‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 28 sur 43 · EN PLEIX FAT'BOURG · texte numérisé non relu

EN PLEIX FAT'BOURG

les ouvriers sont susceptibles d'obéir â des v^entiinents plus élevés que les impulsions de l'instinct, et que beaucoup se leurrent qui les considèrent comme définitivement réduits à l'état de brutes.

— Vous verra-t-on demain?

— Ab! non, alors, mon gros père.

— Ob ! ob ! Que se i)asse-t-il do si (extraordinaire ?

— On s'en va en cbœur manger une gibelotte et boire du picolo avec le pognon du singe : il marie sa gigolettc. Mince de rigolade !

Quelques patrons ont en oiXoX conservé cette vieille babitud(3 d'inviUn' l(;nrs ouvriers à l'occasion (bi mariagï^ de leurs (Mitants ou de tout autnMjvénement iKuinuix pour leur famille. Il y a bien à rat(di('r ([U(d(|U('s « mauvaises t(''tes » coiuuk^ (bscnt les coutre-maîtres, ([ui ne désarnieul pus, se moquent de cette invitation, s'ellbrceiit d'(Uiipécber les camarad(.'s de l'accepter. Mais,

le jour venu, on les voit eux-mêmes arriver endimanchés, ayant laissé avec leurs effets de travail les rancunes de la veille, prêts à prendre leur part de la joie commune. Si on les plaisante, ils ricanent : « Je me f.... du singe, puisqu'il y a à licher! » Ne les croyez pas : ils sont très contents de s'asseoir à ce repas de corps qui les rapproche familialement du patron.

J'ai assisté à l'une de ces fêtes. La joie rayonnait sur tous les visages. Au dessert, deux des ouvriers prononcèrent chacun un discours. Le j^remier, un socialiste-révolutionnaire, s' adressant au patron, lui dit : « Vous êtes de ces patrons, malheureusement trop rares, qui n'ignorent pas les besoins des travailleurs et s'efforcent d'améliorer leur situation. Nous buvons à votre santé et à votre prospérité ! » Le second ajouta : « Il serait à. souhaiter que la réunion de ce soir servit d'exemple à beaucoup de patrons, car c'est dans ces réunions

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intimes qu'ils apprendraient à connaître exactement les sentiments des ouvriers à leur égard. » Il avait raison, le détachement des ouvriers n'est pas dû uniquement à des ({uestions de salaire : il provient en grande part de l'indififérence hautaine que leur témoignent la plupart des patrons, qui les traitent ouvertement comme des hôtes de somme envers qui tout ménagement reste superflu : or, ces hôtes de somme commencent à montrer leur face (riiommes, et ces hommes, se voyant repoussés, se sentant ravalés au rang de parias, se préparent — élevant classe contre chisse — à engager une lutte (pii mettra lin au mé[)ris dont on les ahreuve...

Si les patrons sont détestés, i(^s j)ati'onn(^s sont exécrées. Les ouvriers les disent plus minutieuses que les iiomines, plus exigeantes, f(;uillant tout d'ini (eil sévèrement inquisiteur, (ît, do se sentir aussi étroitement surveillés, cette gêne s'ajoute au dépit <le

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travailler sous la direction d'une femme.

Aucune sympathie — on le sait de reste. — pour le contre-coup. Ce sac-à-mistou^\ fies (1) ne leur dit rien qui vaille : il est' considère comme le chien de l'atelier,;^ un renégat dont on se méfie instinctivement.

Peut-être les petits patrons — quoique jalousés — inspirent-ils moins d'antipathie que leurs grands confrères. En tout cas, ils vivent plus près de l'ouvrier, ils ont davantage besoin de leur assiduité complaisante, et entre eux se crée une semicommunauté d'intérêts qui atténue d'autant la tension des rapports. Ici, rien de semblable aux grandes maisons, aux immenses usines, où d'habitude l'ouvrier ne se trouve en rapport qu'avec le caissier. Travaillant aux côtés de son patron, au courant des commandes, l'employé connaît à peu de

1. Contre-coup et Sac-à-mistoufles sont deux surnoms c-ourannnent appliqués aux conlre-maîtr.es.

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choses près les bénéfices do rcmploycur, parfois il le voit aux prises avec la concurrence, avec la malechance ; il compatit à ses peines, même il l'aide... à sa façon. .T'ai vu (^ela.

C'était une fin d'après-midi, en semaine . Tout à coup arrivent une dizaine de robustes gars, hommes de trente à (piarante ans, pères de famille, tous ardents au travail.

— On ne travaille donc pas aujourd'hui ?

— Si, patron ! Et, avec plus de courage que les autres jours, car nous v(Mions de déménager un petit industriel à la veille d'être saisi.

— A la « cloche », je parie?

— Tout juste ! Oh ! ça n'a pas traîné. Nous étions trente. L'atelier a été vidé en deux heures.

— Je croyais ([wa les plcds-pldls ne prêtaient jamais leurs services aux boutiipiiers et aux patrons ?

— C'est vrai, mais celui-là est un « bon zig », qui a toujours été très juste et très bon avec les quinze ouvriers qu'il occupait. Si tous les patrons lui ressemblaient, ah ! malheur!... Là-dessus, silence! les camarades, pour que je vous « dégoise » ma chanson favorite :

« J'aime pas les sergots ! »

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