‹ En prison sous la terreur russeChapitre 20 sur 22 · LE BILAN DE · texte numérisé non relu

LE BILAN DE

CE chapitre, imprimé àû deraier ttiomônt, est fait de réflexions sur les événetnents de 1919. Lefe tiouvelies dé t^UBsie, jusqu'où début de uovetobrëj ont été Cofitradidtoirés et sans sûreté. Mais, plus tard, le recul simultané de loUdenitch, de Kôltchak et de Denikine a prouvé que les bolcheviki commândaieht à des contitigents cotisidérables ; certaitld élémètits lettonë, chinois, allematids et hongrois leur servent à y màiiltetiir Une discipline de terreur i ils vainquent.

Quand je suis arrivé à t'aris, en avril 1919j j'aurais volontiers proilostîqué qu'il allait en être ainsi et que l'àtlnée rouge serait, momentanément tout aU moins, la plus forte des armées russes qui se trouvaient aux prises. Mais, bientôt, furent lancées des nouvelles â seûsation

1. Pebdânt qUe j'écria ces lignes, j'ai soUs les yeux les journaux du 8 novembre : Sadoul vient d'être condamné à mort. Le procès a surtout porté sur des faits postérieurs â mon départ et dont je tie sais riôrt. Au début dé hoVeinbré, j'ai rencontré deë Français honorables qui se trouvaient à Moscou alors que j'étais en prison. Ils blâment comme moi l'attitude politique de Sadoul, mais ils m'affirment sàVoir, à ii'en pas douter, que cfelui-ci a réeUement fait des efforts ëincères et répétés pour obiénir ma libération. Leé ndèmes Français me déclarent que si Sadoul a été le collaborateur de NioUrine, à l'époque de mon élargissement, il n^avait probablement pas d'accointances avec lui, en Juillet 1918, lors de mob arrestation. En outre, M. et Mme SiUji les aaciens directeurs du refuge français de MoscoUj me disent, qu'à leur connaissance^ rinÛuence de Sadoul s'est invariablement et utilement exercée dans im sens favorable à cette institution de biébfaisam^e.

SOUS ces litres : « L'agonie du bolchevisme », « Les derniers jours du bolchevisme » ou c Le commencement de la fin ». De quels faits s'inspiraient donc ceux qui publiaient ces informations et qui nous annonçaient Tintervention imminente de la Finlande?

Dans des conversations particulières, j'essayai, timidement, de mettre quelques personnes en garde. Aussitôt, mes interlocuteurs distingués m'expliquèrent tous les problèmes russes et me donnèrent à entendre que je n'y voyais point clair. Or, comme ceux-là n'avaient jamais séjourné en Russie, je me fais un mérite de m'être rendu compte que, précisément, à cause de cette particularité, c'était de leur côté que devait être une saine compétence,' — car Paris sait tout! Quand les faits se tournent autrement que Paris ne l'a prévu, les faits sont de grands impertinents et c'est toujpurs une très mauvaise action, une arrogance, une incongruité, que de prétendre avoir raison quand Paris veut avoir tort.

La poussée de la peu nombreuse armée de loudenitch vers Pétrograd ne fut jamais qu'une aventure. Infiniment plus dangereuse pour les usurpateurs était la marche vers Moscou de l'armée de Denikine. Ce général disposé, lui, des moyens de rechercher c la décision » et rien ne prouve qu'il ne l'obtiendra pas un jour. En attendant, il est lui aussi fort houspillé, débusqué de Kief et de Kharkoff, et en plein recul. L'année se termine désastreusement pour les trois généraux « blancs ». D'après Goutchkoff, Denikine n'a pas moins de 400000 hommes sous ses ordres mais un général russe me dit qu'il faut réduire ce chiffre à 250000. C'est à Moscou, et à Moscou seulement, que devra se jouer la partie suprême. Chassé de Moscou et refoulé vers la Volga et vers l'Oural le régime bolchevik ne serait bientôt plus qu'une quantité négligeable, tandis que s'il avait perdu Pétrograd, tout en conservant le Kremlin, il tiendrait toujours sous son poing le coeur même de l'empire.

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Les bolchpYÎM aujpi|rd'hui (d^ îR^me <^]\q 1(B§ 49^^I^!^ï^4s aji cours (je l^ ^uerr^^ n\PR'4î^J^) ^iifc T^Y^'^^^g® d'opérer sur la « lignp ipt^rieure » entrfî (^jvprs grpiipes d'adversaires séparés }p^ |ins des autres p^r (}e^ 4istÊ|npes imme|:)ses. Leur force s'accroît prîpcipalemppt (Je la ipé^eplente 4p peux qu'ilj^ poinbaltent. Ils sopt ^^ p^rti et dpctripp et à disciplipe i|pjque^ opposé à une "pop^sièf e de partis que, ^issoçiei^i des ^ntagonj^raps. U y a des raisons de croifp que Kpltçhak, Penilqnp et jQudenitch eu^-pîêmes, au cours de renflée 1919, i^'pnf, p'a^ t;PHJouf s réalisa en tfe pu3t raccpfd parfait qpi ppiart^pt eût éj-é indispensable. En ou^^rçî, nopabre <ie démppral^s russps, toi^t en cfj^testant les bplchpvilii, so^j; cepei^dant peu enclins ^ épaujer les {-rpis généraux qu§ je viens de dife parpe qu'ils vpiept ou croient voir e|:^ eux les chan^pipns de la réjactipj^. ^i^r les intentions vérit^ble^ de ces trois chefs les informations que j'ai m r^u^Jr n'oiit' viex^ qiii me pçrnaette de çon(îlure. Alexi^s^y et Bqurtzpff s'y cpnnaissen| et ils se portent, sans résprve, garants de leurs bons sentiments. ]\Iais d'autreq personnes, également co^ip^tentes, H^'assyrent que Teptourage de Dl^niJ^jne serait composé de beaucpup d'élémentsi }S^\is d^ l'anpipn régimei et assez disposés à (Ipnner, dès fl^i^iqtepant, ^ux populations un ayant-gpût de ce que serait la terreur blanche, dan^ Ip <;as où ils^p sentir§ien| (iéfinitiveipent Jps plus fqrts. Psift^ le 8U(1 de la Russi^, il y a eu, ^u cours (|p r^utomi^e de 1919,j de grandis piasg^pfe^ dp Juif^... popifue au l)on yipfix temp^. Ei^ Sibérie, depuis le fameux ÇOi|p 4'État du ITnpveipbre 1^18 où Kpltçhak, ^ pmsk, renyersa le gpuyernement provisoire qui représentait tous les ps^rWs démpcratiques hostiles aux bolcheviki, 1^ population sp p)aint d'être en tjutte aux caprices des atamans de cosaques : ^e npmbreux témoins ocu|aires prétendent que la cruauté de ces bolcheviki de drqitè ne le cède en rien à la férqcité des bolcheyiki de gauche. Alors, ppipaient opter?

M. Goût chkoff, qui fut nainistre de Jq Querre s^u (lébut Ludovic Navdeau. 16

de la Révolution et que j'ai l'honneur de connaître fort bien, a fait, à Berlin, le 6 novembre, à un rédacteur du Matin, une déclaration qui, très probablement^, nous renseigne avec exactitude sur ce qui se passerait dans le cas où les armées blanches remporteraient. M. Goutchkoff déclare être partisan, lui, de la monarchie libérale. Il croit qu'au bolchevisme succédera une dictature militaire provisoire (?) des généraux victorieux. ' < Un certain temp% s'écoulera pendant lequel le peuple russe moralement affaibli et dégradé par le bolchevisme, choisira des députés à l'Assemblée nationale. » Des pessimistes ont été jusqu'à m'affirmer qu'au lendemain de la chute du bolchevisme, la malheureuse Russie verrait aux prises seis sauveteurs. Mais nous n'en sommes pas là. Il faut d'abord abattre les bolcheviki : ces opiniâtres jouteurs, jusqu'à présent, ne se laissent point faire.

Quand on publiera le récit des souffrances du peuple russe pendant l'hiver de 1919-1920", le monde frémira. Déjà, durant l'hiver 1918-1919, sans bois et presque sans vivres, nous étions dans une situation très critique. Or la crise n'a fait que s'aggraver pendant toute l'année 1919. Malgré les charpentes qu'on obtient par la démolition des plus vieux immeubles et qu'on débite pour en faire du combustible, malgré l'arrachage des pavés de bois, malgré l'abatage des arbres, dans les parcs urbains (on a rasé le jardin d'été de Pétrograd), malgré la destruction des mobiliers les plus anciens et les plus précieux, il est inévitable qu'à Moscou et à Pétrograd le froid ne fasse d'innombrables victimes. '

Au point de vue alimentaire, la situation serait présentement un peu moins mauvaise qu'on ne l'eût prévu, dans ce sens que — d'après mes dernières informations — la récolte de céréales ayant été magnifique dans le bassin de la Volga et en Sibérie occidentale, le Soviett dispose d'assez de blé pour nourrir ses serviteurs. Cette donnée

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contredit ce que nous notions nous-même au début de 1919, et qui se trouve dans le chapitre IX du présent livre.

Selon toute apparence, les bolcheviki comprennent qu'une Russie communiste ne saurait exister longtemps dans un univers capitaliste. Leur unique espoir réside dans l'explosion d'une révolution générale qu'ils semblent réellement croire inévitable. C'est dans l'attente de ce grandiose événement qu'ils se cramponneront, jusqu'à la dernière extrémité, au pouvoir. J'ai toujours dit, depuis mon retour, qu'ils se défendraient à oi^trance et les faits m'ont donné raison. Toutefois, pendant l'année 1919, ils n'ont cessé de louvoyer et d'apporter des amendements à leur progratnme initial. On a vu dans le chapitre VIII du présent volume comment Lénine, en février 1919, offrait formellement à là France, par mon intermédiaire, de reconnaître ces mêmes emprunts extérieurs, dont, en 1917, il exigeait l'annulation. Dans l'organisation du labeur, les doctrines fondamentales, sous l'empire des circonstances, ont été modifiées par le commissariat, d'une manière aussi caractéristique. Aujourd'hui, dans les usines russes (et il n'y a guère que celles qui fai)riquent des munitions qui fonctionnent encore) l'autorité des comités ouvriers n'est plus qu'un souvenir. Les ouvriers doivent maintenant obéir sans murmurer à un expert technique qui dirige l'exploitation au nom du Soviett. Les tentatives de grèves sont réprimées implaca blement par la fusillade. Le travail quotidien dure dix ou douze heures. Pour obtenir une suffisante production, Lénine lui même a préconisé la contrainte « afin, a-t-il dit, que le mot de ralliement de dictature du prolétariat ne soit pas, dans la pratique, déshonoré par un état gélatineux du pouvoir prolétarien ». Pas un seul de ces principes dont M. Lénine charmait la naïveté sans bornes du prolétariat russe quand il se préparait à usurper le pouvoir, pas un seul de ces principes n'a pu demeurer en action.

Pendant toute l'année 1919, nous l'avong vu, M. Lénine

236 J^A^ PRISOA SOUS LA TBRRBUR BUSSE.

â présenté des ppopositions da paix au¥ AUjés. C^Uea que M. Bullitt avait rapportées de Moscqu, ^n mara dernier, étaient déjà postérieures au radiptélégrdîppie adressé par Tchitcherine aux puissances, le 4 février. Le 5 novembre, c'est le colonel Malone, député libéral anglais qi|i, rentrant de Russie, les renouvela.

c Moscou, a dit véridiquement Malpqe aq^ Communes, ne pourra être pris p^r Qenikine et ^oltchak qu'après uae effusion de sang effroyable. L^ Terreur Êianche serait infir aiment plus sanglante que la Terreur rouge, f.

Et la conclusioi^ de la harangue du Réputé libéral était que l'Angleterre avait pour devoir de conplpre au plus tôt la paix avec la Russie des Sovietts.

€ Il importe, a ajouté le colonel Malone, de réunir une Conférence des différents gouvernements de facto, f

On ne s'attendait pojnt trop au discours qui allait ^tre prononcé par M. Lloyd George, le 8 novembre, et il était inévitable qu-il produisît une émotipn cpnsidéraWe. Le premier ministre, sous Pinfluenee des maiivaiaes opuvelles reçues de loudenitch, de Denikine et de KoHcfiak, senablait avoir prêté une preille assez attentive aux suggies tioas du colonel Malone. Il y a longtemps que l-idée d'une intervention militaire réelle en Russie a été radicalement écartée par les puissances alliées. Fallaitril crqirp que PAngleterre envisageait Tinstan)^ où elle sqngerait à ne plus même y intervenir indirectement par des* envois d^ munir tions et de matériel, envois qui finissent par lui paraître trop onéreux et d^une utilité problémptiq^^î On 8*est der mandé d^abord si M. Lloyd Geprge ue projetait pas dp recommence]? (ou plutôt de comme^cep) leî^périenoe yvortée d'une répnioB de tous les gouvernements russes ^ Ttle des Princes.

Au ipilieu de pléGeml^re, M. Llpyd Gftprge a prépis^, mais précisé par l'imprécis. L'Angletprre entend ne pas s'imposer de nouvelles dépenses pour ^putenir I^s arn»ée3. qui

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