‹ En represaillesChapitre 11 sur 13 · UN MASSACRE · texte numérisé non relu

UN MASSACRE

Les Russes que Gaillard avait vus, a Mannheim, rentrer des represailles sur le front francais, en si jpitoyable etat, furent occupes a des travaux agricoles d'avril a octobre 1916, epoque a laquelle ils furent rassembles de nouveau a Mannheim et parfques derriere les barbeles d'un bloc. C'est un jour 'de la fin de ce mois d'octobre 1916 que se place une iscene qui recule les bornes de l'horreur dans la lachete ! Cette scene de meurtre, tous les prisonniers du camp en ont eu les affreux echos, des centaines en furent les temoins indignes, mais impuissants. Nous avons retrouve en Suisse plusieurs de ces temoins, entre autres le sergent Bourgeois, du 152e d'infanterie, dont les recits sont absolument concordants. Ces temoins ont lu et jurent exact le recit ecrit par l'un d'eux. Le voici :

« Un feldwebel rassemble les Russes et leur annonce brutalement qu'ils repartent sur le front francais le lendemain matin. Les Russes murmurent, mais s'en tiennent la. Le lendemain matin, l'ordre de depart donne, les Russes restent immo-

ans 1

fr;

loSSl

our, tut.

ffole igai lorti per P

[and ont

era

biles. Nouveaux ordres des sentinelles et des sousofficiers. Meme immobilite. Menaces, coups de crosse. Les Russes ne s'ebranlent toujours pas, Les Allemands les font alors rentrer dans leurs baraques ou ils sont etroitement enfermes et prives de nourriture. Le lendemain, 1'ordre de depart esl reitere. Immobilite des Russes, nouvelles brutalites des Allemands. Deux jours durant, les Russes opposent a leurs ennemis la meme force d'inertie » Le troisieme jour, aurassemblementdu matin, une derniere fois on ordonne aux prisonniers de prendre le cbemin de la gare. Cris eflroyables coups de crosses, coups de pied. Soudain, comme a un signal, les Russes se couchent a plat ventre sur le sol. Aussitot les Allemands courent au? cuisines, en apportent des seaux pleins d'eau bouil- ^ lante et arrosent a larges ondees leurs victimes qui poussent des cris a fendre l'ame. Enfin voici les Russes debout, mais toujours immobiles. Soudain furieux, comme fous, les Allemands telephonent au poste de garde. Le groupe de piquet traverse le camp en courant, a une allure de betes sauvages, brandissant les fusils, criant: « Hurrah! hurrah!)) Des officiers courent derriere, rouges de fureur Vociferations, cris inarticules, gestes menacants ; les ba'ionnettes sont croisees a quelques centime tres de la poitrine des prisonniers qui restent immobiles comme des statues, puis se couchent encore. Alors, c'est horrible! Les officiers, ivres de colere, ordonnent a leurs soldats de frapper

I" fee

on] nan

Ire

Page 1