‹ En revenant des États-Unis [microform]: conférence faite à l'Université des annales, le 19 janvier, 1917Chapitre 3 sur 4 · EN B£V£NANT · texte numérisé non relu

EN B£V£NANT

et qui, dans leur zHe maladnÂt et parfds suspect pour la paix» les voueût à b guerre eu les empâdiaat de la pv^ai^ — ce qui est un peu dire la parer.

Ah oui ! les politiciens, c'est un des fléaux les plus inquiétants de la République sœur ; ils y pullulent ; leur industrie y a pris un développement aussi colossal que les autres formes de l'activité nationale ; les démocrates ont Tammany Hall, les républicains ont La Machine, organisations formidables dont les leviers sont dans les mains de personnages occultes d'une aut^té inhnaginaMe. Ce sont deux puissants dieux.

L'Amérique du Nord n'a rien à envier, sous le rapport de Tâoquence païkmentair^ à nos départen^ts du Mi^ les mieux <k>ués. \^gt-cinq personnes ne se réunissent pas à cUner ou à

luncher, sans que cela finisse par une demi-douzaine de speeches dans lesquels se déploie une déplorable facilité. On parle bien, dans la pohtique américaine, mais on parle trop. Rendons-lui cette justice que cela n'empêche pas d'y agir ! Heureux pays ! M. Wilson, qui est un de ses meilleurs orateurs, connut admirablement son monde et scelle à le maxusuvrer. Tout en parlant en public avec un rendement discursif, qui est au délnt de nos machines à paroles les plus remarquâmes comme le Niagara est à la cascade du Bois de Boulogœ, il a constamment fait figure de réalisateur ; ce fnt parfois même, on l'a vu, en s'appliquant avec infiniment de sens politique et peut-être un peu de malice, à emprunter à l'opposition ses revendications les plus indiquées pour les faire passer du domaine des programmes dans celui des faits accomplis. Cela n'est pas tout à fait l'union sacrée, ou tout au moins ce n'en est qu'une déformation rosse» mais cela n'^ est pas moins avantageux pour le pays.

Ne nous dissimulons pas, malgré les pouvoirs exceptionnels dont il diq>ose, les difficultés de la tâche du président de cette république fédérale de plus de cent millions de citoyens, habitant non des départements, mais des Etats éloignés par leur situation géographique, différents par leur cUmat, leur origine, leurs mœurs, leurs tendances, leurs intérêts ; où se rencontrent des races antagonistes qui ne se sont pas fondues, — sans négliger les millions de Germano- Américains qui laissent trop apparaître leurs efforts pour germaniser leur pays d'adoption, — ni les Irlandais innombrables et infatigables d<mt le génie combatif exerce sur le nouveau continent de féroces représailles aux dépens de l'Angleterre, tandis que des myriades de réfugiés polcmais s'efforcent d'ra faire autant contre la sainte Russie. Ajoutez à cela de formidables orçanisations sociales à ciel ouvert ou clandestines, et les vingt miUions de tra-

DES ETAISHINIS

vaillistes que M. Gcmipos fait mine d'enrM» au service de Vintaventicmnisme pacifiste et, plus redoutables que tout cela, quelques cénacles de théoriciens de l'équiUbrisme mondial, grands Mifourcheurs de chimères et bâtisseurs d'utopies. Il faut être un pohtique d'une souplesse infinie pour évoluer parmi toutes ces collectivités disparates et bigarrées et, sinon pour les satisfaire toutes à la fois. — on ne peut contenter tout le monde et son boss ! — du moins pour les apaûer les unes aiH:ès les autres dans des formes appropriées.

Cette situaticm ^câte inquiète nos grands amis ; c'est ainsi que l'un des plus estimés avocats de New-Y<»k, M. Coudert, qui est un des dirigeants du parti républicain, éoît :

« Il faut pourtant bien que l'Amérique décide à bref délai si elle est réelkment une natiim constituée, jalouse des justes droits de ses concitoyens et soucieuse d'en garantir partout le libre esBodce, ou si éUe n'est qu'une juxtaposition incoMiente d'âânents disparates et récalcitrants dont la désharmonie, pubUqu«nent étalée, ne peut que jeter un discrédit, de jour en jour plus profond, sur l'honneur, naguère intact, du nom américain. »

Au point de vue diplomatique, il est indéniable que M. Wilson a poussé jusqu'à leurs extrêmes limites les concessions verbales, mais il n'en est pas moins vrai que ses notes sur la guerre sousmarine, rédigées avec l'art juridique où il est passé maître, ont atteint leur but. Or, je ne vous l'apprendrai pas, l'affaire de la guerre sous-marine est la grande question pendante entre Washington et Berlin, — et personne ne doute que la phrase de M. Lansing, « l'Amérique est sur le bord de la gume », y fit allusi<m. Nous voici donc amenés à parler de la note sur la paix, — je le fms avec bien de l'embarras, et je voudrais savdr le faire avec tous les ménagements désirables, — mais comment éviter de nous entretenir, en parlant de l'amitié américaine dans le moment où nous sommes, d'une démarche qui a provoqué dans tout l'univers une émotion si profonde, émotion qui, dans le premier moment, a été chez les AUiés jusqu'à un malaise assez douloureux.

Cette ânotion ne provenait pas seutonait du fait que, dans le moment m^e où l'Allemagne' laissait vdr son besoin de la paix, sans en ofiBrir les possilnlil^, le gouv^emrat de Washingtcm se risquait à en parler, assurânœt dans les formes les plus disertes, mais alors qu'une conversation sur ce sujet ne sraiblait pas désdrable aux défenseurs de la Belgique, qui s'en tenaient à l'admirable parole du cardinal Mercier. Vous la connaissez sans doute ; elle a été citée tant de toi& ; mais je vois tout avantage à la répéter encore.

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