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mêmes circonstances où-des sujets britanniques se. répandraient en interminables God dam !où des matclats français feraient entendre des jurons encore plus exécrables, les Métisrient, plaisantent comme s’ils étaient à une fête ot que le travail fàt un jeu pour eux. Et cependant vingt fois par jour les barges sont arrêlées par des obstacles de tout genre. ‘ .
Notez que je n'ai point fait-mention des innombrables cataractes que forment les cours d’eau, ni des portages . qu’elles déterminent. On n'en eompte pas moins de trente-cinq entre Cumberland et la ligne de partage des eaux. Pendant trente-cinq fois les sept barques sont entièrement déchargées, traînées par terre, renflouées et rechargécsde noûveau de leur cargaison qui a été transportée à dos d'hommes:
La rivière Malignetraverse un chapelet de beaux lacs. Je regrette de n'avoir pas pris une esquisse du joli lac Castor.'Il y a là un grand rocher couvert de hiéroglyphes et de dessins bizarres ‘qui ferait la joie d’un
“ethnographe. Cependant je n’en ai pris ni eroquis ni
moulage, mais j ’aimeraisentendre interpréter lesfigures naïves ou puériles qu’IndiensetMétis de trois générations y ont gravées dans un beau désordre qui n’est pas un effet de l’art. Nul doute qu'il n’en sortit tout de même une odyssée des plus intéressantes, bien'qu’il ne campe pas une brigade sous cette pierre sans qu'elle n’ajoute de nouveaux détails à cette inscription épique. Différente est la Roche où il y a l'un écrit. Cest un rocher-rempart ‘que l'on voit à gauche un peu avant d'arriver-au fort La Ronge, au bord de la rivière
‘Missi-Nipiy. L'inscription y est placée si haut au-dessus
de l'eau, que l’on ne peut concevoir comment on s’y est pris pour l’exécuter. Il faut ou bien que l’artiste se
: A 4 soil suspendu au rocher par des cordes, ou bien que le
“niveau de la rivière ail considérablement baissé slepuis
lors; ce qui donnerait à cette inscription une antiquité reculée. ” 2
Au pied de la chute TR Carpe, nous/primes. à
‘aide d’une puise, des poissons blancs qui pesaient de quatre à cinq livres. C'est.un saumonide’du genre Coreyonus, que les Gris nomment Attékamek, mais qui ne ressemble en rien au saumon. Sa. chair est blanche, ferme, laileusé et si exquise que je ne connais rien d’approchant en fait de poisson. “£a sole elle-même ne
" Je vaut pas, ‘ 2
Danslesportages, noustrouÿions sur l'amélanchier ou rhamnoïde des baies d’un rouge sombre pas plus grosses que des micocoules, mais d'un goût de poire très sucré. Elles sont aussi-recherchées que les airelles myrtiles, fruits bleus acides de la Canneberge, et que les atiocats ou raisin d’ours. Cet“ dernière baie est le fruit d’une bruyère propre à toute l'Améri ique du Nord comme aux tundri de la Sibérie.
Ces plantes et/ces. arbustes à baies remplacent Îles
arbres fruitiers, dans le Nord-Ouest. On y trouvé aussi. °
la fraise, la framboise, la noisette, ja prunelle, Ja dryade, la les fruits fouges des églantiers pour les manger.
+ Dans A® rapides, au-dessus ou au bas des chutes, des troup de pélicans prennent leurs ébats au milieu. des cascadeh écumantes, aussi blanches que leur plu-, mage. Les un\nagent paisiblement dans ces ‘aux tourmentées, fendunt les ondes vertes de leur carène ivoire et savoura voltigent lourdement çà poche un brochet ou un barbeau qu’ils viennent de
re de ronce. Enfin, on y recueille même .
les voluptés du bain. D'autres:
là, emportant dans leur.
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—pécher et qu'ils vont gruger sur une pointe de roc s0-
litaire. Ceux-ci perchent sur un récif battu par'les vagues avec une gravité toute philosophique..Ccux-là, reposant leurs énormes mandibules sur une épaule, réfléchissent avec quiétude à l'instabilité de leur hu-
mide élément.
Les Dènè appellent cet oiseau Bu tchér, grande gueule. Nom assez pittoresque et bien approprié.
Le long de la rivière La Pente ndus traversons successivement les lacs des Iles, Héron, Pélican et des Bois, qui sont de vastes expansions de ce cours d’eau. Us apportèrent quelque’ soulagement aux Métis 'en nous permettant la navigation à la rame et même à la voile, sans avoir à lutter contre un courant rapide. A parür du lac des'Bois, l’eau devint même tout à fail stagnante. Cette région est du plus haut pittoresque, mais les eaux y engendrent des légions ‘de maringouins dont les piqüres afolent. On en rencontre de plusieurs variétés : la plus nuisible et la plus grande est zébrée de jaune et de noir comme de petits tigres ailés. , ‘
Fort heureusement que la Providence a pourvu à la destruction de ces vampires en leur envoyant des légions d'oiseaux : martinets, engoulevents, mésanges, pies, etc., qui leur donnént la chasse à outrance. Mais il n’y a point d’être qui rende de plus-grand service à l’homme, en s'acharnant contre les cousins, qu’une. espèce de libellule grise aù corps plat (Agrion cyafhi- :
gerum). Elles se montrent par milliers au-dessus de
l’eau, luttant entre elles dans cette guerre bienfaisante
dont la nature les a chargées. . Le matin et Le soir, je prenais plaisir à observer le wol des mangeurs de maringouins. Les Métis donnent
TR
:ce.nom à un-engoulevent-qui- monle-lans-li-nue-par—
lignes brisées en jetant un cri aigre, puis s’en laisse retomber comme un bolide, à la faton de notre alouelte. Aussi les Dônè le nomment-ils Péta-alshær, celui qui tombe des airs. Ils ont remarqué que cct oiseau abandonne de bonne heure sa progéniture. Îls en : ont donc fait l'emblème dès parents dénaturés.: 'étaolshær lantté sin, disent-ils d’un père ou d’une mère sans cœur, ils es semblable à l’engoulevent.
Cette longue navigation peut se résumer én quelques panoramas qui auraient fait les délices d'un ‘paysa- Ÿ. giste. J'y pris plusieurs croquis, mais non pas tous ,
ceux dont j'aurais pu enrichir mon album. Au portage du Pélican, par exemple, la Pente est commandée par deux mornes de hornblende presque perpendiculaires, noirs, lugubres ‘et couronnés d’antiques sapins. Des - roches détachées des hauteurs obstruent le cours de la rivière: Il faut y trainer les barges, faute d’eau. Ce dédéfilé franchi à pied, nous nous trouvons tout à coup dans une eau profonde, calme et limpide comme le regard d'une vierge. Elle s’étend entre de falaises boïsées qu’elle découpe en mille sinuosités. Encore un : nouveau détour, et nous débarquons en face d’une triple cataracte qui y déverse les eaux des bassins su-
° périeurs. C’est un point de vue splendide. Nulle part ailleurs l'eau ne revêt plus d’aspects multiples et variés, ne présente d’attitudes. plus diverses. Je ne m'étonne ‘plus que les Anciens aient personnifié cet élément sous l'emblème de jeunes filles tour à tour folâtres ou rieuses. Ici l’eau s'arrête et se promène d’un air curieux et scrutateur comme une princesse qui visite ses
". domaines. Elle veut tout voir, tout remplir. On la
trouve dans tous les recoins. Elle y forme: de petits
DU FORT GUMBERLAND A L'ISLE À LA CHOSSE.
= bassins ravissan(s, des bains délicieux. Elle se déroule ‘
en nappe immobile, elle mire avec grâce les rochers ct et les sapins pointus de ses rives pauvres, mais poétiques.
‘Plus loin, elle fuit tranquillement, en silence, comme une jeune fille légère qui s’esquive de la maison pater- ° nelle. Rencontre-t-elle de hautes herbes, des roseaux, une savane pleine de rubans d’eau, de fléchières et de lotus, elle s’Y étend et y dort, enivrée du parfum des
AS + fleurs, de la douceur du soleil qui réchauffe son sein +7 de vierge, de la beauté de sa couche.
, Tout à coup, sa folie la reprend. Bacchante dévergondée, elle fuit au hasard, elle accourt éperdue; bondissante, la voix rauque et étranglée. Elle est prise de vertige, elle se précipite dans l'abime tête baissée, se révoltant contre les obstacles, comprimant à peine ses fureurs hyslériques, mèlées de,sanglots convulsifs, , d’éclats de rire, dÿcris d'une: rage impuissante, jusqu'à ce qu’elle se soit Brisée contre le granit.
Le long de ces rivages, je remarque avec.joie une foule de plantes et d’arbustes amis et connus : le jasminoïde, l’herbe à la pee, le chamerisier, le chèvrefeuille du Canada, les benoîtes, l’aconit napel, le‘mélampyre, le millepertuis, la consoude, la molène, des orchis, des orobanches, mais surtout l'épilobe ou laurier de saint Antoine, qui semble avoir reçu de la nature la mission de dérober aussitôt les ravages de l'incendie sous un épais lit de fleurs roses. Aucune. plante rare ou qui me fût inconnue. FT
Le 28 juin, nous campâmes sur le lac des Bois, dans un joli site que la bitie ne nous permit pas d'admirer beaucoup. Nous dûmes passer la nuit dans les barques, transformées en lit de camp à l’aide des tentelets. -
254 EN ROUTE POUR LA MER GLACIALE. à
LT juan pe À
Le lendemain, la pluie avail cessé, mais il régnait une fraicheur désagréable, qui me fit endosser mon caban d'hiver. Quand on eut retiré les bâches qui nous avaient abrilés, la première personne que je vis sur le rocher baigné de pluie, fut la grosse Marie, femme du Tchippeway François Wabisten. Elle était nu-tète, nupieds et fumant sa pipe. Silôt qwelle me vit, elle souril :
.joyeusement en me montrant un paquet oblong qu ‘elle portait dans «ses bras. Elle le déponilla d’un vieux .châle qui avait été rouge, el me lendil avec orgueil un poupon écarlate, massif et laid comme une chenille, qui se mit à brailler dès qu’il sentit la fraicheur de l'air.
— Tiens, Père, :me dit-elle, dans un français barbare, que je lui entendais proférer pour la première fois depuis notre départ, toë baptiser mon garçon, loui venir au monde c’té nouit.., dans la barge..
Cela fut dit avec des” arrêts, des coupures, et les intonations chantantes de là langue tchippeway.
— Cette nuit! dans la barge! Mais vous voulez rire?, m'écriai-je, en interrogeant Wabislen du regard.
— Oh! non, Père, c’est vrai ça. Ma femme accoucher c’té nouit. Toë pas entendou alle à côté d’toë?
Je n'en revenais pas. La vaillante femme s'était délivrée elle-mème, sans le secours de qui que ce fût, sans même réveiller son mari, harassé par les fatigues du travail.
Le dirai-je? ce qui étonna les Métis plus que ce fail, quelque invraisemblable qu’il puisse paraître à plus d'une de mes lectrices, ce fut mon étonnement mème.
— Comment, Père, me ful-il dit, est-ce que les Françaises du vieux pays sont moins adroiltes que nos femmes? lei, les nôtres en-font autant. 11 ne Jéur en coûle pas plus qu'aux chavagesses de se délivrer.
: DU-FORP-EUMBLREANT À L'TSLE À LA GROSSE, 955.
Involontairement; je me rappelai le témoignage que les sages-femmes des lébreux rendirent de leurs compatriotes, au temps de PExode :
« Ipsæ enim obstetricandi habent se ienic. » "7
EL quel lit, cependant, que les caisses et les ballots
d'une barque! En vérité, si Phérilage de leur mère Ëve
est souvent bien onéreux pour les femmes indicnnes, ce .
n'est point, à coup sûr, du côté de la parturition.'ll faut croire pourtant que cela est naturel.
L’extrérnilé du lac des Bois se termine par un appendice en cul-de-sac, dans lequel on ne distingue aueun courant, aucun mouvement. Si la source de la Pente est daï$ ce boyau, ses eaux slagnantes sont en-
vahies par un épais revêtement de troscarts, de pota-
mos, de sagittaires et de nénuphars jaunes qui y for-.
ment, sous le berceau des'grands arbres, 'comme un jardin suspendu ou flottant. Quatre cents pas d’un galet granilique séparent seulement cette eau morte du
beau fleuve Missi-Nipiy, ou Churchill, qui s’y déverse .
mème dans les hautes crues, en franchissant le rocher. 11 jouit alors d’un double courant. |
Ce rocher est le porlage de la Traite ou des Grenouilles. Quelques baraques qui y ont été construites
portent le.nom pompeux de Fort-de-la-Traite. Sitôt
franchi, nous nous trouvons dans le district pellelier de la Rivière-aux-Anglais, qui est le nom français du fleuve Churchill; parce que c'est par cette voie que - nos voisins d'Outre-Manche pénétrèrent dans le Nord- Ouest.
.Une horde, vêtue de cuir et singulièrement puante, était canpée au portage des ‘Grenouilles. De prime , elle m’étonna par l'apparence singulière du iype. Aux faces rondes et larges, aux yeux égrillards
NS
etmalins, aux rictus cyniques des Saulteux et des Savanais, a succédé, un autre modèle humain, La tête est ‘petite, conique et étroite; le menton, projeté en avant, est ridicule à force d’être pointu ; cela fait un facies de | renard ou de mustelle. Mais l'air est sérieux, réservé et honnète. presque morose. Les yeux, lès rapprochés de la racine du nez, qui est grand et aquilin, expriment une anxiété qui étreint. La bouche est résignée et affable. Nuls cris, aucune expansion, point d’enthousiasme. Ils se mettent à la queue leu-leu, tirent leur bonnet comme à la procession, et, silencieusement, avec dévotion ou en ébauchant un grave sourire, vous présentent tranquillement la main, après l'avoir essuyée sur leur vêtement. On dirait des moines.
— Ninla ôustronn! AUS disent ils. « ue je te
prenne la main! » “ promet
Cela équivaut pour eux à uné bienvenue. Quelquesuns font mème un ‘grand signe de Croix en vous Ja donnant. ; .
l'y avait là un missionnaire venu du grand lac Caribou et qui altendait nos barges pour monter avec elles à Isle àla Crosse, M. Végreville. Aprèsles premiers saluts :
— Quels sont ces nouveaux Sauvages? lui deman- -:
dai-je. Ils sont singulièrement sérieux et polis. : — Des Tchippewayans, mon cher confrère; les plus méridionaux de leur nation dans ce pays, qu’ils parta- : gent avec les Cris-de-Bois. Leur nom véritable est Dêne, ce qui veut dire hommes. Les Eanadiens les appelèrent Montagrais, probablement parce qu'il n'y à pas de montagnes dans leur pays.” ce
— Quelle odeur repoussantel ne püs- -je m’empècher de lui dire. (es sauvages sont bién plus propres que lagénéralité des Saulteux, et cependant ils sont quatre