‹ En prison sous la terreur russeChapitre 8 sur 22 · Voir page · texte numérisé non relu

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Qir ÉTAIT-CE 00g Le 4 JOURNAL DE RUSSIE »? 9

demajtidaî quelle allait être la situation des Français de Moscou, qu'ils fussent des agents dijplomàtiques, des militaires ou de simples particuliers, si rintervèntlon, depuis si longtemps projetée, finissait par devenir une réalité.

* J'ai précisément interrogé à ce snjet Trotzky, me dit en souriant Sâdoul, et mon impression demeilre que nous pourrons très bien rester ici, sans crainte. J'ai dit à Trotzky : t Est-ce que, dans le cas où l'intervention se

< produirait, vous allez expulser les Français ou leur faire « un mauvais parti? » Trotîîky m'a répondu : « Pourquoi « donc? Pas du tdùtl D'abotd, rien n'indique qne l'inter- « vention impliquerait Un positif état de gueri-e entre la « Russie et les alliés; en outre, il faut se rappeler qu'au « moment où les Allemands continuaient leur offensive t contre nous, leurs agents diplomatiques n'en séjournaient

< pas moins fort tranquillement dans notre capitale". Je ne € vois pas pourquoi ce précédent ne se renouvellerait pas. »

J'échangeai ensuite quelques paroles vagues avec Sadoul à l'égard du Journal de Russie, mon interlocuteur ne m'en dit rien dont j'ensfeé à m'alarmer. A aucun instant je ne reçus de lui l'avertissement que j'eusse à tempérer le ton de mes polémiques ou que je me trouvasse le moins du monde en danger. S'il avait eu le sentiment de ce danger, je suis persuadé qu'il m'en eût loyalement prévenu. Je tiens à dire, à propos de l'attitude de Sadoul dans ce temps-là, que je n'ai eu, en ce qui me concernait, aucune raison de suspecter sa bonne foi. Il nourrissait une^dmiration très sincère à l'égard des chefs du bolchevismè tout en constatant souvent l'outrance effrénée de leurs procédés. D'une manière générale, cette inclination faisait de lui un être très prédisposé à servir de dupe aux bolcheviki et il fut à mon sens leur dupe en bien des cas. Il ignorait absolument la langue russe et il était dès lors privé de tous ces moyens de contrôle et de comparaison que procurent de nombreuses conversations particulières et une lecture persotmelle et

Ludovic Naudeau. 2

soutenue des journaux. Ne connaissant des événements que ce que lui en disaient en français, et dans un but tendancieux, Trotzky ou d'autres commissaires, les données qu'il possédait d*après ces madrés compères, appliqués à jouer de lui, étaient souvent singulièrement différentes de ce qu'un examen de la presse révélait au même moment. Rien cependant ne m'autorise à croire que M. Sadoul ait été, de propos délibéré, le complice des bolcheviki quand il lui est arrivé de transmettre soit à des autorités françaises, soit à des citoyens français, des informations que l'avenir allait montrer vaines et trompeuses.

L'assassinat du comte Mirbach, ambassadeur allemand, et le soulèvement des S. R. de gauche qui le suivit furent, à la fin de la seconde décade de juillet, des conjonctures émouvantes; nous les observâmes en témoins attentifs, au son du canon. 11 en résulta notamment que tous les journaux, sauf ceux édités directement par les Soviett, reçurent l'ordre formel de cesser leur publication. Nous crûmes devoir, nous aussi, obtempérer à ce commandement. Mais, ' trois jours plus tard, la rumeur s'étant répandue que cette interdiction allait être levée, je priai notre employé M. Morel de se rendre au bureau de la presse et d'y solliciter la remise d'une nouvelle autorisation de publier notre feuille. Ce document, en bonne et due forme, nous fut délivré, sans aucune remarque ni objurgation, vers le 24 juillet, et cette facilité attestait bien que les services compétents n'avaient, contre nous, aucun grief particulier. Nous recommençâmes donc à imprimer notre journal à partir du 25 juillet, mais il advint alors une circonstance à la fois extraordinaire et comique qui allait signaler notre petit vorgane à l'attention générale. En eflct, le commissariat, après avoir autorisé de nouveau tous les journaux suspendus à reparaître, avait brusquement repris sa parole; ses émissaires surgissant dans les diverses imprimeries des gazettes c bourgeoises » avaient ordonné aux typographes de cesser

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