LA SAINT-BARTHÉLEMY
Avant la première guerre civile, d'Andelot était colonelgénéral des vieilles bandes de Picardie et le prince de Condé
(i) DHozier. Reg-. l. i "^^ partie, p. 2 i .
(2) Bibl. Nat. Carrés de d'Hozier. Vol. 151. Dossier Cardaillac; et Nouveau d'f^ozier. Vol. 323. Dossier Le \'alois, fol. 34.
(3) Séminaire d'Auch, ms. 5572 — Ces lettres sont reproduites dans : Forestié. Un capitaine gascon..., pp. 78-81.
celui des vieilles bandes de Piémont: les premières comptant un effectif de 13.000 hommes, les secondes de 7.000. C'est à ce chiffre total qu'était réduite, en ce moment, l'infanterie française régulière. Par ordre du Roi et en prévision de graves événements — pressentis à la suite de la conjuration d'Amboise, — on procéda à une nouvelle organisation des troupes d'infanterie (i). Les deux colonels généraux furent tenus en dehors du projet, car ils avaient adopté, l'un et l'autre, le parti réformé, ouvertement hostile au Roi. Le duc François de Guise fut chargé de la transformation à opérer, avec l'aide du connétable de Montmorency et du maréchal de Saint- André; l'organisation en vigueur dans les troupes espagnoles avait donné ses preuves; on s'en inspira sensiblement, dès que les troupes françaises disponibles purent être concentrées sous Orléans, en octobre 1560. On avait laissé, pour les garnisons des places principales commandant les frontières et quelques autres d'une importance très grande, le nombre d'hommes strictement indispensable. Parmi les vieilles bandes, on en avait sous la main 2 revenues d'Ecosse à Paris et groupées avec 23 de Picardie qui se réunirent aux 16 de Piémont appelées du Dauphiné.
Avec ces bandes, cantonnées à Orléans ou dans ses environs immédiats, et qui comptaient environ 8.000 hommes, on forma trois régiments (2) : celui de Richelieu, comptant une enseigne
(1) \'oir la situation militaire un France, à cette époque, dans les ouvrai^es suivants :
Général Susanc. Histoire de l infanterie Jrançaise. Paris. Dumaine. 1876. t. I. chap. V : Formation des ré(ri7)îenls . pp. 1 26 et suivantes.
Lt-Colonel Belhomme. Histoire de Cinfantcne en France. Paris, M. Charles-Lavauzelle, 1893, t. I. pp. 236-245.
R. P. Daniel, Histoire de la milice française. Paris, \'. Saugrain et P. Prault, 1728. tome II. livre XI : Histoire de l' institution des régiments français d'infanterie^ pp. 5 5 5 et suivantes.
Brantôme. Œuvres complètes. Edition Lalanne. t. \'. pp. 3 3 7 et suivantes.
(2) \'oici quelle fut l'organisation nouvelle. V.''enseione fut maintenue à 200 hommes; le groupe de 4 enseignes forme une bande, sous les ordres du plus ancien capitaine; trois bandes réunies formèrent le régiment, commandé par un mestre de camp.
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écossaise et onze picardes; celui de Sjj-Ijhous anic. douze enseignes picardes; celui de Remollc, seize ensei^mes de Piémont (i).
Revenu d'Ecosse, vers le mois d'octobre i^6i, (^orbeyran de Cardaillac de Sarlabous avait reçu, aussitôt, la récompense des services éminents e]u'il venait d'y rendre. Le commandement important qui lui fut confié dans la nouvelle organisation, définitivement arrêtée, était aussi la reconnaissance éclatante de ses qualités exceptionnelles de chef militaire.
ce II y en avoit, dit Brantôme, qui trouvoient ceste pluralité (( de maistres de camp un peu estrange ; mais M. de Guyze, qui « sçavoit mieux que tous eux comme il se falloit gouverner, (( l'ordonna ainsi : aussi tous trois susdictz firent si bien durant « la guerre qu'ilz n'y eurent aucun reproche » (2).
Les auteurs contemporains estiment que le choix des trois maîtres-de-camp fut on ne peut mieux justifié et très heureux. Ils relèvent à cette occasion la querelle que valut à Sarlabous cette nomination, querelle assez bruyante, pour que la cour s'en mêlât. Le capitaine Lagot, qui s'était signalé, d'après Monluc, au siège de Thionville, semble n'avoir agi que par dépit, en se voyant préférer comme maître de camp son ancien compagnon d'armes. Le récit fort imagé de cette mauvaise querelle, par Brantôme, ne laisse aucun doute à cet égard ; il mérite d'être cité (3).
(( Ce Lagot, dit Brantôme, estoit un homme fort haut à la (( main, scalabreux et fort brave et vaillant, sçachant que (( M. de Guyze le vouloit accorder avecques Sarlabous, et estant (( devant luy, il alla invanter et dire qu'il avoit receu dudict (( Sarlabous, en Ecosse, un coup de baston, et que pour ce il ne (( sçauroit accorder qu'il ne se fust battu contre luy et luy eust
( [ ) Le général Susane, sous des termes un peu différents, donne la même composition pour les trois régiments.
Richelieu avait la Compagnie des archers de la garde et des bandes picardes revenues d'Ecosse.
Le régiment de Sarlabous fut composé avec le restant des hances d'Ecosse.
(2) Brantôme, Œuvres complètes. Edition l.alanne, t. \ , pp. -^j 3 7 et 338.
(3) La correspondance de la reine Catherine contient, au t. 11, p. 22, une lettre de la princesse accusant réception à .M. de Gonnor, Arthus de Cosse, maréchal de France et frère du maréchal de Brissac, de son rapport sur l'affaire Lagot-Sarlabous.
(( tiré du sang. M. de Sarlabous disoit. juroit et affirmoit qu'il « ne l'avoit jamais frappé, et autres capitaines disoient de (( niesmes, qui ayoient veu le différent, si bien que M. de Guyze (( dist là-dessus : (( 11 parest bien que cet h(3mme est brave et (( vaillant et a grand'envie de se battre, puisqu'il a veu que (( Sarlabous luy a voulu faire toutes les honnestes satisfac- (( tions du monde, et ayoit l'avoir frappé, et que je le voulois (( accorder, et avec son total honneur : il est allé invanter et (( me persuader qu'il avoit receu ce coup de baston, pour (( fuyr dutout à l'accord que beaucoup d'autres de ses com- « pagnons n'eussent pas relïusé ». — (( On disiiit que ledict « Lagot le tit autant pour ce subject que parce qu'il voyait (( ledict Sarlabous pajurveu de ce grade dont il en portoit un (( despit extrême et jalouzie. le pensant bien mériter aussi (( bien que luy : et p )ur ce. de gayté de coeur, se vouloit « battre C(jntre luy et en faire vaquer lestât comme il le pen- (( soit (i ).
Sans entrer dans le détail des diverses phases de cette première guerre de religion, nous constaterons toutefois la présence, bien naturelle, des trois nouveaux régiments, soit en totalité, soit en partie, dans la plupart des événements militaires qui se produisirent alors. Le régiment de Sarlabous prit part au siège de Bourges (août i^t>2) (j): a celui de Rouen (octobre 1^62) à côté de son frère Raymond qui y combattit vaillamment et y fut grièvement blessé: à la bataille de Dreux ( ig décembre 1S62); au siège d'Orléans (février isO^) et à celui du Havre (juillet 1563), où Raymond se trouvait aussi. Cette dernière opération militaire était dirigée contre les Anglais, alors que la guerre civile avait pris lin par le traité d'Amboise. Son caractère spécial, les détails plus nombreux qui nous ont été conservés à ce sujet sur Corbeyran de C^ardaillac, le rôle brillant que lui et son régiment y jouèrent, les conséquences enfin qui en résultèrent pour lui nous imposent certains développements.
Lors de l'édit d'Amboise (19 mars 1^63), on avait convenu, de part et d'autre, le licenciement immédiat des troupes levées à
(0 Brantôme, (Euvres complètes. Édition Lalanne. t. Y. pp. 339 et suivantes.
(2) Lt-colone! Helhomme. Histoire de l' infanterie en France. Paris. II. (]!harles-Lavauzelle, 1893. t. 1. pp. 230-24^.
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Toccasion de la dernière ^■uerre. 'Tout devait être remis sur l'ancien pied : e'est-à-dire que, \y)ur l'infanterie, le Roi on^'édierait le surplus des enseignes royales nécessaires au service des garnisons. Les protestants s'exécutèrent de suite, en licenciant leurs contingents d'infanterie. La Reine-Mère disloqua également les régiments de Remolle et de Sarlabous jeune, l'allé prit rengagement de remplir complètement les conditions acceptées par le Roi, aussitôt après que le Havre serait repris. Les protestants s'engagèrent, par contre, a marcher avec les troupes royales pour ce siège. Le i""" août m 63 eut lieu l'entrée des Français dans la ville. En conséquence de la promesse royale (( tous les régiments furent cassés et réduits en compagnies de garnison » (i); c'est ainsi que du régiment de Gorbeyran six enseignes restèrent en garnison au Havre. 11 n'y eut plus que deux maîtres de camp pour servir chacun sous l'un des deux colonels généraux, commandants supérieurs des troupes d'en deçà et d'au delà des monts. Ces maîtres de camp furent Sarlabous jeune et Remolle, ainsi que nous le verrons par la suite, car Gorbeyran, « qui était de l'école de Monluc, ne se soucia (( point d'avoir rien à démêler avec les colonels généraux; il (( préféra le commandement du Havre » (2).
Une des premières conditions de la paix d'Amboise avait spécialement visé le renvoi immédiat hors de P'rance du contingent de reitres et lansquenets, appelés par le prince de Gondé pour grossir les effectifs des Réformés. Il fallait cependant que ce mouvement de retraite fût, à tout prix, appuyé, surveillé et accéléré dans la mesure du possible, à cause des excès immanquables que pourraient commettre ces Allemands en traversant la Ghampagne. Deux régiments d'élite furent choisis pour cette tâche importante. Ils valaient surtout par leurs maîtres de camp, dont le coup d'œil, l'énergie et le dévouement à la Cour étaient depuis longtemps établis. C'étaient Gorbeyran de Gardaillac de Sarlabous et le sieur de Gharry (3).
(i) Général Susane, Histoire de l infanterie française^ t. I. p. 136.
(2) Ibid., p. 137.
(3) Jacques Prévost, S'' de Gharry, d'une famille nivcrnaise. tout dévoué aux Guise et à la Gour, fut tué traîtreusement par des soldats de d'Andelot. Il venait, en 15O3, d être nommé par la Reine-Mère maître de camp de 16 enseignes de gens de pied, chargés spécialement de la garde du Roi.
Il6 EN PAYS DE GASCOGNE
Dans sa lettre à M. de Lansac (i). du i8 mai. la reine Catherine annonçait qu'une fois cette mission accomplie ces régiments devaient rallier de suite le camp du maréchal de Brissac, établi sous le Havre.
Cette importante place du Havre avait été enlevée par les Huguenots, avec la connivence, à peu près certaine, pour le Roi. de son gouverneur l'amiral de Coligny. (( Le gouverneur du « Havre, avait pour lieutenant un sieur Jean Decros. qui favo- (( risait les desseins des Huguenots et qui laissa le vidame de (( Chartres, un de leurs partisans, pénétrer dans la place, où il (( ne tarda pas à prendre la direction du mouvement. Un Gas- (( con, nommé Jean Delagrange, était commandant de la Grosse (( Tour; il en ouvrit les portes aux protestants de Sanvic. qui, (( une fois maîtres de cette forteresse, s'emparèrent facilement (( des autres ouvrages et principalement de la porte du Perrey. (( Bref, les catholiques furent chassés de la ville qui fut pillée (( par les vainqueurs ( s mai 1^62) )) (2). De Briquemault et de La Haye, mandataires de Condé et de Coligny, se rendirent en Angleterre pour réclamer de la reine Elisabeth des secours d'argent et de troupes. Le honteux traité de Hamptoncourt fut alors signé le 20 septembre \02. Le port et la ville du Havre devaient être livrés aux Anglais, qui les garderaient « pour le roi (( de France et en son nom... ))
Warwick débarqua donc avec ses troupes; mais, à la stupeur et à la colère des protestants, il lit expulser aussitôt du Havre, sans distinction de parti, tous les PYançais.
Les Huguenots furent exaspérés d'une telle déloyauté, que leur trahison n'avait pas prévue. Condé prétendit avoir fait imposer cette clause que les Anglais (( garderaient la ville au nom du roi de France (( et n'avoir consenti du reste à l'occupation qu'à titre provisoire, et comme garantie d'un emprunt fait, pour son parti, a la reine Elisabeth.
(i) Louis de St- Gelais, S"" de Lansac. chevalier d honneur et surintendant de la maison de la Reine-Mère, ambassadeur à Rome, puis au conseil de Trente, était tils d.Mcxandre de St-Gelais et de Jaequettc de L.ansac. — \'oir les Lettres de Catherine de Médicis. Edition de La Perrière, t. IL pp. 42. 4^. — (Bibl. Xat.. Fonds Irançais, ms. 1540Q.)
{2) (vharles X'esques. Kpliémérides Havraises. La tour François I" ou Grosse Tour.
Dés que kl p;ucrrc civile eut pris lin, le gouvernement du Roi décida de ne pas tolérer plus longtemps cette main-mise de l'étranger sur une ville française. On accepta, en feignant d'y croire sans réserve, les explications et les sentiments de révolte patriotique du prince de Condé et des principales notabilités protestantes, tous d'ailleurs, ne demandant qu'à marcher avec les troupes royales pour chasser l'Anglais (i). Le Roi, la Reine- Mère et les princes se rendirent sur le théâtre des opérations, qui se déroulèrent presque en leiu' présence, puisque la Cour résida tout le temps au château de (laillon ou à Vitanval. Ce fut de Gaillon que partit, le 6 juillet 1^63, le héraut d'armes du Roi pour sommer, de la part de son maître. Warwick. d'évacuer le Havre immédiatement. Après la réponse de celui-ci, qu'il ne sortirait de la ville qu'après la restitution de Calais à la Reine, sa souveraine (2), la guerre fut oUiciellement déclarée à l'Angleterre, le 12 juillet. Le 21 juillet, un conseil de guerre, tenu à Graville, sous la présidence du connétable Anne de Montmorency, par le Maréchal, son lils, les maréchaux de Bourdillon et de Brissac, arrêta les dernières dispositions de l'attaque. Elle était décidée immédiate et énergique, à la suite du probable refus, répondant à la nouvelle sommation qui se ferait le lendemain. La tranchée se compléta; l'artillerie fut installée et balaya l'enceinte de la ville en battant sans répit la Grosse Tour. Le 25, Warwick envoya un parlementaire pour obtenir une trêve jusqu'à ce qu'il reçut de sa Reine des pouvoirs plus étendus. Montmorency protesta au conseil et opina pour tout refuser. Le Maréchal avait, en eïTet, organisé une colonne d'assaut. 11 se faisait fort d'enlever la place avec 50 gentilshommes sous sa main, suivi de 500 hommes des 10 enseignes de Charry et autant de celles de Sarlabous, 17 enseignes de Richelieu et 10 du comte de Brissac. Le conseil renvoya le parlementaire avec un « Mé- (( moire de ce qu'il fault demander aux Angloys » (3). Trois jours après, l'amiral anglais Clinton arrivait sur rade avec son escadre, justifiant les espérances de Warwick, mais les^ décevant
(i) Coligny et d'Andelot, son (vcre, eurent la pudeur de ne pas paraître, ne pouvant et ne voulant rien justifier de leur conduite.
(2) Escher, Evéne^nents militaires de la première ouerrc de religion en \Niormandie. Caen, 1835,
(3) Bibl. Nat.. ms. fr, 3243, fol. 17.
Il8 EX PAYS DE GASCOGNE
par son retard à venir ravitailler la place. La capitulation avait, en effet, été signée (i). après de courts pourparlers, le 2H juillet I ^63 (2).
Nous allons voir, maintenant, quel rôle important joua dans le siège Corbeyran de Cardaillac-Sarlabous. Au moment où l'investissement de la place fut achevé, on vit que (( les Suisses (( et plusieurs corps de troupes françaises — dont le régiment (( de Sarlabous — s'étaient postés dans la plaine de l'Eure et (( avaient élevé des retranchements solidement gabionnés, paral- (( lèles au côté Est du fort Warwick et presque au pied de ce (( fort... Les Suisses et les Français portaient leurs lignes jusce qu'au pied du fossé du nouveau f jrt et Sarlabous se signalait (( sur ce nouveau point par s(mi adresse et sa bravoure )) (3).
« Du côté de l'Est, les Anglais ayant fait une sortie contre les (( troupes des deux maîtres de camp. Charry et Sarlabous — (( au moment même où le maréchal de Brissac visitait les (( retranchements de ces derniers — il y eut là un combat (( acharné, dans lequel les Anglais essuyèrent des pertes consi- (( dérables. Sarlabos y lit des prodiges de valeur et y gagna la (( charge de gouverneur du Havre, dont il allait être récom- (( pensé » (4).
Le Père Daniel, dans son Histoire de France, raconte que, lors de l'attaque de la palissade, en même temps que le capitaine Pozel et le mestre de camp Du Plessis de Richelieu (( les mestres (( de camp Charry et Sarlaboz l'aisné s'y jetèrent et, nonobstant (( l'horrible feu que l'on faisait sur eux des remparts, s'y logè- (( rent ». Il raconte, aussi, le brillant fait d'armes de Sarlabous (( à l'escarmouche du fort de l'Eure.
On trouve dans YHistoire des Antiquités du Havre, de l'abbé Fleury, qu'un retranchement avait été construit par les (( assié-
( [ ) Bibl. Nat., m s. fr., 3243, iol. 17.
(2) Le duc dWumale. Histoire des princes de Coudé, t. 1. p. 247, tixe au 28 juillet, la signature de la capitulation. La guerre avait été déclarée pour la restitution du Havre, détenu « pour conserver cette ville au roi de France » puis gardé jusqu'à l'acceptation de son échange avec Calais ou le paiement des avances faites à Condé et aux protestants
(3) A. Borely, Histoire de /a ville du Havre, t, II.
(4) D'après un manuscrit de la Bibliothèque du Havre.
EN l'AYS DK GASCOGNE I IQ
(( gés pour protéger la Grosse 'l'our. Malgré l'horrible feu que (( l'on faisait sur lui, les régiments de Riehelieu et de Sarlabous (( forcèrent les palissades et se logèrent dans le retranchc- (( ment, ce qui permit d'y amener de l'artillerie qui détruisit la (( Grosse Tour » ( i ).
Dupleix nous dit : (( Au siège du Havre se portèrent valeu- (( reusement les régiments de Richelieu et de Sarlabos. qui (( étaient les deux seuls entretenus en ce temps là; le dit Riche- (( lieu ayant été tué, Sarlabous eut le gouvernement de la place (( qui avait été destiné pour Richelieu, avec six enseignes de (( pied sous la- charge des capitaines de Mirepoix. de l'isle et de (( la Houssaye ; et furent aussy donnés au dit sieur de Sarlabos (( vingt-cinq Suisses pour sa garde outre les cinquante mortc- (( payes de la ville » (2).
Prévenue par la rumeur publique. Catherine prescrivit au Connétable et à Sarlabous d'exiger de Warwick la restitution immédiate des archives de la ville, sur lesquelles il avait fait main basse. Le Connétable obtint satisfaction, mais, par contre, il fut assailli de demandes et de réclamations du chef anglais.
Le premier mouvement du jeune roi Charles IX, en apprenant les succès de ses troupes, fut une terrible colère contre la ville. (( Il hésita à faire démanteler les fortifications, afin qu'elle (( ne fut plus un objet de convoitises. Les seigneurs de la Cour (( parvinrent à l'intluenccr et à le faire revenir sur sa première (( décision. Il ordonna de réparer les fortitications et d'en édifier (( de nouvelles » (3).
Le !'-"•■ août 1^63, ce Prince signait, au château de Vitanval, la nomination de Corbeyran de Cardaillac, seigneur de Sarlabous, gentilhomme de la chambre, comme gouverneur de la ville et port du Havre de Grâce (4).
Le 2 août (s) il ne restait plus dans la ville que trois ou quatre
(1) Appelée depuis Tour de François I"', qui tut démolie en 1861.
(2) Dupleix, Histoire générale de France. Paris, 1630, in-fol., t. III, p. 694.
(3) Ch. Vesques, Notice historique, p. 3.
(4) Bibl. Nat.. ms. français 27080. Pièces originales 596. dossier 13906. Voir pièces justificatives, n" 2.
(=5) Discours au vray de la réduction du Havre de Grâce en l'obéissance du Roy, dans (Mémoires du prince de Condé. Paris. Rollin, 1743. in-4". t. IV. p. 569.
cents pestiférés. Sarlabousy enti^a le premier, avec six enseignes, en qualité de gouverneur. A cette occasion. Richelieu, maître de camp, étant mort à la suite de sa blessure, deux nouveaux titres de ce grade furent créés et donnés, l'un à Remolles, pour le régiment de Richelieu et l'autre au jeune Sarlabous pour le régiment de son frère (i ).
Dès qu'il fut installé dans la cité, le nouveau gouverneur s'empressa de mettre ordre à tout et notamment de surveiller le départ des Anglais et l'exécution des articles de la capitulation. Les Anglais partirent avec leurs armes, mais Sarlabous ne dut laisser prendre que peu de bagages, ce qui motiva une protestation de ^^'ar^vick au Connétable, en date du 17 août (2).
En comparant le texte des articles à l'exposé des griefs articulés contre le gouverveur, on peut constater que, si ce dernier était d'une rigoureuse fermeté, il ne dépassait cependant pas les h mi tes de son droit.
(( Installé dans la maison commune, le gouverneur provoqua, (( par son exemple, la rentrée des habitants dans cette ville, à (( peu près déserte et toujours fort malsaine en raison de la peste (( qui persistait. L'administration fut reconstituée entre les (( mains du gouverneur qui s'adjoignit le concours de deux élus (( et d'un procureur S3mdic » (3). Mais, il avait pensé tout d'abord au plus pressé, qui était d'assurer la sécurité de la ville. La responsabilité de sa charge, ainsi que son expérience militaire et les ordres formels du Roi. lui en faisaient un devoir impérieux. (( Son premier soin fut de faire réparer la démolition de la « Grosse Tour, entamée et ouverte du côté de la mer » (4). Une citadelle fut bâtie à la place de la porte et du fort de l'Eure.
(i) Cette dernière assertion de l'auteur du « Discours de la réduction du Havre » est erronée. D'après le général Susane et le l'-colonel Belhomme, c'est le 14 août i ^02 que Raymond de Cardaillac-Sarlabous avait reçu du Roi commission pour former un régiment avec des soldats levés en Poitou, Périgord et Quercy. Ce n'est donc pas le 1 " août 1^63 qu'il devint maître de camp, il ne pouvait d'ailleurs se voir attribuer à cette date le régiment de son frère, puisque ce régiment venait d'être cassé.
(2) Bibl. Nat.. ms. français 342 3 , fol. ?i
(3) Forestié, p. 105.
(4) Abbé Lecomte, Notice sur la Grosse Tour du Havre. Havre, 1862, p. 20.
(( Pendant ^ mois, la garnison fut occupée à élever deux cour- (( tines. On lui avait promis pour ces travaux extraordinaires un (( supplément de sulde, qui ne fut pas payé. Elle se révolta. « Deux soldats des plus mutins furent pendus sur les courtines (( mêmes et les autres renvoyés dans d'autres garnisons. Une (( sentence déclara qu'ils ne pourraientobtenir de l'avancement « avant l'expiration d'un délai de lo ans » (i).
La ville s'était peu à peu repeuplée entièrement, avec égalité presque complète de catholiques et de protestants. Toutefois des tiraillements se produisirent, dont la fréquence et la gravité devenaient inquiétantes. Les Huguenots exposèrent leurs doléances dans un mémoire : Articles contre les soldats du Havre de Grâce » (2). Ces réclamations, exagérées en elles-mêmes et inspirées assurément par les Anglais, n'eurent d'autre résultat que de décider Corbeyran à mettre lin à ces nouveaux désordres par tous les moyens en son pouvoir et à compléter en toute hâte le système de défense. Le souvenir du passé lui démontrait qu'il fallait être en mesure de parer à une attaque inopinée, soit d'Anglais par mer, soit de protestants par terre.
Pendant les premières années de son gouvernement, il consacra toutes les ressources de la ville à ces travaux, s'étant réservé exclusivement l'ordonnancement des dépenses. La sagesse de ces prévisions fut bientôt démontrée. Les Huguenots de la ville complotaient avec ceux du dehors et les Anglais pour s'emparer de la place par un coup d'audace et la remettre à la reine Elisabeth. Le sage gouverneur suivait de près, à l'insu de tous, ces criminelles manœuvres. Sans perdre un instant, il dépêcha, en janvier 1S64, son fidèle écuyer Du Guay, à franc étrier, jusqu'à Toulouse, où se trouvait le Roi. L'émissaire devait exposer au Prince la périlleuse situation du Havre dans ses moindres détails, puis obtenir un accroissement suffisant de la garnison. Cette précaution si urgente une fois prise, Cor-
(1) Charles Vesqucs. CS^otice historique, p. 3. — La suite démontrera que ce manquement de parole doit incomber à l'incurie, aux difficultés et à la versatilité du Roi. plutôt qu'à Sarlabous. auquel on ajournait toujours le paiement de ses avances personnelles au trésor royal. Il mourut créancier du roi de France, comme on le verra plus loin.
(2) Bibl. Nat.. ms. français 3243, fol. 39.
beyran démontra le danger permanent créé par la présence des réformés dans la place et fut autorisé à les expulser ( i ).
Le 3 février 1^64. les exilés tentèrent de prendre leur revanche. Introduits clandestinement au Havre par un navnx marchand qui arrivait des côtes barbaresques. ils barricadèrent, à une certaine heure de la nuit, les portes et les boutiques des principaux bourgeois, pour les empêcher de se réunir et de défendre la place. Puis ils occupèrent plusieurs rues ou carrefours, d'où ils assaillirent le guet et arquebusèrent les sentinelles du Perrc}'. Le vacarme éveilla Sarlabous et quelques hommes énergiques. Un intrépide bourgeois parvint à maintenir fermée la purte du Perrey jusqu'à l'arrivée du gouverneur. A ce moment, la cloche de Notre-Dame sonna fortuitement. Les factieux du dehors s'épouvantèrent à ce bruit et s'enfuirent; plusieurs d'entr'eux. qui devaient suivre et se joindre au mouvement, s'éclipsèrent sans hésiter. Le coup était manqué et réchauffourée prithn par rexécution de quelques gentilshommes du pays de Caulx. qui pa3'èrent de leur tète leur criminelle tentative (2). Le retentissement de cette affaire fut immense et grandit encore la réputation de Sarlabous. qui devint à la fois la bête noire des Religionnaires et un héros pour les Catholiques (3).
Le Cabinet des Titres de la Bibliothèque Nationale possède les rôles de (( monstre et revue » passée au Havre par Corbeyran de « cinquante archiers ordonnez par le R03' a la morte pave (( pour la garde et delfence de cette ville ». les 20 février 1^64 et i'-" juillet m6^ (4).
C'est à la suite de ces événements que Sarlabous (( fait faire la (( belle terrasse qui allait de la Grosse Tour à la porte du Per-
(11 Guillaume de .Marceille>. contemporain de ces événements, nous apprend qu'alors « le port du Havre est acquis au protestantisme : sa préé- '< minence s"v accuse de jour en jour plus absorbante et dominatrice ; il « devient un foyer de propagande, un point d'appui et un lieu de refuge « pour tout le parti. :^>
(2) Par arrêt du parlement de Rouen. (Borely, Histoire du Havre, t. II, p. 141.)
[T,) Forestié. Extrait sommaire, p. iio.
(4) Bibl. Xat., Clairambault j<)o. pièce 1701. Nouvelles acquisitions Irançaises. ms. 8638, fol. 58.
(( rc\% )) OÙ il avait fait mettre ses armoiries (( qui est un chardon » ( i). Cette terrasse servait de promenade aux habitants du Havre, en même temps qu'elle complétait l'enceinte de la ville. Elle prit le nom de (Jours Major (2).
Corbevran de (>arclaillac, seigneur de Sarlabous, après enquête de la Cour des Comptes, reçut, le 7 avril ns7, le traitement qui lui était dû pour ses années de service en l-^cosse i^).
Charles IX donna des lettres patentes pour la nomination de Corbeyran comme chevalier de son ordre (février i^C^X) en chargeant le sieur de Carrouge, lieutenant-général en Normandie, de donner le collier aux sieurs de Sarlabous et de Hacqueville.
Le 30 mai is68, messire Corbeyran de Cardaillac, a sieur de (( Sarlabous, chevalier et gouverneur pour Sa Majesté le Roy en (( la ville française et Port de Grâce » d'une part, et damoiselle Marguerite de Vallois, dame de Gouvis, du Tremblay et de Trousseauville, veuve de feu noble homme Jehan d'Ennebaut, sieur du Mesnil-Cordier et Vicomte d'Auge, d'autre part, contractèrent mariage (4). Marguerite de Vallois, ou plutôt Le Valois, était lille de Jean Le Valois, sieur de Putot, de Gouvis et de Mesnil-Guillaume, habitant de la paroisse Saint-Jacques de Lisieux, et de Charlotte de la Bigue, de Caen. Son père, anobli en 1522, vivait encore en 1540 et avait pour aïeul Guillaume Le Valois, bourgeois de Lisieux, inhumé en l'église Saint-Jacques, où il avait fait une fondation en 147^.
Dans le recueil des lettres de Marie Stuart, publiées parLabanoff, on en trouve une du 26 juin 1568 très flatteuse pour Corbeyran de Cardaillac. La malheureuse reine d'Ecosse supplie son beau-frère, Charles IX, de lui envoyer un secours de i. 000 ou 1.200 arquebusiers, commandés par un chef de valeur et surtout le sieur de Sarlabous, si c'est possible. Si le gouverneur du Havre était tellement utile au service du Roi que cette demande
( i) Guillaume de Marceilles, Mémoires de la fondation et origine de la ville française de Grâce.
(2) Le conducteur de ces travaux s'appelait Innocent ; il travailla quelques années plus tard, sous la direction de Nicolas Duchemin, à la réfection de l'Eglise Notre-Dame. {Extrait de Marceilles).
(3) Arch. Nat.. P. 2 3 I 4, fol. 139.
(4) G. Henr}^ Ee Court : Etudes d'histoire normande : Notes généalogiques sur la famille Le \'alois. Lisieux, 1900.
était par avance condamnée a ne pas aboutir, en revanche le trésor royal mettait peu d'empressement à solder les troupes sous ses ordres (14 août n68). En désespoir de cause, Sarlabous envoya au duc d'Anjou, son lieutenant, le capitaine Myrepois, pour le supplier d'obtenir du Roi le paiement des neuf mois de solde dus aux soldats de la garnison du Havre ( i ). Lalettredont le capitaine était porteur déclare que les ressources, que le gouverneur a pu se procurer de ses propres revenus et grâce à ses amis, sont épuisées et que le mécontentement des soldats se manifeste par des tendances à la mutinerie et à la désertion.
Nous ignorons le résultat de cette démarche : il est permis de supposer que ces avances faites au trésor par Sarlabous constituèrent, en grande partie, la dette reconnue par divers rois envers Corbeyran.
(( Nous passerons brièvement sur un nouveau coup de main (( tenté contre, la ville par les Huguenots, dans la nuit du 3 fé- (( vrier 1^69. Ils se présentèrent a la porte du Perrey : mais elle ((était fermée, la garde prit les armes et les conjurés se sauvè- (( rent, en abandonnant leurs armes sur le terrain, tant leur (( frayeur était grande (2). )) C'est à la <uite de cette alerte que Sarlabous acheva la réparation de la tour François I" et termina détinitivement la terrasse dite Cours Major.
Les tentatives faites contre Dieppe et le Havre par les protestants avaient été déjouées et plusieurs des meneurs avaient subi des condamnations capitales et des conhscations de biens par le parlement de Rouen. Parmi les principaux figuraient les sieurs de Raffetot. du Tôt et de St-Barthélemy (3). Le 27 septempbre 1569, le Roi donna des lettres patentes gratifiant Sarlabous, (( ses hoirs successifs et ayant cause )) des biens meu-
(1) Bibl. Nat.. f. français, ms. [^^47. fol. 2O1.
(2) Ch. \"esques : î\^otice hisioj-ique. — \'oir aussi : .Wémoires de Michel de Castelnau. dans la collection complète des Mémoires relatifs à V histoire de France, par M. Petitot. t. XXXIII, p. 440.
(3) Claude de Baunay, sieur du Tôt et Culllaume \\a.\. sieur de St-Barthélemy. Jean de Canauville, sieur de Raffetot, fortilia son château, et avec plusieurs gentilshommes protestants. — dont Blondel de la Aloissonnière. — rayonnait autour, massacrant les paysans, pillant leurs biens. Ces derniers furent condamnés par contumace à être décapités. Leurs complices arrêtes furent pendus. (Alarcellles, add. p. 43.)
blcs et immeubles, confisqués an Roi par arrêt du l^irlcment et ayant appartenu aux sieurs du Tôt et de St-I^arthélemy (i).
Le 27 janvier 1570, Sarbalous adressa une requête à la (>our, pour renregistremcnt de ces lettres patentes et sa mise en possession des bien confisqués. Sur la protestation du procureur général, rappelant qu'en vertu de fordonnance du Roi (2) le clergé devait recevoir une indemnité sur les biens confisqués aux rebelles, jusqu'à concurrence de 50.000 écus de rente, le Parlement décida d'ajourner l'entérinement des lettres patentes jusqu'à la décision du Prince, auquel serait soumise fopposition.
Le 3 février (3) Corbeyran s'adresse au Roi pour lui rappeler les lettres patentes qui ordonnaient sa mise en possession des biens des sieurs du Tôt et de St-Barthélemy, afin de compenser les pertes que lui et son frère ont subies par le fait du pillage et des incendies de leurs biens, en Gascogne, sur l'ordre de Montgomery. 11 signale en même temps la fin de non-recevoir que le parlement a opposée à sa requête.
Le 26 février i s 70, Charles IX écrit à son fidèle aSarlaboz)) pour lui exprimer ses regrets de ne pouvoir lui donner satisfaction, vu qu'en effet les biens réclamés font réellement partie de ceux qui doivent assurer l'indemnité du clergé. (( Mais, je vous prye, (( dit le Roi, vous asseurer que pour le désir et affection que j'ay (( de recongnoistre voz services par etfect, s'il s'offre moyen de le (( vous montrer en quelque aultre chose, je vous y feray si favo- (( rable traictement que vous aurez occasion de vous en conten- (( ter... » (4).
A la même date, la reine Catherine compatit aux embarras de Sarlabous : « Je suis bien marrye, lui écrit-elle, que nous (( n'avons moyen de pouvoir fere pour vous ce que nous dési- « rons, et que le malheur ayt voulu que vos maisons ayent été (( ruinées par Montgommery, mais je vous prye espérer qu'il se (( pourra offrir occasion que le Roy mon dit S' et filz aura moyen (( de vous récompenser en quelque aultre chose de pareille ou
(i) Archives de la Scine-Infcrieure : Insinuations du parlement de Rouen.
(2) Rendue à iMetz au mois d'avril i '^ôg.
(3) Bibl. Nat.. f français 15551, fol. 26.
(4) Bibl. Nat., f. français 1555 i, fol. 45. — Pièces justificatives, n° 3.
(( plus grande valleur que le don qu^il vous avoit faiet et vous (( asseurer que j'y tiendrai la main » ( i ).
Entin. le mois de juin de Tannée suivante, une occasion se présenta au Roi de compenser la donation, qu'il avait faite avant de s'être assuré qu'elle fût réalisable. Le domaine de Percauville (2), touchant à l'enceinte du Havre, fut donné à Corbeyran et à ses hoirs, et la teneur de cette lettre était des plus ilatteuses pour le gouverneur du Havre. Celui-ci avait obtenu, de la reconnaissance royale, dans le courant de l'année précédente, l'exemption pour la ville du paiement d'une rente de 100 livres due au domaine. Cette exemption avait été accordée pour une durée de quinze ans. à l'effet de réaliser tout un plan d'embellissements et de constructions nouvelles. En se rappelant les charges écrasantes du trésor et ses difficultés quotidiennes, les retards apportés à la juste rémunération des services de Sarlabous ne s'expliquent que trop. Comme son maître, le loyal gouverneur avait de cruels embarras pécuniaires. La générosité de son caractère voulait que son zèle n'en fût pas amoindri : Le Roi, dans la mesure du possible, s'acquittait envers lui à force de bons procédés, d'estime et de confiance absolue, en attendant mieux.
Parmi les travaux que Corbeyran lit exécuter ou qu'il encouragea, nous citerons le plan du Havre dressé par le pilote royal Jacques de X'aulx, en 1 v"^'"^- dont l'original est à la Bibliothèque Nationale, fonds français, n" i^n (3).
La désaffectation complète de la terre de Percauville au système de défense, la vieille enceinte se trouvant abandonnée, décida le gouverneur à achever une citadelle délaissée, après avoir été ébauchée. 11 lui donna le nom de Charles IX (4).
11 entreprit l'éditication de divers monuments. Pour se conformer aux goûts du temps et satisfaire ainsi aux instincts artistiques qui lui étaient propres, il lit appel à deux auxiliaires fort renommés dans la région à la suite de ti'avaux
(i) Bibl. Nat.. ï. français 15551. fol. 46, — Pièces justificatives. n° 4.
(2) Forestié, 11)2 capitaine gascon, p. i i i.
(3) Forestié, p. 191.
(4) Ibid., p. 113. Cette citadelle dut rester inachevée, car son plan embrassait des bâtisses particulières, dont l'acquisition dépassait les fonds disponibles. {Ihid.. p. i 14).
remarquables. Le 20 août i=;7i, l'italien Giulio-Cesare Spinelli (i) arriva au Havre pour exécuter son plan, déjà approuvé, de rornenientation de la citadelle. De Rouen, le sculpteur Laurent Lucas fut également mandé en 1S7-3. En même temps que les travaux de la citadelle se poursuivaient, trois nouveaux corps de garde furent construits, celui de la porte d'Anjouville, celui de la porte du Perrey et celui des Suisses.
Ces travaux de défense n'avaient pas nui à ceux que le gouverneur avait projetés pour embellir la maison de ville. Elle fut agrandie, ornementée avec le plus grand goût et devint le Logis du Roi, dont les habitants du Havre s'enorgueillissaient à bon droit. Ce fut aussi la résidence du gouverneur. Les peintures, les sculptures, les ornementations de toutes sortes, les tableaux et meubles somptueux acquis par Sarlabous, et une très remarquable cheminée, élevée sur ses indications, rendaient fort brillantes les réceptions faites par la ville aux princes et personnages illustres qui y venaient et que Ton tenait à honorer particulièrement.