Le fait s'est passé à ïhilay (Ardennes), même année
soumis aux Syndicats ouvriers, désormais chassés de tous les ateliers.
L'histoire de ces hommes qui ne peuvent l>lus ni se montrer, ni . aller au cabaret, ni se faire tondre ou raser, l'histoire de ce taureau mis à l'index, ces menus faits, qui révolutionnent toute la i3opulation d'une commune, n'établissent-ils pas à quels ridicules et dangereux excès de pouvoir se laissent entraîner les Chambres Syndicales?...
Rien n'est moins humain, rien n'est moins respectueux des droits innés de l'individu : c'est l'abus de la force dans toute sa plénitude, c'est l'autoritarisme dans ce qu'il a do plus exécrable — son ingérence dans la vie privée avec la monopolistation du th'oit au travail, c'est l'erreur fondamentale d(3s sociétés mal organisées, la violation Hai^rante du droit imprescriptible des minorités, en un mot, c'est la négation même de la liberté individuelle — le joug do la Force organisée substitué an joug do, rKtat-Provi(l(Mi(*e !
Mais, si, philosophiquement, les sj^ndicats professionnels ont tort d'user de telles pratiques, politiquement, hélas! ils ont absolument raison : ils n'ont autant entrepris contre le patronat, ils n'ont obtenu sur lui autant de victoires, que par la vigueur de leur discipline et la rigueur de leurs règlements. Si, sous le prétexte humain que leurs femmes et leurs enfants meurent de faim, des ouvriers avaient la faculté de se refuser à faire grève, quand la majorité de leurs camarades s'y sont résolus, quand la justice et le droit le leur commandent, il n'y aurait plus de grève possible, partant pas d'améliorations possibles (1) !
1. La chose est tellement évidente, qu'un publiciste gouvernemental non suspect de tendresse pour le socialisme révolutionnaire, M. Hector Dépasse, ancien chef de cabinet de M. Spuller, le constate en ces termes dans son livre sur les Transformations sociales •* « Il est par malheur trop certain, écrit-il, que les ou- « vriers ne sont presque jamais arrivés à une amélio- « ration de leur sort que par la grève. Dans les sta-
Le philosophe les désavoue, le politique les approuve. Prolétaires de tous les pays, ùnissez-vous !
« tistiques des grèves, on en note à i)eine un tiers ([ui « aient abouti à des résultats iuinièdiatement favora- « blés aux ouvriers; mais, d'une façon plus «générale « et plus haute, il est visible ([ue le proj^rès des (das- « ses ouvrières s'accomplit par une lutte incessante. « L'augmentation des salaires, la diminution des heures « et l'acquisition de nouvelles garanties matérielles et « morales sont en rapport direct avec l'agitation ({ui « s'est déclarée dans les sphères du travail depuis « vingt-cinq ans. — Ti-ansfonnations sociales^ p[). 49 et 50.