, au siège de Bourges sous le roi de Navarre, lieutenant général pour le roi ; dans un état des appointements payés aux officiers qui prirent part à ce siège (i), on trouve la mention suivante: (( Au sieur de Sarlaboz, mestre de camp des .armes françoises (( pour ledit mois d'aoust,... II'' livres ». Corbeyran, on l'a vu
(1) Blbl. Nat. Cinq Ceiils Colherl, vol. 24, fol. 233.
l68 E\ PAYS DE GASCOGNE
plus haut ( i). avait été nommé mcstrc de camp dès le commencement de la guerre civile, en même temps que Richelieu et Romoules ; Brantôme le désigne formellement (2). C'est lui qui devait être au siège de Bourges, et c'est lui. sans nul cloute, que désigne la mention de l'état de paiement que nous venons de citer. Mais, dans le même moment que Gorbeyran remplissait son office de mestre de camp et de colonel d'un régiment devant Bourges, Raymond était, à son tour, élevé à ce dernier grade. La prise de Bourges est du 31 août 1562 ; et, le 14 de ce même mois, le roi avait décidé la formation du régiment de Sarlabous jeune, composé de 12 enseignes levées en Poitou, en même temps que celle des régiments crHémer}' et Rieux. C'est là du moins l'opinion du lieutenant colonel Belhomme (3), et elle est confirmée par le général Susane dans sa chronologie historique des troupes à pied (4). Il semble raisonnable de conclure que le régiment de Sarlabous jeune, en formation pendant la durée du siège de Bourges, ne prit point part à cet épisode de la première guerre civile. Le régiment de Ra3'mond de Cardaillac était destiné à tenir garnison en Poitou, Périgord et Querc}', tandis que ceux crilémer}" et du baron de Rieux. de la même formation, devaient résider le premier en Normandie, le second en Languedoc.
Mais aux mois de septembre et d'octobre de la même année, Raymond — le fait est, cette fois, certain — était aux côtés de son frère au second siègecle Rouen, bien que ce soit Corbe^'ran que désigne, dans un état des appointements des officiers de la maison du roi, la mention suivante : (( Au sieur de Sarlaboz, (( mestre de camp des bandes françoises, II'' livres » (5). Le jeune roi Charles IX fit à ce siège l'apprentissage de la guerre, aux côtés du duc de Guise, qui en dirigeait lui-même les opérations, et du duc d'Aumale. Rouen était devenu le quartier général du prince de Gondé et du parti protestant, et le fort de Sainte- Catherine, qui défendait la place, était occupé par Moneins, capitaine de l'enseigne colonelle, un des meilleurs chefs protes-
( 1 ) Voir p. 112.
(2) Brantôme, cdil. Lalanne, t. \\ pp. 337-8.
(3) Histoire de l infanterie en France, t. I. p. 242.
(4) Histoire de i infanterie française, t. \'. p. iq6.
(5) Brantôme, t. \\ pp. 41O-417.
EN PAYS 1)K GASCDGNI-: 1 6q
tants. Brantôme, qui y assistait, raconte, en ces termes, l'assaut du fort : (( Il me souvient que la vieille et le soir dont le matin (( nousallasmes recop^noitre et assiéger le fort Sainte-(>atherine, (( M. le duc d'Aumale, qui lavoit assiégé devant, et la ville et « tout par deux mois, dict à M. son frère : (( Monsieur, v(nis (( verrez demain de bons et vaillants soldat/ sortir sur les vos- « très et venir à Tescarmouche bravement et faire bien, (^e « que j"estime, c'est qu'ils sont bien menez; et croy que le (( capitaine Moneins les mènera, car c'est sa coutume. On le (( cognoistra à sa grande taille et bonne façon, et à une grande « rondelle couverte toute de vellours verd et un morion de (( mesmes. 11 m"a taict plusieurs sorties l'autre fois que j'étois (( devant. Par quoy. Monsieur, il faut que vous faictes choisir (( une trouppe des meilleurs de vos gens de pied pour leur (( mettre en teste ; car ce sont tous vieux soldatz des couron- (( nelles. » M. d'Aumale le dist, tout ainsi arriva ; et ainsi aussy (( M. de Guyze ordonna ses hommes, conduictz par le >€une (( Sarlabous, autant digne commander aux gens de pied et (( surtout de mener les harquebusiers qu'on en ayt veu de son (( temps. Il le monstra bien lors à ceste escarmouche qu'il atta- (( qua là, qui fut belle et furieuse, attaquée et soubtenue- très (( bien par le capitaine Moneins, où fallut emmener de la caval- (( lerie, où le comte de F^hingrave lit une fort belle charge avec (( cent chevaux reistres qu'il avoit avec luy, qu'ilz se rembara- (( rent jusque dans leurs fossez, et leur infanterie et quelque (( peu de cavallerie quilz avoient jettez hors. Ce fut lors que (( M. de Georgeay, brave et vaillant jeune gentilhomme, fut tué (( en combattant très vaillamment et par ainsi ceux dedans (( se retirèrent, et les nostres camparent et prindrent leur (( place )) ( I ).
Ailleurs, Brantôme mentionne la blessure reçue à cet assaut par notre jeune capitaine, qui fut atteint au bras d'une arquebusade, maladroitement tirée par un des siens. (( tandis (( qu'il menoit ses gens vaillamment, car c'estoit un gentil capi- « taine » (2). Le roi Charles rendit hommage, lui-même, à tant de bravoure : (( J ay prins de furie d'assaut, — écrivait-il. le jour
( i ) Brantôme, t. \ . pp. 4 i 6-4 i 7. (2) Ihid.. p. 3 39.
lyO E\ PAYS DE GASCOGNE
(( même ou le lendemain de l'alTaire. au due de Nemours, — le (( Mont Sainte-Catherine où il a esté tué troys ou quatre cens « hommes, et vous puys asseurer, mon cousin, que jamais gens (( ne tirent mieulx qu'ont faict les miens» (i). On sait que, comme notre Sarlabous. le roi de Navarre. Antoine de Bourbon, fut blessé d'un coup d'arquebuse en visitant la tranchée. Le 26 octobre, l'assaut général fut donné; tandis que le régiment de Sainte Colonne entrait par une brèche, les régiments de Voiliers et de Sarlabous débouchaient d'un autre côté dans la rue Sainte Claire, où ils trouvèrent une barricade qui les arrêta quelque temps; toute l'armée les suivit (2).
Le régiment de Raymond de Cardaillac-Sarlabous prit part, ensuite, à la bataille de Dreux; son chef, tout mutilé qu'il fût (3), était-il à sa tête? La bataille fut livrée le 19 décembre 1S62, sept semaines après l'assaut de Rouen: notre capitaine a pu s'y trouver, de même qu'au siège d"(Jrléans. en février Is6^ et à celui du Havre, contre les Anglais, en juillet (4); mais, pour ces deux dernières opérations, c'est plus douteux.
La paix d'Amboise avait été signée le 19 mars et, comme nous l'avons dit plus haut (s), protestants et catholiques avaient convenu que les troupes levées à l'occasion de la dernière guerre seraient immédiatement licenciées. Les protestants s'exécutèrent aussitôt, tandis que Catherine de Médicis disloquait les régiments de Remoules et de Sarlabous jeune. Le nombre des maîtres de camp fut réduit : Richelieu, qui avait été nommé à ce grade en même temps que Corbeyran de Cardaillac, était mourant ; ce dernier allait être nommé gouverneur du Havre: Charry, à qui était dû en grande partie le succès de la bataille de Dreux, était destiné au commandement de la garde; les
(i) Bibl. de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, rec. XXI, n" 53 (minute); Bibl. Nat.. nouv. acq. Iranç.. 1235. loi. 1 i 6- i 2 5 (copie).
(2) Histoire des oueires civiles de h'rance sons les rèones de François II. Charles IX. Henri 111 et Henri IV. trad. de l'italien, de Henri Caterin Davila, par M. Tabbé .Wfallet] (Amsterdam. 1757, in- 12). t I, p. 1O7.
(3) Brantôme dit qu'il resta « estropié >. Sarlabous était-il vraiment manchot r Le portrait que nous avons de lui le repix'sente simplement avcc le bras droit en écharpe.
(4) Le général Susane {op. cit.) n'en parle pas.
(5) Revue des Hautes-Pyrénées de janvier iyo8, p. 8.
charges clc maître de camp échurent dès lors à Raymond de (.ardaillac et à Kemoules (i). 'Tous deux avaient alors quitté le nord de la l'^rance; Kemoules était parti en Dauphiné et en Provence pour y faire accepter la paix, et Sarlabous avait suivi M. de Hiron en Languedoc; presque toute sa carrière allait désormais se passer dans le Midi.
Sarlabous était à la tête de dix compagnies d'infanterie, quil rangea sous les ordres dllenri de Montmorency, seigneur de Damville, tils du connétable, lieutenant général pour le roi dans la province. Une partie de son régiment tint pendant quelque temps garnison dans le Comtat X'enaissin; puis, réuni tout entier sous les ordres de son chef, aida Damville à pacifier le Languedoc (2). Les troupes royales occupèrent successivement, au cours des années I S63 et 1^64, Carcassonne, Béziers, Montpellier. Nîmes, Pézenas, Albi, Castres, Uzès, Bagnols, Saint- Esprit.
Vers la fm de 1^63, Raymond de Cardaillac se rendit en Bigorre, et, le ^ noveinbre, y conclut mariage avec Marguerite de Jussan, hlle unique de feu Bernard de Jussan et d'Isabeau de Veran, et dame héritière de la maison du Luc (3); le contrat fut signé au château du Luc, par devant M'' Bernard Forgues, notaire à Tarbes, et en présence de Gentien d'Amboise, évêque de cette ville (4), de noble Jean de Cardaillac, seigneur d'Ozon, de Jean de Vergés, d'Odet de Barèges, de Jean de Monein, de Jean de Mont, recteur de Lias, etc. Marguerite de Jussan était assistée de son grand-père paternel, Gaston de Jussan. Le père de Raymond de Cardaillac, Odet, était absent, mais il ratifia, le lendemain, à Sarlabous, les articles du contrat. Gaston de Jussan transporta sur la tête de sa petite-fille toutes les donations
(i) Susane, Histoire de Vinfanterie française^ t. I, p. i 37 ; 'Discours au vray de la réduclion du Havre de Grâce au Roy..., Paris, R. Etienne, 1563, in-8".
(2) L. de Pérussis. Histoire des guerres du Comté \^enaissiu., de Provence, de Languedoc, etc , dans Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France, par le Marquis d'Aubais, t. I, partie l (Paris, 17=59, In-4°), p. 0^ ; — D. Vaissète, Histoire du Languedoc, t. XI, passïm.
(3) Arch. de la Haute-Garonne, série B. reg. II des Insinuations du Parlement, fol. 5O0.
(4) Gallia Christiana, t. 1, p. 1240.
qu'il avait pu précédemment faire à son lils défunt ]^)ernard (i) et Isabeau de Veran, mère de la jeune femme, abandonna à sa tille toutes les acquisitions par elle faites depuis son entrée au Luc. Odet de Cardaillac. en reconnaissance de laide linancière que son lils Raymond lin avait prêtée depuis son entrée au service du roi, lui reconnut la propriété de la seigneurie de Bize. Au cas où il décéderait sans enfants, Raymond constituait à sa future épouse un douaire de io(3û livres avec jouissance des revenus de la moitié de ses biens, sa vie et son veuvage durant, et réciproquement; les acquisitions faites pendant leur union appartiendraient par moitié aux deux époux.
En l'absence de leur chef, les bandes de Raymond se livrèrent, en Languedoc, à de regrettables excès, comme le constate Damville dans une lettre au Rui du i(? décembre 1S63 (2) : (( N'ayant faly, à l'arrivée des bandes des gens de pied, étant « sous le régiment du sieur de Sarlabous, d'incontinent les (( répartir aux villes où ils y étaient besoin, et casser celles que (( j'avois été contraint y mettre pour la nécessité, à sçavoir (( celles des capitaines Gonnelieu et Saint-Martin à Béziers, à (( Montpellier, les capitaines C^haul}' et Guincourt, à Xîmes, la (( Chastre, à Usez, La Garde, au Pont Saint-Esprit, Forion, en (( Alais, Monyns, à Aulbenas, Poyet, et à Castres, Aymès, dont (( il y a une infinité de plaintes à ces États des maulx qu'ils ont (( fait par les chemins, n'étant commandés d'aucun chef, pour (( l'absence dudit sieur de Sarlabous, qui m'avoit demandé (( congé pour s'aller marier, et pour être le capitaine Chaulx « demeuré malade par les chemins, à quuy a été mal aisé de (( remédier »
La raison de ces déprédations était toujours la même : les troupes n'étaient pas pa3'ées depuis le mois de juillet. Damville demandait, en outre, au roi. d'observer que (( les autres (( mestres de camp ont accoutumé d'estre pourveus d'une com- (( paignie, qui scroit bien nécessaire deçà, afin de subvenir à (( plusieurs affaires qui se présentent ordinairement en la (( charge dudit sieur de Sarlabous, pour aller d'une garnison à (( l'autre, dont il mérite bien d'être gratifié, suppliant très (( humblement \'otre Majesté l'en vouloir pourvoir... » Le 6 fé-
(i) C'étaient les terres de Luc. Oueillous, Bourg. Esplelh et Espèche. (2) Publié dans D. Vaisséte. t. XII. col. 714.
EN l'AYS DE GASCOGNE ly^
vricr M64, la Kcinc-Mcrc faisait di-oil cii partie a la demande de Damville et lui écrivait que le Roi avait décidé de ne point rédinre encore les forces eiu'il entretenait en I .an^^uedoc et qu'en particulier on ne toucherait pas au réi^iment de Sarlabous » (i). (>ette lettre répondait aux craintes exprimées par le lieutenant général en Languedoc qui avait reçu, quelque temps avant, une lettre du Roi, du 22 décembre M67, ku demandant s'il était nécessaire de détacher une partie des compagnies de Sarlabous pour les envoyer grossir les bandes de Remoules, chargées de pacilier la Provence. Dans cette lettre. (Charles IX adressait à Damville de sérieuses représentations au sujet des (( meurtres, assassinemens, pillerves, brusle- (( mens et ravissemens » commis en Albigeois par les troupes de Sarlabous (2).
Mais le Roi faisait la sourde oreille aux plaintes de son lieutenant, qui lui exprimait, le 30 mars M64, le désir que les dépenses des troupes de Sarlabous ne fussent pas payées par le pays (3) et lui avait, le 10 mars précédent, envoyé à ce sujet M. de Rancogne pour lui faire part de son embarras (4). L'entretien des gens de guerre était, en effet, une lourde charge pour les populations; et les bandes, obligées de vivre sur les habitants des villes où elles tenaient garnison, n'étaient pas toujours bien accueillies; en i^6^, les capitaines Baratnau et Saint-Martin, du régiment de Sarlabous, ayant pris leurs quartiers à Castres, le second fut obligé d'en partir (s). Le 30 janvier is6^, Catherine de Médicis écrit à Damville de retirer de la ville de Labarde, qui lui appartient, le gros de la compagnie du
(i) Leltres de Catherine de Médicis. publ. par M. de la Perrière (Collection des Documents inédits), t. II. pp. 147. 160.
(2) Bibl. de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg-, rec. XXI. n" 18 (minute); Bibl. Nat., nouv. acq. franc, i 2 n^- loi. 127, 132 (copie).
(3) D. Vaisscte, t. XII, col. 747-8. Pe roi avait demandé à Damville de laire payer par les gens de Narbonne l'entretien d'une compagnie de Sarlabous mise en garnison dans cette ville (Bibl. Nat., nouv. acq. franc. 0013, fol. 2 5-26).
(4) D. Vaissète, t. XII, col. 749.
(5) Mémoires de Jacques Gâches sur les i>uerres de relioion à (Jasires et dans le Languedoc, publ. par Charles IVadcl (Paris, F^ischbacher, 1879, in-8"), p. 152.
174 E^' f'AYS DE GASCOGNE
même régiment qui y a été logée, cette ville étant trop pauvre pour pourvoir à son entretien ( i ).
Sarlabous et son régiment allaient être mêlés à une affaire plus sérieuse. La ville de Pamiers, au comté de Foix. jouissait d'une certaine indépendance et ne faisait point partie du gouvernement du Languedoc. Les troubles religieux n'y avaient pas été interrompus par Tédit d'Amboise. et. au lendemain même de sa promulgation, avait eu lieu dans cette ville un formidable massacre de catholiques. iJamville essaya de rétablir l'ordre ; mais les habitants refusèrent de le recevoir, chassèrent leurs consuls qui étaient prêts à se soumettre, et se fortitièrent. La Reine envoya alors à Pamiers Jacques d'Angennes, seigneur de Rambouillet, qui apaisa la rébellion. Damville entra, le 4 août 1S63, dans la ville, avec huit cents chevaux et trois compagnies d'infanterie, détruisit les défenses récemment élevées, lit pendre le ministre qui avait excité le peuple, chassa huit cents habitants et laissa ses soldats vivre à discréti'jn pendant quatre jours (2). Ces mesures rigoureuses ne tirent qu'envenimer les esprits. Sur des plaintes de l'évêque et sur la proposition du cardinal d'Armagnac, archevêque de Toulouse, Charles IX décida, en juin is6^. d'incorporer la ville de Pamiers au gouvernement de Languedoc. Le 20 octobre, l'édit d'union fut publié par les consuls, sous la pression de deux compagnies qui avaient escorté, dans la ville, le sénéchal et le juge criminel de Toulouse; ces deux compagnies appartenaient, sans doute, au régiment de Sarlabous. ce qui expliquerait la rancune manifestée plus tard par les habitants contre Raymond de Cardaillac. Le 8 iioût, Damville tit dans Pamiers une entrée solennelle et. reçu en qualité de gouverneur, permit de publier l'acte de protestation contre l'union au Languedoc. Cette union fut de peu de durée. Au commencement de i^66. les deux compagnies partirent, sur la demande qui en fut faite à la cour par le huguenot Jean du Sénier. Aussitôt, la ville s'arma de nouveau, et l'année m66 s'ouvrit, à Pamiers. sous les plus sombres auspices.
(1) Lettres de Catherine de ^'Médicis, t. II. pp. 2^-]-S.
(2) Cf. de Thou, Histoire iiniverseUe. liv. XXXIX. de Lahondcs. Annales de Pamiers (Toulouse, 1884, in-8"}. t. II, pp. 1O-17.
F.N ['AYS 1)1-: GASCOGNI-: I75
L évoque Robert de PcUcvc obtint alors un ai'i'êt du (>onseil du roi interdisant dans la ville Texereiee du eulte réfornié et Daniville fut ehargé de le faiix' exéeutei-. Le 22 mai. inie rixe éclata dans un faubourg- ; le ^ juin, au lendemain de la procession ti^aditionnelle du lundi de la Pentecôte, les troubles devinrent sérieux et tournèrent au pi^olît des hti^Lienots qui. le s, étaient maîtres absolus de la ville ( i). La terreur ré^niait dans le pays; les cath()liques de Foix, pour ven<4-er leurs coreligionnaires de Pamicrs, massacrèrent 17 huguenots. Les habitants de Pamiers, effrayés de leur propre victoire, députèrent alors au Roi pour lui demander de faire observer la paix dans la ville. )ean de Nogaret, seigneur de la Valette, fut envoyé par Joyeuse, qui, en l'absence de Damville. commandait alors la province, et l'on convint d'élargir les prisonniers et de faire rentrer les catholiques fugitifs (2) ; mais la plupart n'osèrent pas s'y aventurer, et, d'autre part, les réformés apprirent avec irritation que le premier président du Parlement de Toulouse, Daffis, arrivait pour informer, avec six conseillers catholiques ; de plus, Joyeuse commit la maladresse d'envoyer, pour les appuyer, Sarlabous à la tête de son régiment. Les consuls refusèrent l'entrée de la ville, le ^ juillet, au major de Sarlabous et à Sarlabous lui-même et donnèrent des armes au peuple. Les habitants fortifièrent les murailles et abattirent quelques maisons. Des combats partiels eurent lieu hors des portes de Loumet et de Cailloup ; les assiégeants coupèrent l'eau des fossés et tentèrent d'incendier le moulin du Pont-Neuf. La reine de Navarre conseilla aux habitants la soumission, et Jacques d'Angennes. seigneur de Rambouillet, qui avait déjà calmé les esprits trois ans auparavant, fut envoyé de nouveau en pacificateur. Le 20 juillet, il eut une
(i) Discours des troubles advenus en la ville de Pamiers. le ^ juin i ^66. avec un brief récit des calamités soujfertes l'année précédente, (réimprimé dans Cimber et Danjou. Arch. curieuses de V histoire de France, i" série, t. VI, pp. 3og-343 : de Ruble. Commentaires et lettres de Moulue, t. V, p. 85, (lettre de Monluc au roi, du 25 juillet 1566); de Thou. livre XXXIX ; Lahondès, op. cit.. pp. 20 et suiv.
(2) Correspondance inédite du vicomte de Joyeuse, lieutenant général en Languedoc, publ. par Ed. de Barthélem}' (Paris. Techener, 187O. in- 8°), pp. 10-11 ; — voir aussi P. Olhagaray, Histoire de Foix, Béarn et \J\iavarre (Paris, 1609, 10-4°, p. 539).
entrevue hors la ville avec les consuls, qui lui demandèrent de ne pas faire entrer Sarlabous promettant de recevoir tout autre que lui. Rambouillet leur répondit (( que le Roi les écouterait (( d'une lieue dès qu'ils auraient obéi, mais ne les voudroit (( entendre autrement, quand même ils parleraient à son (( oreille ». Le dimanche 23, six cents arquebusiers, la plupart étrangers, sortirent de la ville avec ceux qui avaient pris part aux troubles, suivis même de leurs femmes et de leurs enfants. Le premier consul resta seul, avec six ou sept habitants de la religion.
Le lendemain, à midi. Rambouillet et Sarlabous entrèrent dans Pamiers avec les compagnies, tambour battant et enseignes déployées. « Sur le midi, — écrit, le 28 juillet, Rambouillet, (( au Roi (i), — le sieur de Sarlabos, après avoir licencié la com- (( pagnie d'un nommé Castelnau et quelques autres soldats qui (( n'estoient point de son régiment, leur ayant defPendu de (( n'entrer en la ville, y entra avec le reste de ses trois compa- (( gnies ; et avant qu'entrer en son logis, fait deffendre, par un (( cri public, que nul soldat, imtre que de ses compagnies, (( n'eust à se trouver dedans la ville. 11 feit aussi publier quelce ques articles, que j'avois portez, signez de la main du sieur (( de Joyeuse... Tout le reste du jour, et le lendemain, le sieur (( de Sarlabos et moy nous promenasmes par la ville pour (( garder qu'il ne se feist quelque désordre; tant de ceulx de la (( ville qui estoient rentrez que des soldatz )). Sarlabous essayait de se conformer, aussi scrupuleusement que possible, aux instructions qu'il avait reçues de M. de Joyeuse, le 19 juillet (2). mais ne put toujours empêcher les violences et les pillages accoutumés en pareil cas.
Peu après. Joyeuse vint à Pamiers avec cent chevaux. 11 trouva presque déserte la ville, où n'étaient demeurés que les pauvres gens. Les consuls lui prodiguèrent les témoignages d'obéissance; mais, il leur répondit qu'ils n'avaient pas toujours agi de même. Le président au Parlement de Toulouse, Daffis, et six conseillers arrivèrent bientôt après Joyeuse et menacè-
(1) Publié dans D. Vaissctc. Histoir.- du Lanouedoc, cdit. Privât, XII. col. 802-4.
(2) Ibid.^ col. 794.
rcnt d'abord Saiiabons de lui faire rendix^ compte des excès de ses soldats. Ils entendirent les v(cux des deux partis et rétablirent les anciens consuls, destituant ceux qui avaient été nommés durant les troubles. Mais les réformés de Pamiers avaient eu l'habileté de les faire récuser par le conseil du roi, parce qu'ils étaient tous catholiques et parents de quelques catholiques de la ville, joyeuse dut prolonger son séjour à Pamiers, et écrivit au Roi, le 29 août, pour lui annoncer que les affaires étaient en b(^n état, mais qu'elles traînaient en longuem^ à cause du changement des commissaires. Les nouveaux conseillers du Parlement furent récusés de nouveau le 1$ septembre. Le lieutenant du grand prévôt de France, envoyé alors à Pamiers par le Roi, lit saisir et emprisonner à Toulouse vingtquatre habitants; ils réussirent à s'évader. Le 18 septembre, Joyeuse quitta la ville, y laissant Sarlabous (i), qui y resta jusqu'au châtiment complet des coupables : quatre séditieux furent décapités, un autre pendu, et l'auteur du Discnuis sur les troubles de Pamiers pouvait écrire : « La puissance de ceux de la (( religion est fort petite, car il y a quelques mois qu'ils sont (( hors de leurs maisons et ont perdu les fruits de deux années, (( dispendu ce qu'ils avaient pu sauver, voire espuisé tous leurs (( amis par emprunts... et. mesmes quand ils retourneroient en (( leurs maisons, ils n'y trouveroient que les parois nues » (2). Sur ces ruines, le calme était rétabli (3).
L'année suivante, Sarlabous recevait le collier de l'Ordre, en récompense de ses services (4), et prenait garnison dans la citadelle de Saint-Pierre de Montpellier, où il fut assiégé par les
(i) Lettre de joyeuse au Roi. de cette date {Correspondance citée, p. ^7: l'éditeur a, par erreur, daté cette lettre de 1 560, elle est manifestement de
(2) Cimber et Danjou. loc. cit.. p. 343; Lehondès. op. cit., p. 2Q.
(^) Le 20 septembre, de Narbonne. joyeuse avait envoyé mandement à Sarlabous. au sujet de la commission de prévôt des maréchaux donnée par le Roi au sieur de Paschault. lieutenant du prévôt de l'hôtel (Arch. de Toulouse, AA. 14, fol. 100).
(4) La date du 14 décembre i 560. donnée par iW. Fleury \'indry dans son Dictionnaire de l'état-major français, p. 108. est Inexacte, comme presque toutes les dates concernant Raymond de (^ardaillac-Sarlabous. qui se trouvent dans cet ouvrage.
réformés aux ordres de M. d'Assier; secourue trop tard par M. de Joyeuse, la place dut capituler (i). A la lin de février i s 68, nous voyons Sarlabous accompagner Joyeuse dans le Comtat Venaissin, où il prit part, en mars, au siège de BoUène (2). Le !"■ avril, il était de retour à Béziers, où il donnait quittance de cent livres tournois pour ses gages du mois de décembre précédent (^). A la lin d'avril, la paix ayant été publiée à Montpellier, Sarlabous se présenta, le 7 mai, pour y entrer avec une partie de son régiment ; mais, les habitants lui en fermèrent les portes, déclarant qu'ils ne le recevraient pas dans la ville, à moins d'un ordre exprès, et on députa à la cour pour savoir les intentions du Roi (4). Les hostilités continuaient dans la province de Languedoc, et Sarlabous, s'étant emparé du château de Faugères, près Béziers, y mit garnison et démantela le bourg. La place fut reprise après par Saint-Pierre, neveu de Claude de Narbonne, propriétaire du château, qui refusa de la remettre au baron, son oncle; ce dernier se lit alors catholique et, avec l'aide du baron de Rieux, reprit son château et y mit garnison (5).
(( Après la mort d'Antoine de Bourbon, sa veuve. Jeanne (( d'Albret, était restée à la tête du parti réformé. La protection, (( que les calvinistes trouvaient dans ses États, était une source
(1) Agrippa d'Aubigné. Histoire Universelle, cdil. de Ruble. t. II. pp. 227-8.
(2) L. de Pcrussis. Histoire des guerres du Comté Veiiaissi)i (dans Its Pièces fiicritives du marquis d'Aubais. t. II, part, i, pp. 91-2). 11 y commandait une compagnie d'argoulets.
(^) Bibl. Nat., Pièces originales, vol. 596, dossier 13906, pièce 29.
(4) D. Vaissète. t. XI, p. $03. « Un mois après, lorsqu'on eut su la « volonté du Roy par les députés qu'on lui envoya, la Crozctte, guidon des « gens d'armes de Damville. fut reçu dans la ville pour gouverneur avec « deux enseignes et y rétablit la messe. » {Histoire de la guerre civile en Languedoc^ par un anonyme, dans les Pièces fugitives du marquis d'Aubais, t. 1, part. 2, Paris, 1759, in-4"). Cette même chronique est publiée dans la collection Petitot, t. XXXIV, sous le titre de Mémoires de Jean Philippi.
(5) D. Vaissète, t. XI, p. 511.
(( de troubles pour le Languedoc tout entier. I-^n i>68, pour (( répondre à l'acte du p,-ouverneur de l'^oix, qui avait châtie les (( prédicants calvinistes, la Reine interdit dans tous ses Ktats (( l'exercice du culte catholique. Déjà on assistait, sur plus d'un (( point, au sac des églises et au bris des autels » ( i ). (Test alors que le procureur général du Roi « donna requête à la cour du (( Parlement de Toulouse aux lins qu'il fut pourvu es sénéchaus- (( sées du ressort de personnes lidèles, de religion catholique et (( affectionnées au service de Dieu et du Roy, pour la garde, (( gouvernement et deffense des pays, villes, châteaux, forte- « resses, avec telles garnisons et compagnies de gens qu'ils c trouveroient estre nécessaire » (2).
La Bigorre était un des pays les plus infestés par l'hérésie; très habilement on choisit le bigourdan Sarlabous pour y rétablir Tordre et y installer deux gentilshommes a qui (( eussent charge de commander aux faits des armes sur (( tout ledit pays ». Raymond de Cardaillac convoqua les trois ordres des États du pays, et, le 18 septembre, l'assemblée s'ouvrit à lévêché de Tarbes. Lévêque Gentian d'Annboise y représentait le clergé avec son vicaire général Jean de Colès et le chanoine Arnaud Lane; MM. de Bazillac, de \'illeneuve. d'Arcizac, de Soréac, de Talazac, de Bartères. d'Angosse, de Boccarès, etc., occupaient les bancs de la noblesse. M. de Sarlabous prit la parole en ces termes (3) : (( Messieurs, il vous « est plus notoire que je ne le sçaurois dire qu'en toutes les (( terres de l'obéissance du Roy, le feu de division et de discorde (( civile s'est tellement enflammé, sous prétexte de religion. (( qu'aucuns soi disants vouloir réformer icelle ont bien osé (( prendre les armes pour deffendre leurs hérésies, lesquelles
(i) Voir dans la Revue des Hautes-Pxrénées de janvier igoô. Tarticle de Al. Fabbé Abadie, sur les Minimes de Tournay. pp. i 1-12.
(2) Sommaire description des pais et comtés de Bioorre. par Guillaume de .Wauran. avocat au sénéchal de Tarbes, publié par G. Balencie. dans les Archives liistoriques de la (Jascoone. lasc. XIV (Auch. Cocharaux, 1887. in-8°), p. I 16.
(3) Ce discours a été publié plusieurs fois : dans la Soimnaire description. de Mauran. p. i 20: dans les Huguenots en Bigorre. documenls publiés par Duner et .'Wgr de Carsaladc (rirchives historiques de la Gascogne, lasc, l\', Paris. 1884. in-8"). p. 111; dans Davezac-Alacaya, Essais historiques sur la Bigorre, t. II. p. i 76.
l80 EN PAYS DE GASCOGNE
(( aboutissent au mépris et contemncmcnt de l'honneur de (( Dieu, infraction de ses commandements, anéantissement des (( saints sacrements, rébellion contre l'authorité royalle, trouble (( du repos public et mille autres lins très pernicieuses; de (( manière qu'ils ont attenté sur la sacrée personne de Sa Majesté (( et ne cessent journellement d'inquietter ses sujets par meur- (( très, bouttes-feus, saccagements et voleries. Donc, pour (( apporter quelque remède à tant de maux et réprimer l'audace (( de ces hardis entrepreneurs, la cour de Parlement de Tou- (( louse a trouvé bon que le pa3's de Bigorre soit deffendu, régi (( et gouverné par deux chefs pris dans l'ordre de la noblesse, (( qui soient affectionnés au service de Dieu et du Roy, faisant (( profession de la foy catholique, apostolique et romaine ; et, (( pour les choisir avec vous, luy a plu me commettre ; et moy, « pour m'acquitter de ma commission, je vous requiers de me (( donner vos avis sur le choix et nomination de deux seigneurs (( que vous jugerés estre les plus dignes de cette charge, vous (( exhortant y procéder avec autant de religion et de conscience (( comme vous désirés employer au service de Dieu et de vostre (( Roy souverain ».
M' [acques Abeauxis, secrétaire des États, donna lecture de la commission de Sarlabous. et après délibération l'assemblée désigna, pour gouverner le pays, le sénéchal M. d'Antin et M. de Bazillac, député de la noblesse; après quoi, tous ses membres leur jurèrent obéissance. (( M. de Sarlabous « lit exprès commandement aux députés des villes et vallées (( qu'ils eussent à faire prêter un semblable jurement aux habi- (( tantsde leurs communautés et quartonnages, ce qu'ils promi- (( rent exécuter incontinent, après leur arrivée dans les lieux et (( domicilies » (i). On s'engagea aussi à tenir prêts, dans chaque communauté, les habitants propres à porter les armes (2). Une
(1) iMauran, loc. cit.; voir aussi ï Histoire de la province et comté de Bigorre, par Tabbc Colomez, publiée par l'abbc Dulfau (Paris, Champion; Tarbcs, Larrieu. 1886, in-8"), p. 95, et la leitrc des consuls de Tarbes à ceux de Vie, 30 septembre i 568 (Bibl. de Tarbes, Glanages de Larcher, t. XVI, p. 283; publié par de Carsalade, Les Huguenots en Bigorre, pp. 112-1 [()). D'après cctlc lettre. M. dAntin n'accepta la charge dont il avait été investi que sous réserve de l'approbation de M. de .Monluc.
(2) Coiomez, op. cit., p. 95.
EN PAYS DR r.ASCOGXE l8l
véritable croisade fut organisée : elle ne réussit pas à conjurer les désastres qui devaient accabler la Bigorre l'année suivante.
Aussitôt sa mission remplie dans son pays natal, Kaymond de Cardaillac s'en retourna en Languedoc et reprit sa place dans l'armée du vicomte de Joyeuse, qui luttait contre les huguenots, maîtres de plusieurs places fortes. Dès le commencement d'octobre. Sarlabous. à la tête de quarante enseignes d'infanterie, apparaissait près de C.arcassonne (i). Il nourrissait, à cette date, une grande ambition, celle d'être nommé colonel général au même titre que Brissac et Strozzi et de commander, en cette qualité, en Languedoc, d'une manière indépendante. Il en lit la demande à (Charles IX, qui, tout en lui refusant cette faveur, lui donna néanmoins une marque précieuse de sa bienveillance : (( Je vous advise, lui écrit le Roi. le 28 octobre (2), que, (( quant à l'état de colonel en Languedoc que vous demandez, (( c'est chose que je ne puis vous accorder pour ne vouloir qu'il (( y ait autre colonel que les seigneurs de Brissac et de Strozzi. (( Mais pour vous faire cognoistre combien je désire vous faire (( tout bon, favorable et gratieux traitement, je veux, entends (( et vous accorde que, venant présentement en mon camp et (( armées et amenant vos compaignies, qui sont en Languedoc. (( ausquels vous commandez de présent et commanderez tou- (( jours en qualité de maistre de camp, vous n'ayez à reconnoî- (( tre aucun colonel ni du fait de votre charge répondre à d'au- (( tre que à moy ou à mon frère le duc d'Anjou, mon lieutenant (( général, représentant ma personne». En définitive, Sarlabous obtenait ce qu'il voulait, le titre convoité mis à part.
Les troisièmes troubles commençaient et le duc d'Anjou venait, à ce moment, d'être mis à la tête de l'armée royale, charrée d'opérer en Saintonge contre le prince de Condé et l'amiral de Coligny. Les troupes de Languedoc furent appelées à la rescousse, et le régiment de Sarlabous en formait le plus
(i) L. de Pérussis, op. cit.. p. 100.
(2) Anselme. Histoire oénéalooriqiie de la maison de France, t. VIII, p. 218.
l82 EN PAYS DE GASCOGXE
fort contingent; Joyeuse les commandait en chef et rejoignit l'armée du duc au village de Disse}', en Poitou, près Lusignan. le 4 décembre. (( 11 amenait à ce prince douze cents gentilsci hommes, montés presque tous sur des chevaux d"Espagne, et (( environ 4000 hommes de pied, tous bien armés, et partagés en (( quarante enseignes, dont une partie étoit du régiment de (( Sarlabous, qui les commandoit » (i). Ra^miond prit part ainsi au siège de Mirebeau (2). Le duc d'Anjou voulut ensuite entreprendre celui de Loudun. mais la rigueur de la saison l'obligea à prendre ses quartiers d'hiver, tandis que Condé et l'amiral en faisaient autant de leur côté. Dans une lettre du duc d'Anjou à Gu}' de Daillon. comte du Lude, gouverneur de Poitou, du >8 janvier isôg, il est question des compagnies de Sarlabous qui. avec Strozzi et deux régiments à cheval, sont envoyées à Chauvigny (( pour, toujours en marchant, favoriser Poitiers s'il (( en est besoing, et garder les passaiges de la rivière de (( \'ienne » (3). Dans une montre des compagnies des gens de pied en Poitou, du 2 juin isôg. figurent deux compagnies du régiment de Sarlabous (4); elles y étaient encore en août 1570 (:; ). Raymond, lui. était descendu en Périgord et, sous les ordres du duc d'Anjou, prit part au siège de Mussidan, où. plus heureux que Brissac qui y fut tué. il ne fut que blessé (6).
Un curieux document, un peu antérieur, nous montre combien Sarlabous était soucieux du bien-être de ses troupes et jaloux de son autorité : dans un mémoire qu'il adressa, le 17 janvier 1569, au frère du roi, il formule des réclamations au sujet des fournitures insutiisantes de vivres faites a son régiment, (( le plus beau, dit Brantôme, qu'on eut su voir, et le (( mieux armé et le mieux en poinct et aussi complet »; rappe-
( I ) D. Vaissète. t. XI, p. ^14.
(2) •'Mémoires de la troisième guerre civile et des derniers troubles de France... Charles IX réonant (1^71. in-8°). p. 267.
(^) Lettres adressées à Jean et Guy de Daillon. comtes du Lude, gouverneurs de Poitou, publiées par Bélisairc L.edain (Archives historiques du •Poitou, t. XII. Poitiers, 1882. in-8"), pp. 257-8.
(4) Ihid.. p. 248.
(^) Ihid.., p. 377. [Mé>noire ou instruction pour la sûreté des places du Poitou, présenté au Roi par le comte du Lude.)
(6) Pérussis, op. cit.. p. 106.
KN F'AYS ï)i: GASCOGNE l8^
lant l'autorisation que le Koi lui a donnée de ne reeonnaître d'autre ehcf que le due d'Anjou, il s'élève eontre Tin^érenee du capitaine La Rivière, qui a voulu frapper un capitaine de son régiment, et dit formellement que, s'il a reconnu M. de P)rissac pour son colonel général, c'est uniquement parce qu'il l'a bien voulu ( 1 ).
De fait, cette reconnaissance par notre capitaine de la suprématie de Brissac n'avait pas été sans difiiculté : à son arrivée au camp du duc d'Anjou, Sarlabous avait arboré « l'enseigne (( blanche », signe distinctif du commandement réservé aux seuls Brissac et Strozzi, colonels généraux ; ceux-ci protestèrent et (( il y eut de la contention grande )) (2); car il n'y a « plus (( grand affront et despit à un counnmel général que de voir un (( autre se vouloir parangonner à luy et p(jrter ceste enseigne (( blanche » (3). L'affaire s'apaisa et Sarlabous céda; mais, peu après, le comte de Sommerive, qui avait annexé à l'armée royale trois mille Provençaux, rouvrit le débat en émettant des prétentions analogues.
Le 21 mai is6g, Raymond de Cardaillac datait de La Rochefoucauld une quittance de ses gages pour le dernier trimestre de l'année précédente ; il y prend le titre de (( capitaine de « cinquante lances, réduites à trente, fournies des ordonnances « du Roy » (4). La vie militaire de Sarlabous est, cette année-là, particulièrement active. Au mois d'août il est sous les ordres de Monluc en Gascogne, et il dut assister, impatient, au désaccord du célèbre capitaine et de Tarride, qui permit à Mongommery et à ses troupes d'échapper à la poursuite de l'armée catholique, de se jeter sur le Béarn et la Bigorre et d'y commettre d'affreux ravages. Sarlabous semble, à ce moment-la, avoir été jusqu'à Tarbes (5). Monluc, qui mentionne sa présence en
(i) Bibl. Nat., ms. fr. 1=5549. fol. i ^. (Articles que remonslre le sieur de Sar'ahous à Monseigneur, frère du Roi et son conseil, au suhject de son régiment.)
(2) Brantôme, t. \ 1.' pp. i 39-40.
(3) Ibid.
(4) Bibl. Nat.. Pièces originales, t. 596, dossier 13906, pièce 18. Le nom de Raymond est orthographie ici. comme il Test quelquefois, Cardilhac. mais il signe toujours Sarlabos.
($) Nicolas de Bordenave, Histoire de Béarn et de Navarre, publiée par
compagnie de MM. de Bellegarde, dArné, de Gramont, de Candale et de Lauzun. avoue la faute de tactique commise à ce moment-là, mais dit. pour se justiiier, (( qu'il a exposé à Sarla- (( bous, Gramont et d'Arné. les raisons qui rempêchaient d'y (( aller, et qu'il a eu leur approbation » ( i ). Du moins, Sarlabous contribua-t-il toujours à empêcher Mongommery de quitter le Midi pour venir secourir les troupes protestantes du Poitou.
En septembre, remontant vers le Nord, à la tête de son régiment, qui venait d'être incorporé dans celui de Rieux (2). Raymond de Cardaillac rejoignait l'armée du duc d'Anjou qui s'apprêtait à livrer la bataille de Moncontour (3). Tous les historiens de ce combat signalent la part miportante qu'y prit notre capitaine : le maréchal de Tavannes. qui assistait le duc et avait pris d'habiles dispositions stratégiques, avait placé Sarlabous à l'avant-garde à droite, avec quatre autres régiments d'infanterie française, le tout sous les ordres du duc de Montpensier; a leur gauche étaient les 4000 Suisses du colonel Cléry, puis la cavalerie sous les ordres du dauphin d'Auvergne, les troupes italiennes du comte de Santa-Fior et de Paul Sforza, enfin les escadrons de cavalerie allemande, aux ordres du landgrave de Hesse, du rhingrave de Schonberg et de Bassompierre. Telle était la composition de cette avant-garde de droite, appuyée à la rivière de la Dive. Après un combat d'artillerie assez ineflicace, le duc d'Anjou, sur le conseil de Tavannes, commanda l'attaque générale : le corps dont Sarlabous faisait partie fut lancé en avant, soutenu par le duc de Guise et Martigues avec la cavalerie ; les bataillons protestants de la Noue et de Mouy furent enfoncés, mais les lansquenets allemands tinrent bon ; sur ces entrefaites arrivèrent les escadrons italiens du comte de Santa-Fior, soutenus par les 2000 arquebusiers de La Sarthe et de Sarlabous ; ils chargèrent et c'est alors que Coligny, voyant les siens perdre pied, fit partir les jeunes princes de Béarn et de Condé. de crainte qu'ils ne tombassent aux mains des catholi-
T. Raymond (F^aris. 1873, in-f"). p. 265; Alauran, Sommaire dcsrripfiou du comté de Bigorre, p. 123.
(i) Monluc, édit. de Ruble, t. III, p. 327.
(2) G'' Susane. Histoire de linfanterie française, t. \'. pp. 195-96.
(3) Moncontour est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Loudun.
F.N PAYS DR G A S cor, ni:
qucs. Cette retraite démoralisa les ealvinistes: la bataille l'ut dès lors perdue p.)Lir eux (^ oetobre) (i). t* Nous les avons bien (( frottés » p.)U\ait dire Tavannes au due d'Anjou (2).
Le réi^'iment de Saiiab ous prit ensuite part au sié^e de Saint-|ean-d"Ani4ély ( ^) et son ehef était eneore. le 11 déeembre I ^^)(^ au eamp de Tonnay-Pxjubonne (j). i/liiver passé, il revint en I.ani^Liedoe, où il fut aussitôt poin-vu du liouvernement d "Aii^-ues-Alortes. Nous ne eonnaissons point la date
""* — ' ^feisêj
'■"■■';'ij->**/V'::Sl
"^ ' > ~^éAP^Ip'^Pv
*i'*:,Éi*. : ■
jl!^^cs. >
' :'^ ^yai*^^l^^
mS3k
Xc'Uidciii lï'O'es, pliot.