‹ En plein faubourg (moeurs ouvrières)Chapitre 6 sur 43 · LA CLIENTÈLE, LE CRÉDIT, LA CONCURRENCE, LE POUVOIR DE L'ARGENT · texte numérisé non relu

LA CLIENTÈLE, LE CRÉDIT, LA CONCURRENCE, LE POUVOIR DE L'ARGENT

L'initiation fut rapide.

Selon la tradition — où ne s'impose-t-elle pas ? — les nouveaux établissements ne s'ouvrent au public que vers les cinq heures du soir, un samedi — jour de paye ! Son salaire en mains, l'ouvrier se laisse facilement tenter par la curiosité ; le sachant, les commerçants en profitent : je me conformai à la tradition !

Ma boutique n'est pas grande ! Tout juste la place de trois tables, de deux douzaines de chaises. Crépie de couleurs sombres, elle apparaît sans prétentions, d'aspect humble presque. A l'intérieur, nulle glace, nulle

EN PLEIN FAUB()rR(i oO

vitrine imposante, point d'objet cossu. Seules, éclatantes de fantaisie, exubérantes de vie, des affiches de Ghéret plaquent sur la couche verdâtre du mur leur lumineuse gaieté. Gâ et là, des dessins de Gill, de Forain, de Willette. Ainsi parée, proprette, sentant le neuf, ma boutique suffit-elle? Très gravement, un vieux routier du quartier prononce :

— Ça peut !

Ouvrez tout!... Quelle anxiété! L'émotion m'étreint. De cette épreuve que résultcra-til? La supporterai-je d'assez bonne grâce? Saurai -je me plier aux nécessités du métier avec toute la souplesse désiral)l<^? Et une grande gêne me paralyse, dans une l)rusque velléité de tout planter là, si, ])rés de moi, déjà admirablement secondé, je n'avais également pour m'encourager de vieilles connaissances du faubourg, braves travailleurs rencontrés au hasard des combinaisons politiques, seuls au courant du [)our-

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