‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 23 sur 43 · EX PLEIN FAUBOURG · texte numérisé non relu

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Eh! oui, le mot est ravissant, il a son charme comme tant d'autres mots sortis de bouches enfantines, mais ce charme, plus tard, quand ces mômes bouches répondront aux réprimandes maternelles par quelque insolente grossièreté, qui sait si |la mère ne regrettera pas de l'avoir trop goûté?.,. En attendant, elle s'y arrête, elle admire tout ce qui vient de ses enfants, et lorsque, montant en âge, ils trouvent près d'elle plus de, sévérité, elle ne leur en reste pas moins adorablement dévouée, veillant sans cesse à ce qu'ils ne manquent de rien. En tout, ils passent avant elle, elle les habille, elle les chausse les premiers avec le peu d'argent qu'elle a, au risque d'aller elle-même en savates, pauvre sacrifiée . qui met' toute sa fierté à tenir sa petite famille bien propre, — et si attachée à son homme, le mien! comme elle dit si pittoresquement.

Les femmes du peuple, cela est indéniable, sont absolument dévouées à leurs maris.

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Pourvu qu'il ne soit pas un alcoolique endurci, un dévoyé brouillé avec le travail, le mari peut compter sur sa femme en toutes circonstances et sur toutes choses. Quand il aura fait quelque frasque, tiré une bordée avec des camarades, elle le houspillera violemment, elle l'insultera, le brutalisera sans mesure, sans retenue — s'en vantant chez les commères : « Ce sale traînard ! Je lui ai f.. tu une danse ! Il ne recommencera })lus. Quelles canailles, " ces hommes ! » Et il recommence, et elle lui pardonne, et « cett(^ canaiHe d'homme » reste maître desoncceur, de son amour. S'il s'attard(3 au cabanM, oWo, le va chercher, fouillant tous les estamiiKHs jusqu'à ce qu'elle l'ait trouvé, lui faisaiil l(^s £j:ros yeux, le forçant do. la snivr<\ 1(^ moralisant comme un enfant — un enfant sur qui elle veille, jalonscmciil, Kutiv méiiaî^'éres, elle en dira pis ([ne pcnihv, mais ijuc personne autre n'y touche, (jue ixM'soniie n'en médise ; (die ne le peimetlrail pas. Kl

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surtout qu'on ne lui cherche pas querelle, elle présente : pour lui, elle fera le coup de poing, tapera sur l'adversaire à bras raccourcis, se moquant du qu'en dira-t-on autant que des passants arrêtés à ricaner : « Regarde donc ! La poule qui s'en mêle! » La poule a bien autre chose à faire que d'écouter : elle défend son coq, vaillamment. Pourtant, et la contradiction est singulière, tout en aimant son mari, elle ne cherche pas à lui plaire. Le mariage consommé, les enfants venus au monde, plus de coquetterie ! Dés sa vingt-cinquième année, la ménagère se laisse aller, complètement. Que quelqu'une s'attife gentiment, qu'elle se coiffe avec recherche, soignant sa mise, poudrederizant son visage — la trentaine est loin, pourquoi ne serait-elle pas un brin coquette ? — et les mauvaises langues aussitôt de lui prêter des amants. Il semble à ces esprits simples qu'une femme ne peut avoir l'intention de plaire sans vouloir trom-

per son mari : à vingt-cinq ans, on est une .vieille femme, on n'a plus la faculté de sacrifier les devoirs du mariage aux droits de la jeunesse !

A tout prendre, comment nos faubouriennes auraient-elles le temps et le moyen d'être coquettes?... La maternité les avachit, la famille réclame leurs soins incessants, le ménage les oblige à chaque instant de nettoyer, de frotter, de raccommoder, d'aller au lavoir pubUc, de veiller à l'entretien du père, â la santé des enfants. Beaucoup travaillent — non point toutes chez des couturières, chez des modistes, en boutique ou dans les grands magasins, connue on ])araît le croire en un certain monde où l'on ne parle de l'ouvrién^ parisienne que d'après les troUins, — mais â l'usine, on fal)riqne, dans des ateliers où (^lles s'enq)l()ient à des métiers qui les achèvent, dont (;U(^s reviennent épuisées, malades, plus soucicMises de se reposer que de plaire.

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En ces fabriques, gagnent-elles au moins de quoi soigner les maladies qu'elles y contractent ? Les statistiques, affirment que la moyenne du salaire des femmes, à Paris, est de 3 francs par jour. Le vrai est que, dans la plupart des corps d'état, elles reçoivent exactement de 1 fr. 50 à 2 fr. 50 pour douze heures de travail. En prenant une moyenne de 2 francs pour une journée de dix heures, cela met leur travail *à quatre sous rheure,.. Une société, où il se trouve des milliers de mères de famille obligées de quitter leurs enfants pour aller s'épuiser à gagner quatre sous par heure, a-t-elle le droit de condamner l'esprit de révolte, en proclamant que tout est pour le mieux dans la meilleure des républiques ?

Ce qu'il y a d'incompréhensible, c'est l'attitude de certaines catégories d'ouvriers à l'égard des ouvrières. Voici, par exemple, le syndicat professionnel des ouvriers typographes. 11 fait défense à ses membres de

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travailler dans les imprimeries où l'on emploie des femmes. Il envoie aux journaux avancés (1) des délégués chargés de les mettre en demeure de ne s'y point faire imprimer. La cause en est que les femmes reçoivent un salaire inférieur au tarif lixé par les Chambres syndicales. En principe, les ouvriers ont raison; il est certain que, sans ces moyens de défense, les imprimeurs, trouvant un véritable bénélice à n'employer (|ue des fenmies, en arriveraient vite à baisser le salaire des honnnes. Mais n'estce point sur les ouvrién^s, en premier lieu, que retombent les mesures d'exclusion ])rises par les syndicats? Intc^rdire leur aihnission dans les imprimeries ou le travail en commun avec (dles, cela u'é(juivaut-il pas à les réduire au cliôniag(^ forcé? Coiinnc ivs hommes, les femmes n'oiit-(^lles pas, avec

1. Le lait s'cïst notaïuiuciil [H'odiiit pour le joiiiiuil, La dévolution.

le droit de vivre, le droit au travail ? Et la fraternité bien entendue ne commande-telle pas de les défendre au lieu de les combattre, de les placer sous la protection des syndicats au lieu, parfois, de les en exclure?

Mieux vaudrait, certes ! un état de société où ces questions de concurrence entre l'homme et la femme ne se poseraient pas. Le rôle naturel de la femme n'est point d'entreprendre sur les travaux masculins pour gagner sa vie. Apprentie ou ouvrière, son sort est le môme : elle abandonne les soins et les joies de la famille pour laisser sa santé physique et morale à l'atelier, poussant, vivant là à côté du vice, soumise à ses tentations, bien heureuse lorsque les déceptions de Tamour rencontré en route, ou les découragements inévitables des heures de lassitude, ne l'enlèvent pas, quelque soir, aux misères du faubourg — la jetant au trottoir !

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