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ET SUR LES DERNIÈRES OEUVRES DE M'- COTTIN

La Révolution ralentit à peine la vogue dont jouissait Bagnères-sur-rAdour à la tin de l'ancien régime. Chaque année, les deux saisons y ramenaient sept à huit mille baigneurs. Célébrée déjà par Théophile de Bordeu, en 1746, l'action salutaire des eaux thermales devait aux travaux et aux analyses de Raulin,

(i) Nul ne s'est encore avisé d'écrire la biographie de M""* Cottin. faute d'en avoir pu trouver les éléments indispensables dans sa correspondance, restée inédite et peut-être anéantie. Quelques lettres ont été publiées par H. deLaiouchc àansla. Revue de Paris, t. XVIII, année i 830 ; d'autres par P. -F. Soubies, dans la ''Petite G a:iette du 30 mars i 86 5 , d'autres encore, par Alissan deChazet. dans le 'Plutarque français, et par Tamizey de LarroquQ {Revue d' Aquitaine, XIII, 1869). On peut citer sur M""* Cottin trois études de quelque étendue. Celle de M. de Ganniers, dans le Correspondant des 10-25 août 1888, est la plus ancienne. Rappelons, aussi, le chapitre consacré à l'écrivain par M. A. Le Breton, dans son Roman français du XIX^ siècle, t. I, et la brillante et inexacte notice de M. Edmond Pilon à la fin du volume : (Muses et bourgeoises de jadis.

Nous inscrivons, en tête de ces pages, en témoignage d'aftectueuse gratitude, le norn de M. Le Vallois, archiviste paléographe à la Bibliothèque Nationale: sans oublier celui de l'obligeant bibliothécaire municipal de Bagnères-de-Bigorre, M. Eugène Bérot.

Montaut, dArquier et Marcorelle, un commencement de consécration scie'ntitique. On les disait alcalines, ferrugineuses, arsenicales, sulfureuses.

A ces propriétés bienfaisances, la douceur du climat, les magnificences d'une région sans égale, la mode et l'attrait du jeu, tout concourait à faire, en été, de Bagnères, le rendez-vous de ce qu'il 3^ avait alors, tant en France qu'au delà des frontières, de bien né, d'opulent, de considérable, d'oisif et de libertin. On y voyait, dans les dernières années du siècle, la comtesse de Brionne, les princes de Rohan et de Lambesc, le maréchal de Mouchy, les ducs et les duchesses de La Force et de Narbonne, les duchesses de Noailles et de Duras, le duc de Maillé, Ms^^d'Osmont, dernier évêque de Cominges, MM. les évêques de Lombez et de Lectoure...

Don Juan de Dios de Landébura, don Francisco-Javier de X'illanova, don Francisco de Lado et Sir Eden, ambassadeur d'Angleterre en Espagne, franchissaient les monts. De Russie, venait M. de Labkost, brigadier des armées impériales ; de Pologne, la comtesse Tyskuwiez, née princesse Poniatowska.

Tant dé gens et de telle qualité ne laissaient pas de se divertir avec éclat. Leur ardeur au plaisir ravissait le bon Bernardin dom Lerouge, qui en écrivit, tout d'une traite, en 178s : Les Passe-temps agréables des eaux ininèvales de Bagnères. ((Les dames (( angloises et espagnoles, dit-il, — (mais on peut en pareille (( matière suspecter sa compétence) — n'avoient rien du (( phlegme des femmes de ces royaumes ; avec beaucoup d'em- (( bonpoint, elles avaient de la vivacité, la répartie toujours (( prête et heureuse, ne cherchoient qu'à multiplier les plaisirs ; (( celles de la capitale du monde (Paris) ne paroissoient y céder (( en rien ; pour nos dames de Bourgogne et de Champagne, (( quoiqu'un peu plus sérieuses dans leur premier abord, firent (( promptement connoître qu'elles n'avoient rien moins que (( l'esprit provincial ». Là, autant qu'à Versailles, on goûtait cette douceur de vivre que les contemporains de Talleyrand furent seuls à connaître. Certes, les tripots étaient achalandés ; il n'était guère de maison où l'on ne jouât et trop souvent le jeu (( faisait porter le deuil de l'honneur à des familles innocentes )). On voyait aussi les parvenus de la fortune donner la main à de grandes dames et les mener souper à la campagne dans des voitures somptueusement attelées. De jeunes montagnardes.

frisées et poudrées, poursuivaient publiquement de leurs agaeeries de grands faquins de laquais. « Laissons, done. laissons (( là ee séjour de la lieenee, ee bourg de Daphné, s eeriait en 1788 (( l'honnête Dussaux. Rien de plus fastidieux que les insipides (( plaisirs de l'opulence désœuvrée».

Néanmoins, les amusements se paraient de cette grâce champêtre que la reine avait mise à la mode. On dansait, aux X'ignaux, des menuets rythmés par quatre ménétriers. Des fêtes galantes se donnaient dans la vallée de Campan, où, parmi des bosquets et des fontaines de vin, des bergères dansaient au son des fifres, des tambourins et des hautbois, tandis que les spectateurs attendris échangeaient des petits vers sur les « heureux (( républicains de ces montagnes ».

La seule année 179-5 marqua une dépression dans les annales des Thermes. Avec le Directoire, vinrent les incroyables et les belles élégantes. Barras et la citoyenne Tallien y représentaient la ci-devant noblesse, Louis Bonaparte, les temps nouveaux. Les premières années du Consulat amenèrent les célébrités du nouveau régime. Russes et Anglais reparurent après la paix d'Amiens. Courtois et avisés, dépouillés, grâce au contact de l'étranger, de toute rudesse rustique, les Pyrénéens s'empressaient autour des riches baigneurs. La Suisse n'était pas encore à la mode, que déjà l'art difficile de l'hôtellerie s'exerçait avec succès autour des sources de la Reine et du Dauphin.

Les hôtels et auberges étaient loin de suffire à la foule, qui se pressait, chaque année, sur les rives de l'Adour. Les riches étrangers louaient des appartements entiers, où ils s'installaient avec leur suite. D'autres, nombreux, prenaient pension chez l'habitant heureux de cette aubaine, attentif à ménager à son hôte une demeure confortable, habile à se plier à ses habitudes. La nourriture était abondante et accommodée au goût français avec le beurre le plus fin de Campan. Les truites du torrent de l'Anou étaient délicates. Chaque matin, les fermières d'alentour, encore vêtues, au contraire des Bagnéraises, à la mode nationale, apportaient leur lait, leurs fruits et leurs légumes. Les vins de Jurançon et de Madiran coulaient à tlots, sans qu'on dédaignât les meilleurs crus de Bourgogne et de Bordeaux. Des marchands de tous pays installaient, pour la saison, les comptoirs les plus variés. C'était quelques mois d'une vie brillante et pourtant monotone, si chaque année appelait de

nouveaux visiteurs à parcourir le cycle relativement restreint des distractions et des promenades accoutumées.

Ce serait faire injure à Bagnères que de l'envisager seulement sous cet aspect frivole : tandis que baigneurs, touristes et joueurs y dominaient durant quelques semaines, une bourgeoisie solide et éclairée de fonctionnaires, de magistrats, de médecins, subsistait dans la ville, où maint homme distingué devait prendre souche au cours du XIX*" siècle.

Curieux de percer les m3-stères de ce sol redoutable et riche en phénomènes de toute nature, des géomètres, des botanistes, des minéralogistes, les La Peyrouse, les La Baumelle. l'illustre Ramond passaient par Bagnères et. s'ils faisaient de Barèges leur quartier général, trouvaient, dans cette petite perle des Pyrénées, des aides, des amis et des admirateurs.

Dans cette ville, à la lin de juillet 1-^03. arriva une jeune femme déjà célèbre, à 33 ans, par un rare et subit couronnement de son génie ; nul n'était moins ambitieux et plus modeste; elle devait son renom moins à ses efforts personnels pour y parvenir qu'à un parfait rapport de son talent et de son esprit même avec ce que l'époque exigeait alors de la littérature et surtout du roman.

11 faut bien que la sensibilité de nos a'ïeux de 1800, dévo3-ée déjà par l'inlluencc de Rousseau, ait dû. aux cataclysmes de la fin du siècle, d'être entièrement rejetée des voies de la raison, pour que nos ancêtres aient goûté non-seulement les écrits, — passionnés, jusqu'à la frénésie, — de M""' Cottin, notre héroïne, mais ceux, aussi, de ses contemporaines M™''* de Krûdener, de Staël, de Souza et de Duras.

M"' Cottin n'écrivait pas ces histoires, — sur lesquelles tant de lecteurs ont versé des larmes, — sans s'attendrir elle-même à des infortunes, dont l'horreur n'égale que l'invraisemblance. La facilité incroyable qui allégeait sa tâche n'était autre que la faculté ou le besoin d'incarner en des héros de roman, les tourments, les ivresses, les extases et les désespoirs d'amour dont elle-même était dévorée.

Non pas que. comme on l'assure, des drames semblables à

ceux qui se jouent dans ses livres, aient assombri son existence. Ni jeune homme, ni vieillard, n'ont vu, à cause d'elle, s'ouvrir prématurément les portes du tombeau. Elle-même est morte à la Heur de l'âge, il est vrai, mais prosaïquement, d'une courte maladie et dans son logis de la rue S'-I.azare, n" 124. Et le seul, peut-être, ou, à coup sûr, le plus compliqué des épisodes roma-

Clicliô Pli. Lauzun.

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