‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 54 sur 105 · BUR LA RIVIÈRE DU PAS OÙ KISISKATJIIWAN-SIPIY · texte numérisé non relu

BUR LA RIVIÈRE DU PAS OÙ KISISKATJIIWAN-SIPIY

Surles pelouses, je vis de jolies leurs alpestr es telles que le Cypripedium au gros labelle jaune, des laitières bleues et blanches, des saxifrages rouges et roses, des orchys, des raisins d'ours, mais surtout de beaux lis d’un rouge ardent que les Cris nomment pain-de-gruc (Utçilganak), Us en mangent les bulbes qui affriandent cet oiseau. C’est l'£rylhronium esculentum dont les Peaux-Rouges sont aussi gourmands que les Kamstcha-

.. dales et les Tartares du ve inisséï, d’après Lapérouse et d’autres voyageurs.

A l'extrémité septentrionale du Grand Portage, nous

- vimes.une peuplade d’Olchippways chrétiens, venus de

la.baie des Canards, dans le lac Winipégous. Je les trouvai Hideux dans-leurs haillons européens, dont ils paraissaient pourtant si fiers. Ces faces larges, ce leint de brique mal cuite, ces nez aquilins et cependant écrasés, ces riclus gouailleurs, ces chevelures naltées, en un mot tous ces traits hideux de la sauvagerie, lorsqu’ils s’encadrent d’une vieille redingote sans ‘basques ni boutons, et qu'ils sont coiflés, avec un semblant de majesté ridicule, d'un chapeau à haute forme tel que celui de l’incomparable compère de Robert-Macaire, me font tout l’effct d’un carnaval de chiffonniers. Si j'avais pu dessiner tous les spécimens de costumes soidisant civilisés qui défilèrent devant moi, cette soirée, J'aurais eu la plus belle galerie de truands que peut offrir'n'importe qu’elle horde de bohémiens. Cependant il y avait dejà vingt-deux ans que ces Téhippeways étaient chrétiens: Au bivouac, ils nous entoürèrent. Ils s’accroupirent sur leurs talons ou s'assirent sur l'herbe, jambes croisées, et essayèrent d'entrer en conversation avec nous. lis désiraient, me dit un Métis qui les interpréta, faire leurs dévotions c’est à

24 (EN ROUTE POUR LA MÉH GLACIALE, dire recevoir le pardon de leurs fautes de l'année ainsi que la sainte communion. ‘ -

Ces beaux sentiments me les firent aussitôt aimer; mais nous ne pouvions rien pour eux, ni Grouard, ni moi, à cause de notre ignorance de leur langue. Tout ce qui était en notre pouvoir était de leur rendre leurs sourires of leurs sonpirs, Cependant je baptisai leurs enfants nouveau-nés, au nombre d'une demi-douzaine, ce.qui fût une consolation pour les parents. Ce travail

. nous relint jusque vers minuit. a

Le lendemain, nous renconträmes encore d'autres

. Naulleux catholiques qui descendaient de la rivière du Cygne. pour pècher l'esturgeon dans les eaux du Grand Rapide.

Le 18 juin, après avoir franchi le lac de Travers, nous enträmes dans le petil lac Bourbon que vous chercheriez vainement aujourd'hui sur les cartes, I y élaitencore en 1862. Les Anglais ont remplacé son nom par celui de Gedur luke, lac des cèdres, probablement parce que l'on n’y voit pas un seul de ces conifères.

Je me demande ce que gagrient n9s aimables voisins à débaptiser ainsi ioutes nos anciennes découvertes, Ont-ils la prétention d’éffacer jusqu'aux vestiges

‘ de‘notre nom vlans l'histoire ? N'est-ce pas assez de gloire pour eux d’avoir en leur possession nos anciennes . colonies, sans encore travailler à en faire disparaître nos lraces ?° °

Le lae Bourbon cst encore une découverte du cheva- . lier de La Vérandrye, fils aîné, Neus longeâmes ce lac à la voile, le jour de la Pête-bieu, Ce Dasain ainsi que le lac de Travers et le lac Vaseux (Piyékd-gamin), que nous traversâmes ensuite, grâce à un vent favorable sont formés par l’expansion de Ja rivière Saskatchewan. ét

Page 1