DU FORT- CUMBER AND À L'ISCÉ, A LA CROSSE
— Qu ont donc ces chiens pour hurler? Cela fait mal à entendre.
— Eh ! ben, à pleurent, me répondit un Métis.
— Hs pleurent ! Et pourquoi donc ? Que se passe-t-il dans le fort? sentent-ils des loups ? ont-ils faim?
— Mais non, Père, ÿ faisent toujours dé mème. C'est leur façon. Demain matin itou vouslésentendrez encore hurler. Faut pas que ça vous ét ne.
Et le Métis qui me donnait cette explication qui ne m’apprenait rien, s’en alla en riant de ma naïveté, en disant : | :
— Qu'ils sont drôles, ces mangeux d'lard! Ca n’a . rien vu, ça ne sait rien,-ça .s’étonne même d’en-
tendre hurler des chiens. | Pendant vingt -ans j'ai souvent réfléchi à ces lements journaliers des chiens, sans avoir pu les expliquer autrement que par ce concert deux fois répété que tous les fauves, toutes les bêtes féroces, tous les oiseaux qui vivent en liberté, font entendre chaque jour. Les chiens du Nord-Ouest participent donc plus de l'animal sauvage que du chien domestique et privé. Le district de Swan-River que nous parcourions ces jours-là est fréquenté par des Indiens de race hillini qui.se donnent le nom de Nakawéwok et d'Ottawawa. Ce ‘dernier nom se rapproche singulièrement de celui des Ottawa ou Oreillards, du Canada. Mais les Métis ne les distinguent guère des Savanais ou Machkégons {Nithéwok) et se contentent de les appeleï Cris-de-Bois. Nousen vimes plusieurs familles, le long de la rivière La Pente ou Maligne, cours d’eau: considérable qui se déverse dans la Saskatchewan par les lacs GCémberland. Leurs pirogues sont assez mal faites. Quant à leur costume, il ressemble à celui de tous les Peaux-Rouges de ° ‘ 14. -
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LT celle région desservie per la Compagnie d'Hudson. Il esLdécent et se compose de vêlements européens parmi lesqnels le pantalon es cependant le seul qui nait pas élé adopté. Les femmes portent des robes de peau on de gros drap bleu.
Un de ces Cris suivil notre barque assez longtemps danssu pirogue, après que jé lui eus donné la main. ln bon mendiant de sauvage, il s'altendait à ce que je lui donnasse quelque chose de plus substantiel. Voyant qué-je me contentais de le regarder avec bonté, il fit
citendre un rire strident et s éloigna en criant dans.sa ” langue : « Le prêtre me sourit, mais il n'a garde de
rien me donner. Avaricieux! »
L'indien ne croit pas faire acte de basses$e en mendiant. À son point de vue, celui qui demande et qui reçoit est supérieur À celui auquel il: S’'adresse et qui lexduce. Le donataire est un inférieur; c’est un tribufaire, un contribuable. L’Indien se considère comme maltre dans son pays et ce qu'il demande à l'étranger est un juste tribut de subordination. S'iln "exige pas cette
- redevance, s’il ne rançonne pas le voyageur, cela tient
à la douceur de son caractère, à sa timidité; mais il n’abdique pas pour cela le droit de la prélever.
* Voilà ce que n’ont pas compris plusieurs explorateurs el touristes, qui sont allés chez les Peaux-MRouges les mains pleines de présents. Hsontrenduaux autres Blancs un mauvais service, en faisant vis-ä-vis des Indiens acte d'infériorilé sans même s’en douter et tout en croyant jouer le rôle de seigneurs.et d’ hommes supérieurs.
Le Peau-Nouge n’a de la considération que pour lhomme.qui n’a pas besoin de son semblable pour vivre, el qui, le cas échéant, peut, au contraire, lui donner à manger, Or, comme ce. sont les Indiens
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| rues DU FORT CUMBERLAND À L'ISLE À LA CHUSSE, 247
qui sont les pourvoyeurs des, Blancs, qui leur vendent de la viande, du gibier, du poisson, des fruils sauvages, : de la graisse, de l'huile, et surtout des pelleteries, rien ne pourrait les convaincre de Ya supériorité-des Dlanes sur eux. Même en recevant le prix de ses victuaiiles, l'Tndien considère celui qui le paye comme son obligé, " puisqu'il le fait vivre, et qu'après tout, à ses yeux, loute Ja vie se résume à manger.
La rivière la Pente, Maligne ou des Ésturgeons (Great Ridge river) est un rapide continu dont les eaux vertes coulent sur un lit de granit qui en perce Ja surface en.
. maint endrôil pour y déterminer des chules ou toul au moins des cascades dangereuses. Elle n’était navigable qu'au moyen du béquillage, jusqu’en 1875,que lu Saska- “a ichewan y fit irruption par la formation de la Tranchée. : - Debout contre le plat- -bord, de chaque côté de la barge, nos ilieur enfonçaient rapidement leurs longues perches dans les anfractuosités du fond qui fuit, et, par un effort simultané, ils soülévaient. et faisaient monter l’embarcation d’un pied ou davantage, tout en la maintenant stationnaire pour que le courant ne l’emportâl pas entre temps. C’est un travail aussi rude pour les mariniers que lent et fastidieux pour - l'impatience du voyageur qui est le spectateur de cette manœuvre que n ’inventa‘ point Duilius.
:A l'avant de chaque baléau, le devant-de-bärge-guide | son timonier de la voix el'du geste, poussant lui-même sä barque dans les bons endroits. C'est dans ce cas, que les plus expérimentés et les plus babilés à discerner leë endroits profonds et les remous d'eau morte, épargñent à leur bargetée bien du travail et des sueurs, en dévançant leurs compagnons de brigade et quelquefois * le guide lui- même,
Mais malheureux est.le timonier que son devant-debarge a laissé s’enferrer suy un bas-fond, ou sur un rocher; malheureux celui què l'impétuosité du courant a fait embarder en virant de hord lof pour lof. Il devient le sujet des quolibets de toute la brigade. Personne ne s'en fait défaut,
Je retrouvais l” enjouement national dans lc caractère aimable de ces rudes mariniers, et riais de leurs saillies ingénues où nn français vieiilis'entre-mèle d'expressions ” crises souvent pittoresques.
— Wiyohoïw ! s’écrie celui-ci, voyez donc petit Louis
| qui revire à la Rivière Rouge. Tu désârtes-t'y, ’ssocié ?.
Ayieu ! ayieut bon voyage. Ben des compliments chez toë, ni tchivam.
— Tiens! quoï c’qu'il a, Villenève, qu'Ÿ se crampille aux saules commé un étchureu” (écureuil) ? reprend un autre. Kékrcay ki wabaten dans le bois fort, ’ssocié ? T'as-y peur des esturgeons de Ja rivière? Eoko-igok piyis ki kaskitlin à remonter le courant! Cest pas trop” tôt, à la fin, je sippose.
Tout à coup une harge s’arrète au milieu des bouillons d’eau et pirouette sur elle-même comme sur un pivot, Une pointe de rocher la retient par fa quille. Alors tous les wilitur de sauter à l'eau pour la décoller d’un coup d épaule. Mais ils ont été vus, et de nouveaux quolibets leur sont-décochés au passage.
. — Eu! Tu vas-t'y carnpèr dans la rivière, Jeagnet? Ah! ben, il est jdli ton pement: une roche «érosse comme mon -châpeau. T'anispi Éikükiwéheo ”ssocié?” Quand repartira$tu de delà? Vas-tu attendre que nous revirions du Grand Portage? . 3
J'étais étonné de leur voir cette dntarissable bonne <
humeur au milieu des labeurs les plus rudes. Dans les
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