CHAPITRE IV
TRAVERSÉÉ DES TERRES-KAUTES.
Le lac de lislé à la Crosse. — Le Fils-de-Dieu réincurne, — Le. portage de la Loche. — Enthousiasme des Dèné chrétiens. — Une vraie Babel. — Deux originaux du Grand Nord. — Un homme féroce sur le chapitre des préséances. — Un chelfacteur cuisinier. — Beautés de la Wässé-Gamiw. — Drame conjugal. — Sites romantiques. - 9
Le lac de l'Isle à Ja Crosse (Pimitch-Kamaw-Nipiy en langue crise, ou lac de l'Eau en travers) doit son nom français au jeu de paume jadis aussi aimé des Peaux- , Rouges qu il est encore des montagnards écossais. à Chaque ‘joueur y.était armé d’un bâton dont l’extré- . mité inférieure, recourbée en crosse ou volute,’ servait à attirer la balle et à la lancer hors du camp opposé. Les,Chaktas, les Kiowais, les Iillinés selivraient : avec passion à cet exercice. violent, qui souvent deve- | / nait dangereux par les coups de crosse que se portaient . les adversaires. . — Aujourd’hui il n’est plus question du jeu de paume chez les Peaux-Rouges. Un maudit jeu de hasard, assez * semblable à la mourra des Italièns et nommé jeu des . mains (Mitchitchiy otchimétawer), absorbe tout leur temps, captive toutes leurs facultés, engloutit toutes Ù
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leurs ressources. Les Cris ont: éta triste célébrité de lransmetlre ce jeu aux Tchippewayans, qui l’on ensuite répandu dans l'extrème Nord. Les Mélis ne sont pas les moins ardents à s'y livrer. Pendant” de longues années Dindjié etInnoît en furentexempls; mais, en1877, je les trouvai qui s'y livraientle jour et la nuit avec aulant de fureur que les Cris. Ainsi va le progrès.
Le lac de l'Isle à la Grosse mesure 8 lieues sur 4 de large. Il est situé à 193 kilomètres du portage de la Loche et à 450 du portage des Grenouilles. Le fort du même nom est placé par 35°25’ de latitude nord et 112°17 de longitude ouest de Paris.
Ce lac offre un singulier phénomène : quand ses eaux som agitées par le*vent, elles sont claires, limpides et potables. Mais aussitôt qu'il fait calme et que les eaux sontstationnaires, il s'élève du fond de sable qui forme le lit de ce lac et de’tous ceux de la ligne de faite, une substance verte, ténue et flottante qui en colore les eaux en: vert-mitis, les rend nidoreuses et’ nauséabornides à moins qu elles ne soient filtrées. Gette sub.tañce engraisse le poisson, mais clle lui communiqueun goût de marécagequi le rend de qualité inférieure.
. Pour peu que le calme persévère et que la chaleur
| augmente, ce.vurech flottant s’épaissit, il:s’ amrasse vers les rivages comme l'écume d’une marmite en ébullition, il s’y décompose en prenant des teintes abominables, el répand âne odeur aussi infecte que la vue en est, dégoûtante. 4 “
“Les lacs Vert, des OEufs. du Bœuf, de la Loche, du Cœur, Froid, La Biche et auires de la mème région sont soumis à ce phénomène; mais aucun avec la mème intensité que celui de l'Isle à la Cr o$se.
La terre est d'excellente qualité autour de celac. On
y récolte du blé, de l'orge, des pontyes de terre #4 loutes sortes de légumes. Le fort ainsi que la mission y élèvent de beaux lroupeaux de bêtes À cornes et de chevaux. On ÿ voit aussi des porcs, de la volaille, et je crois même des moutons. Le poisson abonde dans le lie et constitue à peu près la seule nourriture des habitants avec les pommes de terre, le gros gibier ayant presque entièrement disparu de celte contrée. Quant au gibier uilé et aquatique, iy fourmille, Au mois. der “septembre 1873, je vis deux Cris vendre aux missionnaires cinq cents canards qui élaient le produit de leur chasse de quelques jours. ‘Pendant tinc semaine, pères, sœurs, orphelins et écoliers ne mangèrent plus que du canard en toutes sauces.
La population peau-rouge de Piste à la Crosse appartient à deux souches. ‘La famille hilliné y compte 230 Cris de bois. La famille dènè y possède 600 Tchip-
pewayans de la tribu des Thidan Ottiné où gens du.
Bout de la Tète, Ces derniers Indiens sont tous chrétiens. depuis nombre d'années et de lrès braves gens. Ils reçurent la foi dès 1845. Leur bonhomie, leur douceur et leur honnèteté dispensent le fort Isle à la Crosse de-
s’entourer de palissades et de bastions. C'est une factoÿ rérie ouverte à tout \eanf 7
Plusieurs de ces Tchippewayans sont d' langer Métis qui,portent des noms français, tels que JS Maugras, les Pattenotte, les Jolibois, les Gladu, les Janvier,
les Lafleur, les Poitras, etc. Ils ont .des parents de-
mêmes noms parmi les Cris. D'autres tribus de la inême contrée offrent aussi ce mélange hybride. Ces sang-méêlés sauvages qu plutôt nomades sont donc des descendants de voyageurs et de coureurs de bois
: français ef, canadiens, qui devancèrent les Hearne, les...
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Frobisher et les Mackenzie dans ces pays, el y devinrent ensuite les premiers serviteurs de la Compagnie . du Nord-Oucst.
Voilà ce qu'un auteur ‘canadien, qui à écrit avec esprit ct élégance sur le Nord-Ouest, aurait dà remarquer avec simplicilé, au lieu de s’extusier sur les yeux bleus, les cheveux châtains, les traits réguliers et le teint ficuri de ces prétendus Petux-Rouges. J'en ai dit autant des Sioux Mandunes. Beaucoup de Cris offrent au touriste le même phénomène, qui ven cst point un pour qui les connait, puisqu'on ne le remarque plus en Europe et partout où il y a eu de semblables croisements.
À lextrémité du lac, nous nous arrétâmes à un , village de Tchippewayans chrétiens pour y administrer‘
un moribond. Ces Dénè venaient'de passer par un , schisme, qui faillit tourner à l'envers leurs pauvres têtes. Son auteur fut un fou théomane qui se donna à
ses compatriotes pour Jésus-Christ réincarné. Son
nom indien était L’in-asè, le Petit-chien, un pur sau-
vage. Il se fit dès lors appeler le Fils de Dieu, Nioltsi ‘
bé yasê. Ces cervelles faibles de sauvages dennèrent
en plein dans le panneau et se mirent à adorer le ù farceur. Abusant de la simplicité de ses adeptes, le
Petit chien fils de Dieu essaya de leur persuader qu'il
aurait, s’il le voulait, le pouvoir de les ‘changer enbèles. .
— Khou, Khou, a lee souvent à son disciple favori, . à Khatäré, la Doublure en peau de lièvre, presque aussi fou que” lui, Khou, kkatchinè sas la anédja :. AUôns, allons» bon, te voilà: presque mélamornhosé en our ‘Maintenant marche à quatre pattes et grogne comme cel U ‘animal, ajoutait l'insensé, C’est: cela, y voilà. Encore .-. quelques jours d’apprerilissage et ta transformation. . sera complète. ©
Un jour, it prit envie au Petit chidn de se dépouitler de ses vêtements et-de se mettre en costume paradisiaque. Tous les fous ont de semblables lubies. 1! persuada ménie à sbs sectateurs d'en faire autant, : *
— Le royaume de Dieu est arrivé, leur «disait-il. ,
Nous allons récupérer notre innocence primitive el ressembler à Adam et Eve dans ‘le jardin des délices. Rejetons done bien vile tout ce que nous tenons des , pervers. Et il paya d'exemple.
Aussitôt, voilà les Tchippewayans qui allument ui grand feu dans lequel ils jettent non seulemént leurs vêtements mais encore leurs ustensiles et jusqu’à leürs armes. Puis is vont -se promener pieusement dans les bocages, comme Adam etËve, attendant la réalisation -