DANS LE PAYS DE WESTPHALIE
Nous sommes en pleins marais, loin de toute habitation, loin de tout ce qui evoque la vie. Dans I'enceinte, des sortes de taupinieres. Pas de baraijues emergeant du sol. Dans la terre saturee d'eau des abris souterrains ont ete creuses par des priisonniers russes. Une seule lampe eclaire chaque caveau ou Ton nous entasse par groupes de cent. Tout est mouille, visqueux, moisi. L'eau, goutte a goutte, suinte, coule le long des madriers qui soutiennent la terre.
— Recommande aux rhumatisants !... jette un farceur.
— On se croirait a Panam ! On va appeler ca : ;< Le caveau des Innocents ». Mais ils ont oublie les femmes ! piaille un parigot de sa voix de « for- ;if ».
Aucun medecin ne nous ayant visites, comme i'autre part on avait « ramasse » les soi-disant xintellectuels » dont il fallait a tout prix uncertain aombre, notre convoi comptait des tuberculeux, des blesses aux plaies ouvertes ou mal cicatrisees, des boiteux, des malades de toutes les categories.
Je me rappelle qu'il y avait pres de moi un tres jeune chasseur alpin pris lors des fameuses attaques de Verdun. Un eclat d'obus lui avait fait une blessure profonde dans le dos. Cette blessure suppurait encore. Le pauvre gas ne pouvait s'etendre pour se reposer. II fut pourtant contraint au travail.
Bien vite le bagne fut en pleine activite. Cela dura un mois et demi.
Occupes a des travaux de dessechement, dans l'eau jusqu'a mi-jambes, nous avions recu l'ordre de remuer la vase a raison de dix heures par jour.
Travailler ! travailler ! tel etait le mot que nos gardiens nous hurlaient sans cesse. Los ! Los ! Arbeiten ! lis avaient egalement la consigne de frapper ceux qui, a bout de forces, s'appuyaient une seconde sur leur pelle. Pour les motifs les plus futiles, la crosse entrait en jeu. La ferocite, les constants grognements de ces chiens de garde s'expliquaient par le fait qu'ils nous rendaient responsables de leur station prolongee dans ces lieux depourvus de charme. C'etait done nous les coupables ! De plus, cette attitude a notre egard leur assurait de bonnes notes de leurs chels.
J'avoue que ces gardiens marquaient assez mal sous la permanente bourrasque, lamentablement plantes sur les digues boueuses d'ou ils ne sautaient a l'eau que pour nous assaillir. Les plus refractaires au bain de pied se bornaient a nous