AIGUES-MORTES
(i) Allonncau, Mémoire sur la Réforme religieuse, les guerres civiles du X\l' siècle et Ici bataille de Moncontour en i ^ôf) (Poitiers, 1844, n" 8), pp. 37 et 4^; — Mémoires de Castelnau-Maurissière, baron de Joinville (coll. Petitot. p. XXXIll). p. 481; — d'Aubigné, Histoire universelle, édit. de Kuble. t. I. p. I 2 I : — Mémoires de Jean d'Aulras de Sama:an. publiés par de (]!arsaladc et lamizey de Parroque {Saui'elerre de (hiyenne, 1880^ in-8"), pp. 2^-6.
(2) Susane, op. cit.. t. \ , p. 19$.
(3) Bibl. Nat., 'Pièces originales, vol. 596. dossier 139 16, pièce 21. 11 donne quittance de 200 livres au nom de Sébastien de la Pallu. scii-neur de Brassac. enseigne de sa compagnie.
('4) Arch. dWigues-Mortes. EFZ. 1. Nous remercions .M. Prosper Palgai-
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exacte à laquelle il fut investi de cette charg"e. Son prédécesseur. -M. de Saint-André, était mort le n novembre \^bq: mais, Saiiabous, ne Im succéda pas immédiatement et le i^'ouverneur de Montpellier. M. de Mlleneuve. fut chari^-é. pendant qiielque temps, de commander a Aigues-Mortes. avec, en sous-ordre, M. de Pouzilhac (i). La première délibération du conseil de ville, où apparaisse Sarlabous, n'est que du ig décembre 1^70 (2), mais, il semble bien, qu'à cette date, il fut déjà en place depuis quelques mois. Le is avril, en effet, il écrivait de cette ville deux lettres. Tune à la Reine-Mère. Tautre au duc d'Anjou, dans lesquelles, après aviiir protesté de son dévouement à la couronne, il s'excusait de n'avoir pu encore, suivant l'ordre qu'il en avait reçu, rejoindre l'armée ro3'ale, aj'ant été obligé de n^ettre en état de défense son gouvernement d'x\igues-Mortes, que les protestants menaçaient. Intimidés, les Huguenots s'étaient portés sur Nîmes, avaient vainement tenté d'enlever Lunel. que Damville avait réussi à secourir et d'où ils s'étaient retirés non sans grandes pertes : (( et n'ont (( rien gaigné par ce pays, écrit Ra3'mond au duc. pour ce qu'il (( n'}' a bicoque qui ne leur ayt résisté et tué fi:)rce gens et en (( ont perdu plusieurs, tant de faim que de malladie )) (3). Sarlabous. dans sa lettre à (>atherine de Médicis. n'oubliait pas de lui réclamer l'argent qui lui avait été promis sur les parties casuelles.
Par ces deux lettres, on voit que Raymond de Cardaillac avait reçu l'ordre de quitter le Midi pour rejoindre l'armée royale; une lettre de la Reine-Mère à M. de Pu5'gaillard. du 28 juin 1570. nous apprend que le régiment de Sarlabous avait
rollcs, archiviste de X'auvert. qm a bien \oli1li dépouiller, à notre protil. les archives municipales dWigues-Mortes et les archives départementales du Gard.
(1) Arch. d'Aiyues- Mortes, registre P)P). 7.
(2) Ihid.
(3) L.ettre au duc dAnjou. P)ibl. Nat.. ms. Ir. 1 sss 1. p- ^ 14 voriginal); — Lettre à la Reine-Mere, ihi'd.. ms.. nouv. acq. Ir. 'o()oo. pp. M-14 (copie d'après les manuscrits de Saini-PétershourgU — Le i i avril, le cardinal Georges dArmagnac écrivait au Roi que L)am\ille avait envoyé i 4 ou i ^ enseignes d inlanterie à Aigues-.Mortes, « là oij le sieur de Sarlabous est » (nouv. acq. fr.. vol. 1240. fol. :58-6(). d'après Toriginai de la bibl. de TErmitage a Saint-F^etersbourg. rec. 74, n° 1 2).
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été clcsi<;-nc pi)Lir secourir ce capitaine en Poiton (1). Son chef l'y accompai;-na-t-il .- La Popelinière est le seul histoiaen qui mentionne sa présence à raflaire de l'île d'Oléron en ce inênie mois de jinn (j): il raconte aussi que le beau-frère de Sarlabous, le capitaine Sarni^aiet, y fut blessé à mort d'une arquebusade (3). (v est de là sans doute qu'est venue lerrein^ commise par plusieurs historiens postérieurs, notamment de Kuble, qui ont fait moinnr Raymond de (>ardaillac dans l'île d'Oléron en
Peu après, le X août 1S70, la paix de Saint-Germain était signée. Sarlabous, à qui l'on ne peut reprocher d'avoir été jusque là grand coiu^tisan, songea alors, comme beaucoup de gentilshommes, qu'il fallait venir a la cour pour ne point se faire oublier. Le 2X août, nous le trouvons au camp de Ghâions, où il tigure, avec son lieutenant l^arthélem}' de Mun, dans- une revue, à la tète de 28 hommes d'armes et de 34 archers (s); il touche ^00 livres tournois pour la paie des mois de juillet, août et septembre 1569. A cette même époque, on le trouve, en qualité de chambellan, parmi les officiers au service du duc d'Anjou, — du futur Henri 111, — sous les ordres duquel il avait fait la plupart des dernières campagnes (6). En décembre, il obtient une nouvelle faveur, le I^oi lui fait don d'une somme de 6000 livres tournois — le chiffre est énorme — provenant de
(i) Lettres de Catherine de iWédicis. t. 111, p. 319.
(2) « Le jeune Sarlabous y estoit » (La Popelinière, La vraye et entière histoire des troubles et choses mémorables avenues tant en France qu'en Flandre et pavs circonvoisins depuis l an 1^62, La Rochelle. 1^73, in-8", p. 390).
(3) Histoire de France... depuis l an i^yo jusquà ces temps (1581, in-lol. ). p. 1. fol. I 90.
(4) On se souvient qu'on a fait aussi mourir Corheyran dans la même île en I ^586. 11 y a là une double erreur et une nouvelle preuve de la conlusion souvent commise entre les deux frères.
(5) Bibl. Nat., coll. Clairambault, vol. 269, fol. 3007 (original).
(6) Ihid., vol. 836, p. 2O79 : « Le seigneur de Sarlabos le jeune ». — 11 ligure en la même qualité dans un état de 1^72 (Bibl. Xat., ms. fr. 3276).
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la vente de Toffice de gretlîer civil et criminel au sièg^e présidial de Béziers — et ce. dit Raymond en en donnant quittance, (( tant en considération des grands et agréables services que (( nous lui avons ci-devant et de longtemps faictz au fait des (( guerres que pour nous donner place et moien de supporter (( les frais et dépenses qu'il nous a convenu faire à ceste (( occasion o ( i ).
La récompense était légitime; non seulement Sarlabous avait payé de sa personne, mais ses intérêts avaient gravement souffert des guerres civiles et de son zèle pour la bonne cause. Ses biens de la Bigorre, notamment sa maison du Luc. avaient été pillés ou brûlés, et Monluc le cite parmi les gentilshommes catholiques qui avaient pâti des exactions protestantes : (( A qui (( demandera-t-on justice. s"écrie le vieux capitaine, des mai- (( sons de M. de Sarlabous. de Al. de Saint-Orens. des cappi- « taines Parron, Compaigno, Campaigne. Lartigue et une (( inhnité d'autres .^ Tout a esté bruslé. et leurs femmes estant (( eulx au service du Roy. se sont retirées par les maisons de (( leurs parens : encore aujourd'hui elles ne leurs maris, ne (( sçavent où mettre leurs testes, soubz couverture qui soit (( à eulx )) (>).
Les intérêts de son gouvernement d'Aigues-Mortes n'allaient pas tarder à rappeler Raymond dans le Midi. Les délibérations des consuls de la ville nous montrent avec quelle impatience son retour était attendu et désiré (^). 11 ne s'}- rendit pas. néanmoins, tout de suite. La première délibération du (>onseil de ville d'Aigues-AIortes, où Sarlabous est m-mmè. est du ig décembre M70 : nous voyons, qu'à cette date, il s'intéressait aux travaux du port et ordonnait une enquête a ce sujet (4). Le
(i) Raymond donne quittance de cette somme à \'iIlers-(^otterets. le -^ I décembre 1^70 (Bihl. Xat.. 'Picccs oîioniales. vol. 596, dossier I 3906. pièce 12).
(2) Bibl. Nat.. coll. ClairaiTiHault. vol, j()(). fol. 1007 (oriiilnal).
(3) l ne amusante erreur a été commise au sujet du nom de Sarlabous. qu'on prononçait et qu'on écrivait souvent dans le .Midi (^/uirlehon.^. Trompé par cette orthographe et. coupant !e mot en dcnx. A\. P>essot de Lamothe. ancien archiviste du Gard. a. par une mauxaise lecture. imai;iné. de toutes pièces, un gouverneur du nom de (Charles Bon!
(4) Arch. d'Aigues-Mortes. reg. I)P). 7. pp. !^4-=5-
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>N décembre, on attend son aiTivée de joui- en jour (i): le 4 mars 1^71. on l'annonce poui^ la mi-care'me (>): elle fut encore différée, car, le -j septembre suivant, Raymond était a Toulouse, où il donnait quittance du paiement fait à 2X hommes d armes
( i) Ibid., pp. 86-7.
(2) //?ù-/., pp. 88-9.
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et à 34 archers de sa compagnie de la solde des mois d'octobre, novembre et décembre précédents; il figure dans ce rôle pour soo livres. Barthélémy de Mun. son lieutenant, pour 260 livres 10 sous, et Balthazar cl'Antin. sieur de Rartères. maréchal des logis, pour 137 livres 10 sous (1).
Vers le niilieu de décembre, il annonce son arrivée prochaine aux consuls cbAigues-Alortes. avec une compagnie de son régiment, destiné à y prendre garnison (2). La ville était très pauvre et les délibérations des consuls trahissent la gêne et l'embarras qu'ils éprouvent a nourrir le gouverneur et sa troupe et à fournir de foin ses chevaux: ce sont, à ce sujet, de perpétuelles doléances ( 3). Le Roi se laissa finalement toucher par ces plaintes et une ordonnance du ^ mars 1^72 exempta les habitant des ville et diocèse de Ximes du paiement des impôts, notamment de (( la solde et entretenement du régiment de (( Sarlabous » (4). La ville était très mal (( munitionnée » et il n'y avait pas de quoi tirer douze coups de canon (^): elle en devait pâtir trois ans après.
Raymond avait déjà quitté la ville et le Languedoc et se trouvait à Paris, au mois d'a<»ût 1^7^. quand éclata la Saint- Barthélémy. Nous avons déjà discuté plus haut, à propos de Corbeyran (6). le rôle prêté aux frères Sarlabous pendant la nuit sanglante. Pour Corbeyran. il n'y a aucun doute et l'on peut invoquer en sa faveur un alibi contraire : il était au Havre, où sa présence, comme gouverneur, était indispensable, et il n'en bougea pas. Serait-ce donc Raymond, que les historiens protestants ont eu en vue, lorsqu'ils ont accusé Sarlabous d'avoir pris part à l'assassinat de Coligny .- Il se peut, car
(i ) Bihl. Xat.. ms. Ir. 215^2. n'' 2080. Nous donnons un lac-siniile des dernières lignes de ee document qui sont de la main même de Sarlabous et suivent sa signature : »< Sarlabos. Pour servir de rolle de payement de « nostre eompagnie de gendarmes pour le cartier d'octobre, novembre et « décembre 1^71 {sic pour t 5 70) ».
(2) Arch. d'Aiguës- -Wortes. BB. 7. pp. 1 i o- 1 i 1.
(3) /A/i.. délibération des 13 janvier, g décembre 1572. s janvier i57^ (pp. 112. 113. 1 56-7. 144-5^-
(4) Arch. départementales du Gard. G. 817.
(5) Correspondance du vicoiufe de Joyeuse, p. 37.
(6) "Voir pp. 130-1^4.
KN Pays dh c.ascoone iqI
RaN'mond était tout aussi déteste des hti^uenots que son frère; il venait de les eonibatti'e sans trêve pendant plusieiu^s années dans le xMidi. et, de son eôté, ayant eu sa maison bi-ûlée, ses biens pillés par les bandes de Mon^-ommen". il ne se sentait pour les gens de la religion aucune tendresse. 11 assista avec joie à leur massacre: quelle y fut sa partM^est ce qu'on ne peut dire. De Thcvj, nous l'avons vu. cite (( Corbevran de (>ardaillac-Sarlabous » parmi les gentilshommes qm accompagnèrent les duc de ("rinse. d'Aumale et de Nemoiu^s au logis de l'amiral sans y pénétiXM^ : le grand historien du X\'l" siècle a pu confondre nos deux frères et vouloir parler de Raymond. Les autres récits, où il est question de Sarlabous, ne donnent pas de prénom et disent simplement (( Sarlabous » ou « Sarlabous (( mestre de camp ». Notons que les relations italiennes et espagnoles, — en général bien informées, — ne prononcent même pas ce nom. Mais la lettre dont nous avons cité un fragment (i) et que Raymond écrivit au lendemain même du massacre, si elle apporte la preuve indéniable que C(M'beyran ne fut pour rien dans l'assassinat de l'amiral de Coligny, nous paraît démontrer en même temps, presque aussi indiscutablement, l'innocence de Raymond en cette affaire. Le 2^ août, Raymond est envoyé par (Charles IX au Havre pour annoncer à son frère aîné le massacre qui vient d'avoir lieu : il écrit, aussitôt, à un des siens et lui raconte, d'une façon succincte, mais très nette. la mort tragique de l'amiral : (( Ung lidèle de la maison de (( Guyse, écrit-il, et de bons amis Souysses, friands de la beso- (( gne, ont occis l'autheur et l'initiateur de ces meschancetez ; (( la mort de l'amiral nous délivre et glorifie tous et fera le (( calme du royaume. » Le « fidèle de la maison de Guise », c'est l'allemand Besme ; les (( bons amis Souysses )), ce sont Moritz Gronenfelder, Martin Koch et Gonrad Bury, qu'une relation extrêmement curieuse et précise du capitaine suisse Josué Studer nomme en propres termes (2). La lettre de Raymond cadre donc merveilleusement avec le récit le plus véridique qui se soit conservé de l'attentat. Et, du moment que Sarlabous considérciit cet attentat comme glorieux, il s'en fût sûrement vanté dans cette lettre à un parent, s'il y eût le moins du
(i) Ihid. d'après nos archives particulières.
(2) Ihid., p. 27: Forestiè. Corbevran de Cardaillac. p. 145
monde participe. Ce point ne saiii'ait faire de doute : Tamiral était l'ennemi, le traître: il fallait le frapper : honneur à qui lui porta le dernier coup. A travers les lii2:nes de cette lettre, on sent percer cumme un re^'ret chez Sarlabous de n'avoir pas eu l'aubaine de cette gloire. Ne regrettons point, nous, pour sa mémoire, que le hasard l'en ait privé.
Raymond alla donc au Havre, mais n'y séjourna pas longtemps. Au mois d'octobre, il était de retour en Languedoc et à Toulouse, où nous le vo^'ons investi, semble-t-il, des fonctions de juge mage. Les protestants avaient surpris la ville de Bazet par escalade et la garnison catholique, réfugiée dans le château et l'église, s'y défendait péniblement. Le sénéchal de Toulouse, Sarlabous et quelques autres gentilshommes offrirent alors aux capitouls toulousains d'aller au seco-urs de la place, et leur demandèrent des subsides pnur armer des gens de cheval et des argoulets. sous les ordres du ca]:)itaine Larouge. Le ô octobre, les capitouls accueillirent favorablement ces propositiuns (i) et Sarlabous partit pour secourir Buzet : le 20. ils décidèrent de prélever du blé sur les protestants et de le faire moudre poin^ envoyer du pain aux troupes. Le premier novembre, de retoui^ a Toulouse. Raymond écrivait au marquis de X'illars. amiral de I-'rance, pour lin représenter l'elfervescence qui régnait dans le pays et la nécessité de nommer quelqu'un qui (( ave puissance de coiumandei" en tout ce pa}'s de hault. de (( lever et faire prendre les armes a ceux cludit pays p )ur courii' (( sus à toutz lesquels ne se vouldront renger suivant le bon (( plaisir du R03' et qui vouldront entreprendre contre icel- (( luy )) (2).
Au mois de février '^ys- il était encore à Toulouse, et écrivait, le 22 de ce mois, au duc d'Anjou, pour lui rappeler ses longs services — plus de trente années déjà — et lui demander un commandement sous ses ordres (3). Ln mars, il traversa Aigues-Mortes (4) allant renforcer avec Ooo arquebusiers l'armée catholique qui, sous Damville, assiégeait les huguenots dans
(i) D. Vaissclc. t. XI. p. oqo.
(2) Bibl. Nat.. ms. tr. ^ ^47- 'o'- ^'*-
(1) Ihid.. ms. IV. I 5550. loi. 2(^4 (ori^;inal 1.
(4) Arch. d Aii^Lics-Mortcs, BB. 7. pp. 112-115
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Sômmièros; le ii avril, un dernier assaut fut donné, et la ville capitula (i). I.e comte de (>andale ayant été tué dans cette affaire, sa conipa^-nie fut partagée entre MM. de Mondragon et Sarlabnus (>). à la demande du duc d'Anjou qui appréciait la valcLU' des deux capitaines.
Le mois suivant, Raymond de (>ardaillac se trouvait en Bigorrc, où les hui^'uenots de P)éarn avaient fait des tentatives sur Saint-Pé et sur Loiuxles. Le juge-mage de Higorre. Arnaud de La (]asa, les favorisait; Sarlabous jura de tirer vengeance de ce personnage. \'oici en quels termes Mauran conte l'affaire : (( Au mois d'avril, icelui sieur de Sarlabous entreprit de venir (( tuer dans la dite ville de Tarbes le sieur de (>asa, juge-mage (( de Bigorre, parce qu'il était de la religion prétendue réfor- (( mée, et bailla la conduite de l'entreprise à Dominique (( d'Abadie, gendarme de sa compagnie (3), qui était natif de (( Tarbes et auquel il se liait pour l'avoir expérimenté bon (( homme de guerre en plusieurs occasions. Aussi était-il (( homme de grande force et courage, roux de poil, gras et large d'épaules, feignant et dissimulant tout ce qu'il désiroit, et fort prompt et adroit à piquer chevaux et manier les (( armes. Il se rendit à la porte du l>ourg Neuf, environ la nuit, et feignant de venir de Toulouse et avoir hâte d'entrer dans le bourg, il se lit introdunx' par un homme qui couchoit sur la dite porte, laquelle étant ouverte et le pontce levis abatu, le dit Abadie, qui étoit à cheval, s'avança sur le « pont en disant au portier qu'il s'attendit im peu, car le valet (( de pied, nommé Raimond, était encore derrière. Et à même (( temps, Abadie se print à crier tant qu'il put ; Raimond! (( Raimond! qui étoit le mot du guet et le propre nom de .^L de
(i) L. de Pérussis. ûp. cil., p. 145.
(2) Lettre de (Catherine de .Medicis à Damville. du 23 mars 157^ (Lettres, t. [\ . p. 1 60); — lettre de (Charles IX au duc d'Anjou, Fontainebleau, 20 mars 157^. Original à la bibliothèque de TErmitage. à Saint- Pétersbourg-, rec, XXI, t. I, n" 41;, copie à la Bibl. Xat , nouv. acq. Ir. I 24 [ . fol. I 24-6.
(3) Ce Dominique d'Abbadie ou d'Abbaye vivait encore en i6<):;: il fut témoin, dans Tenquête de 157^. sur les ravages des huguenots en Bigorre et avait aloi's environ 3O ans (Dui'ier et C^arsalade. LesHuoiienots en Bigorre. p. r 88).
(( Sarkibous. A ce cri, M. cle Saiiabous et ses gens, lesquels (( n"étoieiit guère loin, s'avancèrent et entrèrent clans la ville, (( sans aucune résistance. Le bruit que les chevaux lirent en « marchant sur le pavé cle la rue réveilla les habitans qui, tous (( effrayés, sortoient aux fenêtres, et voiant que la ville était (( prise et la rue pleine de cavalerie, n'osèrent sortir pour se (( joindre, ains demeurèrent coys dans leurs domaines. Ledit (( sieur juge-mage aiant ouï que M. cle Sarlabous étoit là. « reconnut que c'étoit pour lui qu'on prépar.)it la fête. \'oilà (( pourquoi, tout incontinent, il sauta du lit où il étoit couché (( et, sans avoir avoir aucun soin de s'abiller, gagna les fossés (( cle la ville par la galerie cle sa maison et courut en chemise (( jusqu'au lieu cle Gajan, distant d'une lieue, et là, il s'habilla, (( et cle là se rendit dans la ville de Pau, où il passa le reste de « ses jours, sans plus retourner à Tarbe. M. cle Sarlabous, aiant (( reconnu que le juge-mage s'étoit sauvé, séjourna dans la ville (( de Tarbe, jusqu'à ce que l'aube du jour commença à poindre, (( et durant ce tems, la maison du juge-mage fut fouillée, et « quelques autres forcées et pillées par ses gendarmes » (i). M. de Sarlabous fut. paraît-il. très fâché d'avoir manqué son coup.
Au mois cle juin suivant. Sarlabous était encore clans ces régions et faillit prendre part a une expédition de Fabien de Monluc, hls cle Biaise, en Béarn. Le baron d'Arros et La Casa étant venus assiéger Lourdes avec quinze enseignes de gens de pied et deux cents chevaux. Fabien accourut, à Tarbes avec soixante gentilshommes et cent vingt arquebusiers à cheval et les contraignit à se retirer en désordre. Dans un mémoire adressé au duc d'Anjou, P'abien ajoute qu'il les eût poursuivis jusqu'en Béarn, avec les forces de iMM. de Sarlabous et de Larboust, si M. de Villars ne lui eût fait défense d'entrer dans ce pays (2). Peu après, Fabien de Monluc trouvait la mort à Nogaro.
Le i'^'" novembre 1^73. Damville. écrivant de Montpellier à M. cle Fourguevaux, annonce le retour prochain cle Sarla-
( i ) G. Mauran. Sommaii-c descriptioji du comté de Bioorre, p. 141-3; voir aussi Colomez, Histoire de la province et comlé de 'Bioorre. p. 121.
(2) Bibl. Nat., ms. fr. [5558. fol. 207; — Cf. P. Courteault, Biaise de UVionluc. p. 582.
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bous ( i): le 26 novembre, il l'informe de lenvoi de la eompagnie de Raymond au diocèse de Toulouse {2). Le ji décembre, à Bcziers. était passée la revue de la compagnie de vingt-cinq lances des ordonnances, commandée par M. de Saiiabous. et les gages des mois de juillet, août et septembre précédents lui étaient payés; Barthélémy de Mun y servait toujours comme lieutenant ( -î). Le >x décembre, la ville d'Aigues-Mortes. quoique se plaignant toujours de sa misère, envoyait à son gouverneur un présent de poisson (4). Le 10 janvier 1S74. le (vonseil de ville lui dépêchait un des consuls pour le prier de faire grâce aux habitants de ^oo livres qu'ils devaient lui payer (^); Sarlabous ayant insisté pour que la somme lui fut remise, on nomma une commission pour se la procurer (6). En l'absence de Raymond, la ville était gouvernée par Hugues Cathelin de Girardon, son lieutenant (7).
Au commencement de l'année 1^74, la trahison de Damville lit craindre au Roi des troubles dans le Languedoc. Le procès de La Molle et de Coconat avait mis en lumière la duplicité du maréchal ; entraînerait-il dans la révolte les vieux capitaines catholiques qui, comme Sarlabous. servaient sous ses ordres .^ Charles IX s'empressa d'y parer. Le 4 mai. il écrivit lui-même à Raymond de Cardaillac pour lui annoncer qu'il a remplacé Damville. et il fait appel à son loyalisme pour aider dans sa tâche le nouveau lieutenant général qu'il envoie dans la province, le dauphin d'Auvergne (H).
Le 9 mai, ce sont MM. de Saint-Sulpice et de Neuville, qui écrivent, d'Avignon, â Sarlabous pour le prier de veiller â la sûreté de la place dont il a la garde : (( \'ous êtes capitaine et (( bien lidèle serviteur de vostre Roy. et a toute confiance en
(i) C. Douais. Les oîieires de jelioion en Laiioitedoc d après les papiers du l^arou de [''oiiroue^'aiix {Tou\ou'>c. FVivat). p. 104. ( 2 ) Ihid.. p . I ( ) 4 .
(O Blbl. Xat.. coli. Clairambauh. vol. 27^. fol. ^829. (4) Arch. d"Aii4ues-A\orte?. reg. BB. 7. pp. i 69-1 71. ( s ^ Ihid.. pp. I 71-?.
(6) Il^id.. pp. i 74-^.
(7) NotariaL dAiuues .MortC'^. minutes de Pon Bizac. année i =; 7 ? . loi. 272 v°.
(8) Bibl. Nat., ms. fr. 3201. loi. 75.
igÔ EN PAYS DE GASCOGNE
(( vous; il ne vous en fault dire autre chose, sinon vous pro- (( mettre et assurer que ne ferez despense qui ne vous soit (( recogneue. et que nous tesmoignerons. partout où besoing (( sera, le grand et notable service que vous aurez fait en cest « endroict là )) (i). Le 13 mai. les deux mêmes gentilshommes, en remerciant Raymond des protestations de fidélité qu'il a envoyées au Roi, l'avertissent que Damville a l'intention de
N eurdeiti frrres, pliut.