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ECOSSE

Mais, déjà, Corbeyran de Cardaillac-Sarlabous avait repris le chemin de l'Ecosse, après quelques mois de repos bien gagné ; nous avons la preuve de sa présence en ce pays dès le mois de

(1) Tculet (Alexandre), Relations politiques de la France et de l'Espagne avec r Ecosse au xwf siècle, nouvelle édition, t. I, p. 296.

(2) « Autres provisions de la charge d'eschanson de la maison du roy expédiées en laveur dudit sieur de Sarlabous par le roy Henry, données à Villecouti'ay , sous le sceau du secret, le 16 juin 1558, par le roy, Mr. le cardinal de Lorraine présent, et plus bas : de Laubespine ». (Bibliothèque Nationale. Carrés de d'fîozier, ms. 151. fol. 342.)

février is=;9, et voici à quelle occasion elle nous est signalée. Au mois d'août i s s^, des conférences préliminaires avaient été tenues dans le but de mettre lin à la guerre. Les plénipotentiaires qui se réunirent ensuite à Cercampy discutèrent, le 12 octobre, les termes d'un armistice général, qui fut renouvelé les 17 et 28 du même mois, ainsi que le i"" décembre et le 6 février, pour une durée toujours plus longue. Les pourparlers, qui, après une interruption, avaient été repris le 6 février à Cateau- Gambrésis, aboutirent à un traité préliminaire signé le 12 mars entre l'Angleterre, d'une part, la France et l'Ecosse, d'autre part. Or, parallèlement à ces négociations, s'en poursuivaient, au-delà du détroit, d'autres particulières entre l'Angleterre et l'Ecosse, celle-ci agissant de concert avec son alliée la France. Dès la tin de décembre ns8 les Écossais, poussés par d'Oisel, demandaient la conclusion d'un armistice d'un mois à llenry Percy, frère du comte Thomas de Northumberland (i). Le 10 février un Écossais nommé Kirkaldy (2) alla trouver Percy, à Norham, de la part de Lethington, secrétaire d'État, chargé des affaires les plus importantes de l'Ecosse. Il pria Percy de se faire nommer par le comte de Northumberland, commissaire, ainsi que James Croft, gouverneur de Berwick, en vue de se rencontrer à une conférence avec Lethington et Sarlabous, (( lieutenant de toutes les bandes françaises sous le lieutenant-général », qu'il s'engageait de son côté à faire instituer commissaires pour l'Ecosse et pour la France. Si cette proposition était agréée, Lethington devait se rendre, après l'entrevue, à la cour d'Angleterre, avec mission d'y traiter de la paix. Kirkaldy ajoutait que si le comte Northumberland voulait assister à l'entrevue, le comte Bothwell, pour l'Ecosse, y viendrait aussi. Le comte de Northumberland, mis par son frère au courant de cette démarche et convaincu de la sincérité des sentiments pacifiques de la Régente et de Henri II, demanda à Elisabeth l'autorisation de passer un armistice. Kirkaldy retourna à Edimbourg après avoir promis d'être de retour le

(1) Lettres de H. Percy à sir Thomas Parry et à Cecll. des 1"" et 24 janvier 1559 (n. s.). Stafe papers. Foreion séries. Eli.^a''eth, 1=5 158-59, pp. 62 et 1 00.

(2) William Kirkaldy, de Grange.

M OU i6 février (i). Le 17, Percy, Croft, Sarlabous et Lethington tinrent une première conférence, où ce dernier aflîrma le désir de sa souveraine de conclure la paix et déclara qu'un des meilleurs moyens pour l'obtenir était d'établir une trêve et de dépêcher quelque gentilhomme écossais à la reine d'Angleterre (2). On commença à parler de rançons de prisonniers. Mais un différend s'éleva au sujet du sauf-conduit que le comte de Northumberland, en qualité de gardien des Marches de l'Est et du Centre, avait promis de délivrer au messager que Marie de Lorraine enverrait à Elisabeth. Les Écossais exigeaient que le passeport émanât de la reine même. Croft prit alors Lethington à part et lui lit ressortir les dangers auxquels il exposerait l'Ecosse en maintenant cette prétention, Elisabeth pouvant, d'un moment à l'autre, s'allier a un prince ennemi de Marie de Lorraine. 11 fit les mêmes déclarations à Sarlabous, qui conclut, comme Kirkaldy, qu'il fallait retourner à Edimbourg pour obtenir de la Régente la nomination de Bothwell comme commissaire et qu'il serait utile d'avoir une nouvelle entrevue, à laquelle prendraient part, du côté des Anglais, le comte de Northumberland, Percy et Croft (3). Rendez-vous fut donc pris pour le 23, il était entendu que Lethington y viendrait muni de pleins pouvoirs. Dans cette seconde conférence, où Sarlabous représentait encore la PYance, on décida définitivement, comme moyen d'aboutir à la paix, l'envoi à la cour de Londres de quelque noble écossais. On discuta longtemps sur la durée de l'armistice, les commissaires de la Régente désirant qu'il fût de trois mois, temps nécessaire pour qu'un traité intervint, et le comte de Northumberland ne voulant admettre qu'une trêve de deux mois, avec faculté de renouvellement. Enfin Bothwell, Lethington et Sarlabous cédèrent sur ce point et s'engagèrent à persuader Marie de Lorraine d'accepter une suspension des hostilités pour deux mois qui commenceraient le jour où le

(i) Lettre du comte de Northumberland à Elisabeth, i 1 février 1559. State papers. Foreign séries. Elizabeth. 1^58-15^9, pp. 120-121.

(2) Lettre du comte de Northumberland à Elisabeth, 24 février 15 $9. State papers. Foreign. Eli:{^abeth^ iq 58-59, p. 146.

(3) Lettre de J. Croit à Elisabeth, 19 mars 1559. •^^'-^^^ papers. Foreign. Eli:iabeth, 1558-59, pp. 168-169.

messager chargé de se rendre auprès d'Elisabeth passerait la frontière.

Il fut en outre convenu que toute incursion cesserait de part et d'autre jusqu'au i^ mars, et que la Régente rendrait réponse dans les huit jours. En cas d'acceptation de sa part, deux commissaires écossais se rencontreraient avec Perc}' et Croft pour la rédaction de l'armistice, qui serait signé par les comtes de Northumberland et Botwell dès que l'envoyé de la douirière entrerait en Angleterre (i). Lethington écrivit le 26 février à Percy et Croft (2) que Marie de Lorraine consentait à conclure cette première trêve de deux mois; et. après avoir reçu le 4 mars les lettres de sa souveraine l'accréditant auprès d'Elisabeth (3), il se mit aussitôt en route pour accomplir sa mission. Les négociations avaient réussi et l'armistice fut enfin signé à la fin de mars (4).

Le traité passé le 2 avril à Cateau-Cambrésis ne régla pas dans tous leurs détails les questions pendantes entre l'Angleterre et l'Ecosse, plusieurs articles d'miportance secondaire étaient réservés pour être rédigés ultérieurement par des commissaires spéciaux. C'est pourquoi, les mois suivants, s'ouvrirent de nouvelles conférences, telles que celle qui se tint, le 31 mai, à Upsettlington et où fut élaboré le traité qui porte le nom de cette localité (s). Dans une conférence qui eut lieu au mois de juin les Anglais, par l'intermédiaire de Croft, s'étaient plaints une fois de plus du peu de hâte qu'on avait apportée à démolir les fortifications d'Eyemouth (6); c'était en effet un de leurs principaux griefs et un de ceux qu'ils mettaient le plus souvent en avant comme obstacle à la paix (7). Les Ecossais avaient donné comme raison de ce retard les troubles survenus dans

(i) Lettre du comte de Northumberland à Elisaheih. 24 lévrier 1^59. {2) State papers. Scollaud. Vol. !.. 1 ^47-1 5O3. p. 210.

(3) Ibid., p. 210.

(4) Trêve entre les comtes de Northumberland et Bothwell, 29 mars 1559. State papers. Foretgn. Eli:\^ahelh, 15:58-59. p. 192.

($) State papers. Scotland. \o\. !.. 1547-1553, p. 210.

(6) On a vu ci-dessus que ces fortilications avaient été reconstruites en 1557, s'-'^ l'ordre de la Régente, par d'Oisel et Sarlabous. contrairement aux clauses du traité de Boulogne et de la convention de Norham.

(7) Lettre de F^ercy à sir T. F'arry et Cecil. State papers. loreign. Elizabeth. 1558-59, p. 100.

leur pays par suite de la ^"uerre relig-ieuse. (^omnie la P'rance ne prenait pas une part direete à ces négociations entre Anglais et h^cossais qui suivirent la paix de (^ateau-Cambrésis, Sarlabous exprima à Croft, le 2] juin, le désir de s'entretenir avec lui à la (( Round Road » et déclara que cette démolition du fort d'Eyemouth serait désormais poursuivie avec la plus grande célérité (i). Néanmc^ins quelques jours après un Anglais constatatait que le travail n'était guère avancé et que 40 hommes au plus y étaient occupés. Dans une lettre datée du 31 juin, d'Oisel, réitérant les promesses de Sarlabous, prie notre .ambassadeur, de Noailles, d'assurer lî^lisabeth, de la part de la Régente, « qu'on fait et fera toute diligence de ruyner et abattre le fort de Aymont (2), et que Sa Majesté n'en doibt demeurer en aulcun doubte ou jallousie » ; il invoque comme causes de retard les troubles survenus dans le pays et la paresse des Écossais, à qui Marie de Lorraine avait d'abord voulu qu'on confiât ce travail de démolition; il ajoute qu'il en a depuis chargé la compagnie du capitaine Gaillard, qui restera jusqu'à l'achèvement complet; que, suivant le désir du roi de FYance, on ne perdra plus une heure et que dans huit jours il restera peu à faire (3).

Revenant encore sur ce sujet, d'Oisel écrit, le 30 juillet, au même destinataire que (( la royne d'Angleterre et seigneurs de son Conseil peuvent bien demeurer en repos de la forteresse qui estoit à Heymondz, pour estre de présent en tel estât qu'une charrette chargée peult passer et repasser en tous les lieux d'icelle » (4).

Le II août 1561, Marie Stuart, dans un (( Mémoire au S' de Saint-Colme de ce qu'il aura à négocier en Angleterre )), exposant les motifs pour lesquels elle refuse de ratifier le traité d'Edimbourg, prouve qu'elle a tenu ses engagements, et entre autres que (( le fort de Heymouthes et toutes autres fortifications nouvellement faites sont desmolies et raysées » (^).

(i) Lettre de Croft. Lee et lagleby au Conseil, 29 juin i5$9- State pap^rs. Foreign. Eli.ia'->eth, 1^^8-59, P- 343-

(2) Eyemouth.

(3) Teulet. Relations politiques de la France avec l'Ecosse. T. L, pp. 324-32=5.

(4) Teulet. Relations... T. 1". p. 338.

(5) Labanoff (Prince Al.). Lettres, instructions et mémoires de Marie Stuart. T. I", pp. 99 et ss.

C'est à des négociations diplomatiques que nous venons de voir Corbeyran mêlé, durant les premiers mois de son retour en Ecosse. Il reste maintenant à retracer son rôle militaire pendant les longues luttes qu'eurent à soutenir contre leurs sujets révoltés, plus ou moins soutenus par les Anglais, la Régente et Marie Stuart, au cours des années iS59, ^^ôo et is6i. La correspondance des agents politiques, tant anglais que français, sera la source principale a laquelle nous aurons recours pour suivre Corbeyran pendant cette période. Mais pour expliquer les événements auxquels il va prendre une part si active, il ne nous paraît point superilu de retracer ici, aussi succinctement que possible, les progrès de la Réforme dans le pays qui va être en proie à la guerre civile.

Les protestants d'Ecosse, qui avaient vu s'accroître leur parti de tous ceux de leurs coreligionnaires que les persécutions de la catholique Marie Tudor avaient obligés à quitter l'Angleterre, s'étaient trouvés assez forts pour former, à Edimbourg, le 3 décembre 1SS7, une ligue ou covenant, dont les chefs, sous le nom de « Lords de la Congrégation », ne devaient pas tarder à constituer une façon de gouvernement insurrectionnel. Leur audace s'accrut singulièrement quand la mort de Marie Tudor, survenue le 17 novembre 1^58, eut fait asseoir sur le trône d'Angleterre Elisabeth, dont la politique inclinait vers le parti réformiste. La nouvelle reine, profondément blessée de voir Marie Stuart écarteler ses armes de celles d'Angleterre et Marie de Lorraine intriguer pour réunir sur la tête de sa fille les deux couronnes de la Grande-Bretagne, était destinée à devenir pour les covenantaires une alliée toute naturelle. Aussi, quand la Régente, à qui les novateurs reprochaient plutôt injustement de ne point les avoir suffisamment épargnés jusque là, leur eut, sur les conseils de Béthencourt, envoyé de Henri II, refusé toutes nouvelles concessions et eut inauguré contre eux une politique de répression (10 mai 1559), ceux-ci, excités par les prédications enflammés de leur chef spirituel, John Knox, se révoltèrent et s'emparèrent de Perth ( 1 1 mai), de Saint-André ( 1 1 juin), de Stirling, de Linlithgow, et menacèrent même Edimbourg. Ils se livraient en même temps à des excès de toutes sortes, pillant, brûlant et rasant églises et couvents. Dans une série de manifestes adressés, dès le mois de mai, à la Régente, aux chefs des troupes françaises stationnant en Ecosse et au reste de la

noblesse, ils essayaient de justifier leurs aetes. Knox nous révèle, à la fois, l'esprit de ees manifestes et le nom de quelques-ims de leurs destinataires. Parmi eeux-ei figurent seulement deux Français, d'Oisel et après lui Sarlabous (appelé Serre la Bourse), ce qui nous prouve la plaee importante qu'il oceupait déjà en Ecosse, puisque les autres capitaines ne sont indiqués que d'une manière collective. D'Oisel et Sarlabous étaient priés «d'user de leur sagesse pour calmer la fureur de la reine et des prêtres, à défaut de quoi la llamme, c]ui venait de s'allumer, ne pourrait plus s'éteindre, même si quelques-uns le voulaient; il leur fallait en outre' refuser de se déclarer fidèles serviteurs du roi de France, si ce dernier, pour le plaisir des prêtres, persécutait les protestants et les empêchait de prendre l'épée pour leur légitime défense. » (f).

A l'approche des rebelles, ne se sentant plus en sûreté à Edimbourg, où elle s'était d'abord réfugiée, la Régente se retira dans le château-fort de PJunbar. Aussitôt son départ, la foule se rua sur les couvents; et, le 29 juin, l'armée de la Congrégation entrait en triomphe dans la capitale. Avant d'en sortir, Marie de Lorraine avait cependant dépêché d'Oisel, en compagnie des sieurs de Rubbay et de Sarlabous, à lord Erskin, gouverneur du château, pour le pressentir au sujet de ses intentions « advenant que les rebelles entreprinssent de venir faire leurs massacres en ladite ville », et ces envoyés avaient rapporté de leur mission les meilleures assurances (2).

Tandis que la reine douairière attendait à Dunbar, dans une situation difficile, mais moins désespérée quelle ne le semblait,

(i) « To the same purpose we wrote lo Monsieur Dosell in French, requiring of him, that by his wisdome he would mitigate the Queenes rage, and the rage of the pricsts. othcrwise that flame which then bcgan to burn, would so kindlc. that when soine mcn would, it could not be slackned. Adding further, that he declared himself no faithfull servant unto his masther the King of Fiance, if lor the pleasure ot the priests he would persécute us, and so compell us to take sword of just delence. In like manner we wrote to captain Serre la Bourse, and the ail other captains and Fren;h souldiers in gênerai... » Knox (John) The Historié of the Reformation of the church of Scotland. London. 1644. In-lol.. p. 138.

(2) Instruction du s' du Fresnoy. envoyé en France par la royne régente d'Escosse, juillet 1559. dans Tculet. « Relations », t. 1", p. 329.

l'apaisenient des troubles, on apprit la mort de Henri II, arrivée le 10 juillet. Les Réformés, déjà grisés par leurs succès rapides, ressentirent la plus grande joie au reçu de cette nouvelle, mais leurs ressources commençaient à s'épuiser; malgré leurs appels réitérés à l'Angleterre ils n'en tiraient encore que peu de secours efFectifs, les passions s'étant donné libre cours devenaient moins ardentes; il n'y avait plus guère d'églises et de couvents à piller; plusieurs lords désiraient retourner chez eux estimant suffisants leurs sacritices à la cause commune ; une proclamation de la régente au nom de Marie Stuart jeta la détiance dans leurs rangs, et en quelques jours ils se débandèrent. Marie de Lor-raine avec ses troupes marcha de Dunbar sur Edimbourg ; déjà le gouverneur du château menaçait de ses canons les calvinistes s'ils refusaient de se soumettre, et le 23 juillet d'Oisel occupait Lcith. Les deux partis tombèrent d'accord, le 24 juillet, pour conclure une trêve : la liberté de conscience était reconnue, mais les covenantaires devaient évacuer la capitale et respecter les biens et les gens d'Église jusqu'au 10 janvier 1560.

Un mois plus tard, le 30 août, débarquaient à Leith quatre enseignes de gens de pied, expédiées parle gouvernement français sous la conduite d'Octavien Bosso, ce qui portait à 16 compagnies l'effectif des troupes françaises en Ecosse. Le 2s septembre c'étaient deux négociateurs, La Brosse et Nicolas Pellevé, évêque d'Amiens, qui amenaient avec eux de nouveaux renforts.

Pendant ce temps la reine d'Angleterre faisait secrètement passer 3000 livres aux dissidents écossais pour solder leurs troupes, et réussissait à attirer dans leur parti l'ancien régent, le comte d'Arran, créé naguère par Henri II duc de Châtellerault, et son fils récemment encore capitaine de la garde écossaise de François II. Les lords de la Congrégation, à la tête d'une armée de 1^.000 hommes, s'avancèrent contre Edimbourg, qu'ils occupèrent de nouveau, le n octobre, en proclamant aussitôt la déchéance de la régente, à qui ils laissaient 24 heures pour évacuer, avec ses soldats français, Leith, où elle s'était fortifiée. Pour appuyer une mesure si hardie, il leur fallait s'emparer de Leith, c'est ce qu'ils tentèrent aussitôt; mais, en raison de leur incapacité militaire et de leur manque de préparation, leurs tentatives d'assaut dégénérèrent en échec piteux; bien plus, les Français, en devix sorties heureuses qu'ils exécutèrent les i" et

6 novembre, les mirent complètement en déroute et les contraignirent à s'enfuir pour se réfugiera Stirling. Marie de l.orraine rentra dans rxlimbourg (7 novembre). Enhardi par ces premiers avantages, renforcé par quelques compagnies reçues récemment de PYance et escomptant l'arrivée imminente des forces imposantes qu'allait amener le marquis d'Elbeuf, d'Oisel reprit l'offensive, s'avança jusqu'à Glascow (novembre), reconquit quelques places fortes, puis se tourna vers la province du Fife, où il remporta de brillants succès (décembre m^c; — janvier m6o). 11 fallut la fatale nouvelle du désastre maritime subi parla Hotte qui portait d'Elbeuf et l'apparition dans le P'orth des vaisseaux de l'amiral anglais Winter, pour que le commandant de la petite armée française rentrât précipitamment dans Leith, non sans avoir fait montre d'une grande habileté dans cette dangereuse retraite. Corbeyran prit une part glorieuse à cette expédition, il ne nous est malheureusement donné de ne le suivre que pendant quelques jours, car dès le 8 janvier nous perdons sa trace. Nous croyons, pour plus de précision et de détails, ne pouvoir mieux faire que de reproduire intégralement la lettre que son chef direct écrivait sur une partie de ces événements, le 9 janvier n6o (n. s.) à notre ambassadeur en Angleterre, Gilles de Noailles.

9 janvier 1 559 (a. s.) M. d'Oyssel à M. de Noailles.

(Angleterre. Reg. XIV. fol. 141.) Note sur ce qui s'esl passé ez affaires d'Escosse du g^ janvier 7559.

(( La vigille de Noël, le s' de Villeparisis (i) feit partir de Lisce lebourg (2), avec l'aclvis de la Royne, de M. de la Brosse et de (( l'évesque d'Amiens, qui sont icy pour le conseil de Sa Majesté, (( le sieur de Sarlaboz, maistre-de-camp, accompaigné de cinq (( enseignes de gens de pied pour marcher droict à Sterling ; et (( le lendemain, le sieur de Villeparisis le suivit avecques autres

(i) D'Oise).

(2) Nom sous lequel Edimbourg est souvent désigné dans les documents français de cette époque.

go EN PAYS DE GASCOGNE

(( huit enseignes de gens de pied, toute la cavalerie qu'il a par (( deçà et quelques pièces d'artillerie, en dellibération d'aller (( trouver audict Sterling le duc de Chastellerault, les comtes (( d'Haran, d'Argueil, de Glincarne, prieur de St-André, sieur (( de Rusvey et autres leurs complices qui s'y estoient assemblez (( pour y passer les festes de Noël et y conclure quelques choses (( de leurs affaires. Lesquelz, sentans la venue tant dudit maistre- « de-camp que sieur de Villeparisis, s'escartèrent incontinent, (( et mesmes en deslogea ledict duc, ledict jour de Noël, à (( minuict. Despuis ledict sieur de Villeparisis a faict s'éjour- (( ner quelques jours lesdites bandes à cause du maulvais (( temps, et puis après avoir envo3^é celles qu'il avoit avecques (( luy audict Sterling, pour là y passer le pont de ceste rivière (( et esviter par ce moyen ung grand embarquement qu'il eust (( convenu faire, les fit marcher toutes ensemble, soubz la con- (( duicte dudit mestre-du-camp, au pays de Faif, qui est oppo- (( site à cette coste, et où ces rebelles tiennent plus de gens de (( guerre. Où ayant ledict sieur de Villeparisis advis qu'il estoit (( déjà advancé, il feit. dimenche dernier, -j" du présent mois de (( janvier, embarquer en ce havre du Petit-Lict 300 à 400 hom- (( mes de pied pour les traicter de l'autre costé, où ib, prindrent « terre si à propoz que la cavalerie dudict sieur de Villeparisis, (( avec laquelle et quelques harquebuziers à cheval ledict maisce tre de camp s'estoit advancé laissant ung peu derrière luy (( l'infanterie, eust loysir de se joindre avec lesdicts trois ou (( quatre cens hommes de pied auparavant quilz fussent charce gés des ennemys, qui estoient bien au nombre de i> à 1600 (( hommes, qui, du commencement, firent migne de faire teste (( et venir au combat, mais, se sentant vifvement assailliz de (( notre petite trouppe, commencèrent à s'esbranler ; ce que (( voyant les nostres les chargèrent plus vifvement que aupara- (( van, de façon qu'ilz les mirent à vanderoute, prindrent deux (( enseignes des leurs, et entre mortz, prisonniers et blessez, de (( quatre à cinq cents pour le moingz. Le reste alla bien loing (( sans regarder derrière eulx, dont il ne fut eschappé ung seul (( s'il y eust en nombre de cavalerie pour poursuyvre la vic- (( toire )) (i). Une lettre envoyée le 12 janvier par la Régente à M. de Noailles mentionne ce combat et indique l'endroit où il

(i) Teulet, Relations... t. 1", pp. 403-404.

fut livré ((... noz rebelles se trouvent baptuz de tous coustez, leur ayant, climenche dernier, esté deffaict deux enseignes et mis le reste en routte, qui estoit jusques à 1800 hommes de pied et bon nombre de cavalerie, ez portz où ils se pensaient le plus prévaloir qui sont Quincorne (i) et Brutiland (2). 11 fait bon battre telles gens qui, en lieu de la vérité, ont accoustumé semer des menteries... » (3). Cette petite victoire remportée par Corbeyran sur lord Ruthven est connue sous le nom de bataille de Kinghorn (4). Nous trouvons confirmation de la plupart de ces faits dans les lettres émanant des agents anglais. Sadler et Croft écrivent le 31 décembre à Cecil : « Dans notre dernière (( lettre du 28 nous disions que les Français se dirigeaient sur (( Sterling, nous apprenons maintenant, quoique cela ne soit (( pas d'une manière certaine, qu'ils sont au delà de Linlithgow (( et n'ont laissé que 3 ou 4 enseignes à Leith et Edimbourg... (( Postcrip. Notre espion rapporte que le capitaine Sarre le « Bois (s) reste à Stirling avec 1200 Français et d'Oysell avec (( 1400 à Linlithgow, et que les protestants se rassemblent pour (( leur résister » (6).

Le 31 décembre, également, Randolph fait parvenir à Sadler et Croft les nouvelles suivantes (7)... «Le 24 courant, 13 enseignes (( de Français ont quitté Leith pour Stirling ; savoir quelles sont (( leurs véritables intentions : attaquer les lords, le château et la (( ville, ou piller le Fife et s'en retourner, on ne peut y réussir (( ni par des espions, ni par les prisonniers faits parmi les trai- (( nards dans le chemin de Linlithgow à Stirling, quelques-uns (( pensent qu'ils ont en vue Glascow, où se trouve le duc (8). (( M. d'Oysell lui-même, parvenu a Linlithgow, fut soudaine- (( ment rappelé à Edimbourg sans qu'on en sache les raisons.

( r ) Kinghorn.

(2) Burntisland.

(3) Teulet. Relations... t. I"", p. 405.

(4) Voir, sur cette campagne : Knox. The Htstory 0/ Ihe Reformation in Scotland. Edited by David Laing. Edinburgh, 1846, in-8°, pp. ^ et ss.

(5) Sarlabous.

(6) Calendar 0/ the State papers... Scotland. t. I, i 547-1 5O3, Edinburg, I 898, p. 280.

(7) Ibid.. t. I, p. 281.

(8) Le duc de Châtellerault.

(( qu'elles fussent Tarrivée de renforts français à Leith, l'appa- (( rition de notre flotte, ou son peu d'espoir de s'emparer du (( château de Stirling... A Stirling il y a ^ enseignes sous Shar- (( lebois(i), 8 à Linlithgow, 4000 [hommes] a Leith et Édim- « bourg, à moins qu'il ne vienne d'en arriver davantage. Arran (( et lord James sont à Dunfermline, Burn island et aux envi- « rons, dans le Fife, pour résister aux Français... »

La destruction presque totale (2) de la puissante flotte de d'Elbeuf, ne permettant plus guère à la régente de compter désormais sur de nouveaux renforts et la réduisant par suite aux 4000 auxiliaires français et à quelques bandes d'Écossais restés fidèles, et l'entrée en action de l'Angleterre dont les vaisseaux bloquèrent bientôt Leith et Dunbar, coupant ainsi toutes les communications avec la France, allaient considérablement changer au profit des confédérés les chances de la lutte. Elisabeth, cédant aux sollicitations pressantes de son ministre William Cecil, se décidait à conclure, le 27 février 1^60, avec les lords de la Congrégation, le traité de Berwick, par lequel les deux parties contractantes s'engageaient à se prêter mutuel secours contre les Français envahisseurs et à ne signer à l'avenir aucune paix l'une sans l'autre. Par suite de ce traité une armée anglaise, comprenant 6000 hommes et 2000 chevaux, sous les ordres de lord Grey, passa la frontière d'Ecosse le 28 mars, rejoignit à Preston, le 4 avril, les troupes de la Congrégation et vint mettre le siège devant Leith, que défendaient JVlartigues, La Brosse et d'Oisel. La Régente, malade depuis quelques mois, avait trouvé un asile dans le château d'Edimbourg, qui devait rester neutre. Corbeyran, de son côté, reprenant d'une manière effective sa charge de capitaine de Dunbar, se consacrera dès lors exclusivement à la défense de cette place, où il restera jusqu'à la fin de son séjour en Ecosse, tout en y trouvant maintes occasions de faire preuve d'activité, d'énergie et de dévouement. C est ainsi que, durant le siège de Leith, au mois de juin, il sortira fréquemment de Dunbar et arrêtera, — de concert avec le comte de Bothwell, un des principaux chefs du parti catholique écossais, — par une suite d'escarmouches heureuses, les Anglais

(i) Sarlabous.

(2) Par suite de violentes tempêtes, 2 vaisseaux et quelques centaines de soldats avaient seuls pu atteindre l'Ecosse.

EN PAYS DE GASCOGNE g-^

et les Écossais qui, partis de Berwick, se dirigeront vers la ville assiégée, et leur enlèvera de grosses sommes d'argent et un riche butin (i ).

Pendant les premiers mois de l'année is6o de graves événements se passaient en France. Les passions religieuses et les intrigues politiques, habilement encouragées par l'ambassadeur d'Elisabeth à Paris, Trockmorton, s'y donnaient libre cours, grâce à la faiblesse du roi. Elles aboutissaient, en mars, à ce soulèvement connu sous le nom de Conjuration d'Amboise et dirigé contre les Guises, alors tout puissants à la cour. Ceux-ci, entièrement occupés à lutter contre cette conspiration et à réprimer les désordres qui la suivirent, n'avaient pas trop de toutes leurs ressources pour vaincre les nouveaux ennemis de l'intérieur. Ils ne pouvaient donc disposer au profit de leur sœur Marie de Lorraine ni de soldats, ni de vaisseaux, ni d'argent. Aussi, justement alarmés de voir l'Angleterre embrasser ouvertement le parti des réformés d'Ecosse et les appuyer d'une manière efficace, cherchèrent-ils à gagner du temps en entamant des négociations. Le chevalier Michel de Seurre, qui avait remplacé Gilles de Noailles comme ambassadeur français à Londres, avait été chargé de faire des représentations à la reine. Puis on lui avait adjoint un fin diplomate, Jean de Montluc, évêque de Valence, qui avait reçu mission d'offrir toute satisfaction à Elisabeth et de se rendre ensuite en Ecosse auprès des lords. La souveraine, pour qui les circonstances étaient des plus favorables, prétendit d'abord imposer des conditions qui parurent inacceptables, mais à la suite de graves échecs infligés par Martigues (2) à l'armée anglo-écossaise qui assiégeait Leith, notamment le 6 mai, elle se décida à envoyer Cecil en Ecosse pour s'accorder avec les commissaires français Montluc et de Randan (3). Les plénipotentiaires parvinrent à Edimbourg quelques jours après la mort de Marie de

(1 ) Lesley (John). ^De origine, moribiis et rehus oestis Scotorum lihri A. Romac, M 78. In-4°. P. 571. — Maitland (W^illiam). The Hislory of Scotland, vol. II, p. 925.

(2) Sébastien de Luxembourg de Martigues, oflicier de grande valeur, arrivé en Ecosse à la fin de décembre 1559,

(3) Charles de La Rochefoucauld, comte de Randan.

Lorraine, qui avait succombé le lo juin. Les négociations trainèrent un mois, et le traité fut enfin signé le 6 juillet. U était convenu que Marie Stuart et François II renonceraient à toutes prétentions sur le trône d'Angleterre et d'Irlande, que les troupes françaises évacueraient l'Ecosse et que les concessions faites en même temps aux lords de la Congrégation seraient garanties par l'Angleterre. Le même jour Montluc et de Randan signaient en effet avec les réformés écossais une convention d'après laquelle tous les soldats français s'embarqueraient dans les 20 jours, sauf 120 qui resteraient en garnison, moitié dans le château de Dunbar et moitié dans l'île d'Inchkeith (i), — les fortifications de Leith et de Dunbar (2) seraient démantelées, — le Parlement serait convoqué le i" août par commission royale, — un conseil de gouvernement composé de 12 membres, dont 7 nommés par la reine et 5 par les États, administrerait les affaires pendant l'absence de Marie Stuart, — les grandes charges du royaume ne pourraient plus être distribuées à des étrangers, — l'amnistie serait accordée pour tous les faits passés depuis un an, etc., etc.

Marie Stuart et François II furent fort mécontents de ces dures conditions auxquelles avaient dû souscrire leurs représentants, et, bien que par la procuration qu'ils leur avaient donnée le 2 mai ils se fussent engagés à approuver tout ce que ceux-ci auraient conclu, ils refusèrent de ratifier ce traité qui consacrait définitivement le triomphe de la Réforme et du parti anglais en Ecosse. La réunion du Parlement ordonnée par les lords le i" août, sans convocation royale, constituait une infraction aux conventions, ce fut un des prétextes mis en avant par les souverains pour justifier leur refus.

En dépit des difficultés de toutes sortes qu'avait dû lui occasionner une lutte aussi inégale que celle que venaient de soutenir les Français en Ecosse et malgré qu'il eût gardé peu d'espoir de voir la situation s'améliorer par larrivée de nouveaux secours, Corbeyran n'accueillit pas avec moins d'amertume que ses maîtres la paix du 6 juillet, dès qu'il sut au prix de quelles concessions elle avait été obtenue. Une clause surtout, qui avait

(i) Située dans le Forth, en face de Leith. Les Français la désignaient ordinairement sous le nom de Tlsle-aux-Chevaux. (2) De Thou. Histoire universelle. Livre XXIV.

été insérée dans les conventions annexes passées avec les Lords, lui sembla particulièrement pénible à observer : c'était l'obligation de démolir les nouvelles fortifications élevées à Dunbar depuis le 6 mars dernier, avec défense d'en édilier d'autres à l'avenir sans l'assentiment des États (i). Pour bien comprendre ce qu'il en coûtait à Corbeyran de se soumettre à ces exigences, il y a lieu de considérer l'importance dont jouissait au point de vue militaire la forteresse dont on lui avait confié la garde. Situé entre Edimbourg et Berwick, Dunbar s'opposait tout naturellement, ainsi qu'Eyemouth, à cette dernière place qui était le centre de ravitaillement des Anglais et le point de départ de leurs incursions en Ecosse. Nous avons vu ci-dessus que Corbeyran avait fort bien su tirer parti de cette heureuse position pour intercepter quelques-uns des renforts destinés à l'investissement de Leith. Mais il y avait plus : les nouvelles fortifications étaient en grande partie son œuvre ; elles avaient été construites sous sa direction, en prévision du siège dont il était constamment menacé, et elles étaient indispensables pour conserver à la ville sa valeur stratégique, car antérieurement, d'après un mémoire envoyé en 1558, Dunbar n'était encore à cette époque (( qu'un faible village, avec un vieux château, rempli de vieilles constructions, et la partie la plus capable de résistance, du côté de la terre, pouvait être détruite et conquise au moyen de 10 ou 12 canons » (2). Par contre, quelques jours après le traité d'Edimbourg, c'est-à-dire en juillet 1560, alors que Corbeyran avait depuis plusieurs mois repris possession de son poste de gouverneur, les Lords ayant envoyé à Dunbar Robert Hamilton, de Briggs et Robert Montgommery, pour visiter, en compagnie de deux gentilshommes français, les nouvelles fortifications, les commissaires anglais constatent que « par suite des récents travaux la place est devenue deux fois plus grande et

(i) Extrait des articles du traité lait avec les Ecossais, 1560, dans: Paris (Louis). Négociations, lettres et -pièces diverses relatives au règne de François II, pp. 425-426. — Voir aussi : Calendar of the State papers. Scotland, 1. 1547-1563. pp. 442 et 444 ; — Buchanan. History 0/ Scotland. The 2'' édition, revised and corrected from the latin original by Mr. ^Bond. London, 1722. in-8°. P. 274

(2) Mémorial as to the North. <^ Advertissement pour la Royne, touchant les affaires du VSlord, dans : State papers. Scotland., I, p. 208.

capable de contenir au moins :;oo hommes de plus que n'en pouvait contenir auparavant le château » (i).

On conçoit donc Tindignation et le regret que ressentit l'ancien héros de Kinghorn en apprenant l'humiliation qui lui était imposée sans qu'aucune défaite vint la justifier à ses yeux. Aussi va-t-il pendant plus de deux mois s'efforcer de retarder l'exécution de cet article, en discuter les détails, chercher par tous les moyens à en atténuer les effets les plus funestes, attendre pour agir les injonctions réitérées des Lords, se faire arracher une à une chaque concession et ne jamais céder quand il sera sûr de son bon droit. Pour gagner du temps il saisit tous les prétextes; non content de connaître les clauses du traité il en demande d'abord une copie, puis excipe qu'il n'a reçu d'ordres exprès ni de PYançois II ni de Marie Stuart. En même temps, prévoyant toujours une reprise des hostilités, il prend toutes ses précautions en vue de cette éventualité qu'il souhaite : c'est ainsi qu'il approvisionne Dunbar pour deux ou trois ans, reconstruit un souterrain dans les nouvelles fortifications et le remplit de vivres, empêche qu'on renverse la maison aux munitions, interdit à tout Anglais et Écossais de loger dans la ville sans sa permission, entretient des espions, se tient constamment sur ses gardes, ne s'éloigne pas de la place qu'il a en garde, sauf une nuit, le 17 août, où on l'aperçoit rôdant, avec seulement quatre de ses soldats, à moins de trois milles de Berwick. dont il possède un plan (2).

Ce rôle de Corbeyran, après la paix d'Edimbourg, nous semble d'autant plus intéressant à mettre en relief que, bien qu'il ressorte clairement de nombreuses lettres d'agents anglais, particulièrement de celles adressées au ministre Cecil par Randolph, Leek et Cornwall, il n'a pas été signalé par les historiens, sauf M. Forestié, qui pourtant n'a connu qu'une partie de ces lettres. Et cependant rien n'est plus curieux que cette résistance acharnée que Sarlabous oppose aux Réformés, soit qu'usant de diplomatie il se montre (( fort doux » à leur égard, accueille favorablement leurs envoyés, les comble

(i) Rapport de Robert Hammylton, 13 Juillet 1^60. State papers. Scotland, I., p. 408.

(2) Lettre de Leek à Cecil, du 29 août 1560, dans : Calendar of State papers. Foreign. Elizaketh, 1560-61, p. 270.

de (( bonnes paroles », auxquelles il ne conforme ^uère ses actes, soit au contraire qu'il refuse nettement d'obtempérer à leurs demandes comme dans l'affaire de lord Semple.

S'il est naturel que le retard mis par (^orbeyran à observer les conditions de paix ait été le sujet de plaintes continuelles de la part des agents anglais, il serait profondément injuste de l'accuser de mauvaise foi, car il pensait avec raison qu'il n'était pas tenu de reconnaître un traité que ses souverains n'avaient pas encore ratifié. Ces derniers d'ailleurs l'approuvèrent, et nous estimons qu'il ne faut voir dans toute sa conduite durant cette période qu'un nouveau témoignage de dévouement à son pays et surtout un singulier exemple de courage, si l'on considère qu'il n'avait à sa disposition, pour le soutenir en cas de conflit aigu, qu'une force dérisoire, à peine une poignée d'hommes dont la valeur, quelle qu'elle fût, ne pouvait suppléer à l'insuffisance du nombre. L'abandon de Dunbar et d'Inchkeith à la France, avec l'autorisation de maintenir dans chacune de ces places une garnison de 60 hommes, était plutôt une concession consentie à notre amour-propre pour perpétuer le souvenir de notre ancienne influence en Ecosse qu'une mesure destinée à nous être réellement utile en cas de luttes nouvelles. Bien que le départ de Martigues, La Brosse et d'Oisel, ait fait, à ce moment, de Corbeyran le personnage français le plus haut placé dans le royaume de Marie Stuart, il semblait qu'il ne pouvait, vu le peu de forces militaires qui lui était laissé, qu'occuper un poste honorifique et se résoudre à ne jouer qu'un rôle des plus effacés. Néanmoins, grâce à son énergie et au prestige dont il avait su s'entourer, il trouva moyen de faire encore figure; le parti hostile à la Reine, quoique vainqueur, dut compter avec lui, tandis que les catholiques, qui avaient mis en lui leur dernier espoir, virent leur confiance justifiée. Dunbar devint, grâce à lui, le refuge assuré de tous ceux que leurs démêlés avec les protestants obligeaient à s'enfuir. Aussi l'abbé de Dunfermline, lord Semple et Wilsoun vinrent-ils successivement s y enfermer.

Mais nous avons hâte de donner, en les traduisant et en suivant l'ordre chronologique, des extraits des documents sur lesquels nous nous sommes appuyés pour retracer cette page de la vie de Corbeyran.

Le 29 juillet 1560, Randolph écrit à Cecil : « Hier, 28, le s"" de

çS EX PAYS DE GASCOGNE

« Spott avertit les lords que 6 vaisseaux français chargés de (( vivres ont touché Dunbar: et. le même jour, les lords ont envoyé (( le capitaine F'orbes et un autre [gentilhomme] voir ce que (( contenaient ces vaisseaux, avec ordre d'en faire un rapport. (( Comme je vous l'ai écrit le 23. les évêques et les abbés se sont (( retirés dans des endroits plus sûrs, l'abbé de Dunfermline ({ n'en trouvant pas dans le Fife. plutôt à cause de ses propres (( soupçons que par suite de menaces directes, vint secrètement (( par mer à Dunbar. où il reste, pour échapper ainsi aux som- (( mations lancées contre lui de comparaître devant le Conseil, (( pour répondre des accusations dont il était l'objet en raison {( de sa conduite dans le F'ife... Quoi qu'il arrive et quoi que (( Forbes annonce de Dunbar. vous le saurez dans le plus bref (( délai » (i ).

Nouvelle lettre de Kandolph a Cecil. le i^'août : (( Hier, Force bes et l'autre [gentilhommej sont revenus de Dunbar. Comme « ils en avaient commission, ils visitèrent les vaisseaux, qui (( étaient chargés de biscuit, de cidre, de lard et de peu d'au- (( très choses, ainsi qu'il ressort d'une note envoyée au Conseil (( par les patrons de ces vaisseaux. Le désir de ces patrons est (( de débarquer leur cargaison là ou ils en tireront le plus (( d'argent. Sarlabou< s'est montré très doux en recevant le (( message des lords, et. en paroles, il désire assez observer tous (( les points du traité, il a envo3'é en demander une copie aux (( lords. Forbes estime que les fortitications ne sont pas suffi- (( samment démolies et qu'avec 10 jours de travail elles seraient (( restaurées ; ce à quoi je ne doute pas que les lords ne mettent (( ordre. L'évêque de Dunfermline a promis de se rendre au (( Parlement et de se disculper des charges qui pèsent sur lui. (( Il est très irrité contre les habitants de Kirkcaldy, une de ses « villes, parce qu'ils dirigèrent deux canons contre lui quand (( ils apprirent qu'il venait avec un si grand train, cinq ou six (( vingts chevaux ; c'est pourquoi il dit qu'il s'est l'etiré à (( Dunbar... )) (2).

Le 2 août, c'est Robert Cornwall qui mande à Cecil les nouvelles suivantes : (( M'étant. suivant vos instructions, adressé au (( capitaine de Dunbar pour connaître sa réponse au sujet des

(i) State papers. Scollaud. !.. 1^47-1563, p. 452. (2) State papers. Scoflaud. l..pp. 452-453.

EN PAYS DR GASCOGNK ÇÇ

(( obstacles qu'il mettait à la démolition des fortifications de (( cette place, il me répondit suivant ce qu'il en a écrit à votre (( seigneurie. Sur quoi, je me suis rendu, avec le s' de Spott, (( auprès de lord James, qui, avec le (y de Morraye [Morton?], (( désigna des commissaires, ayant le s"" de W'ittingham à leur (( tête, pour commander dans cet endroit au sujet de cette opé- « ration. Au bout de 3 jours, lord James et le O' de Morraye (( ont établi le règlement ci-inclus (1). J'ai été trouver monsei- (( gneur le lieutenant, laissant à Dunbar M. Stafford pour « veiller à la démolition ; celui-ci, après être resté 4 jours sans (( voir venir personne pour cet objet, m'a averti, ce jr)ur, de (( Berwick ; j'en ai informé monseigneur le lieutenant et je (( m'attends à être renvoyé à Dunbar... » (2).

Cette autre lettre de Randolph à Cecil, en date des 8-10 août, contient sur Corbeyran des renseignements précieux : (( En ce (( qui touche les fortifications et Dunbar, je n'ai jamais vu de « gens plus négligents que ceux qui sont chargés de s'en occu- (( per. Maintenant que le duc de Norfolk a écrit aux lords d'une (( façon si pressante, j'espère que les commissaires seront plus (( diligents. Au sujet des 7 vaisseaux dont je vous ai fait men- (( tion, 4 ont déchargé à Dunbar, qu'on estime ainsi ravitaillé (( pour 2 ou 3 ans. On a rapporté aux lords que Sarlabous prend (( trop sur lui : il a empêché un sergent d'armes de parler à (( l'abbé de Dunfermline, a reconstruit une cave dans les nou- (( velles fortifications, l'a remplie de victuailles, et a interdit à (( tout Anglais ou Écossais de loger dans la ville sans sa per- (( mission. Aussi, les habitants ont-ils informé les lords, et j'ai (( vu moi-même leur mémoire. L'abbé de Dunfermline ne vient

(i) Ce règlement, publié dans les State papers. Scotland, I, p. 454, est intitule . I.a manière de répartir^ entre les personnes ci-dessous désignées, les fortifications de Dunbar en vue de leur démolition. Quoique intéressante par les quelques détails qu'elle nous donne sur les fortifications et par le nom des commissaires qu'elle mentionne, la pièce ne nous a pas paru utile à reproduire ici. Elle se termine par les lignes suivantes : Le tout, comme ci- dessus, devra être achevé, avec certification des lords du Conseil, dans les 6 jours qui suivront le 26 juillet, sous peine pour les défaillants d'être punis comme rebelles à la discrétion dudit Conseil. (2) State papers. Scotland. I, p. 453.

-rtnWersïtâfl

BîBLlOTHtCA

(( pas ici en ce moment. Les cintres vaisseaux sont arrivés à ({ Leith pour y débarquer leur cargaison... » (i).

Randolphi avertit, le i^ août, son ministre que (( les lords ont (( envoyé un capitaine et loo pionniers à Dunbar, avec mande- « ment spécial à Sarlabous de les laisser travailler, et Sarlabous (( a écrit très humblement au duc; j'espère vous adresser une (( copie de cette lettre, en raison de quelques-uns des points (( qu'elle traite )) (2).

Enfin, nous relevons dans une lettre de Randolph à Cecil, du 23 septembre, les nouvelles suivantes : u On dit que la garce nison de Dunbar dépasse 60 hommes, nombre convenu. (( La maison aux munitions est encore debout, Sarlabous ne (( permettrait pas aux pionniers de l'abattre. Il se tient tou- (( jours sur ses gardes et ne s'éloigne guère de la ville... (( J'ai dit a Witre Honneur que le capitaine Forbes avait ren- (( contré Sarlabous, qui. dans une conversation privée, con- (( damna l'opinion de ceux qui pensent que notre souve- (( raine accueillera favorablement la proposition qui lui a été (( faite pour Arran, car, dit-il. elle a décidé depuis longtemps (( d'épouser le roi de Suède, en raison de l'abondance de (( biens et des richesses de ce dernier, et. s'étant elle-même (( enrichie par ce moyen, d'être plus à même de résister aux « attaques de ses ennemis quels qu'ils soient... Sarlabous a (( affirmé cela et bien d'autres choses en de tels termes et avec (( de tels serments que Forbes commença à croire qu'il n'en (( pourrait être autrement. Forbes me jura que Sarlabous lui (( avait dit avoir vu des lettres provenant d'une source si sûre (( qu'il ne pouvait nier... Néanmoins, de tout cela, je ne crois (( rien de vrai, sauf que peut-être Sarlabous peut avoir eu quelce que nouvelle venant de l'Angleterre; cependant j'estime qu'il (( n'est pas nécessaire que ce conte soit rapporté de suite à (( Arran... )) (3).

Si, bien qu'à diverses reprises nous ayons fait allusion à l'affaire de lord Semple. nous nous sommes abstenus jusqu'ici de citer les pièces qui y sont relatives, c'est que nous nous

(i) Slale papers. Scotland. I. p. 457.

(2) State papers Scotlaud. I. p. 462.

(^) State papers. ScoUand. 1. p. 481.

KN PAYS D1-: GASCOGNE I O I

réservions de consacrer à ce sujet un paragraphe spécial, vu la part importante prise par Corbeyran à cette affaire.

Robert Semple ou Sempill, ancien ^-ouverneur du château royal de Douglas, avait toujours été un des plus chauds partisans de Marie de Lorraine, dans sa lutte contre les lords de la Congrégation. Quand fut conclu le traité d'Edimbourg, il avait refusé de s'y conformer, alléguant que Marie Stuart ne l'avait point ratifié, et il aurait, en compagnie de quelques autres seigneurs écossais, (( faict plusieurs meurtres, déprédations, bruslé (( maison et bleds, renversé des maisons de pierre» (i), actes pour lesquels ses victimes avaient obtenu du Conseil d'Ecosse « lettres pour l'adjourner et sesdits complices a comparoir (( devant la justice générale, ou ses députez, pour se soubmet- (( tre à la loy, pour raison desdits crimes )) (2). Le mémoire rédigé contre lui par les lords ajoute : (( Le sieur Temple (3) et (( ses complices donnèrent caution de comparoir au jour assi- (( gné ; le jour estant venu pour comparoistre, estant plusieurs (( légitimement appelez, ne comparurent point : au moyen de « quoy, pour leur contumace, ont esté dénoncés rebelles, et, « suyvant les lois et la pratique de ce royaulme, ont esté mis à « la corne. Ils n'i sont seulement demeurés jusqu'à présent, par (( grande contemption, les rebelles de nosdits souverains, ains (( ont levé des compagnies de gens de pied et se sont fortifiés « dans le chasteau de Temple, et de nouveau ont fortifié une maice son dans une isle qui est au lac de Lochquhinycoth (4), faisant (( de jour en jour incursion sur les subjects de nos souverains, « et ne se contentent seulement de leur oster leurs biens, ains (( font tant de meurtres que personne ne s'ose tenir à lentour... (( Les seigneurs ayant entendu que ledit sieur de Temple se (( seroit retiré au chasteau de Dambar (s), laissant dans son

(i) Article pour informer nos souverains des attentats et torts perpétrez par les' de Temple; dans : Paris (Louis), C\Cégociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François IL p. 471.

(2) Paris (Louis), op. cit. . p. 471.

(3) Tous les documents anglais donnent la forme Semple et non Temple. C est la forme Semple ou Sempill qu'on rencontre dans le Dictionnary of national biography, edited by Sydney Lee. Vol. 51. p. 237.

(4) Loch-Winnoch, dans le comté de Renfrew.

(5) Dunbar.

« chasteau de Temple son fils et une forte garnison de soldats (( qui exerçoient tous les jours les oppressions susdites, trouvè- (( rent bon d'envoyer un gentilhomme (i), ensemble un hérault, (( à monseigneur Sarlaboz, capitaine de Dambar, pour luy inti- (( mer et monstrer leurs proceddures, et pour luy donner à (( entendre que ledit sieur de Temple estoit rebelle en tant (( qu'il contemnoit lauthorité de nosdits souverains et qu'il (( troubloit tous les jours leurs subjects ; et qu'au traicté passé (( naguères entre les députés de nosdits souverains et la no- (( blesse de ce royaulme il a esté accordé en spécial que ceulx (( qui auroient le chasteau de Dambar en garde n'eussent à (( recepvoir dans ladite place aucun Escossois, de quelque qua- (( lité ou condition qu'il soit, pour les maintenir contre le con- (( seil de ce royaume, ou garder que les gens de justice ne (( puissent mectre la main ny se mesler aucunement des quece relies particulières des seigneurs et aultres du pays, ains, en (( cas de complainte, seront eulx-mêmes tenus d'en répondre (( devant les juges ordinaires du pays et punissables selon les c( lois et coustumes d'icelluy, comme plus au long est contenu « audit traicté ; et pour ce ont requis et chargé, au nom et (( authorité de nosdits souverains, ledit Sarlaboz à délivrer ledit (( Robert, sieur de Temple, au justice général de ce royaulme (( et à ses depputés à Lisleburgh, dans un certain temps après (( qu'il en a esté chargé, pour estre puny pour ses offenses et (( pour estre cryé en justice suyvant les loix du royaulme, soubz (( les peines contenues en ladite charge : laquelle estant légiti- (( mement exécutée, ledit Sarlaboz n'a nullement voulu accom- (( plir ledict traicté ni obéyr à ladite charge, au moyen de quoy (( l'authorité de nosdits souverains n'est seulement mesprisée (( en ce royaulme, ains cela sert à donner exemple aux aultres (( qui ont envye d'inquiéter leurs subjects et de faire toutes les (( méchancetez dont ils se pourroient adviser, et de ne se pré- (( senter en justice, ayans l'espérance d'estre recelez audit chasce teau de Dunbar et par ce moyen se saulver et s'exempter de (( la pugnition qui se debvroit exécuter par la justice ordinaire « de ce royaulme » (2). En effet, loin de se laisser intimider

( I ) Le capitaine Forbes.

(2) Paris (Louis), op cit., pp. '47 1-47:3,

par les lettres comminatoires que lui avait remises de la part du Conseil le capitaine h\)rbes (i), (>)rbeyran avait envoyé la réponse fort digne que voici : (( Messeigneurs. j'ai receu votre (( lettre avec la créance de M'' de Korbes, lequel m'a faict enten- (( dre que le Conseil avoyt trouvé maulvais que jaye retiré en (( ce chasteau le mylord Temple, chose contrevenant à la paix, (( comme il dict. Toutestoys, pour m'estre instruict aux articles (( d'ycelle, pour avoyr aussi congneu ledit s"" Temple tort alTec- (( tionné au service du Roy et de la Royne, je Tay fait, n'estant « adverty, ne de leurs majestés, ne des seigneurs françoys qui (( sont dernièrement sortis d'Escosse, que ledict Temple soyt (( mutin ou rebelle, et parce qu'il se sent innocent de toute (( chose meschante donct on le pourroyt charger; sy ce n'estoyt (( soubz l'ombre et du temps qu'il a faict service au Roy et à la (( Royne, n'ayant, comme il a au long discouru au cappitaineFor- (( bes et à vostre hérault... Si de ceulx qui le font appeller qu'il (( ne sente et sache son ennemy et pour l'opinion de bouche des ({ quels il ne voudroyt recepvoyr jugement, désyrant toutesfois (( se purger de toutes charges qu'on lui voudroit mettre sur, (( devant lesd. majestés ou commissaires non subjectz parycelles « députez, se seroyt retyré icy, comme en lieu auquel le Roy et (( la Royne en pourront aussy assurément fornir que en place (( d'Escosse ; et pour ce, Messeigncurs, que retirant céans led. « sieur Temple, j'ay plus panssé et désyré faire très humble (( service au Roy et à la Royne que leur desplaire, j'attendray (( leur comandement sur ceste aflfere, et ce pendant je mettray (( ordre que led. sieur Temple ne tombera es mains que de (( ceulx que leurs majestés me commanderont, vous priant leur (( en escrire ce que je feray de ma part pour plus sondans exé- (( cuter ce que lesd. majestés prandront plaisir me commander. (( Messeigneurs, je vous prierai ne trouver maulvais ce que j'en (( ai faict, car je l'ay faict de bon cœur, panssant comme je croy (( que j'auroy faict service au Roy, et d'autant que je vois que (( dedans 24 heures je dois être mis à la corne, je voudrois avoyr (( esté si fort orné et poulssé, que dedans 12 heures je fusse à (( Paris, en peine de ne retourner jamais en Escosse ; qui sera

(1) Lettre de Randolph à Cecil, du 2? septembre. State papers. Scotland. I. p. 48 I .

(( l'endroyt, après avoir salué vos grandeurs de mes humbles (( et affectionnées recommandations, je prieray le Créateur, (( Messeigneurs, vous donner en santé longue et heureuse vie. « Escript à Dunbar, ce 17 septembre 1560. Vostre plus humble (( serviteur, Sarlabos.)) Au dos: a A ^Messeigneurs, Messeigneurs (( du Conseil à Leslebourge )) (i).

Les lords terminaient comme il suit les instructions qu'ils avaient données à James Sandilands, lord Saint-John, chargé de porter leurs doléances à François II et Marie Stuart et de leur demander la ratification de la paix d'Edimbourg. « Déclarerez (( aux majestez du Roy et de la Royne qu'il est nécessaire, tant (( pour duement exécuter la justice que pour obvier aux mau- « vais exemples à Tadvenir, qu'il leur plaise y donner tel ordre, (( de sorte que ledit Sarlaboz ne soit seulement tenu de repré- (( senter ledit sieur de Temple à la justice pour estre puni c( comme il appartiendra, ains qu'il n'ayt nullement à l'advenir, (( n}^ aultre ayant la charge dudit chasteau, à receller, loger (( ou ayder aucun qui soit fugitif et qui ne se veuille présenter (( aux lois de ce royaulme, ne autres oppresseurs communs (( ou meurtriers : et s'il advient qu'aucunes telles personnes (( fréquentent dans leurs Hmites, qu'ils soient pretz de les (( représenter aux juges ordinaires toutes et quantes foys qu'ils (( en seront requis » (2).

Ces réclamations furent fort mal accueillies par Marie Stuart et François II qui. dans les (( Objections à faire contre l'exécu- (( tion du traité que demandent les États d'Ecosse», s'expriment ainsi : ((Est que la despcsche apportée par le chevalier de Saint- (( Jehan, il se trouve que ceulx qui l'ont envoyé ne satisffont (( aucunement à ce qu'ils doivent. D'autant que premièrement (( ils nomment traicté entre leurs souverains et eux, combien (( que il n'y ait que supplications et remonstrances, sur lesquel- (( les il y a eu articles accordés... Qu'il y a plusieurs obliga- (( tions particulières dedans les articles, lesquels ils doivent (( fournir en demandant la ratification, l'obligation de ceux qui (( promettent défendre Dombarre et aultres places contre ceulx (( qui la vouldroient occuper et entreprendre, combien que

(i) State fia pcr s. Scotland. Elizabeth. Vol. 5 (manuscrit). Publié dans Forestic (Ed.), Un capitaine oascon.. pp. Oy-CjS. (2) Paris (Louis). Né^ociatiojis... p. 473-

« leurs majestés aient retiré leurs forces suivant ce qu'ils avoient (( promis... Faut obligation des Es-tats. s'il se fait quelque sédi- « tion. émotion, ou assemblée de main armée, pour laquelle le (( pais tiendra les autheurs pour rebelles, et à ce faire se doib- (( vent obliger expressément ceulx qui ont présenté ladite (( requeste )) ( i ).

Quant à Corbeyran, qui avait pris sous sa protection lord Semple, dès l'arrivée de ce dernier a Dunbar le ii septembre is6o (2), non seulement il avait refusé de livrer le fugitif aux lords tant que celui-ci était resté clans la ville, mais encore il osa lui envoyer vingt arquebusiers, pour se défendre quand celui-ci eut, de son plein gré, quitté secrètement son lieu de refuge pour retourner s'enfermer dans son château (3). La témérité de Corbeyran était grande, car Leek, qui nous informe de ce fait, souhaitait que l'artillerie et les munitions que venait de transporter, de Leith à Linlithgow et à Blackness. le comte d'Arran, pussent servir « contre lord Semple et son voisin Sarlabous » (4). Quand le château fut enfin pris, en novembre, (( lord Semple était de nouveau à Dunbar » (5). A cette époque, un certain Wilsoun, parent de l'évêque de Dunblane, a3^ant été fait prisonnier au moment où il s'embarquait pour la France, s'était ensuite échappé des mains de ses gardiens, c'est à Dunbar qu'il est supposé avoir cherché refuge (6).

Mais le dévouement et la fidélité dont Sarlabous venait de donner de si hautes preuves devaient bientôt devenir inutiles.

Après la mort de François II, survenue le 5 décembre 1560, et qui eut pour conséquence la ruine définitive de l'influence française en Ecosse, nous savons que Corbeyran continua à rester à Dunbar, seule place qui, avec Inchkeith, gardait encore une

([) Pans (L.ouis). Néorjci.itiojis... pp. 475-47C).

(2) Lettre cIj Randolph a Cccil, 23 septembre. Siate papers. Scotland. I. p. 481.

(3) Lettre de Leek à Cecil. 29 septembre. Stale papers. Forcing. Eli:\aheth. 1560-61. p. 322.

(4) Lettre de Leek à Cecil. 28 septembre. Ibid.. p. 320.

(5) Lettre de Randolph à Cecil. 15 novembre. Stale papers. Scotland.

(6) Lettre de Randolph à Cecil, 1 5 novembre. State papers. Scotland. 1. p. 491.

petite garnison française ; mais, vu l'absence presque totale de documents faisant mention de notre capitaine, durant l'année 1561, nous nous contenterons de reproduire une lettre fort élogieuse pour lui, que Marie Stuart, rentrée dans ses États, le 19 août, adressa à Charles IX, un mois plus tard (i) :

« D'Edimbourg, le 11 septembre 1^61.

(( Monsieur mon bon frère,

(( Se trouvant le sieur de Sarlaboz endebté par deçà, à divers (( marchands et autres, de la somme de quatre mille livres, ou (( environ, pour denrées et marchandises qui luy ont esté pres- (( tés, pour ayder à entretenir et faire vivre les soldatz qui ont (( esté soubz sa charge, dont lesdits marchands m'ont faict, (( depuys mon arrivée par deçà, instance et poursuite contre (( luy, il m'a priée vous escripre la présente, laquelle je n'ay pu (( lui relfuser, tant pour ce qu'il n'y a moyen de ce costé d'ac- (( quicter les dittes dettes, que pour vous tesmoigner les bons (( et dignes rapportz que j'ay toujours eu du plus grand debvoir « qu'il a rendu en toutes choses, en quoi il mérite grandement (( d'estre recogneu et bien récompensé. A ceste cause, je vous (( prie. Monsieur mon bon frère, l'avoir tant et si favorablement (( recommandé, que le bon traictement que vous luy ferez soit (( occasion à luy et aux aultres de congnoistre que le service qui c( m'a esté et pourra estre faict par les vostres vous est agréable. (( Et, me recommandant humblement à votre bonne grâce, je (( prie Dieu, Monsieur mon bon frère, vous donner très bonne (( et longue vie.

(( Escript à Edimbourg, ce xi*" jour de septembre 1^61.

(( Votre bonne sœur, (( Marie. »

Cette lettre nous prouve que Sarlabous était encore en Ecosse en septembre 1561. Ce renseignement est corroboré par un

(i) Original dans la Collection du prince Alexandre Labanoff, à Saint- Pétersbourg. — Reproduite dans : Lettres, instructions et mémoires de Marie Stiiart, publiés par le prince Alex, l.abanoff. t. Y\ pp. 108-9.

autre document e]ui fournit, en outre, quelques détails intéressants. Nous voulons parler d une requête, adressée par Corbeyran à la Chambre des comptes, pour réclamer le paiement des sommes qui lui restaient dues en is^y, en raison de son service outre Manche. 11 demandait un total de 6.6(j() livres, soit : 2.400 livres, pour ses appointements de mestre de camp pendant 22 mois, du i""" septembre is=i9 ^lu 31 mai is6(j, et du 1"' septembre m6o au 30 septembre is^'h, au taux de 200 livres par mois, et 2.200 livres, pour son traitement de capitaine d'une compagnie de 300 hommes de pied français, pendant la même période, au taux de 100 livres par mois (i). Comme garantie de l'exactitude des susdits états de service, il fournissait un certificat délivré par son chef, d'Oisel, le 18 octobre 1561. Nous avions déjà vu, dans la lettre du même d'Oisel a Noailles, publiée ci-dessus, Corbeyran qualifié mestre de camp au mois de décembre 15^9; d'après le document que nous venons d'analyser il faut conclure qu'il jouissait de ce grade, au moins depuis le I" septembre de la même année. Il est toutefois utile de bien remarquer que c'est en Ecosse qu'en 1559 Corbeyran exerça cette charge. Or, à cette époque, quand il s'agissait d'expéditions lointaines, de troupes opérant à l'étranger et formant une petite armée à part, composée à l'instar de la grande, le titre de mestre de camp était assez souvent donné à l'adjoint du commandant en chef (colonel ou lieutenant-général). C'était un capitaine de bandes placé au-dessus des autres capitaines, leur transmettant les ordres du colonel, dirigeant les marches, choisissant l'assiette du camp, et qui, l'action engagée, prenait parfois sous ses ordres la direction de quelque mouvement particulier; bref, ses fonctions étaient, dans des limites restreintes, analogues à celles du mestre de camp général en France. Un peu plus tard, en i^ôi, lors de la formation des premiers régiments, le titre de mestre de camp changera de valeur, il s'appliquera aux officiers préposés d'une façon constante au commandement d'une fraction d'infanterie, le régiment (2). On connaît, par une lettre de Lethington au ministre Cecil,

(i) Arch. Nat., P, 2314, p. i 39. F^ublié dans : Forestié. Un capitaine gascon... pp. 72-73.

(2) Voir, sur les fonctions de mestre de camp : Susanc (G"'"'). Hisl. de l'infanterie française, t. I", chap. iv et v.

écrite le i^ août h6i, à Edimbourg, le nom du gentilhomme écossais à qui, sur l'ordre de Marie Stuart, Corbeyran dut remettre la ville de Dunbar. C'était le capitaine David Anstruther, arrivé le 14 août (( avec commission de recevoir, des capi- (( taines français, le château de Dunbar et le fort dlnchkeith et (( de renvoyer chez eux tous les soldats )) (i). D'Oisel avait été, dès le mois de juillet, chargé de ramener d'Ecosse les deux petites garnisons françaises qui y demeuraient encore, mais, sa mission à la cour de Londres, où il s'était d'abord rendu, avait totalement éehoué, et il n'avait pu obtenir d'Elisabeth, le saufconduit nécessaire pour passer en Ecosse. Selon toutes vraisemblances, la reddition de Dunbar s'opéra donc durant la seconde quinzaine du mois d'août et Corbeyran dut s'embarquer vers la fin de septembre ou le commencement d'octobre, pour revenir définitivement en France,

On a pu apprécier, dans les pages précédentes, la belle conduite de Corbeyran hors de sa patrie et constater qu'il justifia pleinement la haute confiance qu'on lui avait témoignée, soit qu'on fît appel au chef militaire aussi prévoyant qu'habile, soit qu'on lui remît la garde d'une place de premier ordre, soit qu'on recourût au diplomate avisé qu'il sut plus d'une fois se montrer. Au moins son mérite fut-il reconnu par ceux mêmes auxquels il se dévouait si entièrement et nous en donnerons comme preuves deux pièces émanées de Marie Stuart. qui. quoique postérieures à l'année i>6i, peuvent être signalées ici, car elles nous sont un sûr garant de la très haute estime en laquelle la veuve de François II tenait l'ancien capitaine de Dunbar. La première est une lettre du 21 juin m 68, écrite à son oncle, le cardinal de Lorraine, pour réclamer sa protection, par l'infortunée reine d'Ecosse réfugiée en Angleterre, à Carlisle, à la suite de la défaite que lui avaient infligée, le mois précédent, ses sujets rebelles et à leur tête Jacques Stuart, comte de Murray, son frère naturel. Réduite au dénument le plus complet, déjà traitée en prisonnière par Elisabeth, elle implore le secours de la France et demande qu'on lui envoie, comme « Français d'autorité », le capitaine Sarlabous. « Je vous supplie a présenter mes très humbles recommandations à ma Dame

(i) Tytler (P. P.). History of Scotland. t. VI. p. 470.

'( ma tante (i). Je luy escrirai dans huiet jours par George c( Douglas, qui luy n^a faire entendre ma misère, [e ne veulx i( oublier que j'ay promis, quand je partis d'Ecosse, a mes « gens, de leur amener du secours à la fin d'aust. Pour l'honc( neur de Dieu, que je ne les fasse ruiner et puis qu'ilz [ne] (( soyent trompés. Mais envoyés en avec le Duc (2) et quelque « l^Yançois dautonté, et, entre autre, le capitaine Sarlabous t( seroit bien requis. C'est tout ung pour ma retenue, mais que c( mes subjects ne soient trompés et ruinés, car j'ai ung lilz qui « se seroit pitié de laisser entre ses traîtres » (3). Quelques jours après, le 26, elle adresse deux lettres (4) à Charles IX et à Catherine de Médicis pour leur recommander Georges Douglas, qu'elle dépêche en France, avec mission de leur exphquer la triste situation où elle se trouve, leur faire entendre ses doléances et solliciter une aide efficace. Dans un mémoire qui forme le complément de ces lettres, elle expose la nécessité de pourvoir secrètement Dumbarton, place importante, de pièces d'artillerie, munitions et argent. « Et si la Magesté du Roy s'apperçoit, de (( son costé, que la Royne d'Angleterre ne veuille promptece ment assister icelle Dame d'Ecosse, elle le supplye de vouloir ft envoyer, quant et quand, jusques au nombre de mil ou (( douze cens arquebuziers avec un bon chef, et, s'il est possic( ble, que ce soit le sieur de Sarlabos. Et, cependant, pour (( entretenir en office les seigneurs qui sont demeurez du parti « dicelle Dame leur souveraine, quil plaise à la Magesté du ce Roy leur escrire quelques honnestes remercymens de leur « constance et fidélité, avec promesse de les secourir et (( aider... » (5).

Cette insistance à désigner Corbeyran comme un des chefs les plus capables de la sauver dans des circonstances aussi critiques, ne constitue-t-elle pas l'hommage le plus éclatant que Marie Stuart pouvait rendre à la valeur de ce dernier, et cet

(i) La duchesse de Guise.

(2) Le duc de Châtellerault.

(3) Labanoff (Prince Alex.). Lettres, instructions et mémoires de [Marie Stuart. T. II, pp. I 18-1 19.

(4) Ibid. T. II, pp. 125-130.

(5) feulet. T-*apiers d'Etat.^ pièces et documents inédits relatifs à l histoire de l'Ecosse au xvi' siècle. T. II, p. 231.

hommage ne fait-il pas autant d'honneur à la souveraine qui raccorda qu'au fidèle serviteur qui en fut l'objet .-

Corbeyran continua, après son retour en France, à entretenir des relations avec la reine d'Ecosse. Celle-ci mande, le 21 novembre i^'jo. à lévêque de Ross, John Lesley. quelle a écrit à Sarlabous « au sujet de la retenue en France (i) des vaisseaux (( et des biens des Écossais rebelles » (2). Il semble que le souhait formulé par Marie Stuart. en 156N. de voir Corbeyran envoj'é à son secours, faillit se réaliser en H73. Le bruit courut, en effet, à cette époque, que le gouverneur du Havre (3) préparait une expédition en Ecosse, et nous trouvons un écho de ce bruit, à la fois dans une lettre de Henry Killigrew à Burghley, du 29 janvier (4), et dans une lettre de notre ambassadeur à Londres, La Mothe-Fénelon. qui fait part a Charles IX des doléances d'Elisabeth (5). Nous verrons plus loin que ce projet n'eut pas de suite.

Nous ne voulons pas terminer ce chapitre, relatif au séjour de Corbeyran en Ecosse, sans parler d'un fait qui, bien que ne concernant que sa vie privée, trouve néanmoins ici sa place tout indiquée. Le capitaine de Dunbar, durant les longues années qu'il passa dans le ro3'aume allié, s'était épris d'une demoiselle Elisabeth Anderson (6). Andresson ou Handresson. que Forestié dit être une demoiselle d'honneur de Marie Stuart: de leurs relations naquirent deux enfants, qui furent ramenés en France par leur père et établis de manière fort convenable. L'un était une tille, Marguerite, qui épousa (7), le i'-'' juin 1S82, Dominique d'Antin; de ce mariage sortit la branche des d'Antin, seigneurs de Saint-Pée et de Hon, qui blasonnaient « de gueules à 3 lions d'argent, à mi-corps, posés 2 et i, écartelé d'argent, à 3 tour-

( i) Il ne s'agit que des vaisseaux, qui étaient au Havre.

(2) State papers. Scoiland. III, p. 432.

(3) Sarlabous.

(4) State papers. Scotland. W . pp. 477-478.

(^) Correspondance diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe- Fénelon. T. V. p. 269.

(6) Verges. Essai généalogique. — Cabinet de d'Hozier. à la Bibl. Nat. Vol. 184, dossier 4680 : Handerson. — Séminaire d'Auch, ms. 5572.

(7) Verges. — Copie du contrat de mariage : Séminaire d'Auch, ms.

EN PAYS DE GASCOGNE I I l

tcaux de gTiculcs, posés 2 et i , et, sur le tout d'or à une clef de sable courcMinée de même, et posée en pal » (i). L'antre, un lils, Jean, qui se maria, le i"' mars 1568, à Jeanne de (>aliègc (2). Corbeyran, n'ayant pas eu de descendance de sa femme légitime, Marguerite Le Valois, désira légitimer son fils naturel ; il sollicita donc et obtint facilement, en 1^78, grâce au crédit dont il jouissait à la Cour, des lettres de légitimation (3) pour ce Jean, qui n'eut qu'une fille, Jacqueline. Celle-ci se maria, le 31 juillet 1606, avec Alexandre de Mun. C'est ainsi que s'éteignit la branche des Cardai l Ijc-Sj l'/ahoiis .

Sur Elisabeth Andresson nous ne possédons aucun renseignement. On trouve dans la Recherche de la noblesse de Champaonc, par II. de Caumartin, une famille du nom de Handresson, d'origine écossaise, établie dans cette province, dès le xvi'= siècle, et dont les armoiries étaient a d'azur à la fasce d'or accompagnée en chef de 3 croissans d'argent, et de 3 hures de sanglier d"or en pointe )). D'IIozier, p. 608 du volume relatif à la province de Champagne de son Armoriai général, cite également une famille Handresson, à qui il attribue les mêmes armoiries. Nous croyons pouvoir rattacher Elisabeth a cette famille.

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