LE GRŸND LAC DES MAMELLES OU DES ESCLAVES
dent des boues meubles, un bourbier fluctuant au gré:
es flôts qui’le recouvrent graduellement depuis un pouce d’eau jusqu'à une profondeur de plusieurs pieds. Malheur à la barque qui s’envascrait dans cette glu noire et visqueuse. Elle s'y empâterail comme ces innombrables arrachis que les courants y ont lransportés et qui soul destinés à être transformés plus tard en houillères ou en fossiles, en s’inoculant, molécule
par molécule, les malières calcaires si ténues que les
eaux tiennent en dissolution ct qi les ensevelissent peu à peu.
Nous navigudmes en pleine eau entre la terre ferme el les iles Zndènè noud où des Bruyères, dans un chenal qui, l’année suivante, était tellement obstrué par la vase, qu’il me fut désormais impossible d’y passer avec une grosse pirogue d'écorce. Aujourd’hui ce chènat est converti en prairie naturelle, et l’une des iles aux Bruyères est devenue une presqu'île.
Il est plaisant et jastructif d'assister ainsi au travail ‘les éléments, et j'aime beaucoup cette assertiun des sauvages; que les pierres croissent el poussent, et que la terre monte. Ils en sont tous les jours témoins. Mais < que deviennent les eaux ?
Par une certaine similitude phonétique que des
oreilles inhabiles ont perçue entre indèné, bruyère, et dénii, orignal, les îles aux Bruyères ne sont connues. des‘Blancs aujourd’hui que sous le nom d’iles de POrignal, que je leur laïisserai désormais. 1l s’y trouve une mission catholique française que dirigeait alors un ancien garde-forestier devenu prêtre, l’excellent M Emide Eynard, de Gap. C'était un homme du monde qui avait,
jadis mené à Paris la vie agitée des étudiants avant L'embrasser la croix de missionnaire. Cette âme ai-
mante, charitable et zélée n'avait d’autres défauts que sa myopie et son Originalité. I était très distrait etmanquait de mémoire. En retour, il était doué d’un jugement des plus solides. Sa dernière distraction fut la cause de son trépas. Il trouva sa fin dans le lac Athabasca où il se noya accidentellement au mois d'août 1874. :
Je trouvai M. Eynard à table, n’ayant pour (out
nn
menu que du poisson sec et fumé, à peine grillé, des
pommes de terre en robe de chambre et du thé noir sans sucre. Ni pain, ni vin, ni viande, ni dessert d’au-, cune sorte. 11 me pria de partager son diner ; mais j'avoue que je fis.les dënis longues. Je ne pus-avaler une seule bouchée de cette abominable mangeaille. Puis il m’accompagna au fort Résolution pour y aller chercher les marchandises qui venaient de lui arriver. Je souligne à dessein le mot marchandises. |
On à reproché à certains missionnaires, entre autres aux Jésuites, defaire du commerce à l'étranger. C'est
‘la vérité. M. Eynard faisait du commerce et votre ser-
viteur, quelque stupéfait qu'il fût tout d’abord de cette découverte, en.fit bientôt autant et plus, peu après, sans en concevoir le moindre scrupule. Tous les mis-
: Slonnaires en pays sauvages en sont réduits à cette . humiliation, qu’ils soient catholiques ou protestants.
Seulement ils n’en font pas plus.que les prêtres de touf les pays civilisés. Ils se procurent moyennant finance les objets nécessaires à la vie; et, comme l'argent est inconnu dans le Nord-Oueft, ils se voient obligés de faire des trocs en nature. Voilà tout le secret de ce
commerce. :* |
. 5 , . : " < uZ Nous troquons donc des pipes et dutabagsauf votré - respect, des mouchoirs, du ruban et des limes, de la