‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 66 sur 105 · CHAPITRE V L'ATHABASCA · texte numérisé non relu

CHAPITRE V L'ATHABASCA

La rivière Athabasca et ses falaises de bitume. — Le résean d'herbes. — Arrivée au lac Athabasca. — Guerre entre les Cris et les Esclaves. — Apparition des Tchippewayans surde lac Athabasca. — S'a-nareltthær, — Les Anglais et les Ceñadiens à Athabasca. — Population. — Établissement français de la Nativité. — Fort Chippeway. an. — Un lac qui se comble. — Abondance de vie animale. — Originalités de Déné-gonouzie.

De l'Edu claire nous pénétrâmes dans la belle et large. rivière Athabasca ou la Biche, dont les, grèves sans rivage ont 500 pieds d’altitude. Autrement dit, son lit est une -cañada. Lorsqu'on est au sommet de ces hautes grèves, on voit une plaine immense couverte de forêts. C’est dans le sein de cette plaine de riche humus. que l’Athabasca s’est creusé un lit semblable à une gigantesque rainure; de telle sorte, que, du bas, ses talus ressemblent à des collines riveraines.

Le premier aspect en est austère, je dirai même lugubre; car leur couleur est entièrement noire. Pendant trois ou quatre lieues, ces pentes sont enduites d’une épaisse couche de pisasphalte que transsudent les schistes dont leurs strates sont formés.

Ce bitume remplit les marécages du sommet et suinte constamment du haut en bas de cés hautes

, L'ATHABASCA. 289 grèves, en se mélant au sable et aux cailloux de. létroit: - rivage que l’on y distingue à l’eau basse. Si ces terrains si riches en bitumese trouvaient en pays civilisé, ils constitueraient une source de richesse pour une compagnie industrielle. Mais; à des latitudes si septentrionales, qui tirera jamais des entrailles de la terre les trésors qu’elle renferme ?

Le long de ces mêmes falaises on remarque de nombreuses tracés d’ignition ancienne, à diverses hauteurs et sur la rive droite seulement. Elles suivent la ligne onduleuse des schistes qui parfois se trouvent sous le niveau de l’eau et parfois à trente pieds d’altitude.

Un de ces points élevés jetait des flammes et répandait-une odeur de pétrole, en 1871, lorsque je repassai dans ces parages. Ces bitumes ont mérité à cette portion de la rivière Athabasca, de la part des Tchippewayans, le nom de Ettel déssè ou rivière des Maraistremblants.

Le 1% août au soir, : les hautes grèves de sable. blanc se reculèrent de part et d'autre et s’enfuirent dans les profondeurs des forêts, en même temps que le

coürént de la rivière Athabasca se divisait en trois chénaux, au bas d’une fle grande et élevée appelée le: Traîneau. Je reconnus aisément le premier et le plus ancien estuaire de ce cours d’eau. Les deltas en sont occupés par une forêt très dense: dont les arhges fortgros attestent l’antiquité. :

Le chenal de droite, connu sous le nom- desinière, aux Brochets, est seul pratiqué par les bargea. Be chenal central ou rivière des Embarras fut-pemetant: jadis la principale artère de lAthabasca. Aujourd'hui . ‘ilest à peine navigablé pour de légères pirogues Deux. lacs sont demeurés emprisonnés dans, l'estuaire de

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seconde formation : le lac Clair el le lac Mamatvr, dont le nom cris signifie rassemblement des eaux. Dans les

‘années ‘de crue, lAthabasca fait irruption dans ce

bassin et le relie à la rivière des Embarras.

Nous nous engageons, le soir, dans le chenal des Brochets. À notre réveil, le lendemain, nous nous trouvons dans un troisième esluaire. C'est un immense marécage herbeux, composé de soucheis, d’acorus calamus * et de gros foin. Il est coupé par plusieurs” chenaux qui portent tous au lac les eaux du Brochet. Ce delta, occupe un vasie espace el-forme comme un :

vaste réseau d'herbes conjointement avec les bouches

de lä rivière àla Paix. C’eët précisément ce qu'exprime le mot Afhabasca : réseau d'herbes, en langue crise ?. A cinq heures du matin, nous débarquämes dans: le

” beau lac de même nom. C’est un magnifique bassin qui

ue mesure pas moins de 246 kilomètres sur 21, et dont l'altitude est de 180 mètres en-dessns de la mer Glaciale où se rendent ses eaux. -

- Le partie occidentale du lac que nous traversämes est parsemée d’ilots granitiques, hérissés de sapins, et qui ressemblent de loin à une flotte en panne danF'une vaste rade, Après deux heures de traversée à la voile, nous passämes dévarit le fort Chippewayan sans nous y arrêter et allâmes atterrir devant la mission de la Nativité où l’on nous déposa, ainsi que les colis destinés

à cet établissement français.”

Je n’y séjournai que quelques heures pour faire mes adieux à‘M. Grouard, mon aimable confrère et compagnon de voyage, que je dus laisser à la mission de la

1, Richardson, Drunimond.

2, À. Lacombe.

Le

’ . L'ATHABASCA. 291

Nativité, ainsi qu'il avait été convenu à Saint-Boniface;-

avec notre évêque.

Dans la journée, la brigade qui portait le chef du district Mhckenzié, M. W. L. Hardisty, étant ‘arrivée,

* je repar Lis aussitôt pour le grand lac des Esclaves.

Le fort :Chippewayan est à 96 lieues du portage de

la Loche.ct de ce dernier lac. - En 1774, l'Anglais Samuel Ilearne, qui était parti du fort Prince of Walles deux ans auparavant pour

atteindre la mer Glaciale, découvrit le lac Athabascæ

dans son voyage de retour, après avoir découvert aussi, la portion orientale du grand lac des Esclaves.

Frappé des informes masses de granit rose et gris * qui s’empilent sur les rivages septentrionaux du lc /Ÿ

Athabasca, il lui imposa le nom de lac des Montagnes; bien que les Tchippewayans qui l’habitaient” l'appelassent lac Supérieur, Féfasè tpoué.

Au demeurant, il n'y a pas de montagnes À Athabasca; on n’y voit que des rochers.

De-tous-les grands-lacs qui se déploient en chapelet depuis le Saint-Laurent, jusqu’à la mer Glaciule, entre la zone granitique de l'Est et les terres d’alluvion de VOuest, le lac Athabasca est un des plus petits, quoiqu’il mesure 92 lieues de long sur 7 à 8 de large. Le général sir Lanfroy lui assigné 600 pieds d’ altitude audessus de La mer Glaciale.

. Le premier fort de traite y fut construit, en 1778,

par le Canadien Joseph Frobisher pour le compte de la.

Compagnie du. Nord-Ouest. Il établit à Fembouchure de la rivière Athabasca et le nomma fort Chippewayan:; mais les Dènè l’ appelèrent la Sauleraïe (Kkpay tpélè ké). Aussitôt, la Compagnie de la Baie d'Hudson, rivale de la Compagnie canadienne, mais douée de moins d’ initia-

dt re

pr

992 ‘EN ROUTE POUR LA MER GLACIALE LL tive, bätit le fort Wedderburne sur un îlot qui avoisi- nn nait le fort Chippewayan. Il subsista jusqu’à la fusion : des deux Compagnies, en 181; aprèsŒuoi, le fort. Chippewayan fut reconstruit au Tieu qu il occupe actuellement, et le fort Wedderburne abandonné.

Il ne paraît pas que les Cris de Bois aient habité les bords du lac Athabasca depüis une époque reculée. En 1718, ils ne dépassaient pas l'Isle à la Crosse ou tout au. . plus le portage de la Loche. De leur côté, lés Tchippewayans occupaient la rivière la” Paix qu'ils nom. — maient rivière des Castors (Tsa Dès). Leurs tribus :

. n'avaient pas achevé la traversée de la grande Cor-

LC dillère des Montagnes Rocheusés, qui ‘leur valut des coureurs de bois le surnom de ffontaghaïs, que rien ne, justifie plus aujourd’hui, puisque ces Indiens vivent en plaine.

À cette époque, les rivages du lac Athabasca et les

forts qui s'étendent entre ce lac et celui des Esclaves,

. 1 étaient l'apanage d'une autre fraction de la lation déné, <%#que les Tchippewayans désignent sous Prebrs de Kkeçay tchapé. Oltinè, ou gens qui vivent à l'abri des

—— -swales,- probablement parce. -que--6 c'était-| jun--peuple—

pêcheur et foncièrement riverain.

Les Killistinok ou Hilliniwok, leurs du Sud, méprisaient ces Dènè qu’ils -Laquinaient et t poursuivaient avec acharnement. Aussi, ils s’en étaiènt fait exécrer à un tel point que, de nos jours encore, le nom des Enna ou ennemis (les Cris) est en horreur chez les populations dènè du Mackenzie ct du grand lac des Ours. :

- Si les Kkoay chape, Ottin eussent ex ue caractère bel- | Jiqueux des Thilan Ottinè dexlIsle à la Gross; ils 8 auraient repoussé les ag ressions des Cris et seraient

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‘demeurés seuls possesseurs de ce territoire. Mais ces Dèbè, doux et timides à l'excès, cédèrent devant leurs “nouveaux ennemis; ils leur abandonnèrent les bords

du lac Supérieur .ou Athabasca, si riche en poisson, en .

gibier et en gros animaux de venaison, pour se replier sur le grand lac des Esclaves.

Les Cris poursuivirent les Gens des saules jusque sur. ce dernier lac. lis’ les attaquèrent et en firent un grand ESS dans deux archipels où-ils s'étaient retirés. Un à t du premier en ‘a retenu Îe nom d'île aux Morts. L'autre archipel a gardé l’épithète d’iles où les Gris campèrent, Enna-shelti ndu.

Depuis cette époque, la fraction du peuple dènè qui:

s'était laissé battre et-pourchasser par les Hillinüok, porte le nom d'Esclaves, Awokänak, en cris. On les rencontre à partir de la rivière au Foin, à occident du grand lac des Esclaves, jusqu’au fort Bonne-Espérance.

Il est probable qu'à celte époque on comprenait sous le nom collectif d'Esclaves non seulement les Etcha- Ottinè ou Esclaves actuels, ‘mais encore les Flancs-de- . Chien et les Peaux-de-Lièvre; parce que ces trois

——— tribus parlent à peu près | le même & dialecte et partagent la même réputation de timidité. Mais l’entière nation dènè était connue des Cris sous le nom de Tchippewayänævok ou Peaux-Pointues, à cause de la forme de—

‘+ Jeurs chlamydes de peau, munies de queues par devant ‘et par derrière.

Maîtres du beau lac Athabasca et des eaux qui en sont tributaires, les Hilliniwok se virent en butte aux incursions des Dènè Thi-lan Ottinè, qui desceñdaient alors des Montagnes Rocheuses par la rivière la Paix, refoulés

” eux-mêmes par leurs frères, les Sécanais et les Castors, | que pressaient les Porteurs dela Colombie- Britannique.

Aussi braves qne ces assaillants, les Cristinaux soutinrent le choc, et il se fit de part et d’autre des prisonniers que l’on réduisit en esclavage. Mais les Cris ne cédèrent pas et gardèrent Îeurs positions sur le lac Athabasca. -

Cependant les Anglais de la Baic d° [Hudson venaient de construire le fort Prince of Walles à embouchure de la rivière Danoise ‘ ou Missi-Nipiy, qui depuis a pris les noms de rivière Churchill ou aux Anglais. C'était en 1748. Ce fort fut bâti en pierre, la seule construction, en maçonnerie dont on eût jamais entendu parler dans le Nord-Ouest. Cette particularité valut aux Anglais le nom de 7hé yé Otlinè ou gens de la Maison de picrre, qu'ils portent encore parmi les Dènè. oo

Ce fort commerçait alors avec les Ioskys du littoral ou Esquimaux, les Swampces ? ou Ililliné des Savanes, et les Gris ou Hilliné des hois dont je viens de parler. H dut à une esclave tchippewayanc de connaitre Ja nation dènè. C'était une femme de la rivière la Paix nommée Sha nareltthæs, la Martre qui saute, suivant les uns, ou Thé nanltthwr, la Pierre qui branle, d'après 1 les

‘autres. Elle avait été enlevée par des Savanais et emme-

née captive dans les parages de la baie d’Iludson. Elle aperçut avec étonnement chez ses rayisseurs

. des ustensiles, des objets de toilette, des vêtements et

des armes en fer qui étaient encore tout nouveaux pour

elle Les Savanais lui firent croire qu’ils les fabriquaient |

4. Je ne m'explique cette épithète que parec que les Dané ou Déné furent pris, par les Anglais d'alors, pour les descendants des Danois ou Scandinaves qui avaient découvert le Groënland. et le Vincland au 1x° siècle. Îls auraient pu'tout aussi bien en faire des enfants de Dan, puisque Mackenzie constata bientôt que ces Indiens étaient circoncis.

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