‹ En route pour la mer GlacialeChapitre 89 sur 105 · VOYAGE EN DARQUE SUR LE LAC DES ESCLAVES · texte numérisé non relu

VOYAGE EN DARQUE SUR LE LAC DES ESCLAVES

ou grand largne bâbord amures, et en tirant énsuite quelques bordèes pour gagner la pointe de la Grande fe, il me semble que nous pourrions tenir le lae. Je n'avais pas encore fini que Onyan s’écriait avec dépit :

— Aalloh} boys, en barque, en barquet on va assuyer. Et pis si on l’est pas capab”, ah{ ben tanlpis! ex-scra pas drôle, je le garantis. Ÿ aura plus d'ie . \ ousqu'on pourra débarquer. Mais ça ne fait rien, en barque donc! - — M'sieu, ajouta-t-il en se retournant vers le commis, son bonnet à la main, on va partir.

— Allrightt dit l'Écossais avec la même indifférence ‘ de tout à l'heure; et il entra aussitôt dans la barque pour s’y recoucher à l'arrière.

L’aparté de notre timonier me prouva qu’il n'était ni brave ni sûr de lui-mème. Je fus alors fâché de lavoir décidé à partir par ma réflexion; mais pourquoi m'a- ” gaçait-il? Heureusement que, à part fui, nous étions quatre hommes résolus et-#ropres à lui remonter le’ D courage si les circonstances l’exigeaient. Quant à la . force, elle ne lui faisait pas défaut ct, de plus, il con- , haissait bien sa route. C'était tout ce qu'il fallait. Nous abandonnèmes au vent notre unique voile - "carrée. La: secousse que nous éprouvèmes quand on largua l'écoute fu tellé que nous manquâmes chavirer. Mais PAurore se releva promptement et commença à : chevaucher sur le dos des grandes vagues avec ces … élancements de balançoire et ces mouvements gracieux qui-me transportent d’aise et de plaisir. Je vis aussitôt ñ qu’elle se défendrait bien. | .

En un clin d'œil nous eùmes perdu de vue et l'ile de, réehe et'la fumée de notre-bivouac glacé. filant comme

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une nouelle, En vien de Lemps nous ne vies plus que le ciel gris-el l'euu blanche du luc qui se plombait des : Leenes reflets de ce ciel d'automne,

Notre barque si lourde, si pargsseuse à ln rame. avait pris la vie elles allures d'uf oiseau, sous l'hnleine âpre du vent. Elle volail devant l'ouragan; elle bondissait comme un cheval qui franchil une haie. Par - uroments, il sé#blail qu'elle ne touchàt pas le le.

Dans ces circonstances, je conçois que le marin s'al. lache à son navire, qu'il lui voue” une sorte d'amour comme À un être ayant espril el vie, qui l'écoute, lui: obéil, suit ses moindres impressions, et le porte triomphant à éravers les éléments domptis ct impuissants.

Tels n'élaient . cependant pas les sentiments de r équipage. dènè l'Aurore, pas plus que ceux de son vaillant patron. Je n’essayerai pas de dépeindre la - perplexité de ces hommes qui, l'instant d’auparavant. sc.riaient de moi. Ils regardaient avec eflroi ces profondeurs noires comme du goudron liquide que veinaient des stries blanches d’écume, ce lac qui se creusait en mugissant sous notre élrave, pour remonter tout à coup comme une soupe au lait et s ‘empanacher d'une bave mousseuse, au ras du plal bord. . -

, Pendant une heure nous n'émbarquames pas une seul goulte “deau, ct William reprenait assurance, , lorsque: le vent fraîchit davantage et tourna à la furic.”

— Diinyiez le: “vôile ! cria le timonier. Prenez lesdeux ris. To:

. Pas un. homnie ne bougca: :

—Diminuez la voile, tas de crabes! continua William d’une voix qui tremblait de crainte. ——

Les Esclaves s’exécutèrent si gauchement que les deux Canadiens et moi dùmes. nous ‘en mêler. On

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“ düminua ba voile de ses deux ris, C'était fout ee qu'elle comportail, [téduite à su plus simple expression, le tangage soinbfa encore nngmenter . et l'on dut Fanener à imimaâl el en contenir les clans en fn relenant À poignées, |

Les Cannliens et moi élions les seuls qui fassiong sais capables de converser st de badinenm Conché à Farrière dans ses couvertures, le commis paraissait absorbé dans a lecture d'un roman de Diekens, La veuve Sauvé, assise à l'avant el tournant le dos au lac, avail rassemblé ses cinq enfants autour d'elle, et leur avait caché la tête sous des couvertures pour qu'ils ne vissent pas le lac, semblable à ane maman-poute qui ramasse sa poussinière dans ur moment de danger.

Elle égrenait picusement son rosaire en pleurant, pen-

sant benuçoup plus à mourir qu'à vivre.

“Et les sauvages ? Tapis au fond de la barge, ils ouviaient des yeux, aussi grands que des écubiers de #aisseau à trois ponts, l'orcille fermée à la manœuvre que leur criait Ouyam d'une voix chievrotante, et se retënant des deux mgins à. tous les cordages, à Lous les ” cabillots.

Le pauvre Métis Houle semblait prét à perdre la carte, quoi que je fisse pour remonter son courage, en m “écr iant : 4 a

— Quel bon vent! vrai, quéfie magnifique brise! Encore une heure, et nous serons rendus au:fort.

En ce moment, comme pour me donner le démenti, Favant dela barge plongea sous l’eau et un paquet de

__=__mer.s’abattit-sur-le-meman-poute-ct-<es- poussiäs, En

méme temps un cri d’elfroi sortw# dè toutes les bouchres :

le mât venait de craquer,-et la voile semblait devoir. “être emyortée. On l’amena encore plus bas; le mat fut

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