‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 13 sur 43 · EN PLEIN FAUBOURG OJ · texte numérisé non relu

EN PLEIN FAUBOURG OJ

n'être pas reçu à leur Académie ! Il ne Fa pas volé.

— Tu le connais? Qu'est-ce qu'il fa fait?

— Il m'a insulté, comme toi, comme tous les frères.

— En voilà du battage; tu nous en contes!

— Vous n'avez donc pas lu ses feuilletons, celui de V Assommoir? C'est du propre ! A l'en croire, nous serions tous des « saoulots » !

Un loustic cria :

— . Tais-toi, Mes-Bottes?

Lui, sérieux, il racontait, il argumentait. Parce que, de temps en temps, rouvrimboit un verre, la belle affaire ! Est-ce une raison pour le représenter cominc un ètiM*nel alcoolique?... Et, maintenant, toute la salle, conquise, l'approuvait. Un s(Md se rebiffa, défendit chaud(Muent Tautcur de V Assommoir, expli((uant (pie s'iL avait un peu forcé la note, c'était dans l'iutérél d<'

la classe ouvrière, et, frappant sur la table, il conclut :

— Zola a bien fait î S'il a décrit nos vices, c'est sur les bourgeois qui nous font ce que nous sommes que ça retombe !

L'accusation portait haut ! La bourgeoisie mise en cause passa un vilain quart d'heure.

Ce trait, choisi entre tant d'autres, montre avec quelle ardeur l'ouvrier repousse le reproche d'alcoolisme. Qu'on le croie, ce n'est pas sans raison. Exception faite pour les alcooliques de profession, pour les jeunes gens — le désir de s'amuser, propre à leur âge, les entraîne plus que le vice — l'ouvrier boit modérément.

Ce qu'il préfère à tout, c'est le vin. Tandis qu'à côté de lui, l'ouvrier étranger ne vient chez le débitant que par gourmandise, prenant des liqueurs, des alcools, l'ouvrier parisien ne boit à peu près exclusivement que du vim, qui le soutient et l'égaie — et il aime fort à rire ! Son verre empli, peu lui

importe d'en renverser plus qu'il n'en boit, d'en donner aux camarades, pourvu qu'il raconte des tours de sa façon, arrivant ainsi à se griser autant avec ses paroles qu'avec ce qu^il consomme. Des groupes de cinq, de six ouvriers passent très bien leur soirée avec seulement — pour toute « la coterie » — deux kilos (litres).

Point de sirops : trop doux ! Un petit verre d'alcool — la goutte! — avec le cate. Comme apéritifs, le dimanche matin, doux ou trois verres de vin blanc, du vernioutli, mais, plus que. tout, de ral)sinthe. Avec le vin, elle est, il faut bien le dire, la l)()issou aimée. A la sortie de l'atelier, h\ samedi, il s'en débite une quantité effroyaljlc. Quel({ues ouvriers n'en boivent qu'un vern^ ou doux ; d'autres, moins nombreux, quatre ou ciuff ; enfin, il en est, rinfinK^ minorité, ceux-là touchant de trop prés à ralcooHsme, hélas! qui, lorsque la joie les tient ou (|U(^ la contrariété les p()uss(\ vont j'ns([irâ (|uinz(\

Page 1