LE LAC. WINIPEG ET LE FLEUVE BOURBON
tresses, le Savanais au teint bistré, le Cris à la face plus blanche et plus large, se mêlent amicalement sur le sable | échauffé: ils fument leurs petits calumets de plomb ou préparent sur un rocher plat la pâte ramollie qui doit se ‘ transformer en galette, cet unique pain du Nord-Ouest. Pendant ce souper champêtre pris sur l'herbe, entre le lac qui dort et la forèt qui soupire, on se fait part des” espérances d’un voyage qui commence sous de si heureux auspices. On compare les expéditions d’au- | ‘ trefois avec la présente, et chacun tire les pronostics que lui fournit son imagination. | - î Le changement et la dureté de mon lit, — la terre recouverté d’une bâche, — eurent pour effet de m’empêcher ‘de fermer l'œil promptement, cette première nuit. Je me levai donc et m'en allai jouir de la fralcheur sur le r.vage. La lumière n’avait point abandonné l'horizon. Elle y tournait de l’ouest à l’est, laissan toujours un coin du ciel éclairé et rouge, tandis que la surface du lac avait concentré toute la lu-
Hi mière du firmament et reluisait comme un vaste miroir.
‘ Les familles otchippways qui nous avaient suivis ‘faisaient nuitamment leurs préparatifs de départ. Elles -: allaient remonter la rivière Maurepas ou Winipeg.
Quelques instants après, leurs frêles canots en écorce de bouleau étaient renfloués,; d’ififormes paquels qui composaient toute la propriété de tes bohémiens du \ désert, y furent déposés; puis les Indiens, repoussant leur embarcation d'uà pied, s’éloignèrent en silence et ‘disparurent comme des sylphes dans la nuit.
Longtemps après j’entendais encore distinctement — . leurs gais propos sans les comprendre, et je percevais leurs frais éclats de rire où leurs refrains ‘sauvages.
Quels étaient les sujets de leur joie? Était-ce des pro
jets de chasse et de pêche ? Quelque bon tour joué aux Métis dans le cours de leurs pelites transaclions commerciales? Élait-ce le. triste sort de ces Blancs, guère plus blancs qu'eux-mêmes, qui, pour procurer un moTr-
-ceau de pain à leur famille, devaien' se renverser sur
leur rame pendant de longs mois et courber ai ;rement le dos sous les Furdeaux de la Compagnie d’'iludson”?
Dieu le sait,
Néanmoins ils élaient heureux de leur existence vagabonde. Ils ne l’auraieni point échanzée contre celle des Européens. Libres comme le chevreuil, gais comme l'oiseau des savanes, ils ne se rendaient pas plus compte que ces animaux des beautés de la nalure; maïs, au ril eu.de cetie exubérance vitale du désert, ils sentaient cependant fa plénitude de la vie déborder de leurs “veines, au soufile du printemps. *
Libres de {out souci, ils sont ici dans la maison fi les vit naître. Ils sont les maîtres de ce beau lac, de ces “épaisses forèls, de ces vastes prairies. Ce sont des pro- -prictaires qui visitent annd@lèment leurs domaines sans dormir deux nuits de suite aux mêmes lieux, tant leur terre est étendue, tant leur liberté «est grande.
Au moins, dans ces pérégrinations qui sont leur vie, ‘ils traînent avec eux leur famille, leurs petits enfants et toute leur maison, moins malheureux que moi, exilé volontaire, que la Providence a condamné à valsabon-
der soûs un climäét-pintain et chez des peuples‘ incon- ‘nus, sans que je sathe si je. reverrai jamaïs ma mère,
——— mes frères et ma patrie!
SE a ! : + :
À deux heures du mâtin, un cri déjà connu ct agaçant trouble les échos et me ite!en sursaut deion court
sommeil : Î .
7 — Aoh! ah! lève! lève! : : CI
st
bout du voyage. 4 -
Rouler nos lits, abattre la lente et: transpprier le tout dans la barque nous parut l'affaire d’un cJin d'œil. Cependant nous fûmes des dernicrs à nous remibarquer. Déjà chacun était à son poste, la rame à/la main, quoique"ivrne, refrogné, l’&il clos, pionçañt ou bâillant à se décrocher la mâchoire. On poussa au large et nous commençämes la traversée longiludinale du . lac Winipeg. Après avoir hésité quelqué peu, nous nous recouchâmes dans la barque. Cest/une chose si dure que de se reposer quand on voit ges semblables travailler, suer et souffriri
Le Winipeg ne mesure pas moins de/426 kilomètres
‘du sud au-nord'et "de”9 à 44, kilomètres-de” Test à
l’ouest ‘. Son altitude est de 189 kilomftres au dessus de la mer d'Hudson, dans laquelle il se flévèrse. Par là on peut juger de la déclivilé du fleuve Béurbon qui en sort. Dans la matinée, nous doublâmes/l'embouchure de la rivière Maurepas ou des J'chippewäys, où fut construit en 1734 le fort de ce nom, devenj fort Alexander. De . là rious gagnâmes la Pointe-aux/Sables, où se trouve : le premier détroit du lac. |
Nous y fimes une ampharécélie d'œufs de canards, .
d'oies, de ‘sarcelles, de moueltes et autres oiseaux aquatiques. Je fus très étonné de retrouver si Join de Veau salée les pigeons du capitaine, les goélands, ces obseènes oiseaux de la mèr, comme les igmme Virgile, je ne sais à quel propos. La suite de mes voy ages devait m’apprendre, qu'on rencontre également ces oiseaux sur les caux douces comme su Fa mer. On en voit sur tous les lacs et tous les cours d’eau du Nord-Ouest, où îls sont même les premiers à faire apparition, au-printemps, et les derniers à les abandonner, en automne.
Après le diner, l'air fraichit du Sud, et nous pûmes mettre à la voile, à la grande joie des équipages qui se dédommagèrent de la pauvre nuit qu'ils avaient : bhssée à terre.
Les barques sont munies d'une voile aurique que deux hommes peuvent gouverner aisément. Leur mât est mobile. Pour diminuer le ‘ballant qu'il communi- -quérait aux embarcations, on l’enlève dans les temps calmes et on le suspénd en dehôrs. .
Malgré le vent, la chaleur était intense! et nous n’avions pas l’avantage d’abriter nos têtes sous- un large parapluie, tel que celui que le bon James White tenait respectueusement ouvert sur la têle sacrée du révérend M., tandis que celui-ci fumait dévotement sa pipe, étendu sur un banc.
Nous campâmes à l'entrée du détroit Leduc, sur des rochers à base de feldspath, dont les vives cou- Jeurs étaient encore embellies par des mousses, des lichens, des lycopodes ef une décoration de beaux arbres. Impossible d’y fixer notre tente. Nous dûmes coucher à la belle étoile et fümes réveillés par une
- d'orag ui nou T éhercher ün refuge