‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 20 sur 43 · MM · texte numérisé non relu

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Cela avait suffi pour réveiller l'instinct révolutionnaire. C'était à qui dirait les chants les plus violents, scandés, par moments, du refrain de la Carmagnole.

Dansons la Carmagnole, Vive le son ! vive le son !

Dansons la Carmagnole, Vive le son du canon ?

Cela dura de dix heures du soir à six heures du matin : pas une seule fois la Marseillaise ne fut demandée, personne ne songea à la chanter ! En revanche, quelqu'un déclama une Marseillaise sociahste, un autre lança des couplets, qui, si les nouvelles lois de sûreté générale avaient alors existé, l'auraient envoyé au bagne... et moi avec ! Entr'autres choses, je crois bien qu'on y recommandait l'emploi de la dynamite... Or, il n'y eut pas un cri de protestation, pas un applaudissement de moins.

Cela se passait vingt jours après l'attentat de Vaillant.

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Deux semaines plus tard, je demandai une permission au commissariat de police : elle m'était péremptoirement refusée!;..

Quelques camarades avec qui chanter, deux ou trois verres de vin, du tabac — sans sa cigarette l'ouvrier parisien- est très malheureux, c'est l'ordinaire divertissement du faubourien. Il joue peu, de tem])s en temps une partie de cartes, de dames ou de billard. Une fois l'an on mène les enfants au cinfue ; on envoie la femme et les fillettes au théâtre, un théâtre de drame, (^e sont là à ])0u prés les seuls plaisirs extérieurs, avec une promenade dominicale dans Paris ou dans la banlieue, histoire d'aller prendre une tasse cValr, — une station di; curiosité et d'éclats de rire le loni;- des cham[)s de foire et des boulevards, dans les bara({ues aux parades merveilleus(îs, sur les chevaux de bois i)ropices aux L»ai('s cntrcitrises iW^. J(mi-

nés gens. Ajoutons les feux d'artifice, les retraites aux flambeaux, toutes réjouissances publiques que le peuple aime pour ellesmêmes, sans se soucier de révènement politique qui les lui vaut, et où il se rend par simple plaisir, par curiosité — comme il va aux grands enterrements, le plus souvent sans le moindre sentiment de regret pour le personnage que Ton enterre.

Bruyants, batailleurs, taquins, les jeunes gens ont les mêmes goûts que leurs parents. Gomme Page le veut, les plaisirs diffèrent un peu. Ils fréquentent de façon plus suivie les marchands de vin, surtout les bals, les cafés-concerts, jusqu'à ce qu'ils se mettent en ménage, ce qui leur arrive de bonne heure.

On sait que les fêtes de corps d'état sont tombées en désuétude. Sauf la corporation des jardiniers, une ou deux autres, lesquelles fêtent leur « patron »? Il y a bien quelques associations... officieuses, qui

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cherchent à ressusciter les vieilles coutumes sous le patronage de l'administration, mais elles réunissent à peine deux ou trois cents ouvriers. Il n'est j)lus qu'un vestige, à Paris, de ces fêtes de métier ou d'atelier, c'est le Quand est-ce ?

Quand « l'embauche » a clos le chômage, que les ateliers se remplissent, va-t-on se remettre au travail comme cela, tout de go, sans leter les nouveaux ?... A d'autres ! Et, un peu partout, s'élève le même cri : « Uuand est-ce » ? Du matin au soir, à chaque fois qu'apparaît un camarade nouvellement entré à l'ateher, l'im des anciens, d'une voix tour à tour aigiu' ou traînante, l'accueille par l'inévitable ([uestion. Ou bien, sur son passage, on laiss(3 tomber un outil spécial, dilïérent dans cliaipuî métier, et le bruit de cette chute, connue ra[)ostro])h(» de tout à l'heure, rap[)elle à rend)au(*lié que les IVéres de l'atelier attendiMit qu'il leur paie sa bienvenue. N'a-t-il pas d'argiuit ^..

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Là belle affaire ! On répondra pour lui chez le bistro où Ton déjeune tous les jours. Il faut qu'il s'exécute, et dans la huitaine ! sinon le loustic de la bande ne se gênerait pas pour le houspiller : « Eh ! camarade, tu ne fais pas ton quand est-ce ? T'es rien mosche ! »

Autrefois le « quand est-ce » réunissait autour de la même table tous les ouvriers d'un même atelier. Mais l'indifférence s'est gUssée parmi les travailleurs, l'égoïsme a creusé de profondes divisions, — l'argent s'est fait rare ! Dès lors, le « quand est-ce » est devenu plus modeste : maintenant, seuls sont invités dans l'atelier les camarades de la partie^ soit une huitaine, une douzaine au plus. Il y a encore dix ans, c'était une fête d'importance ; il était tout au moins de tradition que l'embauché offrit une gibelotte. Les temps sont durs ! La fête ne consiste plus qu'à boire, à l'atelier ou à l'estaminet, une demi-douzaine de htres de vin, tout en

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chantant quelques refrains ; cérémonie qui se rei^roduit quand un ouvrier quitte l'atelier : ce sont alors les camarades qui lui paient « la conduite ».

Pauvre « quand est-ce » ! Joie des ateliers, profit des cabaretiers, chaque jour jette sur lui l'oubU : bientôt, il disparaîtra tout-à-fait, à moins qu(3 les compag'nons du bâtiment n'en maintiennent la tradition, par respect pour la légende qui les dépeint si gais, si boute -en-train, ce qu'ils sont d'ailleurs à en croire la chanson :

(iar pour ri, pour rigoler. Carrément, carrêmonl, carrément,

Y a que, y a (pie Les compagnons du bâtiment !

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