LE GRAND LAG DES MAMELLES OU DES ESCLAVES
C'était l'un des plus anciens témoins des événements qui sesont passés dans le Nord. Son père, un Français, était coureur-de-bois au service de la Compagnie des Sioux. Il s'était fixé dans ces déserts reculés, sans que personne 5’ en. “outat en Canada. Son fils, notre héros,
. qu ‘il avait eu d’une femme tchippewayanne, vit arriver, en 1780, le premier explorateur du grand lac des
‘ Esclaves, Peter Pond; puis] en 1789, sir Alexander. Mackenzie. San oncle, Jacqués Beaulieu, servit d'interprète au premier de ces officiers de la Compagnie du Nord-Ouest. Lui-même, étant agé de8ans, accompagna au grand lac des Ours-un autre Mackenzie à litre de chasseur pourvoyeur. En 1895, il était interprète de sir John Franklin.
… Choisi par les Couteaux-Jaunes pour être leur chef, Beaulieu devint la terreur des Flaries-de-Chien, des Esclaves et des Sécanais dont il tua une douzaine, dans les environs du fort Ilalkeit. Ce sultan métis, sybarite du désert, issu de sang français maïs élevé en vrai sauvage, eut trois femmes qui appartenaient aux trois races crise, dènè et métisse. Il a laissé des rejetons /. dans toutes les tribus qu'il a parcourues, sans compter dix enfants mariés, pères et mères de famille ou déjà aïeuls, qu’il avait avec lui. |
En 1845, Beaulieu vit le premier missionnaire canadien, M. Thibeault, au portage de la Loche. La foi de son père, qui couvait dans sonâme de sauvage, se réveilla. 11 se convertit sérieusement, licencia ses deux femmes indiennes. pour ne garder que la vieille Métisse à laquelle il demeure toujours fidèle. Il dota les autres et leur rendit les enfants qu’il en avait eus, afin qu’elles pussent en être nourries et supportées. Après quoi, le patriarche, ainsi qu’on appelait Beaulieu dans le pays, 4R
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se fixa à la rivière au Sel, don. il exploita les produits
pour les revendre à la Compagnie d'Hudson. Ce sel, la
culture de son champ, le lait de ses vaches, la pêche du corégone dans la rivière des Esclaves, et la chasse, suffirent amplement pour lui assurer ainsi qu'aux siens une existence facile. Il se livrail aussi avec fruit au commerce des pelleteries. |
Quand je vis Beaulieu, en 1862, il était Agé de
quatre-vingl-einq ans, et cependant il chassait encore . .seul, il parcourait des centaines üc'lieues à pied, courant derrière ses chiens. Il est mort à l’âge de cent un
ans ct quelques jours, laissant derrière lui-un beau- “frère nommé Poitras presque aussi vieux que lui.
Le 8 août, nous entrâmes dans les bouches de la rivière des Esclaves. Le mème phénomène que jai constaté au lac Athabasca se renouvelle ici. Pur cinq ou six embouchures qui s’avancent chaque année dans le lac, la rivière des Esclaves charrie une prodigieuse quantité de matières sédimentaires tenues, en dissolution dans ses eaux. On peul évaluer à 48,000 pieds cubes l'eau saturée de calcaire qui passe en un seul jour par. ces bouches, et qui, en déposant'ses apports
journaliers, recule d'autant le rivage méridional du
grand lac des Esclaves.
Là encore on distingue facilement. la première embouchure de la rivière des Esclaves de celle qui, de nos
jours, es{ considérée comme la branche mère. De hautes
et grandes îles rocailleuses, peuplées d’arbres de haute futaie, la font assez reconnaitre; tandis que le réseau de battures boueuses, couvertes de-säuleraies et de champs de roseaux, qui lui fait suite, n’est que le résultat des apports successifs et subséquents. Entre ce réseau d’un terrain déjà condensé et étanche, et le grand lac, s’élen-