Georges Diival : Les Mi.s<;r>'s hoi' ri/coisrs
dit-on, n'a cure de cette pénurie, et c'est le cœur léger qu'elle laisse s'enliser dans la détresse les principaux pivots de sa puissance actuelle, magistrats, officiers, professeurs. Semblable à cet homme d'État dont le principe était de réserver toutes les faveurs officielles aux adversaires de son gouvernement, sous prétexte que les donner à ses amis devenait inutile puisque l'amitié lui assurait leur concours, la bourgeoisie dans le même esprit délaisse ses premiers soutiens, sous la raison spécieuse qu'ils n'existent que par elle et pour elle. Viendra sans doute un temps où elle déchantera !
Que si l'on agitait aux yeux du petit bourgeois le spectre de sa propre misère, ne devrait-on pas espérer que la comparaison de sa situation avec celle de l'ouvrier, au lieu de les animer l'un contre l'autre, réunirait plutôt leurs plaintes respectives dans un môme élan de revendications? A tout prendre, c'est moins des chiffres que
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des sentiments que naît- Tantagonisme. Or, le petit employé gagne moins que l'ouvrier, mais, au prix du salaire de celui-ci, il ne changerait pas son chapeau fatigue contre la casquette du travailleur : en lui, déjà, coule un ferment de vanité d'où il tire l'idée d'une supériorité sociale. Il n'y a pas qu'une seule aristocratie ! Eux aussi, l(^s petits bourgeois, prétendent former leur caste, — caste vaine, et ïlére, et orgueilleuse. De la voir virevolter à ses côtés, (huis une suffisance pleine d'elle-ménKS cela agace, cela indispose l'ouvrier. D(^vant les derniers représentants de la vieilh^ noblesse, devant les favorisés de la fortune, les détenteurs du pouvoir, il s(^ courbe ou s'eiicolére; mais il ricane, il hausse^ h^s épaules devant l'aristocratie dos saiit(*-niiss«\au, n'ayant pour elle (pi(i du mépris.
Pour terminer ce couri paralléhM'iidv le quatrième état et ceux... ([ui s'en sont évadés, je ne résiste pas à la tentation dr citer
une rapide anecdote qui marquera exactement la nature des sentiments réciproques des deux parties.
Deux petites bourgeoises de mince apparence, le visage maladroitement fardé de la bouche aux yeux, trottaient menu sur un boulevard, quand, brusquement, au détour d'une rue, apparurent trois ouvriers en tenue de travail. Poliment, ceux-ci allaient s'effacer, lorsque, les lèvres pincées, la joue écarlate, les deux jeunes femmes rirent un grand détour, avec l'intention manifeste d'éviter un pareil contact.
— Ben, quoi? fit l'un, tout interloqué de ce mouvement imprévu.
— Tu ne vois pas que c'est des duchesses!
— Duchesses ? Duchesses?... Duchesses de mon c. !
Et le mot, lancé à pleine voix, alla cingler les deux petites bourgeoises... plus ècarlates que jamais.