CHAPITRE VIll
UNE CONVERSATION AVEC TCHITCHERINE, COMMISSAIRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (!«'' MAI 1918)
De M, Tchitcherine^ ancien diplomate de camère, on sait que^ descendant d'une famille de la classe possédante, il mit, avant (a révolution ^ sa conduite d'accord avec ses principes. Il renonça, de son propre mouvementy à ces privilèges que confère la fortune, mais que le seul hasard de la naissance ne lui paraissait pas justifier , M. Tchitcherine, socialiste, ne voulut pas hériter d'ttn domaine du gouvernement de Tambov que lui laissait son oncle, un célèbre professeur^ ancien maire de Moscou. Tchitcherine, optant pour la pauvreté, dit : € Un jour je rentrerai dans cette propriété, mais derrière le drapeau rouge. » Ce qui arriva,
C'ÉTAIT le 30 avril 1918, au lendemain du jour où le pouvoir des Sovietts avait prié la France de rappeler Tambassadeur Noulens, coupable, déclarait-ii, d'avoir, le 10/25, dans une déclaration faite à la presse russe, préconisé Tintervention japonaise en Extrême-Orient. C'était le 50 avril, veille du l*"^ mai : la ville se couvrait d'écarlate. Les statues des héros russes, déboulonnées avec une hâte fiévreuse, étaient remplacées par des estrades enrubannées de pour-
pre; il j avait partout de Tandrinople garance, des cotonnades sang-de-bœuf. Et moi, j'errais par la ville, perplexe, angoissé, sentant en même temps et la nécessité de demander au gouvernement actuel une explication, quelle qu'elle fût, de son attitude comminatoire à notre endroit, et l'absolue inutilité d'aucune explication, puisque... puisque mon interlocuteur, le désirât-il personnellement, ne voudrait pas, ne pourrait pas toucher le fond des choses et m'initier à toutes les circonstances mystérieuses qui ont précédé, accompagné et suivi les négociations de Brest-Litovsk. N'étais-je point averti par le souvenir de ma conversation avec Trotzky, à la fin de 1917, de la vanité de ces entretiens avec des hommes qui, lorsqu'ils veulent bien condescendre à vous parler, ne le font jamais qu'avec l'idée bien arrêtée de ne vous laisser contempler qu'un personnage composé, dont les propos de circonstance et les déclarations les plus solennelles n'obligent à aucune responsabilité leur Moi, qui demeure inaccessible, et, à proprement parler, inconnaissable ?
Pourtant mon parti fut pris. Même si Ton admettait de la manière la plus complète que les bolcheviki soient, de par un système fondamental et préconçu, nos ennemis, encore y aurait-il intérêt à ce que certains Français eussent bien vu, et de très près, des hoinmes aussi redoutables.
M. Tchitcherine me reçut, se leva de la manière la plus courtoise à mon entrée et m'accueillit avec tous les signes d'une irréprochable politesse. C'est d'ailleurs un homme doux, blond, gris, mince, long, bénin, aux mains délicates ; sa barbiche poivre et sel irait bien à quelque placide souschef de bureau et sa voix flûtée n'a jamais rien qui heurte ni qui troue. On finirait par croire que ce citoyen appartient au type flasque, si Ton ne s'apercevait que, dans son argumentation toujours affable, il y a néanmoins une persistance, une obstination qui résistent à toutes les contradictions.
DEUX ENTRETIENS HISTOMQUBS. 177
Donc j'expose tout d'abord à M. Tchitcherine que le rôle de la presse est de travailler à dissiper les malentendus et d'empêcher les conflits de s'envenimer. Il dodeline de la tête, fort paterne ; il acquiesce ; il trouve que ce que je dis est bien ; puis il profère, avec de très grandes précautions de la voix, comme un médiateur qui cherche à atténuer les conséquences d'un scandale :
« Mais, monsieur, la conciliation est notre plus grand désir. Nous ne saurions qu'être remplis des meUIeures dispositions envers la France, à laquelle nous devons beaucoup (stc), et nous voudrions bien entretenir les meilleures relations avec elle. Toutefois, nous avons été dans la nécessité de demander le rappel de M. Noulens, car il nous serait impossible d'admettre son immixtion dans nos affaires intérieures ni qu'il approuve ouvertement l'occupation de notre territoire par des troupes japonaises. Quant à la question que vous me posez et qui est de savoir si ce rappel est à nos yeux une condition sine qua non de bons rapports, comme nous n'avons pas encore reçu de réponse de votre pays à ce sujet, nous n'avons pas eu à envisager si une formule de transition pourra, ou non, être trouvée. Voyezvous, monsieur, laissez-moi vous dire que la France fait fausse route — oh ! oui — une route très fausse, en fomentant ici la contre-révolution. Nous possédons la preuve que les actions japonaises en Extrême-Orient, comme en général toutes celles des Alliés en Sibérie, impliquent des connivences avec nos partis réactionnaires. C'est très malheureux. »
Ici M. Tchitcherine, paraissant s'adresser à l'homme, à l'historien futur, plus qu'au journaliste, me dit d'un ton où je crois sentir de la sincérité :
€ Croyez-moi bien, l'idée démocratique, l'idée représentée par le pouvoir des Sovietts a pris de très profondes racines en Russie.... En tout cas, rappelez-vous ceci : le paysan ne «e laissera enlever par personne et sous aucun
mmm^
178 EN PRiSOX SOCS LA TERREUR RUSSE.
prétexte la terre qu'il a conquise. Cela, c'est fondamental, et l'avenir vous le prouvera. Ce qui peut-être n'est pas encore très clair; ce que les expériences du futur décideront, c'est la question de savoir si la Russie va se développer suivapt un régime purement socialiste, ou si elle va devenir, comme la France après sa Révolution, un pays de petits propriétaires. République socialiste ou république radicale : voilà toute la question. Mais vous vous égarez totalement, en France, et l'avenir vous le démontrera, quand vous vous accrochez à un système de restauration monarchique en Russie ^ >
Je proteste que nous ne nous accrochons à rien de semblable. M. Tchitcherine revient alors à notre sujet initial. Une campagne de presse qu'on a vue se manifester en France et au Japon et relative à Toccupaiion éventuelle de la Sibérie par les troupes japonaises lui semble inadmissible. Voilà pourquoi il fallait se décider à demander le rappel de M- Noulens, puisque celui-ci trouble les bons rapports entre la Russie et la France. J'objecte que les
i. Il est remarquable que, le 21 septembre 1919, M. Kerensky, un emiemi et une victime des bolcheviki, se soit exprimé d'ime manière tout à fait identique dans une interview publiée par VUniled Press :
«^Les Alliés devraient cesser immédiatement de soutenir Koltcfaak et Denikine. Le peuple russe ne les reconnaîtra jamais, étant donné qu'il est convaincu que ces deux bommes n'ont d'autre but que de rétablir, en Russie, les méthodes de l'ancien régime.
« Il faut noter que les forces réactionnaires ne sont même pas capables d'exploiter la haine que les populations nourrissent contre les bolcheviki, car elles n'ont pas, précisément, la confiance de ces populations. Si la terreur blanche succédait à la terreur rouge, les paysans, nettement anti-bolcheviks, ne sauraient que faire entre deux maux et il est certain que leé réactionnaires ne pourraient jamais s'imposer aux populations rurales, ainsi que le montrent les défaites récentes de Koltchak. Les armées de Tamiral seraient incapables de se soutenir elles-mêmes et de s'imposer par leurs propres ressources, et le gouvernement de Koltchak n'existerait pas même un jour si les Anglais et les Français ne le soutenaient pas. >
Il m'est impossible de ne pas constater que de nombreux renseignements de sources diverses sembleraient me confirmer, sur ce point; les appréciations de Tchitcherine et de Kerensky.
Alliés ne veulent rien faire sans le consentement de la Russie. M. Tchitcherine hoche la tête : « Alors, dit-il, qu'on ne fasse rien, car notre consentement n'est pas donné. Nous sommes en paix; nous avons besoin de paix; nous ne voulons pas qu'on trouble la paix. > Cette fois, j'éclate :
« Soit! Mais défendez-vous! Peu à peu, avec votre attitude tolstoïenne de non-résistance au mal, vous laissez prendre toute la Russie par les Prussiens. L'univers ne tolérera pas que vous abandonniez à la merci du vainqueur les immenses ressources de toutes sortes que renferme votre territoire. Un semblable déséquilibre serait gros de menace pour l'avenir de la liberté. Le monde civilisé n'en admettra point l'idée. Encore une fois, défendez-vous; éinon, par la logique même d'une fatalité plus forte que les volontés humaines, les peuples, pour assurer leur propre sauvegarde, seront amenés à se substituer à vous et à vous protéger contre vos propres renoncements. »
M. Tchitcherine me laisse parler; il ne se fâche pas; il déclare, songeur ;
c Comme vous le savez, le traité de Brest-Litovsk nous a été imposé.*..
— Mais pourquoi, en dispersant à l'avance votre armée, vous êtes-vous mis dans le cas qu'on pût vous l'imposer?
— (Après un silence).... Et ce traité a laissé dans le vague Jes limites précises de l'Ukraine et de la Grande- Russie. Jusqu'à présent, voyez-vous, l'avance des Allemands, si funeste qu'elle soit pour nous, se produit cependant en dedans des limites revendiquées, à diverses époques, parles plus extrêmes propagandistes ukrainiens. Oui, même la Crimée a été réclamée par les champions les plus excessifs âe la cause ukrainienne. D'ailleurs, en Crimée, nous luttons énergiquement. Nous sommes persuadés que Sébastopol, actuellement défendu avec la plus grande vigueur, ne tombera pas. [Deux jours après cette conversation, Sébastopol était aux main d.e l'ennemi.] Aussi bien,
nous allons incessamment discuter avec les Ukrainiens les termes d'un traité de paix où seront enfin précisées les frontières entre la Grande et la Petite-Russie. En c,e qui concerne la Finlande, elle n'a fait, elle aussi, jus'qu'à présent, que s'étendre jusqu'à la limite de ses revendications antérieures. Quant au fameux fort d'Ino, qui couvre Pétrograd, bien qu'on puisse soutenir qu'il se trouve, lui aussi, en terre finlandaise, nous sommes résolus, s'il est attaqué, à le défendre avec le plus grand acharnement.... Mais il n'est pas attaqué I Que voulez-vous, monsieur, nous sommes actuellement à l'état de paix avec TAllemagne. Cette paix nous est indispensable, car nous avons besoin d'un répit pour nous réorganiser sur des bases socialistes. ,
— Un répit que vous obtenez, dis-je, au prix du sang français. Que deviendriez-vous si la France ne retenait pas chez elle l'armée allemande ? Vous seriez conquis, subjugués jusqu'à rOural ! »
M. Tchitcherine garde un certain temps le silence. Je crois discerner sur son visage des signes d'émotion. Mais il continue :
« ... Il nous est impossible de recommencer la guerre maintenant; cela n'aboutirait qu'à des catastrophes aussi préjudiciables à nos anciens alliés qu'à nous-mêmes. Les Allemands prendraient inévitablement Pétrograd et Moscou. Voilà pourquoi nous ne saurions admettre, sous quelque formt que ce soit {sic)^ l'intervention japonaise, et môme sous la forme d'une aide supposée, qui ne ferait que nous mettre en péril. Premièrement, nous ne sommes pas sûrs que le Japon ne conserverait pas les territoires qu'il aurait occupés. Secondement et surtout, son action, comme je viens de le dire, son action, à lui, en précipiterait d'autres, contre nous, en Occident, de la part des Allemands. Troisièmement, n'oubliez pas que l'intervention japonaise pourrait fort biçn distraire l'attention de la démocratie russe du péril allemand et l'obliger à se tourner contre cette*nou-
velle invasion. Ce point est à considérer très sérieusement.
— Alors, vous avez résolu d'accepter, d'un cœur léger, que votre pays tombe à l'état de bolonie, de terre d'exploi» tation où s'engraisseront les Allemands?
— Quant à cela, au point de vue économique, nous sommes bien protégés par la socialisation, la nationalisation de l'industrie et tous les grands monopoles que nous avons institués. L'État russe seul est maître du marché russe.
— Mais, dis-je, les Allemands vont demander le payement en or de l'énorme indemnité que vous avez reconnu leur devoir. Si vous ne payez pas, ils saisiront votre réserve métallique, procéderont à coups de sommations , ils s'empareront de gages effectifs et exigeront, par exemple, la remise de ces mômes usines que vous avez nationalisées. »
Cette objection parait troubler M. Tchitcherine; il médite un instant; il ne répond pas directement à mon propos. Comme j'insiste, il susurre d^une manière embarrassée :
« Si les Allemands s'obstinaient à nous molester toujours davantage, à intervenir dans nos affaires intérieures, à traiter la Russie comme une colonie, en un mot, à gêner notre libre développement socialiste, alors nous aurions à envisager s'il ne nous conviendrait pas de nous retirer sur la Voljga et l'Oural. Nos populations, devant cette continuation de l'invasion, sauraient opposer une résistance analogue à la guérilla espagnole. On n'imagine pas combien de pertes nous pourrions infliger à l'ennemi par la guerre de partisans. >
J'objecte au commissaire qu'on avait déjà tenu ce langage à Pétrograd, en février 1918. On avait parlé de levée en masse, de lutte pied à pied; on avait vu circuler dans les rues des bandes de citoyens armés qui partaient pour la guerre de guérilla! Mais, soudain, ont été publiées les fameuses instructions de Lénine démontrant, précisément, que toutes ces tentatives seraient absurdes et que la gue rîlla serait, non seulement impossible, mais désastreuse. U
désaveu étrange fut donné par le prophète à la propagande patriotique tentée par les organes du Soviett. Et aussitôt, tout s'arrêta. La Pravda elle-même avait évoqué 479^ et la guerre des Boers, mais Lénine mit son veto à la continuation de toute organisation de résistance. Finalement, Narva fut rendue sans lutte, et le Soviett, purement et simplement, se sauva à Moscou, c Si vous attendez, dis-je, pour songer à vous défendre, d'avojr été refoulé» dans les steppes de la Sibérie, il sera trop tard. »
De nouveau, Tchitcherine se trouble; il me regarde, perplexe,, et demeure plongé dans un profond silence.
« Enfin, dis-je, si les Alliés décidaient de reconnaître solennellement le pouvoir des Sovietts, seriez-vous,* au moins, plus enclins à envisager Fidée d'une collaboration des diverses puissances de TEntente et du Japon, en Extrême- Orient?
— Point du tout I Une reconnaissance qui serait subordonnée à Tacceptation éventuelle par nous d'une intervention japonaise en Extrême-Orient ne nous intéresserait pas. Pourquoi? Parce que, précisément, notre doctrine est que cette intervention ne serait acceptable sous aucune forme, La pénétration des Japonais en Sibérie par la force (M. Tchitcherine insiste sur ces trois mots auxquels il semble vouloir attacher un sens particulier que je n'ai pas pu démêler) et contre la volonté des Sovietts n'est, telle est ma conclusion, à considérer sous aucuii aspect. »
Mais M. Tchitcherine est bonhomme. Il devine que son langage, dans son ensemble, doit paraître assez oiseux à celui dont les compatriotes continuent à souflrir d'une guerre qu'ils ont commencée pour venir en aide à la Russie. C'est en vain qu'il m'objecte que nous avons eu tort d'être les alliés du tsar. Il sent que cette vieille rengaine ne m'a point convaincu. Il ne voudrait point me laisser partir sur une opinion trop attristante. Aussi le voilà qui me fait un tableau saisissant de l'état intérieur de rAUemagne II a des
renseignements. La révolulioii sociale ne saurait manquer d'éclater à bref délai dans l'empire germanique. C'est clair î Hélas ! c'est avec cette ritournelle qu'on a, depuis un an, mystifié et désarmé le crédule peuple russe. C'est avec l'assurance, sans cesse répétée, qu'une guerre civile était imminente en Allemagne qu'on a engourdi les derniers scrupules dans la^ conscience déjà vacillante du moujik habillé en soldat.
M. Tchitcherine comprend qu'il faut renoncer à me persuader. Mais il continue à dirç qu'il a < des renseignements ». II est sûr que de grandes séditions ne cessent de se produire en Allemagne: il affirme que l'esprit révolutionnaire russe a déjà réussi à affaiblir le militarisme allemand. Ah! quand la révolution allemande éclatera! « Oui, sans doute, sans doute », dis-je, pour dire quelque chose. Et M. Tchitcherine, toujours aimable, toujours paterne, toujours placide, malgré mes incessantes et acrimonieuses objections, affirme bien que la Russie est en état de paix et qu'il lui importe de sauvegarder la paix !
Ce que je sens de plus clair dans cette attitude, c'est que les molestations futures, commises au dam des Russes par les Allemands, quelque exorbitantes qu'elles deviennent, ne lui paraîtront jamais un prétexte suffisant pour leur déclarer la guerre. Pourquoi?. Parce que les Allemands sont tout près de lui, qu'ils ont, sur sa tempe, le canon de leur revolver et^u't7 a peur d'eux. Mais si les Japonais déplacent cinquante hommes en Extrême-Orient, M. Tchitcherine, comme T Extrême-Orient est très loin, fulmine et fait des illusions à l'éventualité où la démocratie russe pourrait avoir à accepter certains appuis, même impérialistes, pour faire face à-un tel péril !
[J'aborde alors un sujet brûlant entre tous. Je dis sans transition à M. Tchitcherine que, quoi qu'il arrivât, il serait iaadmissible que la Russie dérobât à la France les produits de son épargne. Et, voulant le pousser dans ses
derniers retranchements, je lui décoche une thèse que je prend§ c sous mon bonnet >, mais qui a le mérite de présenter un raccourci très expressif :
< Croyez-le bien, Monsieur le Commissaire, "même si le prolétariat français, à la suite d'une rérolution, arrivait à la direction de la France, il lui serait impossible de se désintéresser de la dette russe. Le parti socialiste français, en prenant le pouvoir, serait obligé de vous dire : « Cet argent que
< vous ont prêté naguère nos bourgeois fait partie de Théri-
< tage de tout le peuple français, car il est sorti du sol fran> c çais ». La Russie demeurera la débitrice de la France quel que soit notre régime. Pourquoi donc la France, pays de civilisation ancienne, de superficie restreinte et dont toutes les ressources naturelles sont depuis longtemps exploitées à leur maximum, pourquoi donc la France seraitrcUe frustrée par la Russie, pays immensément plus vaste, immensément plus neuf, immensément mieux doté de richesses encore vierges? Ce n'est pas une question de politique, mais une question de justice. Dans tous les cas, Monsieur le Commissaire, croyez*-le bien, vous paierez !
— Ah mais! Ah maisl profère d'une voix troublée M. Tchitcherine qui a suivi mon argumentation avec une inquiétude visible, ah mais! ceci est une thèse nouvelle, tout à fait nouvelle.... Je suppose que nos camarades français ne s'écarteront pas des principes d'un sain socialisme.... Il faudra voir. Tout cela serait à examiner soigneusement. Il faudrait se mettre d'accord... bien étudier la question et avant tout ne pas violer les principes fondamentaux.... Je ne sais pas.... Ce serait à rechercher, à bien peser.... >]^
1. La partie de Tentretien qui se trouve entre des crochets, dans ce livre, n'a point jusqu'à présent été publiée, mais elle était consignée dans' tnes notes. Cette thèse, après avoir déconcerté en la développant le doux Tchitcherine, je la soumis aussi, à Timproviste, quelques jours plus tard, à Sadoul qu'elle rendit assez perplexe. Notre compatriote finit par convenir qu'au point de Tue des emprunt» il y aurait sans dout« « quelque chose à arranger ». Il est
Et là-dessus M. Tchitcherine me quitta en me saluant avec la plus correcte politesse. Depuis le commencement jusqu'à la fin de notre entretien il m'avait laissé parler en toute liberté sans manifester ni impatience ni énervement. Je ne lui avais rien caché de mes sentiments et à aucun moment il ne m'avait averti d'avoir à les refréner. Or, parla suite, je n'écrivis jamais rien de plus fort que ce que j'avais dit personnellement à M. Tchitcherine, le 30 avril. Pourquoi donc alors, le 50 juillet, me cônduisait-on à Tagannka?