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CHANTS ET PLAISIRS

Au retour du travail, la somain(3 Unie, l'ouvrier n'aime rien mieux que le chant. C]e lui est un divertissement de choix. On le peut constater aux carrefours, devant ces centaines de travailleurs qui s'arrct(Mit, lîouche bèe, autour de chanteurs aml)ul;ints dont ils apprennent les couphUs à la mode dans les cafés concerts, à <[ui riippi'(Miti, la jeune ouvrière, achète, sous Ibrinc do romanc(^ à la ^niimauvc, i)oui' d(Mi\ sous d(^ sentiment (1).

(1) VoicJ, (Taprès uik; i',iii-i(Mis(>, ('liidc siii- « la cliaiisoii do i',ao » tout nicoiniiKMit pai-iic dans nti i^rand Journal parisien, la nonionclaluri! des diM-nici-s « s uci-cs » depuis trois ou ({ualrtî ans, av(3(; 1(mii- liiai^c : Jirancs i-/ Jî/oit- (/('i- (150,000), ^« Vdfsc (fes /Hts noirs (tOO.OOU). /'An-

Le samedi et le dimanche soir, tout débit du faubourg où l'homme de loisir a la faculté d'entendre chanter, « .d'en pousser une » luimême, ne désemplit pas. On vient en famille, on s'amuse en choeur, chacun dit « la sienne » dans un silence complet. Si la voix est bonne, bien timbi'ée, plaisante, tant mieux! ce n'est que double plaisir ; si elle est inexpérimentée, désagréable, fausse, et c'est généralement le cas, malheur à qui en rirait! on lui ferait un mauvais parti. Chantez J3ien, chantez mal, n'importe ! on vous applaudit ferme, et à chaque fois revient, avec une désespérante monotomie^ la phrase

bade à la lune (100,000), Zes- Matelots {ih^,0()Qi). Un des premiers gros succès a été V Amant iVAmanda. 'Noufi voyons encore Carmen (rien de Bizet), le Biniou^ le Portrait de Mireille^ le Vin d'amour^ Quand nous avions vingt ans^ Tu peux partir^ les Blés d'or^ les Commis Voyageurs, Il est en or, le Petit Pinson Violetta, etc. Tons ces tirages oscillent entre cent et deux cent mille exemplaires, à dix centimes chaque

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'consacrée pour exciter ^ies applaudissements trop tièdes.

— Messieurs ! n'oublions pas que c'est poui* un ami !

Alternant avec cet autre cri :

' — Silence ! messieurs, c'est pour une dame .

Le répertoire de l'ouvrier est un composé de i^audrioles, de chants patriotiques, de romances sentimentales : un véritable programme de café-concert, plus lesté de grivoiseries, plus chargé de tcMidresses. La chansonnette comique nntundhMuent obtient du succès, moins pourtant que l(^s couplets patriotiques. Tour à tour, on (MitcMid Ic^s Rameaux de Faure, — apaiiag<^ des [)eiHtr(\s en bâtiment ! — (l(^s nioi-ccaux d'opéi-ettes eu vogue, des chansons révoliitioiiiiaircs l'orlement applaudies. Et BérangtM*! Le p(Mii)le rador(3. Pas um^ seuh^ (\i'<. soii-ées auxiiiidles j'ai assisté ne s'<^st écoulée sans (ju'il ait été mis à contribution. Je ne dis pas (pie {larnii ses chansons ce soit les plus délicat(^s {[\m

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lui emprunte le faubourg, ni qu'il en goûte complètement la finesse, mais il en aime la franche gaillardise, il s'en réjouit de bon cœur, et c'est d'un œil malicieux, le visage épanoui, la voix forte, que les ouvriers entonnent ensemble les refrains du chansonnier populaire — j'ai vérifié la justesse de l'expression.

Un jour, faisant une conférence sur Béranger, M. Francisque Sarcey se désolait de ne pouvoir en réciter maints couplets égrillards devant ses auditrices. L'ouvrier y met moins de façons, et, cela réjouirait fort le critique du Temps, les chansons qu'il connaît le mieux sont celles-là môme que M. Sarcey affectionne tout particulièrement, notamment ce Cabaret de la Mère Grégoire, quelque peu polisson :

C'était de mon temps y

Que vivait la Mère Grégoire.

J'allais à vingt ans Dans son cabaret rire et boire.

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Elle attirait les f,^cns Par ses airs engageants.

Ah ! comme on entrait Boire à son cabaret.

Nos chanteurs du faubourg ne se contentent pas, lièlas ! de Bèranger. Si on les laissait faire, quelques-uns débiteraient gaillardement les couplets les plus orduriers. Il faut leur imposer silence. J'en connus un dans ce goût-là, d'ailleurs d'uiK^ voix charmante, qui s'était farci la ménu)ir(^ de productions pornographiipK^s. J'cuis touh^s les peines du monde à le convaiiicn^ (jifil eût à laisser une partie (1(^ son répertoiiM* chez lui. Ma clientèle s'était phiiulc. d, danu^ ! pour un mastroquet, l(^s goùls d(v hi clientèle sont les siens. Mon chaiilcur s(^ rcniUt à cette raison. Comme il avait, mvcc ses prédilections pour la p()rnograi>hi(', assez d'esprit, il ne demanda i)his hi pnrok^ (oh! c(da est réglé : chacun chante :'i son tour) ([U(^ pour dire les romances les plus molles, l(»s

plus sucrées, avec un air de sainte-n'ytouche du i:>lus amusant effet ; puis, quand il avait fini :

— Vous êtes content de moi, hein? patron. Elle était couverte (gazée), celle-là. La vertu de ces dames ne s'est pas offusquée?...

« Ces dames » riaient au fond, prenant tout en bonne part, lançant aussi leur chansonnette, accompagnant les hommes au refrain, applaudissant fort, même lorsque quelque ancien disciplinaire faisait entendre le chant d'adieu familier aux compagnies de discipline :

Adieu, belle Galédonie.

J'ai dit les vigoureuses marques d'approhation qui suivent les chants révolutionnaires. Ce fut pendant la nuit du 1*^ janvier que je constatai le mieux cette préférence. C'est une des rares circonstances où les cabaretiers ont de droit la permission de la

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nuit. Pendant vingt-quatre heures, la police se montre plus tolérante envers eux, elle écoute moins aux portes, on est à peu près libre de chanter ce que l'on veut. « Nous ne tolérons pas de couplets pohtiques chez un marchand de vin » ! m'avait déclaré, sur un ton de maître, le commissaire de police dont j'ai parlé en un chapitre précédent. Bah ! que risquais-je? Cette nuit-là, je laissai donc toute liberté à ma clientèle, au moins en ce qui concernait la politique ! Elle en prolUa : chants socialistes, cliants anarchistes, tout le répertoire révolutionnaire y passa, à la joi(^ de tous. Je note qu'il y avait la nue cinquantaine de personnes, hommes oX teinmes, ig'uorant leurs opinions réciproipies, par conséquent sans entente. Au milieu (ruii tonnerre d*applaudissements une voix avait chanté :

Pondant qu'on danse au palais do Vorsaillos, Au poids do Tor, i)Ouplo, ou lo voud lo iiaiu. Saulcz, marquis! poudauL ([ui; la cauaillo Dans les laubourys jtlouro cl crovo do laïui

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