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CHAPITRE, VIII

LE DAROTA:ET LA MISRWA-RAMAW-SIPIY. »

Un palais dans un désert. — Incéndie de” prairie. — Georges: town. — Prouesses d’un bateau à vapeur. américain. — La .

Miskiwa-Kamaw-Sipiy ou-Rivièré Rouge. — L'haliète ou aigle pêcheur: = Une peuplade:,dé Tchippeways. — Discours de *’lOurs Jaune. — Scène hideuse. — Aspect de la Rivière Rouge

en 1862. — Les Métis ou Bois-Brülés.

Après avoir traversé la Queue de Loutre, nous tour-

nâmes tout à fait le dos à Crow-wing, source occiden- :

tale du Missi-Sipiy, pour redescendre vers le nordnord-ouest, le coteau des Prairies. On donne ce nom à un plateau qui sépare les sources du Missi-Sipiy du cours du Missouri et qui recèle les sources de plusieurs

grandes rivières telles que la Minnésota, la Miskaw--

Kamaw ou Rivière Rouge, la Chayenne et la Rivière à - Jacques. : .

Dès lors, nous entrâmes dans des prairies entière-

+ ‘ment plates et sans autre hoïizon que le firmament.

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Quel ne fut pas mon désenchantement d’apercevoir,

au milieu de ce désert, seul, solitaire et défiant tout.

concurrent, un superbe hôtel à trois étages, ayant sept à huit croisées de façade, et orné d’un perron à balustres, Jusqu’ où la civilisation prétentieuse va-t-elle

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se nicher! Et voyez-moi quels airs de petite maîtresse afliche celle pruse fardée au milieu de cette luxuriante poésie de la nature! De

Eh bien! cette maison n’était qu’ une ‘pompeuse réclame, la spéculation d'un Yankee courageux ct confiant dans l'avenir, qui appelait à grands cris et impatiemment une ville pour en orner son hôtellerie.

EL quel nom portail cc phénomènc? Sans doute, quelque chose de bien ronflant. Point dtout. Zrickenbridge, Pont de Briques ! Voilà tout ce que cet honnête reslaurateur avait pu lrouver- de- “plus-poétique ] pour une fulure capilale du Dakota. Notez que ledit Pont de Briques était encore à l’état de conception, puisque nous traversämes la rivière dans un tronc d'arbre creux. Allons, ce qui nous console, nous Français, quand nos voisins et nos amis font montre de plus de succès ou de bon sens que nous, c’est qu'ils n’ont pas toujours autant d'esprit. ‘

De crainte d’avoir à payer les frais dé la boulique, nous ne voulèmes pas prendre un seul repas à ce Pont de Briques. Nous nous hätâmes vers Green-Point, une modeste auberge où nous.-eûmes à discrétion ( excellent

au miel. Nous y passimes la nuit. -

A deux kilomètres de là, s’élèvè le fort Abercromby. Encore une ineffabilité que ce nom Qu’a done fait, je vous prie, de si sublime, ce général anglais qui se laissa frotter à la bataille de Carillon, au bout du jac Champlain, avec 16,000 hommes de troupes, par un petit détachement de 3,500 Français et Ilurons réunis, pour avoir mérité Phonnéur d'afficher ici son nom? Les Américains ont-ils cru faire de ce nom un épouvantail pour les Peaux-Rouges, ou bien ont-ils voulu perpétuer

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la mémoire de la défaite de ce grand homme en la {ransmetiant aux âges futurs?

A Lewistone, je ramassai dans la prairie une ramurc de gr rand cerf qui mesurait 4",80 d'ouverture. Sa blancheur, et son extrême porosilé attestaient son grand âge.

Arest TApara des Mexicains, qu’il faut bien se garder de confondre avec l'élan que les Anglais appellent moose, et mème avec l’elk ou cerf-rougc. L'espèce en est perdue.

Près de la rivière du Bœuf, les prairies étaient. en feu. Mais nous traversâmes sans difficullé le foyer de cet incendie bénin, à cause de la nature de l'herbe qui couvre ces plaines, une cypéracée roïide comme le poil du loup et si-courte qu'il suffit de tracer deux ou trois

sillons concentriques à la charrue pour-en préserver :

fermes et granges. Cest l'herbe qui affriande les bisons-

bœufs de Virginie: ‘mais ils sont fatals aux x buffalos à cause de la longueur de leur crinière. Quant aux che-

vaux, les plus stupides des herbivores quoi qu'on en.

dise, ces feux de prairies les épouvantent tellement . qu'ils demeurent immobiles de crainte, comme pétrifiés, et se laissent étoufler par la fûmée.

A Georgestown, petit fortin améficain, sis à 123 lieues et demie de Saint-Pol, et à 219 lieues et demie du fort Garry, finit notre pérégrinalion en stage-coach. Nous atteignimes ce poste à sept heures du soir et y fümes reçus avec cordialité par M. W. H. Murray, esquire, agent de la Compagnié de la Baie d’Hudson, un brave Ecossais et un artiste qui a résidé nombre d'années au fort Youkon, dans l'Amérique Russe. II ne voulut pas nous voir demeurer ailleurs que chez lui, en attendant le départ de l’/ntcrnalional, un bateau à vapeur que l'on venait de construire à Georgestown

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et qui devait chauffer incessamment pour le fürt Garry.

Les trois'cenis orpailleurs ontariens dont M. Wailis avail été chargé de narrer lés exploils, nous avaient devancés à Georgestown." Leurs ïientes blanches, disposées comme un camp militaire, donnaient quelque peu d'animation à ce site sauvage et plat, pauvre hameau composé d'une poignée de cabancs en troncs

‘arbres, demeures des Bois-Brûlés ou Métis français qui avaient travaillé à la construction du pyroscaphe. Leurs propriétaires, "un crin-crin sous le menton, se

.diverlissaient en raclant des gigues sous les grands hètres, autour de feux allumés en plein air, devant lesquels leurs dignes compagnes préparaient le frugal repas du soir : du pérnican et de la galette sans beurre.

Le fort américain était une simple casemate en bois, sans plus de palissades que son rival de la Compagnie d'Hudson. Ii y avait cependant ià un détachement d'in- “fanterie sous les ordres d’un lieutenant canadien nommé Caribot.

Malgré son diamètre exigü qui n'excède guère, en ce lieu, celui de la-Marne, la Rivière-Rouge avait déjà été ” fouettée.par les roues d’un vapeur, l’Anson-northup, un vrai bächot maintenant démoli et remplacé, moyennant cent mille francs, par l'International, bateau doué de poumons à haute pression, mais au demeurant un vrai châleau de cartes quant à la construction.

Sa devise emphatigüe : Ger minaverunt speciosa. de-

- sertif- allait retevoit bientôt un public camoyfet. La

. speciosa. she boais devait nQus donner de tels échantillons de sa germination dans le-désert, que nous crû- "mes à plusieurs reprises qu ’elle allait s "épanouir comme

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