‹ En relisant les vieilles pages [microforme]Chapitre 11 sur 16 · SE D · texte numérisé non relu

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adressées d’une main ferme, d’autres écrites à la diable, sans ordre et sans symétrie. Qui peut dire lesquelles sont le plus impatiemment attendues, lesquelles sont les

missives, grotesques en apparence, apportent des nouvelles qui font pleurer de joie ou qui brisent les cœurs dans leur navrante simplicité.

sans peine dans la kyrielle des noms et des surnome, Les uns demandent leurs journaux, d’avtres réclament des lettres ; quelques-uns font presque journellement une question qui se termine invariablement par la même réponse : il n’y a jamais rien pour eux.

Dans certaines voix, il tremble de l’anxiété : pauvres âmes en peine, comme Vous serez déçues si la réponse est négative, ou comme vous emporteres jalousement la missive attendue.

Pour un observateur, c’est une aubuine d'étudier ces visages qui viennent une seconde s’encadrer derrière les barres de cuivre.

à manier la charrue que la plume, et qu'embarrassent ; iminist 8

me,

de jeunes filles qui ont rapporté du couvent une jolie écriture et un goût prononcé pour les choses de l'esprit 5 hommes de profession, qui traînent dans un petit centre une existence qui aurait pu être brillante ailleurs et qui s'écoule entre des devoirs routiniers et des distractions À plus monotones encore ; politiciens ardents qui attenà dent avec impatience l’arrivée du journal, et qui discutent ensuite, surtout en temps de luttes électorales, 16 d’après l'avis de leur organe préféré, les mérites et les 4} succès probables de leur candidat.

Il Dans la vie un peu monotone du village, l’arrivée de la l; malle est parfois le seul incident de la journée : cela

ik explique à quel point ils sont les bienvenus, les sacs

4. gris souillés par la poussière des routes et qui emportent,

k à travers l’espace et dans tous les lieux, l’éternelle

pensée humaine.

Un peu de soleil, un peu de pluie —#"°Ù de plu

Le paysage admirable qui se déroule sous nos fe sêtres qui change d'aspect cinq ou six fois dans l'année, vient de se transformer. Le long des branches grises, il a couru d’abord des poussées de sève qui leur ont den” n6 une teinte verte, puis il est venu de petites fouilles fripées, qui se sont étendues, étirées, et qui forment

Qu’a-t-il fallu pour que sur notre monde attristé par tant de confits, par tant de querelles, par tant de ru. Ineurs Menaçantes, par une règle immuable tracée par

pour colorer les fleurs de teintes délicates et inimitables il n'a fallu qu’un peu de soleil et un peu de pluie. Trop de chaleur aurait desséché In feuille, tari la sève,

ones, anémié la plante, fait pourrir ls graine. C'est i qui a envoyé l’une et l'autre dans la bonne proportion et à qui nous devons cette splendeur qui nous

enchante.

fleurir, & besoin, comme l’herbe, comme l'arbre, d’un peu de soleil et d’un peu de pluie.

Le soleil, c’est le petit bonheur qui nous guette sur ia route, c’est la bonne parole qui nous réconforte, c’est l'attention d’un cœur ami qui allège notre fatigue, c’est le sourire sympathique qui dissipe notre tristesse.

C'est la bonne nouvelle que nous n‘attendions plus, c’est la lettre qui nous prouve la constance d’une amitié très chère, l'éloge discret, le succès qui récompensent de pénibles efforts.

La pluie, c’est la chaîne des heures grises de chaque

jour, c’est l’ingratitude qui attend notre dévouement, c’est l'indifférence qui glace nos élans, c’est la malveillance qui interprète à son gré nos meilleures intentions. C'est la faillite de nos espérances, l'inquiétude du lendemain, le regret du passé ; c’est surtout la défiance des autres et ae soi-même.

Et cette pluie, qui tempère les rayons d’un peu de soleil, nous pousse à l’action. Elle nous dit : regarde les arbres du jardin ressuscités. Ne paraissaient-ils pas morts ? Vas-tu te mettre en peine d’un peu d’angoisse, de quelques larmes, si tu sors de cette souffrance agrandie et meilleure ?

Pour connaître le prix de la joie, tu sais bien qu’il faut avoir souffert, et que seul, un cœur qui a connu la douleur sous quelque forme, sait le langage qui convient à d'autres affligés.

Pour calmer nos angoisses, ne pouvons-nous pas croire que le Dieu qui nous aime, le Dieu qui vêt le lis des champs et prend soin de l'oiseau du ciel, sait ce qui nous est nécessaire pour les jours du pèlerinage, et peut nous envoyer, en temps opportun, pour que nous croissions

en mérites, le soleil et la pluie.

FSS 17°7

on

Paysages familiers

Nous avons revu, ces jours-ci, la route familière posée comme un ruban gris sur le vert agreste des côteaux, des prairies et des bois, que nous parcourions en tous sens lorsque nous étions jeunes et que le mot de vacannes avait un attrait si doux, si engageant.

De chaque touffe d'arbres, de chaque paysage, se lèvent des ombres harmonieuses de ce qui fut notre passé, des cavalcades d’êtres jeunrs qui furent les compagnes et les compagnons de nos premières années, dont la joie fut sœur de la nôtre, dont la sympathie embellit nos meilleurs jours, et dont l'oubli nous apprit l’amertume des premières larmes.

L'église, où nous venions prier le soir, était le point de départ des longues promenades dans la car-pagne où, cheveux au vent et la main dans la main, nous échangions des confidences et des projets d’avenir. Châteaux en Espagne, édifiés aux lueurs irisées du couchant ou sous la caresse maternelle du clair de lune, et qui n'avaient que le défaut d'être irréalisables. De même que les serments gravés sur l'écorce des bouleaux, et dont les initiales grandissaient À mesure que l’image de l'adoré s'effaçait de la cire vierge de nos cœurs, les saisons emportaient ces amours qui n'avaient pas de racines, et qui, dans nos souvenirs, n’ont laissé qu'une

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