QÏT ÉTAIT-CE QUE LE • JOURNAL DE RUSSIE
déGnitivement leur travail ; mais, notre insignifiance relative à nous, étrangers, fit qu'on nous oublia dans cette proscription générale. Mais quoi! ' N'ayant reçu aucune visite domiciliaire, nous n'avions pas à songer à nous détruire de notre chef. Pendant les cinq derniers jours de juillet, le Journal de Russie fut le seul des organes^ non sovîettiques qui continuât à se vendre à côté de la Pravda et des Izvestia. Une telle particularité nous mit immédiatement dans une éclatante luiiiière. Nous touchions à la gloire! Mais, devenant chêne, le Journal de Russie ne pouvait plus échapper à la bourrasque avec la souplesse du chétif roseau. Notre tirage, pendant ces jours ultimes, se trouva quadruplé. Le 28 juillet retentissait contre nous le réquisitoire du Fouquier-Tinville de la Pravda et, le 50, comme on Ta vu plus haut, j'étais arrêté. Il n'en subsiste pas moins que, après avoir obtenu le 25 juillet l'autorisation officielle de faire imprimer le Journal de Russie et sans avoir commis, après cette date, aucun délit qui pût m'être spécialement reproché, sans avoir non plus reçu aucun avertissement ni officiel, ni officieux, j'étais tout à coup jeté en prison sans savoir même exactement de quoi les sbires du Soviett m'accusaient. Voilà pourquoi cette impression persiste aujourd'hui en mon esprit que j'ai été, le 30 juillet, la victime d'un véritable guet-apens. Des personnes compétentes, demeurées alors, en liberté, m'avisèrent par la suite qu'au moment précis où avait disparu le Journal de Russie^ Moscou s'était rempli d'un flot dp littérature germanique. A. la fin de juillet, les représentants de l'Allemagne exerçaient encore leur toute-puissance dans la capitale russe, et pour venger Mirbach ils réclamaient des têtes. N'avaient-ils point réclamé aussi des têtes de Français ?