‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 5 sur 43 · EN PLEIN FAI BOL' UG · texte numérisé non relu

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commissaire que je suis, j'en peux ignorer quelques-uns, surtout, n'est-ce pas ? ceux qui auraient été édictés pendant ma courte absence, chose possible ! tant il se produit de changements en ^matière administrative. Eh bien! pourquoi les débitants n'observeraient-ils pas une pareille docilité, eux qui se trouvent, par la nature de leur métier, soumis à une surveillance spéciale, et, croyezmoi, Monsieur, toujours justifiée?...

Ce discours laisse entendre de quels arbitraires procédés la police en use à l'égard des débitants. Au-dessous du commissaire, dédaigneux de si petit gibier, certains subalternes, moins scrupuleux, plus terre à terre, ne se gênent pas pour lui donner la chasse, à mgins que, crûment, ils n'en tirent poils et plumes. Celui-ci, cumulard, à la fois policier et représentant de commerce, fait ses offres de service, généreusement : acceptez! et peut-être jouirez-vous de quelque tolérance ; refusez ! et lorsque, un jour

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de fête, vous demanderez une permission de nuit, vous serez tout étonné de vous l'entendre impitoyablement refuser, tandis qu'à vos voisins elle sera accordée. Un autres n'est pas sans relations avec les maisons de renseignements auxquelles s'adressent les commerçants : deux mots de lui, et vous avez une ficJie parfaite; oli ! cela ne coûte rien... sauf une légère commission pour l'intermédiaire; vous ne voulez pas comprendre^ ? alors, c'est du joli! à Tavenir, on m* vous livrera plus de marchandises ([u'au comj)tant, car les négociants n'obtieindront sur vous (jue les pires r(Miseign(Mneuts. Un troisième, bon vivant, vous amènera des clients, lui-mémo se mouircra fréipioiiimenl à votre com})toir, mais il (^st bien (^itcMuhi, cela va de soi! (pi'il aura tonte lacultè de payer plus tard... ou Jamais ! Kiilni, tout (3n bas, moins exigeants, mais plus talonnants, parasites de tontes les lienr(^s, ipielques ii'ardic^ns de la paix, â leur toni-, lèvent

sur VOUS la dîme séculaire du guet, sous forme de rafraîchissements... renouvelés ! Tout commerçant qui se soumet à ce triste servage ne peut y renoncer sans attirer sur lui des vengeances dangereuses. J'en sais un qui, dans le même mois, se vit dresser quatorze procès-verbaux par le môme sousbrigadier ; il conta son cas au conseiller municipal, qui mit fin à la persécution. Fort heureusement pour lui, car les procès-verbaux sont suivis chacun d'une contravention qui se traduit par une amende, et il suffit d'un certain nombre de contraventions pour donner à la police le droit de fermer votre boutique... ou la faculté devons tenir entièrement en son pouvoir.

Pour obvier à ces inconvénients, et sans doute pour augmenter leurs revenus, quelques débitants se sont affiliés à la police secrète. Il y a ainsi dans le faubourg pas mal de souricières : de là partent des rapports dénonciateurs, des lettres calomniatrices ame-

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nant des descentes de police chez le concurrent d'en face, aboutissant à des surpriprises désagréables pour tout un quartier.

Par contre, d'autres marchands de vin, sûrs d'eux-mêmes, connaissant leurs droits, se sentant protégés, négligent ostensiblement de témoigner à la police une quelconque déférence, gagnant à cette posture indépendante un accroissement de clientèle. Ce fut naturellement à ce parti (pie je m'arrêtai. Le faubourien a peu de sympathie pour le quart d'œll, peu d'estime pour les flics : il m'allait assez de suivre son goût, désireux qu'en ma boutique chacun fût libre d'exprimer son opinion sans contrainte comme sans péril.

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