‹ En pays turc. L'île de Chio:Chapitre 16 sur 43 · LE CENTRE DE CIIIO · texte numérisé non relu

LE CENTRE DE CIIIO

dans de petites maisonnettes halles exprès, ces i^ardes visitent tous ceux qui passent, pour voir s'ils n'emportent point de mastic... Ceux qui sont surpris enq)orlant ainsi du mastic, sont envolez en galère sans remission. »

Elynibi. — Le labourage.

j En 1882, le mastic se vendait encore, m'ont dit lespa} sans, } SOpiastres l'oke, environ 9 francs. En 1899, son prix variait : entre 12 et lo piastres. Je ne possède pas de données sur \ l'exploitation du mastic, cette année-là, mais, à la suite de [la récolte de 1897, on en a exporté exactement 221.867 i kilogrammes, représentant pour les villageois une valeur I d'environ 473.000 francs, au prix de 1899.

Comme soixante grands arbres ne donnent guère, dans les trois récoltes, que douze okes de gomme, le rapport

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annuel d'un lentisque est actuellement d'environ cinquante centimes. C'est une somme très minime, euéçard au travail (|u'elle suppose : une personne ne ramasse guère en un jour (|u"uue oke (1) ou une oke et demie de mastic. Aussi tous les habitants se plaignent de cet état de choses, et le mal est d'autant plus yrave que le lentisque accapare pour lui seul le terrain sur lequel il se trouve. Aucun autre arbre ne peut croître à ses côtés. Dans un pays où l'on irait [)lus au fond des choses, on arracherait peu à peu les leiitisques et on les remplacerait par des arbres plus productifs.

Mais l'idée de ne rien tirer d'un champ, durant quelques années, effraie les Ghiotes.

« Toute l'agriculture grecque en est là, disait (h'jà About, en 18."»2, il faut faire à tout p;ix de l'argent comptant.

L'an derni(M', un jardinier français vint à Smyrne. Il remarrpia que les (irecs n'avaient pour ainsi dire point de légumes daiis leurs jardins, et que tous les efforts de l'horticulture se bornaient à faire pousser des tomates. Il offrit à plusieurs propriétaires aisés de leur semer des asperges, assurant qu'ils en tireraient sans travail et sans frais uu revenu considérable.

— Dans combien de temps? dirent les Grecs.

— Dans quatre ans au plus tard.

— Etes-vous fou? Et croyez-vous que nous allons (h'qxMiser notre argent pour gagner quelque chose dans quatre ans? Nous aurions le temps de faire banqueroute vini-t fois dans l'intervalle (2). »

(1) 1.280 aframnies.

(2) La (Irécp rnntcmpnrainp, l-l" ôdit., p. d04-tOM.

I,K CKiM'RK Dli CIIKJ 141

Saiiit-(ieory-es. — Litlil. — Sens ilu mkiI Onn-ijclr. — Aiidir Tsiiiuros. — Elàta et Vèssa. — L'élcvaa,-e des [)er(lii\. — L.i cluisscà Chio.

Pour (jui comple visiter à loisir le sud de l'fle, le village de Saiut-Georyes offre peu d'intérêt. Seules quelques habitations misérables méritent d'y être vues. La porte est leur seule ouverture ; c'est par elle qu'entrent l'air etla himière. Il faut que le climat de Chio soit exceptionnel, pour que des gens, dont la nourriture quotidienne se compose le plus souvent d'une tomate et de quelques olives, puissent vivre dans ces conditions. J'examinai un de ces intérieurs, en causant avec une vieille assise sur le seuil de sa })orte ; on ne peut rien imaginer de plus primitif: à gauche était un carré d'environ deux mètres de coté, couvert de fumier, la })lace de l'àne ou du mulet; dans le fond on distinguait un four ; la vieille occupait l'espace resté libre.

En revanche Lithi, qui se trouve à l'ouest de Chio, tout près de la mer et à deux heures environ de Saint-Georges, est une localité célèbre en Grèce. Ce n'est pas qu'elle soit plus caractéristique que la précédente. L'ancien l)ourg' de Lithi, avec sa forteresse et son enceinte quadrangulaire, a été peu à peu entouré de constructions nouvelles et ne forme plus qu'un petit noyau assez difficile à distinguer au milieu du village tel (ju'il est aujoui'd'hui. La forteresse a été abattue et remplacée par une église. Dans l'un des angles de celle-ci, on a encastré une pierre, sur laquelle on lit, en lettres régulières :

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EN PAYS Tl RC

(Trlail [x'iil-èlrc un luôiimni'iil finit' rai ce, ([iii recouvrait jadis lo coips de quel([iie Ionienne. La fantaisie d'un niaeon nous a conservé son nom; c'est là tout ce que nous saurons d'elle. Mais ce qui fait la célébrité de Litlii, ce n'est ni son ancienne conliyiiration, ni ce vestig-e archéologique : Lithi a vu naître un éuergète.

Litlii. — L'ancii'nne enceinte.

— Ey£[iyéTY)j, bieiifalteur, disent les dictionnaires. Pour posséder ce titre, il faut avoir lég-ué à la nation une grosse somme ou quelque monument imposant. Avèrof, qui a fait reconstruire le Stade de ses deniers, est un éverg'ète ; Kanàris, dont les brûlots ont si puissamment contribué au succès de la Révolution hellénique, n'en est pas un : bienfaiteur, en Grèce, signifie donc donateur. Il y a des évergètes tout court; il y a aussi de g-rands éverg-ètes. C'est une question de prix.

André Tsingros fut grand évergète. De son vivant, il

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