TOMBEAU DE BARÈRE
au cimetière Saint- Ican de larbes.
LK PeiTl ©'EgPBTimEiK
El P0ÉÏ1 B'ISPtiïmaiK
Quelque primesautier que soit Cyprien d'Espourrin. quelqu'isolé qu'il paraisse dans l'histoire littéraire de son siècle, il s'en faut que son oeuvre ne puisse se rattacher soit à des manifestations antérieures d'une même formule poétique, soit à une conception de l'art, contemporaine et analogue.
Son œuvre, — les quelque vingt ou quarante chansons, que les éditeurs ont pu recueillir sur les lèvres des paysans du Béarn (i), — se compose uniquement de pastorales, non pas dramatiques, ni même dialoguées, mais exprimant, en quelques strophes, le plus souvent sous la forme de monologues,
(i) Poésies béarnaises. Pau. \'i^"nancour. 1827. in-8°. — Chansojis et airs populaires du Béarn. recueillis par Frédéric Rivarès. Pau. typoiiraphic et lithographie de FI. \'ignancour. 1844, grand in-8°. — Poésies béarnaises, avec la traduction française. Pith. et musique. Pau. E, Vignancoùr. 1852. in-8°. — (Jansous béarnaises de De'=;poiirri et aoiites, 3" éd. Pau, E. Vignancoùr. 1 86(), in-i().
rendus plus touchants encore, grâce au concours de la musique, les quelques sentiments, simples ou naïfs, qui sont, pourrait-un dire, le patrimoine de l'humanité tout entière, sans acception de classes ni de talents. C'est, qu'en effet, la pastorale, — dont le nom ne saurait désigner ni les descriptions minutieuses des travaux des champs, qui constituent le poème didfictique, ou l'expo^^ition, dans la bouche de bergers conventionnels, d'idées abstraites et contradictoires, ce qui devient un poème philosophique, — la pastorale n'a d'autre intérêt ni d'autre ressort que l'expression des passions primitives : amour, jalousie, attachement au terroir natal, sentiment de la nature, qui sont censés l'apanage de la classe sociale la plus rapprochée de l'état primitif : les campagnards.
11 a paru surtout que le cadre rustique convenait merveilleusement aux jeux de l'amour. Si les écrivains ou les artistes se sont plu à dérouler, dans les scènes champêtres, les mille formes, gracieuses ou ardentes que revêt cette passion, n'est-ce point, tout d'abord, que la sérénité de la vie des champs ne suppose pas d'autres manifestations passionnelles que celles de cet instinct primordial.- N'est-ce point, aussi, qu'en montrer les attraits, ou bien les fureurs, sur des êtres aussi près que possible de l'état de nature, c'est exprimer de l'amour, à la fois l'universalité, la spontanéité et la beauté sans artifice.^
Là se trouvent, — sans remonter jusqu'à Théocrite ou à 'Virgile, — ie but et le procédé des pastorales du XVII'' siècle, des romans de d'Urfé et des bergeries de Racan et, plus près de notre poète, de l'une des formes les plus goûtées de l'opéra, qui venait d'être tout récemment créé.
Non pas que dans la première moitié du Wlll"' siècle, où s'écoula, comme on sait, la vie de d'Espourrin, la littérature ne se soit entièrement débarrassée de ces formules un peu fades. On s'occupe assez peu de ce que pense ou de ce que ressent l'individu isolé. 11 faudra la venue de Jean-Jacques pour le réintégrer dans ses droits. Les sciences, les questions sociales, les mœurs du temps, voilà ce qui intéresse, voilà où se porte la curiosité inquiète des contemporains de X'oltaire. Et. quant à l'un des princes des poètes de l'époque, l'artificiel J.-B. Rousseau, l'on sait assez que sa poésie, habile et diverse, n'exprime, et on doit s'en féliciter, — rien ou presque rien de lui.
Exilée du domaine de la littérature, la pastorale reparaît dans
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un autre, avec tous ses caractères de fausse luisticité, cl 'élégance, de s^nibolisnie et de galanterie, (^e ne^t pas. assurément, dans les fêtes galantes de Watteau que nous la trouverons, s'il est vrai que le maître délicat n"a senti de la nature que ce qui s'accordait à son rêve, et si l'on pense que le fond champêtre et factice de ses tableaux n'est créé que pour le petit peuple qui l'anime. Mais, après lui, le sensuel P)OUcher s'est joué, à S(jn tour, dans le monde des bergers amoureux; il s'y est complu. Les pastorales abondent dans son (cuvre peinte et gravée, avec leurs scènes conventionnelles, leurs naïvetés voulues, les madrigaux parfumés et leurs attributs consacrés, moutons enrubannés, houlettes et pipeaux.
Faites chanter à ces bergers élégants, à ces pastourelles à la belle gorge, les chansons de d'Espourrin et dites si la poésie ne viendra pas concourir au dessein secret de l'art : exprimer, sous le masque de personnages agrestes, les sentiments communs à tous les hommes sensibles.
Plus impérieuse pour d'Espourrin, la tradition locale l'invitait à contempler et à chanter la nature. Inconsciemment ou non, il reprenait des thèmes dont les poètes de langue d'oc n'avaient jamais cessé de tirer un merveilleux parti. Car, bannie depuis le X\'IF' siècle de la littérature du Nord, la nature, particulièrement séduisante et tentatrice dans le Midi, sutlisait à émouvoir la sensibilité pa'i'enne des poètes locaux.
Les sévérités de l'abstraction, l'etïort vers un idéal de beauté artificielle et raisonnée, les séduisaient moins que les grâces faciles de leur pays lumineux et parfumé. Ils en exprimaient, sans effort, les charmes, avec toutes les ressources d'une langue naturellement musicale.
Tout au début du X\'IF siècle, les bergers de Bertrand de Larade modulaient déjà les mêmes accents que d'Espourrin fera exprimer, à son tour, à ses bergers. Les églogues de Goudelin offrent de délicieux tableaux de la nature et de la vie champêtre, au milieu desquels se détache la souriante Liris. Plus tard, Jean de Valès et François de Cortète avaient décrit, dans de longues pastorales, les amours rustiques de Michel et de Paule, de Robert et de Miramonde. Si vif était ce goût de la nature, qu'il s'étendait jusqu'à l'œuvre de \'irgile, dont les Bucoliques et les Géorgiques étaient traduites par Jean de Valès encore et par Guillaume Melprat.
Bergers et bergères et leurs jeux rustiques sont, donc, des héros familiers de la puésie diJccitanie. N'oublions pas que le félibrige triomphant n'aura pas de plus beau titre de gloire que rhistoire plaintive de la délicieuse .Mireille.
(niiclir A. VillattoJ
\lLLAGt: D'ACCOUS X'aliéc d "Aspj (Basscs-F^y rénées).
Combien serait curieuse la connaissance intime de Cyprien d'Espourrin et quelle ligure séduisante que celle de ce gentilhomme riche, considéré, des premiers de sa province et qui. sans prétentions philosophiques, laissa s'épancher son âme simple, harmonieuse et sensible, pour la seule joie de chanter ses montagnes et les petits drames de l'amour campagnard .
xMais, a peine les grands traits de sa vie sont-ils connus : et. naguère, on disputait encore sur la date et le lieu de sa naissance. Quant à son caractère, aux secrets de sa composition, à ses goûts, à son physique même, on est réduit à de vagues déductions.
Sa vie fut courte car, né, vers la fin de l'année 1698, de Pierre d'Espourrin et de Gabrielle de Caubotte de Miramont. à Accous, vallée d'Aspe. en Béarn, il mourait, en 17^9. dans ce château de Miramont qu'il tenait de sa mère, où ses parents étaient venus habiter, dès lôyx. Tannée même de sa naissance. C'est entre ces deux vallées. d'Aspe et de la Ribéra, qu'il partagea sa vie; c'est là. du moins, que. grâce aux documents qui
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jalonnent, à intervalles irré^'iiliers, le deini-sieele de son existence, nous ixtroiivons ses traces. Rien ne permet de supposer qu'il parut à la C.our. Ses chansons avaient pourtant. ;4i\"ice a Jciyotte, pénétré jusqu'aux petits appartements, et elles eurent le rare privilè^'e d'é^a^'er. un instant, le plus morose des rois.
Marié, en \-\x, a demoiselle IMaise de P)onnccazc- Ilorsentut, ce n'est qu'en i7 H). à la mort de son père, que le poids des charges et des affaires commença de peser sur lui. Jusque-là.
nous l'imaginons, volontiers, enfant librement par les chemins, s'abandonnant aux charmes du paysage familier, visitant les bergers dans les hauts pâturages et rimant ses chansons au gré de l'inspiration capricieuse. Le personnage considérable qu'il devint, dans la suite, eut plus souvent affaire aux hommes de loi qu'à ces gracieux pasteurs qui badinaient agréablement dans ses vers. La gestion d'une fortune importante et des procès entrepris réclamaient des soins assidus. Pierre d'Espourrin, son père, lui laissait les abbayes laïques de Juzan, du lieu d'Accous et de Léès, que le fondateur de la branche française de la famille, Pierre d'Espourrin, l'aïeul, avait acquises en 1^49. Cyprien sut arrondir considérablement l'héritage de ses aïeux. Du chef de sa mère, il devenait seigneur de Miramont. Il en fit sa demeure habituelle et reconstruisit, sans aucun goût recherché de l'époque, le château encore debout mais transformé et passé en des mains étrangères, et que les habitants et les touristes continuent, néanmoins, de nommer le château d'Espourrin. Tout entourée d'ombrages, cette longue maison.
MAISON D'ESPOURRIN
à Accous (Basses-Pyrénées) (i).
(i) Les dessins à la plume de cet article sont du commandant Henri d'Espourrin, descendant direct de notre poète.
sans st^ie. avec son corps de logis aux larges fenêtres, accostée de deux ailes, était accueillante et gaie. Elle s'accordait au génie du poète, simple, clair, sans afféterie ni prétentions.
Devenu chef de famille. d'Espourrin ne recula devant aucun de ses devoirs. Non content d"élever ses trois enfants, Jean. Jeanne-Elisabeth. Marie, il n"eut garde d'abandonner ses frères
cadets, Joseph et Pierre- Jean, tous deux d'Église.
Comme il avait deux résidences, il partagea équitablement entre eux le soin de sa direction spirituelle.
Il nomma son frère Jean à la cure d'Accous et dut soutenir, à cette occasion, en 1741, un procès contre les Prémontrés de Saint-Jean de Castille. Plus tard, le même Jean devint prébendier en léglise paroissiale de Saint-Savin. de nouveau curéd'Accouset.iinalement.
curé dAdast. Quant à Joseph, il avait obtenu, en 1744.
la même cure d'Adast. puis, deux ans plus tard. Tarchiprêtré de Salles, où il mourut après 17^9. ayant survécu de longues années à ses deux frères et à ses neveux même. — dernier témoin et que l'on voudrait moins discret de la vie du poète.
En 173 1. celui-ci avait assisté l'une de ses sœurs, Jeanne d'Espourrin. qui épousait François Du Paou.
Un an avant sa mort, en i7v'^. il maria son lils Jean à Marie- Anne de Ganos.
Habilement, il sut se pousser aux honneurs. S'il entra sans
OBÉLISQIE A ACCOl'S [iSj^u
difficulté aux États de Béarn, comme abbé-lay d'Accous, il dut, pour forcer la porte des États de Bigorre, soutenir contre l'abbé de Saint-Savin, qui contestait ses prétentions, une lutte longue et dispendieuse. A la vérité, les droits du poète semblent, à l'examen, bien peu fondés. 11 eut finalement gain de cause, mais garda contre les moines un amer ressentiment. Ses talents furent, d'ailleurs, appréciés à tel point, qu'en 1740, 1743 et 17s I, il fut nommé syndic de la noblesse.
Il était réellement devenu un personnage considérable et, de 1730 à 1760, il n'est guère d'affaire importante où il n'intervienne, directement ou non. Il habitait ordinairement Miramont, mais continuait, néanmoins, comme son père l'avait fait, de participer à l'administration du village d'Accous. En 1731, il en était premier jurât et présida, en cette qualité, aux assem-
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FAC-SIMILÉ D'UNE LETTRE adressée par d'Espourrin à M. de Marquette, procureur du Roy, à Luz.
(Archives Henri d'Espourrin.)
blées des communes d'Aspe, où il s'élisait un procureur chargé de recouvrer le tribut des médailles, payé par le Lavedan (i).
Son rôle dans les longues difficultés, suivies de procès, qui mirent aux prises les communes de la Ribera et l'abbaye de Saint-Savin fut certainement ambigu. Peut-être tenait-il à prendre sa revanche de l'opposition qu'avait rencontrée, de la part de l'abbaye, son entrée aux États de Bigorre. En tous cas, on le voit attiser les animosités, exaspérer les différends, prendre lui-même en mains (1733), comme syndic, la cause des communes; et, finalement, quand, poussés à bout, les moines portèrent, en 1747, le différend devant le Grand Conseil, ce fut un homme de paille, le propre beau-frère de d'Espourrin, François Du Paou, qui représenta les communautés devant cette suprême juridiction.
Si ce procès, d'ailleurs, n'eut jamais de conclusion, puisqu'il pendait encore en 1790, il semble bien qu'il ait eu. pour d'Espourrin, des conséquences fâcheuses. Déjà syndic de la noblesse, nous l'avons dit, il avait élé nommé, en 174=;, subdélégué de l'intendant d'Auch. 11 touchait à l'apogée de sa fortune. Il assista, en cette qualité, les intendants Gaze de La Bove, d'Aligre et iVlégret d'Étigny. Mais, comme le Grand Gonseil avait renvoyé, en 1748, l'affaire de la Ribéra devant l'intendant d'Auch et que d'Espourrin continuait ses menées, on peut croire que son rôle dans cette affaire ait finalement déplu. Toujours est-il, qu'en 17s i, une ordonnance royale cassa son élection comme syndic de la noblesse aux Etats, et, qu'à la même époque, l'intendant renonça à en faire son subdélégué.
Mais, jusqu'à sa mort, survenue en 17^). ce lourd procès de
( I ) Le Tribtit. dit des Médail.'es. dû par les Lavcdanais aux Aspois et établi vers i 100. a fait l'objet de nombreuses recherches.
D'après notre éminent compatriote. Jean Bourdette, les Lavedanais. vers la tin du XI" siècle, auraient fait irruption dans la vallée d'Aspe. pll!é les Aspois et mis à mort plusieurs d'entre eux.
^ Des arbitres désignes par saint Bertrand, évêque de ("omminges. et, sans doute aussi, par lévcque de Bigorre. pour rétablir la paix entre les Aspois et les Lavedanais, condamnèrent ceux-ci à payer aux gens d'Aspe, annuellement et à perpétuité, une somme d'environ sept livres, répartie entre les communautés de Oarrè-Ayga. Et. ce Tribut fut payé jusqu'en
la directe — qu'il avait fait naître et où François Du Paou tenait difficilement tête aux défenseurs de labbaye — dut occuper le meilleur de son temps.
Il laissa l'affaire en litige et sans avantage pour le parti qu'il avait embrassé.
Ainsi, quand il mourut, en 1759, dans son château de Miramont, de lourdes tâches avaient occupé sa vie. 11 avait dû leur sacrifier les succès littéraires, ou, plutôt, ayant chanté, à pleine
voix, les mélodies délicieuses qui lui montaient naturellement aux lèvres, ayant exprimé les sentiments qui se pressaient en son âme, il ne crut
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^^^J^^^y/ >i/ P^^ ^^^ ^°^ œuvre valut quelque chose,
en dehors de la satisfaction intime qu'elle lui causait. Peut-être pensa-t-il qu'elle perdrait, â être imprimée, un peu de sa grâce et de sa fraîcheur. Mais, telles étaient les qualités de ses chansons, qu'elles demeurèrent fixées dans la mémoire des bergers pyrénéens, comme dans un recueil vivant, attestant ainsi, sans intrigue ni artifices, de leur vitalité.
Monument élevé à la mémoire de d'Espourrin prés du château de Aliramont (1867).
Si insuffisants que soient ces épisodes pour éclairer, à notre gré, la physionomie du poète, ils complètent heureusement les traits, un peu voilés, lallure un peu monotone d'une même attitude que les seules chansons ne sauraient mettre en relief. Ces chansons, — jaillies du cœur, rendues plus touchantes, encore, par la musique qui en fortifie l'expression, — sont, si
on regarde au fond des choses, une manifestation Ij'rique qui précède, de près d'un siècle, les grands triomphes du romantisme. C'est pourquoi on ne saurait comparer lidylle de d'Espourrin à celle de Théocrite. Les Alexandrins sont des gens avertis pour qui la poésie est une forme agréable de vulgarisation et la liberté du poème ne sert qu'à mieux faire passer l'érudition, dont elle est, d'ailleurs, surchargée.
Ce qui nous charme dans chacune des petites pièces du gentilhomme béarnais, c'est moins l'histoire même qu'elle célèbre et ses héros modestes, que le sentiment du poète à l'égard de ces drames ingénus, de leurs victimes et du décor qui les entoure. Dépasser de tous côtés son œuvre, donner à ses personnages comme un air de famille, qui est en réalité la physionomie de l'auteur, exprimer l'âme des personnages et des choses, telle qu'elle apparaît à celui-ci, c'est s'affranchir de l'impassibilité du poète descriptif, c'est négliger l'idée générale et l'abstraction synthétique, chères au poète classique, c'est faire œuvre de lyrisme.
Nous ne saurions guère nous intéresser à la trame, sur laquelle s'exerce la verve du potte. Peut-être, est-ce qu'après un siècle de romantisme et de passions si magnifiques, nous répugnons à croire qu'on puisse mourir encore d'amours contrariés. Tant d'amants malheureux se plaignent de la même façon dans |es chansons de d'Espourrin — et exhaler leurs plaintes semble si bien suffire à les rasséréner. — tant de femmes sont coquettes et volages, que nous ne saurions vraiment nous émouvoir à chaque nouveau récit qui nous en est fait. Il n'est, au XVIII^ siècle, que l'abbé Prévost pour faire couler des torrents de douces larmes sur des aventures d'amour.
Mais voici que, précisément, sur ces ruines du cœur, toutes semblables, nous sentons planer l'idée même que le poète a gardée de l'amour. Car, son œuvre, tout entière, n'est guère qu'une hymne au petit dieu Cupidon, un Cupidon agreste et bocager, qui aurait abandonné ses flèches acérées pour la houlette enrubannée du pasteur idyllique.
De l'ensemble de ces chants ressort cette leçon que l'amour, voilé de fleurs capiteuses et troublantes, ne laisse que déceptions et chagrins. C'est un thème plaintif dont d'Espourrin ne s'est guère écarté ; une seule corde semble résonner dans sa lyre, et, quelque harmonieux qu'en soient les accords, ils man-
qiicnt Lin ])cii de variété. L'amour triomphant, l'amoin' plus fort que la mort, les transports, le earactère SLU^hmnain. et, peut-on dire, la divinité de Tamour dépassent inliniment sa conception tranquille et un peu artiticielle. 11 faut dire qu'il ne met en jeu que l'amour sensuel. (>'est à la vue dune belle tille, dont (( la gorge éclatante resplendit comme le soleil », dont (( le sein surpasse en blancheur les roses musquetes et l'aubépine », que le pasteur se sent passionnément atteint et met aux pieds de la belle son cœur et son modeste avoir. Ailleurs, l'amant (( pensa devenir fou ». tandis qu'une fraîche lavandière étendait son linge sur un pré. Cet autre ne fait que rêver depuis qu'il a vu sa brunette cueillir l'azalée, llélas, les cruelles se sont jouées de leurs na'ffs amoureux, maintenant délaissés,' maudissant le jour qui vit naître leur ilamme. Mais ce ne sont pas là de ces passions intenses qui amènent un cœur jusqu'aux limites du désespoir.
Tau coum las gâtes Soun t'arrata, Tau, las gouyates Soun ta trounipa.
La ié pausade Sus u sabla, La mendre oundade La hc boula.
Adiu ligresse !
Trouberés bou, Que ^n'aut té hesse Coum hès à vou ?
A la bonne heure, voilà qui est parler en sage et nous ne craignons pas pour la vie de l'ingrate.
Mais, au-dessus de ces élégies plaintives, s'élève la voix grave et mélancolique du (( pasteur malheureux ».
La haut, sus la mountagne. Ci Paslou malhurous, Sédut au pc d'ù hau, baguai de plous, Sounvabe au cambiamen de sas amous.
EN PAYS DE GASCOGNE Adagio nioUo