ALT
NT Leo glil
Evêques de Gand, a sa poésie triste, dans sa mystérieuse pénombre.
En quittant la cathédrale on est porté, malgré soi, à comparer sa haute et massive tour carrée, en pierre, d’une si belle simplicité, à celle, toute voisine, du Beffroi.
Assez malencontreusement surmonté d’un lourd campanile métallique, le vieux donjon communal s’impose à l’œil par ses massives proportions et la patine que lui ont imprimée cinq siècles. Il nous redit toute l’histoire de la puissante et indomptable commune, ses mutineries, ses soulèvements, les sièges qu’elle a subis.
Et l’on songe, en écoutant, là-haut, la voix de bronze de « Roelandt », le bourdon célèbre, aux triomphes qu’il a carillonnés, aux glas qu’il a sonnés!
Tandis qu'immuablement figé dans son vol hiératique, le dragon de cuivre, palladium de la cité, déroule les replis de sa croupe serpentine, au faîte de la flèche.
Que d’églises encore il nous resterait à visiter après la cathédrale! L’énumération seule en prendrait ici ‘ une large place.
Citons : Saint-Michel, sa sombre tour tronquée aux arrêtes largement découpées; Saint-Jacques, sa façade romane, et ses lignes grandioses, se profilant au dessus des pittoresques marchés environnants; Saint-Nicolas, surtout, — la plus vieille de toutes, dont la tour au galbe de forteresse surplombe, altière en sa rudesse, un noir portail roman.
Et dans toutes nous verrons des trésors d’art, des marbres, des bronzes, des tableaux magnifiques, que d'amples descriptions n’ont pu, elles-mêmes, détailler par le menu.
L'Hôtel de Ville, un monument civil splendide, est là qui nous attire par sa superbe façade en pur style flamboyant (XVI: siècle).
Le Château des Comtes, dont on entreprend enfin la restauration, et qui, bientôt débarrassé des bicoques qui l'enserraient, se dressera comme une évocation magique de la rude époque romane.
Le vieux steen de Gérard-le-diable aussi nous présentera les colonnettes et les meneaux de pierre de ses fenêtres ogivales, ses tourelles de guêt, sa façade et son donjon hautain, trop tardivement restaurés.
La maison des Bateliers et la maison de l’Etape font au quai aux Blés un inoubliable et sans pareil décor.
Bientôt aussi, dégagée de ses échafaudages, la jolie façade ogivale de la Halle aux Draps, entièrement refaite, appuyera au Beffroi ses arceaux d’une ordonnance si belle, en sa simplicité.
Tout au bout de la ville, les ruines de l'Abbaye de Saint-Bavon constituent une curiosité de haute attraction.
Le préau, les galeries, les cryptes envahis par les folles frondaisons d’une végétation luxuriante, redisent encore la grandeur et la puissance de cette abbaye fameuse, dont les pieux habitants — à une époque de foi ardente et vivace pourtant — connurent, sous la
— QG —=
main de fer de Charles-Quint, les douleurs de la dépossession.
On ne peut parler de Gand, si incomplétement que ce soit, sans consacrer deux mots au grand canon, la cyclopéenne « Dulle Griete », spécimen curieux de l'artillerie du moyen-âge. C’est la plus grande bombarde connue. Elle fut, dit-on, enlevée aux Audenardais en 1578.
Bornons là ces notes rapides sur la ville même.
Nous renverrons le lecteur aux descriptions si artistiques et si complètes de Havard, de Camille Lemonnier et surtout à celle de Paul Fredericq et Auguste Wagener qui ont, dans la Belgique Illustrée, fait un tableau de Gand d’une réelle maëstria.
Une exploration des environs va nous montrer, à tous les points cardinaux, des paysages de genres différents, mais ayant tous ce caractère très particulier du pays flamand, cette poésie douce et quiète, teintée de mélancolie; un peu tristes et monotones parfois, mais « charmeurs » en leur sérénité tranquille.
Deux cours d’eau : une rivière, la Lys; un fleuve, l'Escaut, nous conduiront à des villes moins vastes, sœurs cadettes de la capitale flamande.
Moins riches aussi et moins populeuses surtout,
elles sont intéressantes cependant, à divers titres, et plus d’une nous offrira des trésors d’architecture et d’art remarquables.
Les promeneurs connaissent bien la poétique rivière à son « tour d'Afsné ».
Un village fort ancien y montre, au bord de l’eau,une église de style ogival primaire, petite et vieillotte, qui y réflète ses murs blancs et son clocher octogone.
Des arbres séculaires aux troncs tordus ombragent les nénuphars de la rive, et sur les bords en pente douce, les jardins étalent leurs vertes clartés.
Le soir,les vaches qui reviennent du pacage, passent l’eau sur une barque plate. Leurs meuglements, les sifflets et les claquements de fouet des vachers viennent animer alors le calme si intensement poétique de ce « Coin » ravissant.
C'est un magique tableau, bien fait pour tenter l'artiste. Notre maître paysagiste-animalier Xavier De Cock l’a rendu naguère d'un pinceau ému. Il
connaît comme pas un, d’ailleurs, tous ces parages et
le pays tout entier jusquà Deurle — où le peintre
habite — semble comme le domaine exclusif de sa fraîche palette.
Emile Claus, lui, est instalié à deux pas de là, dans
un vrai Paradou, à Astene, au bord de cette Lys, que tous deux chérissent, excellant à la chanter dans leurs
œuvres.
Disons, avant de pousser plus loin, quelques mots des environs immédiats de la ville.
Sortons par le Faubourg de Courtrai et remontons le fil de la Lys ; nous trouverons bientôt ces fameuses
guinguettes flamandes le Patyntje et le Snep, où une fraîche lampée d’uitzet mousseux et une tranche de jambon rosé, servis sur la table rustique d’une ton-
nelle feuillue ragaillardissent le marcheur.
Au tournant du Palynte, une des plus jolies vues des bords de la Lys : une vieille maison de campagne, accostée d'un petit pont rustique, s’y abrite sous un inextricable fouillis d’arbres gigantesques : des chênes énormes, des marronniers touffus, des tilleuls sécu-
laires, des hêtres noirs y foisonnent en un pittoresque désordre, enlaçant leurs branches au dessus de sentiers bordés de mousses et de taillis légers.
Nous traversons le pont du chemin de fer pour entrer immédiatement dans un « polder » Les Assels, que des digues gazonnées entourent. C’est le rendez-vous favori des artistes.
Ilsadorent re.
produire les vieux Coins, un peu classiques, mais tout pleins de joliesse, abondants de ce côté.
u loin on voit émerger la tour de Tronchiennes; c’est dans ce village que la légende fait naître le grand Artevelde.
Des guinguettes renommées y attirent les promeneurs dominicaux et l’hiver aussi, lorsque les prairies environnantes ne forment plus qu’un immense champ de glace, des milliers de Gantois envahissent tout le pays, le sillonnant à patins avec une infatigable ardeur.
Prenons la route, passant à Leerne St. Martin et Bachte Maria-Leerne, mais visitons d’abord un ancien château féodal, émergeant de hautes futaies.
Ce château — Oydonck — résidence des seigneurs de Nevele au XIV: siècle, fut détruit et reconstruit plusieurs fois. Il vient d’être restauré magnifiquement et ses grosses tours rondes dominent grandement les pâturages infinis où des centaines de vaches mettent leurs taches pétillantes.
Nous arriverons bientôt à Deynze, petite ville de 4,000 habitants, qui existait déjà au IX: siècle.
Elle n’a guère à nous offrir comme curiosité que son église principale, rappelant un peu celle de Saint- Jacques à Gand, par son portail accosté de tourelles et sa flèche se dressant au centre des nefs ; on y remarque un bon tableau, attribué à Jordaens.
Entre Deynze et Courtrai nous côtoyons de vastes plantations de tabac, formant, avec le lin, la culture à peu près exclusive des environs.
En remontant la Lys nous la trouvons bordée, dès notre sortie de Gand, d’une enfilade de prairies, tantôt étroites, tantôt largement déployées, comme en face d’Astene. Et toujours, en continuant notre route, le ruban argenté de la rivière glisse entre de vertes gazonnées.
De loin en loin des villages piquent de la note rouge de leurs toits les pâturages se succédant : Machelen, Wacken, Vive-Saint-Bavon, Vive-Saint-Eloi, Oyghem, Beveren, puis Harlebeke, une villette dont le tabac fameux porte au loin la renommée.
À voir dans Harlebeke une église romane (X: siècle) assez remarquable.
Voici Courtrai enfin, l’industrieuse et coquette
cite.
Le PEFFRE: Quelques beaux monuments anciens y fixent l'attention.
L'église de Saint-Martin, d'abord, vaste édifice du XIIT° siècle, possédant un beau tabernacle de la Renaissance et un tableau attribué à Pourbus.
Au pied de la tour de Saint-Martin, au fond d’une ruelle, une petite porte ornementée nous introduit au Béguinage, un des plus originaux qui soient.
La clarté réverberée par des murs d’une éblouissante
blancheur, la sensation de calme absolu qui semble comme l'atmosphère de cette cité en miniature, la décoration, d’une religiosité précieuse et naïve, dont les bonnes sœurs enjolivent leurs maisonnettes, laissent une impression de torpeur douceâtre.
Au sortir de cet enclos mystique, une autre église,
Notre-Dame, bâtie en 1211, nous montrera un bijou architectural : la Chapelle des Comtes de Flandre, et
un Van Dyck célèbre.
Plus loin, au bord de la Lys, à l’entrée de la ville se
dressent les vestiges d'anciennes fortifications : les
Broeltorens, deux tours massives qu’un pont relie.
L'Hôtel de ville, qui date de 1527,retient l’œil par la belle ordonnance de ses façades décorées des statues des Comtes de Flandre. A l’un des angles une vierge silhouette sa frêle et sainte effigie au milieu des guerriers casqués, des législateurs en longues robes et des hérauts en tabars armoriés. L'intérieur nous offre de bonnes peintures murales et deux cheminées aux manteaux richement sculptés.
Un Beffroi très caractéristique dresse sa tour carrée vis à vis de l’Hôtel de Ville. En gagnant la gare, saluons au passage la statue — due au ciseau de Vinçotte — du chirurgien Palfyn.
Notons, pour mémoire simplement, Menin et Wervicq que la Lys arrose à sa sortie de France : d’importantes cultures de lin s’y développent, y donnant lieu à un commerce assez actif.
Nous quitterons la Lys, pour prendre, à quelques lieues de 1à, l’Escaut qui nous ramènera à Gand.
TL
pr
Simple et modeste rivière à son entrée en Belgique, l'Escaut s’élargit bientôt en roulant vers le nord, fait à Gand une brusque courbe vers l’est, reprend à Termonde sa direction première, cotoye, limoneux et superbe, Anvers le port splendide, accentue son cours, et, le déployant vers la mer, tourne à l’ouest pour enserrer l’île de Walcheren.
À sa traverse du Hainaut, baignant Antoing, puis Tournai, la gaie cité, notre fleuve semblant se glisser furtivement entre les collines et les prairies qui lui font un ourlet de verdure, nous conduira bientôt à Audenarde.
Les environs d’Au- "> denarde sont égayés 7 par quelques villages de médiocre importance, capricieusement disséminés au bord du fleuve, ou perchés sur les monticules qu’il contourne. L’un de ces villages, Eenaame, est mentionné dans de fort anciens documents. Il fut, au moyen-âge, le siège d’une foire fameuse. Rien ne le distingue plus maintenant de ses voisins et nulle trace de sa gloire évanouie n'y rappelle ses années d’opulence.
La grande curiosité d’Audenarde, c’est son Hôtel de Ville, merveille architecturale, célèbre entre toutes par son ensemble harmonieux, sa tour élégante, ses clochetons, ses pinacles, ses innombrables statuettes ravissants de forme et de style.
A l’intérieur on rencontre, parmi cent autres curiosités, une porte en bois sculpté par Vanderschelden
(XVI: siècle) et quelques salles récemment restaurées: avec beaucoup de goût.
Sur la place, devant le monument, une bizarre fon-taine en rocailles rustiques, aux multiples bassins: superposés.
A quelques pas plus loin, dans un coin, l’église de Sainte-Walburge, élève au dessus de maisons, qu'on vous dira avoir été habitées par Marguerite de Parme, sa tour gigantesque. Commencée au X: siècle et terminée en 1515, après de nombreuses vicissitudes, l’église de Sainte-Walburge présente un assemblage assez hétéroclite de substructions et de transformations d’époques diverses.
Transportons nous maintenant de l’autre côté de l'Escaut, dans un faubourg, naguère petite ville rivale, pour y visiter l’église de Pamele, type parfait d’architecture de transition, construite en 1235, par ordre du Sire de Pamele; c’est un fin bijou archéologique.
Terminons la visite d'Audenarde par une tournée sur les quais et revenons à la gare.
Le monument élevé à la mémoire des Belges tombés à la guerre du Mexique, nous apparaît dans une coupée des anciens remparts. Assez vulgaire, le pieux cénothaphe semble froidement mesquin et ne laisse qu'un souvenir « quelconque. »
Jusque Gand, maintenant, nous ne devons plus guère apercevoir que les clochers rustiques d’humbles villages et les toits moussus de fermes éparses.
En travers de vastes étendues que ses méandres