CET
pour la seconde fois à l’île de l’Orignal, conformément au désir de M. l’administrateur, arriva du fort Simpson le 1°° septembre, avec une autre barge destinée au fort Raë. Celle-ci portait M. G., commis de ce fort, ce même Canadien irlandais que j'avais vu au portage de la Loche si curieusement accoutré; plus M. R., chef du p og de la Grande-Ile et pècheur.attitré du fort Simpson:
La barque du fort Résolution portait M. L.,ex-commis du fort Youkon, nouvellement promu au poste du
grand lac des Escläves avec le titre et les appointements
de traiteur en chef. Ii était célibataire et suivi de son
commis, M. James Flett, un bon vieil Orcadien marié à
une femine dindjié et père de deux enfants.
M. L. s'était posé eh ennemi déclaré des mission-.
naires catholiques et de l'élément français en général. Au fort Simpson, il avait insulté en pleine table notre administrateur provisoire, lui intentant une accusation qui porta les officiers présents à se lever et à quitter immédiatement la table par manière de protestation: usage anglais. -
A la vérité, L. avait ensuite présenté des excuses banales, mais d’une manière si gauche qu’il était évi-
.dent que ce n’était que la crainte d’être dénoncé au
gouverneur de la Compagnie qui le faisait agir. L’administrateur du Rapide'me négligea rien pour
convaincre ces inessicurs e”notre supériorité, en les.
frappant par le prestige® dm bien-être dont nous ne jouissions point.
Il les reçut grandement, comme-un | homme qui n’a.
pas besoin d’eux. \ | Le mot prestige dont je me sis servi est ici à sa place; car nous étions aussi pauvres que des rats d'église, etne
cherchions qu’à leur en imposer harles dehors d’uneopu-
lence qui n'était que del’indigence dorée. Mais nons shvions que le monde ne juge des gens qne par leurs suceès el d’après leur apparence; qu’il ne méprise jamais personne plus qu'un indigent. Nous ne voulions done pasnous exposer aux sarcasmes de ces gentlemen.
Hs sentirent le renard et ne se Jaissèrent pas leurrer par notre semblant de confort, Il nous fut prédil que nous ne liendrions pas au Rapide, pendant hiver. On n'eut que des allusions provoeantes à notre pauvrelé, que des railleries pour les conslruclions mal équilibrées du bon Boisramé, et des rires impertinents où amicaux, — je ne sais. — mais qui nous blessèrent au vif tous les trois!
Soisramé ct moi partagions bien le sentiment de ces messieurs, Louchant l'inopportunité actuelle de cet établissement que dédaigna toujours, plus tard, l'évêque Utulaire du Mackenzie: mais ce n’était pas une raison pour manquer de convenance envers notre administraieur et lui faire Ja leçon.
Ce qui acheva de nous indisposer à l’égard de ces messieurs fut une avanie qu'ils nous firent el qui n'est point ordinaire aux officiers de la baie d’Iludson. Peurlant ‘qu’ils étaient assis à notre table, nos servi-
‘teurs aperçurent deux élans: qui traversaient le fleuve
à la nage, en faec de la mission, et s’empressèrent de se melire en chasse. |
Aussitôt ces messieurs crièrent à leurs gens de s’emparer de nos propres canots ct de poursuivre les élans, frustrant ainsi nos engagés de l'espoir bien légitime de s'approprier cetté double proie qui leur appartenait.
Les orignaux furent pourchassés et tués par les équipages des deux barques, avec nos canots. Eh bien! tout : ce que nous reçümes de cette viande fut un unique
gigot. Encore fallut-il, pour l'obtenir. forcer la main à nos hôtes, |
On ne pouvail manquer de plus de délicatesse.
Nous-vimes dans ce procédé discourtois un démenti direct, quoique tacile,-aux excuses que M. L. avait adressées au prélal, après son algarade publique, au fort Simpson. |
Le bon Boisramé s'en vengea innocemment en me laissant partir sans provisions de route pour le fort Résolution. Je ne nven aperçus qu'au campement dn soir et lorsqu'il ne m’élait plus possible d’y remédier.
J'avoue que je ne fus pas fâché de cette pefile ven. geauce qui obligea ces messieurs à me nourrir gratuitement pendant la lraverste,
vs