LE GRAND LAC DES MAMBLLES OU DES ESCLAVES
sont très farouches et portés au libertinage. Leur compiet isolement au milieu des Montagnes Rocheuses les fait redouter des Dènè, parce qu’ils ont un caractère duv, froid et sans pitié. Leur genre de vie est des plus misérables. Ils se passent de tentes, vivent en-plein air TTTHans des © campéinents de branchages. Îls se contentent de sayons et + de-pantalons en peau d’arghali ou de bighorn, laine en dehors ou en dedans suivant la saison. Leurs. couvertures sont en peaux de chèvre 7? cousues, ce qui leur communique.une forte. odeur-de-——— bergerie, qui cependant est moins éeœurante que celle des peaux d'élan boucanées que répandent les Tchippewayans. | J'en ai vu une centaine le long du Mackenzie, en 1878. Ce sont les moins francs et les plus sournois de tous les Dènè.
. Les journées du 3 et # août furent employées à franchir les rapides de la rivière des Esclaves et à faire les' portages qu'ils y déterminent: Il existe maintenant un chemin sur la rive gauche de ce cours d’eau qui permet aux voyageurs d'éviter tous les portages. Mais il n’a pas moins de dix à douze lieues. Je Pai franchi par deux fois en 1879, et chaque fois j'ai été obligé d’y camper. Quant aux portages, ils se trouvent sur ja rivedroite et sont au nombre de cinq : la Cassette, le Brûlé,.. Jes Embarras, la Montagne, et les Noyés. Je les aï franchis cinq fois. Ils sont suscités par la chaîne des collines aux Cariboux, continuation de la montagne de -— J'Ecorce. Le noyau planétaire s’y montre à nu dans/les - sites les plus sauvages et les plus grandioses à la fois. Une forêt de résineux et d’autres arbres revêt ces‘ rochers aux couleurs vives, et ajoute à la beauté des
——chutes et des cascades.
Celles-ci sont en nombre si considérable qu'on rem-
7 plirait un album dans ces dix ou douze lieues de rapides. . La plus belle est celle de la Cassette. Elle tombe d’une hauteur de trente pieds dans un couloir étroit dont les parois parfaitement polies sont si droites qu'on les dirait taillées au ciseau. Le rapide des Embarras offre des sites ravissants. La rivière s’y précipite par plusieurs chenaux pour former une double cataracte d’une quinzaine de pieds d’élévation, au milieu d’un paysage enchanteur. Le bois y est si épais, les arbres si beaux -et- si gracieusement découpés, les porphyres y revêlent des couleurs si brillantes, que l’on ne pourrait désirer un plus beau séjour.
Malheureusement, c'est surtout ici que le vieux M. Sincläir protesterait contre mon admiration ; car on n'y trouve pas seulement assez de terre pour faire pousser un navet. -
Aux Noyés, je me passai la fantaisie de sauter le rapide dans ma barge. C’est une émotion que je ne saurais trop engager les touristes de se procurer, pourvu qu'ils soient doués de bons nerfs. L’onde écumantes’y précipiteentre des murailles de siénite, con
une bave impure hors de la bouche d’un frénéix [ue.
” Elle y a une furie indescriptible. Il s’y fait des mouve-
ments de recrudescence et d’assoupissemient, con comme
© dans une chaudière qui bout. lis: ressemblent à des
accès de fièvre. Au-dessus de ces abîmes, qui montent
pour s’effondrer.sans cesse, tournoient des pélicans à
l'énorme envergure. On dirait les gnomes de ces déserts
ou les génies des tempêtes. Ils ne se plaisent que dans .: le fracas, le tumulte et les rauques:clameurs des flots. Cependant la barque, entièrément allégée de sa
charge, sauf quant au lest, commence par filer comnic .
DUT US à
tn eu & RAC DES MAMELLES OU DES ESCLAVES. 311
"e% “une truite ‘dans un goulet étroit au bout duquel elle
rencontre le rocher. Alors. elle oblique brusquement à
bâbord et court à toute vitesse sur une nappe, bouillonnante. Parvenue à l'extrémité de cette lice et &u i moment où elle semble devoir se briser contre-une autre muraille de granit, un vigoureux coup de sxvep, ramène la barque à tribord et la lance sur les déclivités d’un véritable escalier de granit où l'embarcation estemportée
avec une vélocité qui donne le vertige. A droite et à -
gauche, d'énormes roches retardent la fuite des eaux en augmentant leur furie. Parvenuë fout au bas de ce château d’eau naturel, un dernier coüp del’ énormeaviron reporle de nouveauta nef à bâbord et la jette dans un vase remou, où elle tournoïe deux fois sur elle-même en perdant ainsi sa vitesse acquise. Aussitôt elle devient stationnaire et est poussée au rivage où on l’amarre. Cette descente est unc vraie montagne russe aqueuse, bordée de brisants et d’abimes. Le trajet n’en dure que dix minutes ou guère plus; mais pendant ce peu de temps je certifie que personne né souffle mot, dans la barque, à l'exception du.timonier qui donne ses ordres. Je n’ai jamais pensé qu'avec effroi à'ce qui arriverait si l’un de ces commandements était mal exécuté. Si un bord sciait au lieu de ramer, ou nageait au lieu de seier, et surtout sile balai venait à se briser entre les - mains du timonier.
Ce vaste rapide doit son nom néfaste des Noyés à
une catastrophe de ce genre qui y arriva dans les lemps ‘
anciens. Un cômmis de la Compagnie du Nord-Ouest se rendait au lac des Esclaves dans une grande pirogue montée par des Iroquois. Ces Indiens sont les meilleurs
* canotiers du Canada. Aucun danger ne les épouvante.
lis sont si adroits à diriger leurs frèles canots d'écorce
au milieu de ces cascades bouillonnantes que” souvent, pour faire montre de leur sang-froid At,de Jeur force, ils les arrètent tout à coup sur la vergé d’une chute, en plantant vigoureusement leurs avirons dans le fond. x Noy yés, lé caractère périlleux des rapides n'étant pas encore connu de ces voyageurs, ils mirent pied à terre en haut des chutes, tandis que le commis-s’en allait les reconnaître par terre. Il avait: con vEnu avec ses gens qüe si Ta rivière lui paraissait navigable, il ‘tirerait un coup de fusil au bas du rapide, comme un "signal pour les avertir de venir à lui. | Elle lui sembla périlleuse à l’excès. Mais pendant— qu’il s’en retournait vers ses Jroquois afin de les aider à faire portage, un volier de canards vint s’abattre dàns un remou et l'officier tira sur ces oiscaux, Gübliant qu'un coup. de feu pouvait déterminer un malheur irréparable. Il ne s’en souvint qu'après coup..Ï1 cria afin d’arrêter ses gens ; maïs il était trop tard et lui trop loin. Les Iroquois partirent comme un trait et sans méfiance. Ils brisèrent leur pirogue parmi les récifs et.__. trouvèrent la mort dans ces eaux fougueuses.
J'ignore comment le commis, cause involontaire de ce malheur, put.continuer son voyage.
Le soir de ce même jour, nous allâmes bivotaquer à à la rivière au Sel. C'est un cours d'eau impotable qui sort de la montagne des Cariboux. Le: sel dont ses eaux sont saturées se dépose naturellement sur ses bords, où on le recueille en assez grande quantité pour en approvisionner tous les forts et-toutes les.missions du Nord. Cette rivière était la propriété de l’homme qui la découvrit, un Métis français nommé Beaulieu, qui y e. avait défriché une pièce de terre et constrüit une jolie—— ferme ou il-habitait avec plusieurs de ses enfants:
. “ te, 4