‹ En pays de GascogneChapitre 16 sur 20 · TT · texte numérisé non relu

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La phrase est variée, claire, alerte et signiticative : son vocabulaire est assez sinaple pour qu'il rende vraisemblables les discours de ses héros. Sans doute, les expressions et les comparaisons mythologiques s'y retrouvent : c'est le goût du temps; et. de quelles pastorales seraient absents l'Aurore. \"énus et les Amours.- Mais, d'une part, les mots qu'il emploie sans aller, en général du moins, jusqu'aux idiotismes gascons, sont empruntés au langage rustique; d'autre part, ses images, tirées delà nature, sont celles précisément, qui s'imposent à une intelligence dont la nature a été le seul maître ou le seul guide :

Nou, lou SDU dab sa blnunde làci, Las estèles dab lur clartal.

Xou lusin pas d'autan de gràci, Que la fripounete a d'esclal.

Quelle fraîcheur et quelle grâce, dans les vers expressifs et imagés qui suivent :

Ni las roses musquétes, Ni la flou dcu bruchou N'an pas de las poupétes, L'esclal ni la blancou :

Ilurouse la manéte Qui u die aura l'aunou De tira lesplinguele Qui las tien en présou.

Est-il plus émouvante élégie que celle-ci .-

Bère beryère toute en plous Atau cantabe sas doulous :

Moun bèt bervè qu'ère arribat Per tiéne sa proumesse :

U cruel hat que-u ma nlhebat.

Diu, la courte allégresse!

En quin peïs t'en an embiat Lou mé brabe e balen sourdat?

Si lou Rey ère auta pla serbit, Coum n'éri you, praubote, -^"t

Tout lou mounde qu'auré counquit En mench d'ue pausote.

EN PAYS Dt; GASCOGNE

Triste Iroupèl, b"ès esbarril, I.013 bou pastou s'en ey parlil :

Bous, agnerous, qui sus las tlr)us, .\utour d'et gambadabe-l, Per acy ne-u ccrquét, praubous, En balles lou belabe-t.

b^idel Pig-ou, lu qu"as audil Ço qui tant de cops m'abè dit, Tu quit plasès au caressa Per ço que you l'aymàbi, Qui pertout l'anabes trouba, Aydem au ploura,... sàbi !

En voici la musique :

Allegretlo.

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PIANO

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Mais, la grande ressource de dEspourrin, c'est encore la langue béarnaise qu'il emploie en maître, langue musicale, sonore, colorée, qui s'identitie avec tous les mouvements de Tâme. tour à tour caressante jusqu'à la mignardise, vigoureuse et heurtée comme les éléments en courroux.

Nous ne sommes plus, ici. en face d'un patois, limité dans ses ressources grammaticales et vocales, abandonné à toutes les déformations, à toutes les simplitications. que lui impose l'élément populaire, livré à lui-même. \'oici une langue, digne d'exprimer toutes les nuances, même les plus lines. parlée par un peuple tout entier et déjà fleurissant en œuvres littéraires, non moins riche et nerveuse que la langue française, plus expressive et plus douce que l'espagnole: — ((gascon, disait Montaigne, singulièrement beau, sec, bref, signifiant ». Adaptée à une pensée déjà harmonieuse et flexible, elle devient. sur les lèvres de d'Espourrin. une musique riche, diverse et captivante qui. par le seul jeu des moyens extérieurs, exeillc déjà les sentiments dont vibre la chanson entière.

Tout éloge de d'Espourrin serait vain à C(îté de ce fait, que son œuvre est toujours vivante, plus vivante que celle de poètes plus célèbres. Ses chansons sont restées populaires, il est probable qu'elles le seront toujours, du moins tant qu'il subsistera un sommet isolé, où l'on parlera béarnais.

Dans toute contrée, on trouve une poésie populaire, poésie anonyme conservée pieusement, avec des thèmes et des r3'thmes particuliers au pays. Ces poésies sont l'image des peuples : rêveuses ou guerrières, tendres ou mélancoliques, parfois grossières ou imprécises, elles expriment les caractères de chaque race. On ignore leurs auteurs, elles sont venues par tradition : c'est le Ilot immense de plusieurs générations qui les a roulées, amalgamées, modelées, suivant une poétique spéciale.

E'œuvre de Cyprien d'b^spourrin est comparable à ce lent et patient travail de la nature. Par le seul effort de son génie, il a su éveiller, dans lame pyrénéenne, un écho intime et permanent.

Le monument élevé à Accous. en i''^49, le médaillon de Saint-

EN PAYS DF. GASCOGNE 27 l

Savin (irSôy) et le buste d'Argelès (i^gô) consacrent sa popularité régionale.

P'élicitons ce peuple, assez afliné pour avoir fait siennes ces mélodies délicates et nuancées, et félicitons ce poète d'avoir trouvé un peuple dont la grâce naturelle a pu éveiller en lui des accents si harmonieux et si touchants.

BUSTK DE D'f:SPOURRIN sur la place de la mairie, à Argelès-Gazost (H. -P. (OEuvrc de Henri Xelli.)

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SÉJOUR DE M"- COTTIN A BIGORRE (1803-1804) (i);

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