‹ En pays turc. L'île de Chio:Chapitre 17 sur 43 · IV.i · texte numérisé non relu

IV.i

s'étail occupé trdMivres de bieiifaisaiicc ^riiéiale. Il avait lait conslriiire notamment, entre Athènes etPlialère, h.'s prisons (pn [)oitent son nom. Rien n'y manquait, sauf des verrous aux yuérites qui surmontent le mur d'enceinte, lu joui', les

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Lithi.

Pëclieui's.

prisonniers tentèrent d'escalader le mur, et les sentinelles s'enfuirent dans la campagne. Le g-ouvernement fit les frais des verrous; on enferme maintenant les sentinelles dans leurs g-uérites. A sa mort, qui survint en février 1899, Tsingros légua sa fortune, évaluée à une trentaine de millions, aux hôpitaux, à divers établissements d'instruction et au gouvernement grec, pour la construction d'écoles primaires, de tribunaux et pour l'amélioration des prisons. Il

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songea aussi à son île natale: la conininnaulé clirétienne de Chio reçut 2o.000 livres sterling- et le village de Litlii ii.OOU. Pour perpétuer le souvenir de cette^donation, les Lithononionsains oui |)eint sur leur maison d'école, non loin de la cabane où vécut jadis le |H;re de Tsiugros, l'inscription suivante, en lettres immenses : «Tant qu'il y aura de la reconnaissance sur la terre, la commune de Lilhi n'oubliera [>as le nom du grand évergète André Tsingros. »

Les gens de Litlii sont âpres au gain et totalement dénués d'amour-propre. Nous n'eûmes pas à nous louer de l'accueil qu'ils nous firent et j'en fus d'autant plus chagrin que leur dialecte n'est pas le moins intéressant de l'île. Le seul bon souvenir que j'emportai de chez eux fut celui d'une excellente langouste qu'on venait de prendre parmi les rochers du rivage. C'est à Litlii que sont les meilleurs pêcheurs de Chio.

I^es deux villages d'Elàta et de Vèssa, situés au sud de Lithi, n'offrent rien de particulier. Thevenot rapporte que, de son temps, les habitants d'Elàta s'occupaient tous de l'élevag-e des perdrix (1) : « C'est unechose curieuse, dit-il. de voir comme on nourrit ces oiseaux à Chio ; car il y a des Païsans, comme pastres publics, ausquels tous ceux qui ont des perdrix, donnent quelque chose pour les nourrir, ces gens les aiant le matin toutes assemblées autour d'eux d'un coup de sillet, les mènent aux champs comme des coqs d'Inde, et d'abord qu'elles sont arrivées sur un coteau où ils les mènent, elles s'en vont chercher leur vie, chacune de son côté, et le soir celui qui en a soin revient sur le même coteau, et se met à sitler fort haut; alors toutes ses per-

(1) Voyages de M. <le Thevenot en Europe, Asie et Afr/fjue, '.V cdï{., Amsterdam, 1727,1. I, p. ;il2 et 316-317.

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drix revieiiiieiil, et s'assemblent auprès de lui, après (|uui elles retournent chacune chez son niailre, sans qu'il en nian(jue jamais auciiiie, et elles (Mitendenlsi bien le sif^et de celui (jui a coutume de les mener paNre, (jue si nn autre siffle, elles nii'ont [)as à lui. »

Ncnita. — Effets du Ircnibleinenl de terre.

Il n'y a plus à Chio de perdrix apprivoisées, en revanche les perdrix sauvages n'y sont pas rares. Si on envoie dans la montas-ne un paysan bon chasseur, il en rapporte généralement une on deux, à la fin delà journée. L'île possède aussi quelques lièvres, mais le peu de chair qu'ils ont manqu(^ de saveur. Lorsque les villageois vont dans les champs, ils sont, pour la plupart, armés de fusils à un cou[), rouilles, fêlés, ressoudés en dix endroits. Ils les chargent de mauvaise

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pondre, de rliillniis, de inoreeaiix de plond), et milrailleiil sans pitié Ions les volatiles qni passent à lenr })ortée. Quant aux citadins, ils ne chassent guère qu'en septembre, au moment des passag-es de cailles et de tourterelles. Ils inslailent alors des tentes, à Dôtia, non loin de Pyi'glii, mangent sur place une partie de leurs victimes et envoient le reste à la ville.

IS'ènita. — Le jjelropùlenios.

Je n'entreprendrai pas défaire parcourir au lecteur toutes les autres localités du centre et du sud-est de Chio. Entre elles et la ville, les communications sont faciles et les mœurs des habitants s'en ressentent. Si l'on veut avoir des impressions nouvelles, il faut aller jusqu'à Nènila. C'est un village propret, aux larges rues, aux maisons espacées et coquettes. La mer en est toute proche. A certains jours, elle se couvre de petites voiles blanches, immobiles. Ce sont des barques de Chio; ceux qui les montent pèchent le poisson ou les éponges. Vers le soir, quand les deiniers rayons du soleil irisent encore les collines d'alentour et cpie déjà la côte d'Asie s'assoml)rit, on les voit s'éloigner une à une, pareilles à des mouettes qui regagnent leur t;ile. Mais hélas ! ici encore le l)onheur et le calme ne sont (pi'apparents. Nènita a été terriblement éprou\é par le tremblement de terre de 1S82. Si ses maisons sont coquettes, c'est qu'on les a construites récemment ; si la mer est si proche, c'est qu'on a dû abandonner l'ancien village qui n'était plus que ruines : 260 personnes avaient péri sous les (h'combres.

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Femme de Nénita.

Une rue de Kalamoti.

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Xèiiila est le villa^-e natal de Kanellàkis. Nous fîmes en sorte d"v arriver un samedi soir, pour assister au petropoh'iiios. C'est un combat à coups de pierre, que livrent les habitants de Nènita à ceux des trois bourgades voisines, Vouno, Flàtsa et Kini. Il a lieu le dimanche, après le coucher du soleil, et seulement une année sur deux. Si le soleil n'était pas couché, les Xénitousains l'auraient devant eux, ce fjtii les mettrait en état d'infériorité. D'autre pari, tous les deux ans, la plaine qui sert de champ de bataille est couverte de plantations de coton. Or, si les paysans tiennent au pelropôlemos, ils tiennent encore plus à leur récolte.

Le lendemain de notre arrivée, vers cinq heures, nous descendîmes dans la plaine. Ma curiosité était vivement excitée : on m'avait dit que, le dimanche précédent, un habitant de Nènita avait eu la mâchoire fracassée d'un coup de pierre, et le médecin venait de m'affirmer qu'il a\ait enlevé des parcelles d'os à la jambe d'un jeune homme de Kini; le caillou, lancé par une fronde, ayant pénétré jusqu'à la moelle. La lutte venait de s'eng-ag-er entre des enfants de douze à quinze ans. La plupart d'entre eux se servaient de frondes, qu'ils maniaient avec habileté. Elles produisaient un bruit sec, pareil au claquement d'un fouet; la pierre s'échappait en ronflant et soulevait dans sa chut(> un petit nuage de poussière, qui permettait de jug-er les coups. (iénéraliMuent l'enfant visé la vovait venir et l'évitail. (Juand elle atteignait son but, c'étaient des cris de joie dans ri;ii des i\cux camps :

— l]i"a\o! bra\()! Nicolo.

Les combattants s'itquriaienl, tout comme des guerriers homériques :

— Viens donc ici, enfant (\\[ diable!

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— Vous allez voir le fils du [)o[)(', où il va se saiiNPi!

— MiaoL, j2p: ! Dedans ! Dedans!

La victoire, en effet, est ac(juise à ceux ([ni font rentrer

lloiiinies (le lûilaïuoti.

lenrs adversaires an village; on la célèhn» par des feux de joie, que souvent aussi on allume d'avance, par manière de raillerie. De tons les hauts faits, le plus éclatant consiste à prendre des tuiles sur les toits des ennemis.

Pendant que les adolescents se livraient à ces escarmouches, les habitants de Xènita, hommes et femmes, étaient descendus peu à peu en curieux, et ils causaient paisiblement par groupes, à quelques centaines de mètres des combattants.

EN PAYS Tl KC

— Tii vois, me disait l'un, (-(Mix de Voiiiio sont jkmi iioiiiluciix aiijoiird'liiii ; nous n'auiioiis (jn'à axaiircr et MOUS ciilrrrioiis dans le \illa^•(^ C'est ce qu'ils IVraieiil,

F(>miiies (ic Kalaiiioti.

s'ils ('laient à notre place, mais le cœur ne nous en dit

Des yai's diiiir vingtaine d'années s'étaient cependant mêlés à leurs catlets, de part et d'autre. Un mouKMit \ inl où les Nénitousains plièrent.

— Ah! mais ils nous eniuii Mit, à la lin, cria un homme de trente ans. Nous allons bien voir !

(]e fut alors à ceux de Vouno de perdre du terrain. Ils revinrent bientôt, avec du renfort. Bref, la bataille se trouva eng-ag-ée entre des hommes de trente à soixante ans, qui se lançaient des pierres de plusieurs kilogrammes et cherchaient très sérieusement à se casser la tète. Les g-ens de

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Vouno possédaient im liiil)ile sdaléinisle, dans la pcisoiuK" de leur niaîlre d'école : il avait i^ardédcs Ironjics de réserve et les avait nninies de frondes solides, dont le bruit s'enlen-

Kalamoti. — Un palikare.

dait au loin. Les Nénitousains essayèrent de les pousser parmi les oliviers, où les frondes seraient devenues inutilisables, mais leurs efforts furent vains, ils se virent contraints de céder, et la nuit seule empêcha leur défaite de se

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clian^^er en déroute. Si la lutte avait commencé une heure plus tôt, dans les mêmes conditions, elle aurait été meurtrière, (îe jour-là, il n'y eut à Nènita que quelques éclopés.

iloiiimu (lu Kalaiiioti.

Le fils du maître d'école, chez lequel je logeais, vint se faire panser par sa femme ; il avait reçu une pierre à l'épaule et sa chemise était encore ensanglantée à deux endroits, du dimanche précédent.

Les gens sensés réprouvent cette coutume barbare, tout en convenant qu'il est difficile d'y mettre un terme.

— J'ai été une fois chercher mon fils, me contait un

LE SUn-FST l)i: CIIIO

vieux à harbe blanche, et je n'ai pas pu y tenir : je me suis battu comme les autres.

Ivalamoli. — Jeune lille.

On dit que le gouvernement voulut un jour intervenir et envoya des cavaliers, qui se postèrent au milieu delà plaine. L'endroit était mal choisi ; on commença la bataille et les cavaliers décampèrent, disent les paysans.

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Kalamoti. — Les costumes. — Les femmes de Kalamnli sont les plus l)elles de Chio. — Ce qu'on entend à Chic par une femme belle. — .luuenient de Thevenot.

La route de Nènita à Kalamoti passe par Voiino, Flàtsa et Patrika, trois villay;-es voisins l'un de l'autre et d'ailleurs peu curieux. Kalamoti en revanche vaut qu'on s'y arr«^te. (Test une des localités im])ortantes de l'île; elle possède un muddir, tout comme Kardàmyla et Volisso. L'évéque grec m'avait engag"é à demander au muddir de Kalamoti des dt'lails sur les astres et l'invention de l't'criture; malheureusement, le jour où je visitai sa résidence, il était absent : le lecteur y perd peut-être l'exposé d'une théorie intéressante.

Les hommes de Kalamoti portent des braies, d'étoffe assez fine, ordinairement noire, une large ceinture de même couleur à plusieurs replis, un gilet à manches assez ouvert croisé par devant et, sur la tête, un grand ling-e blanc dont la forme rappelle les coiffures des anciens Egyptiens. Ils en font une sorte de mince turban et en ramènent les extrémités surle haut de leur poitrine, où ils les nouent de façon à s'encadrer le visage. C'est un couvre-chef légi'r et commofle, qui ne les empêche pas d'être noirs de figure, mais préserve parfaitement leur tête et leur nuque des rayons du soleil. Quelques-uns d'entre eux, le jug-eant peu élégant, l'ont remplacé par le fez. Tout ce costume d'ailleurs est récent. Autrefois les hommes de Kalamoti étaient à peu près vêtus comme ceux de Pyrg-hi ; en 1899, les deux plus vieux du villag-e s'habillaient seuls encore à l'ancienne manière.

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On trouve fréquemment à la ville des femmes de Kalanioti, mais elles se sont pai'ées, e'est-à-dii-e ajcturdies pour

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KalaiDOli. — Jeune fille.

la circonstance, et le cadre ne leur convient pas. Elles gagnent beaucoup à être vues chez elles. Nous avions franchi l'entrée du village, sans rencontrer personne, et nos mulets allaient s'engager dans une ruelle faite de voûtes succès-

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si VOS, lorsque apparut en face de nous, à la fenêtre d'une des maisons qui surmontaient ces voûtes, la première femme de Kalamoti. Un larg-e voile de toile blanche avan-

Kala'iioti. — Jeune lille.

(;ait sur sa tète et retombait sur sa poitrine, en lui découvrant la g-oriï-e. Son visag'e pâle et fin se détachait sur un fond de cheveux noirs, les uns coupés ras un peu au-dessus des sourcils, les autres pendant en deux longues mèches à

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l'intérieur du voile. Ou eùl dit uue recluse, (jui regardait un iustant le monde extérieur. Une seconde femme nous

Kalamoti. — Un ménage.

croisa presque aussitôt après. Elle portait la même coiffure. Son costume, entièrement blanc, se composait d'une camisole à peine serrée à la taille par une étroite ceinture, et

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d'iiiip jti[)iN ([ui lui diîsceiidait à mi-jainhe. Elle avait les pieds nus et marchait avec grâce. D'autres, assises sur le j pas des portes, autour d'un plateau de métal, façonnaient du bout des doigts de petits morceaux de pâte, sorte de vermicelle un peu grossier (pi'on sèche au soleil et qu'on met ensuite dans la soupe, .le fus frappé de la ressemblance qui existait entre elles: prescpie toutes étaient grandes; elles joignaient à une finesse de tiaits assez rare chez les paysannes de Chio une pâleur de teint plus rare encore. On peut, rien qu'à son visage, reconnaître une Kalamotousaine; c'est assurément à Kalamoti que sont les plus belles femmes de l'île. Ceci dit, je prie instamment le lecteur de ne pas se les représenter comme des beautés antiques. En Grèce, tous les Périclès ne sont pas de grands hommes, ni toutes les belles femmes des Vénus de Milo. Si même une paysanne de Kalamoti était jamais transportée sur un de nos boulevards, elle n'y aurait, j'en suis sûr, qu'un succès de curiosité et les Parisiennes seraient unanimes à critiquer la lourdeur de son corps. A Chio, les points de vue sont différents : une fine taille, une taille comme un anneau, {j.i'jr, oy.-/-.vM'^'., n'est prisée que chez les hommes; les femmes mettent volontiers un double vêtement pour aug-menter leur ampleur. El cependant, quand les palikares vantent, dans leur langag'e poétique, les charmes d'une jeune fille, c'est du mot '/vyz^r,, flexible, qu'ils se servent le plus souvent. La contradiction d'ailleurs n'est qu'apparente : malgré l'épaisseur des vêtements, on arrive, avec un peu d'habitude, à distinguer la souplesse du corps, dans le balancement de la marche. Une Parisienne eut un jour à Kalamoti la fantaisie de se vêtir en villageoise. On la complimenta, mais personne ne l'appela hjyt^r,. Pour un homniL' (le Chio, celte Parisienne maïupiait d'élégance.

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