CHAPITRE III
Les sociologues, les moralistes, les puritains, n'arrêtent pas — non sans raison— de déplorer les progrès incessants de l'alcoolisme parmi la classe ouvrière. Appuyé de leurs écrits, le bon bourgeois (entendez ce mot au sens qui paraît le mieux lui convenir à l'heure actuelle, celui de : ennemi du peuple), le bon bourgeois, tout en sirotant un petit verre de chartreuse ou de fine Champagne première marque, émet de sévères aphorismes sur les dangers de l'alcool, unique perdition, précise-t-il, des ouvriers. C'est le grand reproche, l'éternelle accusation — basée sur quoi ?... Sur le nombre des marcliands de vin, sur la rencontre dans la rue
de quelque pauvre diable titubant d'un trottoir à l'autre, basée principalement sur les statistiques. On a trop raillé les erreurs parfois colossales des statistiques pour s'amuser à un tel jeu. Peu importe que leur enseignement reste probant, définitif, ou parfaitement réfutable; il n'égalera jamais la constatation des menus faits de la vie, rapportés dans toute leur simplicité suggestive.
Que, en de certains milieux, on continue d'attribuer le malaise général de la classe^, ouvrière aux effets de son penchant à l'ivresse, qu'on l'accuse tout entière d'alcoolisme endémique. Et j'ai bien constaté eu effet que quelques ouvriers s'y livrcMit (wclusivement (1). Mais ce que j'ai vu mo por-
1. A la vérité, co défaut ost-il l'apanaue dt; ces iiiallieiireux ?... La jeunesse l)()ur^'e()iM% ('('lie de France!, celle d'Allemagne, ignore-t-elh» rahrutissemcnt des beuveries prolongées du soir au malin, sciukUW^s des chants tradilionmds en l'Iionneui- (h; liacchus / .V/o/r
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met de croire que la grande majorité n'est point aussi alcoolique qu'on le dit, au sens littéral de ce mot terrible. Plus d'une fois j'ai entendu des ouvriers, parlant d'un camarade, dire : « Il boit, c'est un poivrot!» Et cela coupait la conversation comme un désaveu.
Un jour, le portrait de M. Emile Zola, publié par une feuille illustrée, étant tombé entre les mains d'un de mes clients, il fit à haute voix cette réflexion :
— En voilà un qui l'a bien mérité, de
est bibendum /... Ne sait-on rien des scandales causés dans les restaurants de nuit par les pochards en habit ou en smoking ?... Et les plantureux repas, largement arrosés des meilleurs crûs, jusqu'à plus soif, auxquels se complaît la société de plusieurs de nos provinces ?... Et les séparations de corps, les divorces prononcés après des débats qui révèlent chez les maris, hommes considérés ! d'invétérées habitudes d'ivrognes ?... Enfin, en leurs faits divers, les journaux ne font-ils pas connaître les chutes de fils de familles roulés dans les bas-fonds de Paris — abrutis par Vabus des alcools ?