‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 63 sur 105 · SEE · texte numérisé non relu

SEE

On aurait de la peine à croire et à comprendre une telle aberration, si. l'histoire ne nous äpprenait que nombre de peuples européens ont passé par la même phase delunatisme religieux qui produisit les Adamites, les Pauvres hommes, les Flagellants, les Anabaptisles ; et si nous ne voyions encore les mêmes fous s'imposer à la foulévrédule ‘et y faire des adeptes sous les noms de Mormons, Shakers, Quakers, Free-lovers et Spirites.,

Aujourd'hui, que (es cerveaux tchippewayans sont rentrés dans. leur dssielle normale, ces Indiens rout gissent de être montrés si crédules ct si dénués de

“bon. sens. ‘Mais. ils n'ont pu pardonner tout à fait au Petit-chiïen de les avoir, si cruellement mystifiés. Péni-

tentét conv erti, cet homme est demeuré dans un état de honte et d’abjection dont il ne sortira pas de sitôt.

- I s’est trop fortement compromis. où

ensuite, ‘sont deux jolis bassins très pittoresques. Le,

Lés lacs Cläir et du Bœuf, que nous traversans

La

.des promesses du Fils de Dieu réitivarné, me

second mpsure près de 43 kilomèlres. Le prenrier est plus gran encore, mais on en connait peu les dimensions. Urerivière fougueuse el plate les relie au Jac la

-‘Loche qi mesure que 43 kilomètres, Nous alteigntiues de dernier bassin le 48 juillet, mais ne pümes le traverker et aborder au grand portage la Loche que

* le 20. à l'ause du vent contrairé.

C'élaig à que la brigade de Lespérancé devait nous déposer, ainsi que sa cargaison de marchandises anglaisés, pour s'en relourner ensuite, chargée des fourrurps du Nord, à" Ja factorerie d'York, sur la baie d'Jlud-bn. Telle est l'opération commerciale qui se conchft annuellement au (Grand Porlage.

Je fenais de franchir 482 lieues dépuis le fort Garry, 4,227 depuis Montréal, 2,024 depuis/Marseille, et avais | employé 42 jours en barge-pour alteindre cetle ligñe - de partage.des eaux que les Métis appellent fa hauteur “e terres. » ;

J'ai déjà dit ce qu'est le portage dela Loche. Le luc

de même nor ‘en -occuge Ie sommet. Au delà, celte ligne de fütle ne mesure pas moins de 19 kilomètres :

*308 mètres, c’est-à-dire près de cinq lieues, jusqu’à la

rivière d’Éau claire-qui s’y est treusé.un-lit de. 600 pieds

de profondeur et le partage en deux. Mais de l’autre

côlé de ce cours d’eau, Ja hauleur des Lerres se inuc sur une largeur qui n’a jamais été déterminée, \

. Le $ol du portage la Loche est ingrat el sablonieux, Il ne nourritque des résineux, spécialement le pinrouge. Du £ôté du sud il est peu élevé. Sa déclivité la.plus . grande”est vers le ‘nord où il atteint 1,200 pieds au-"

dessus de la mer Glaciale. : 1 .

= + Nous trouvâämes 150 Tchippewayans réunis sur le à vérsant méridional du portage de la Loche. e mon , € # ü . U

ls crinient, riaient, se pressaient aulour de nous, . pour nous serrer Ja main. |

— Ahf Pères, nous dilun Mélis écossais catholique. guide d'une brigade qui nous av? Ait ovancés, ça c'esl des bons chava ges. qui aiment ben les prêtres et lu religion ilou, EL quanque vous allez var les, isclaves et les Plat-côtés de chien, de laut’ bord. c'est älors que

+ vous aurez des poignées de main à donner.

Un guide écossais, Baptiste Bruce, aidé d'un Métis irlandais, Ignace Mac-Kay. et d'un Métis franco- “castor, -*nommé “Paulet, s’empressèrent de nous construire une grande loge avec des perches de Page des rames el

des bâches sans emploi. "

Bien qu'il n’y eût pas plus de de quatr e cents personnes réunies encemoment. suréeversant méridiona] pu Grand Portage, elles nous donnaient en petit un spécimen deh confusion des langues À Babel. 11 x avait là des Canadicns français, des Écossais, des (rcadiens, des Anglais,

- «des Norwégieris, des Cris de bois, des Savanais, des

T Chippeways, des Tchippewayans. des Caslors et’ des

Mélis de toutes ces provenances : Landis que nous repré-

sculions, (irouard et moi, l'élément français pur sang. Il aurait fallu ètre un Pic de la Mirandole ou un Mezzofanti pour se faire entendre de chacun de res peuples, alors que pour la plus grande commadité. d’un chacun

nôus n'avions à notre disposition que nôtre langue ma-:

ternelle. Nous nous en contentâmes et satisfimes fout. ,

Je monde.

Le village volant des Tebippeway ans s' élevait à peu de’ distanée de notre tente. Je voulus ‘le, visiter dans P espoir d’y rencontrer des curiosités ‘élhnogr aphiques.

Eh bien! je n'aurais jamais imaginé rien de plus pauvre .

et: de plus insignifiant. Des tentes de peau enfumées,

sou

Ca

coniques comme celles des Lapons; sur la tefre nue,

: fdelques branches.de sapin disposées autour d'un pelit feu; dans un coin, un Las deguenilles; puis, çà et là, quelques usteasiles européens qui ne furent jamais écurés. Autour des loges, des chiens maigres et affamis. Aucune

+ armecurieuse, aucunbibelotindien.pasle moindreindice de sanvagerie. Ses livrécs ont fait place à ‘celles de la civilisation. mais d’une civilisation indigente, bohé- ‘‘ mienne el loujours nomade. Cependant tout y est décent ct chaste autant que dans un béguinage,

7 Les femines y sont engoncées dans des robes de gros drap rouge ou bleu qu’elles boutonneht jusque sous le : “menton. - Ulles- ont la tèle-enfouie -dans ces affreux | bonnets en Maänière d’ écuohes ce j'avais déjà. vus au portage des Grenouilles. Pour l honneur et le bon goût français j'aime à croire qüe ce ne sond.point les missionnaires de ces Indiens qui leur ont fourni ou imposé , « le patron de ces couvre-chefs sans y pe précédent. .

Comme je m'en. roÿenais chez nous; sur Je tard, je jouis du spectacle què"n'offrit le Révérend M. vètu d'un complet gris de fer, le menton décoré d'un minuscule rabat blanc, et chantant d’une voix chevrotante. au milieu de la prairie déserte, tel qu’un chanteur nocturne marseillais,

I ne lui manquait pas même les deux chandelles -traditionnelles. Il les avait fichées dans le gazon, de chaque côlé de son chapeau, un peu en avant de sa personne sacrée. J’y aurais volontiers déposé deux sols si je les avais possédés, tant:sa poxition‘m ’inspirait de, pitié. 11 se relournait comme une girouelte dans Loutes les directions. pour voir si personne ne se rendrait à l'appel de ses chants dolents. Hélas! nul ne leur faisait écho.

À force de sonder l’obscurité, je finis cependant par

voir une fornie féminine accroupie à quelque distance, tète nue el tenant un-bambin devant elle. C'était notre

courageuse compagne de voyage, la Savanaise Annie Burke. Sa foi.et sa dévotion me touchèrent. Sans offenser

nullement la grammaire, le ministre, en s'adressant à cette femme, aurait pu l'appeler ma chère aud toire Le 22 juillet, il nous arriva du versant sepleñtrional un commis de la Baie d'Hudson coslumé comme il suit : chemise ën mérinos écossais à carreaux‘rouges et verts,

“brodée avéc du liséré jaune et enfermée dans.un"pan-

talon blanc à bandes amarantes. Autour de Ja taille, .

‘une ceinture mullicolore de l’Assomption. Au-dessous

. des genoux, des j jarretières brodées avec des verroteries et-ornées de touffes de soie écarlate, en guise de scalps.

Point de jaquette.: Pour coiffure, une. toque florentine de velours grenat, brodée et également, ornée d’une

houppe de soie:.Ni souliers, ni bottes, rnais des mocas- ,

sins d’une ‘blancheur immaculée, de coupe tchippewayanne, e et brodés avec de la soie de div rses couleurs.

Ce costume fantaisiste, fort élégant, .est “earactéris- | :

tique du Grand-Nord. Il était très bien porté par un petit commis irlandais, à l’œil noir et'aux grands favoris en poire, qui venait à la rencontre de Son Excellence

. le gouverneur D., que des canokiers iroquois avaient. | conduit sur nos brisées au portage la Loche. Le fac-.

teur en chef du fort Edmonton, M:Ghbrislie, l'accompagnait - roun

L'Irlandais était suivi d'un jeune naturaliste améri- |

ricain, très smart, très pétulant, parlant affreusement

du nez etse réjouissant du nom de Kennicott. f portait :

aussi un costume Grand-Nord, sur lequel il avait fait. .

brodér, avec du liséré blanc, : un lézard, un papillon,

L ‘ , : cd .

:-une tortue cb un serpent, insignes de son état. On. aurait dit plutôt un cluwn du nouveau Cirque. + Les amants de la science sont, dil-on, fous originaux et plus ou moins toqués. Mais les naturalistes que l’on rencontre dans les déserts américains, semblent fouler aux pieds l'originalité même, 4 Les Métis, qui ne peuvent concevoir qu’un homme <onsacre sa vie à courir après des mouches, ou à déni- «her des araighées, avaient donné à M. Kennicolt le nom de Mangeur de muringouins, qui est celui. du era- Paud-volant dans leur répertoire pittoresque. Plus res-. pectueux, les Tchippewayans, qui voient, un-chef dans tout hoinme bien mis qui ne travaille pas el sc faitservir, l'avaient surnommé : Gou bre békhku-odhrri 36, le Petit chef pour-les vermisseaux, D’autres l'appelaient : Gou Krayénidhen àzé, le petit Chercheur de vers. Après que ces deux messieurs eurent rendu visile au gouverneur, nous nous transportämes à notre lour. auprès de Son Excellence, Grouard et moi, pour lui offrir. nos hommages. Nous le trouvâmes seul et dchout dans la prairie, non loin de la grande pirogue iruquoise qui. . l'avait amené. I promenait autour de Jui: des regards | où se peignaient la déception et l'ennui. Aucuñ étatmajor autour de cette aulorilé souveraine qui, à celte poque encore, jouissait dans tout ie Nord- Ouest du droit d$ vie el de mort. Et, ce qui devait lui paräitre le comble édein hide l'inperlinence, à quelques pas du gou- $ Métis. français acerodpis par petits groupes j jent à prendre leur repas de pémican, à jouer à la main ou'à faire la sieste, en échangeant malicicusement entre eux des sourires :narquois ou quelques courtes sentences en langue crise.

Me: gouverneur D. était du nombre.dle ces heureux

/ THAVERSEE DES TENRES-HAUTES. 25

mortels qui s’imaginent qüe leur litre ou leur fortune impriment un lel caractère à leur physionomie, qu'illeur suffit de se montrer pour être reconnus pour nobles ou riches. Vêtu entièrement de gris comme un simple mortel — j'allais dire comme un prédicand, — aussi sec et'aussi raide que s'il eût été empaillé, il paraissait indigné de voir que nul parmi les Mélis, gens du bas peuple, ne se doutàt qu'il appartenait à une autre espèce que la leur; qu'aucun d’eux ne #’empressät à venir Jui payer quelque sorte d'hommage.

La position de Sou Excellence nous tone ha, ct nous nous mtmes à sà disposition. Il fut poli. mais sans ces grandes manières el cette aisance qui dislinguent chez ” nous les gens dedünie société. Il y avait dans ses

“paroles une ameyfume secrîte dont je nee rendais pus compte. Lé 50} tout s’expliqua.

Son Excellence nous rendit notre. visite à notre tente. Mais, en homihe féroce sur le chapitre des préséances ‘ hiérarchiques,fil se garda bien de nous parier en com- or mun : «

à — Which of the bo is the superior? commença- Hi par £

demañder/Qui est supérieur de vous deux? FE

— Nous sommes deux jeunes confrères, #e hâia.de répondre M. Grouard. JI n'est pas‘ question desupériorité ni d’infériorité entre nous. Toutefuis, comme M: Petitot est plus”âgé que moi d’un an, il a reçu de notre lord Bishop li direction de nos affaires pendant le voyage.

z'en fut assez el peut-être trop= 2 0

… — Very welll fit le gouvérneur nt grue ieu-. 7 . . «sement le dos à mon aimable” com} onfide l'air le

plus saennel possible. And now, “master Pétioit, jé

étais oblidgé de chardger vès’ d'oune triste messadge pour le Bishop de vès. es, bien triste, indeed}

Lu

— Quelque cätastrophe, sir ? fis-je avec promptitude. Il vous.est arrivé malheur en voyage, Excellence?

— 0h! no, no; sir, il nes'agissait pas dé catastrophen. But. des Demi-sang ‘ de la brigade de Lespérance. ..

— C'est- äidire de notre brigade fis-je en bondissant.

— Ces Demi-sang, conlinua-t-il sur le même ton dolent el attristé, avaient grändement manqué de respeel contre moi, àffion arrival ainsi que cette malin.

— J'ignorais que Votre Excellence fût ici depuis hier. cu Jé savais, jé savais. Jé parlais des Demi-sang. Ils avaient ait à moë des affronts, dit-il en s’animant, qu'on

ne vo garuit pas faire à le dernier des clerks de l'hono-

rable Compagnie. Jé requeste vôs d'écrire à votre Bishop afin qu’à leur return à la Rivière Rouge, ‘ces Demi-sang soiènt querellés avec importance.

J'assurai M. D. Que je ne manquerais pas d'avertir Sa

. Grandeur des torts que les Métis français avaient envers

lui, afin que... que. Dame! vous comprenez; ilne me fut pas facile de trouver ce qu’un évêque pourrait faire ou dire dans un cas qui ne le concernait nullement, et où Je gouverneur du pays ne s'était pas «senti 18867. puissant pour vider lui-même sa propre querelle ou se faire respecter, Cependant j’assurai toujours, et M. D. se rrétira rasséréné et satisfait de sa petite vengeance.

. Je le trouvai un peu simple. Quand un homme en

place n'est, ni assez fort ni assez soutenu pour se :

venger d’une injure, il me semble que le bon sens doit lui inspirer de paraitre. re s’apercevoir de rien, afin de sauveg sarder'sa dignité. Manifester son chagrin, en pa-

reil cas; et le communiqueir &* ‘dés étrangers, est un

manque de finesse et de tact.

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